‹ Rapport général présenté par M. Thiers au nom de la Commission de l'assistance et de la prévoyance publiques dans la séance du 26 janvier 1850Chapitre 8 sur 14 · ABOLITION DK LA MENDICITÉ · texte numérisé non relu

ABOLITION DK LA MENDICITÉ

gouvernement humain ét créateur. Condamner la colonisation sur les déclarations d’une science fort contestable, aurait été justifier ceux qui prétendent que, sous le manteau du bon sens, nous voulons abriter la résolution de ne rien faire. Après trois mille ans d’expérience, avec l’Afrique en face de nous, l’Afrique conquise au prix de notre sang et de nos trésors , condamner tout à coup la colonisation comme l’un des moyens impraticables du socialisme moderne, c’eût été commettre une étrange faute d’ignorance, et donner à nos adversaires de puissants arguments contre nous.

Votre Commission , en adoptant la colonisation comme un moyen de prévoyance, humain, sage, politique et praticable, l’a renvoyée à la seconde de ses sous-commissions, pour l’examiner surtout du point de vue du soulagement des classes pauvres et souffrantes. Le résultat de son examen vous sera soumis après le travail relatif aux moyens de parer aux chômages.

Abolition de la mendicité. — Ce n’est pas tout que d’avoir dans la mesure de ses ressources préparé du travail ou sur le sol, ou dans des colonies éloignées, aux ouvriers que les révolutions industrielles ont privés d’ouvrage. Il est une autre oisiveté que cette oisiveté accidentelle et forcée, à laquelle un bon gouvernement doit songer à pourvoir. Il en estime autre, en quelque sorte habituelle, en-

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gendrée non pur le défaut de travail mais par la paresse , encouragée souvent par la bienfaisance elle-même, c’est l’habitude de mendier, et de gagner sa vie en touchant la sensibilité des passants. Dans les pays peu avancés, où le sentimeut de la dignité humaine n’est pas encore descendu dans les classes pauvres, où la misère est en quelque sorte impudente, et s’étale volontiers pour toucher plus sûrement la pitié publique, des mendiants hideux, exposant aux regards des plaies honteuses ou simulées , vont pour ainsi dire forcer les cœurs à la charité. La paresse vit de la sorte aux dépens de la pauvreté pudique et timide, vil souvent dans l’abondance, et quelquefois môme, l’avarice se logeant à côté de l’indigence, on voit des mendiants expirant sur de petits amas d’or, cachés dans leurs haillons. C’est un véritable désordre à faire cesser. Heureusement notre société , sous ce rapport , est déjà fort avancée. Notre peuple ne sollicite pas ainsi la pitié publique, et cette pitié n’a pas besoin chez nous de ces violents effets physiques pour s’émouvoir. Mais plus on avance dans la vraie civilisation, c'est-à-dire dans la pratique du bien, plus on regarde la mendicité comme une humiliation pour la société qui la soufTre. Si la mendicité est réellement amenée par le défaut de moyens d’existence, c’est un reproche pour l’état économique du pays où elle a lieu. Si au contraire elle est volontaire, et dès lors

ABOLITION UE LA MENDICITÉ. I II t

un vice, si elle est lin des modes de la paresse, elle accuse la police du gouvernement. L’abolition de la mendicité est donc l’un des soins qu’une société bien organisée doit prendre d’elle -même. Mais il ne faut pas qu’elle fasse comme ces médecins malhabiles, qui croient avoir guéri un mal en le répercutant dans l’intérieur du corps humain. Ce mal , disparu en apparence , n’en est que plus dangereux. Si par des lois sévères, impitoyablement exécutées, on allait interdire la ressource de la pitié publique à des mendiants véritablement privés de travail , ou frappés d’infirmités qui leur rendraient le travail impossible, la société serait barbare. Elle immolerait le pauvre à son orgueil. Il faut d’abord s’occuper de créer partout des établissements dans lesquels le mendiant volontaire ou forcé, puisse trouver un emploi pour ses bras, un asile pour ses infirmités , et quand cela est fait suffisamment, une société a le droit d’empêcher le mendiant de l’affliger, de la déshonorer par son aspect. 11 n’est plus un pauvre, digne de tout l’intérêt que l’humanité commande pour lui, mais un paresseux, un vagabond, qu’une police bien entendue a le droit de réprimer.

Les dépôts de mendicité existent dans plusieurs de vos départements. Examiner leur organisation poulies généraliser et les perfectionner, est l’un des soins qui ont été déférés à la sous-commission

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