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EXERCICE

Un des moyens les plus simples et aussi les plus sûrs de nous rendre compte de l'influence immédiate du travail corporel sur l'organisation, c'est de mesurer com])arativement, chez l'homme restant en repos et chez celui qui se livre à un exercice corporel, la consommation de l'oxygène et la quantité des principaux résidus (acide carbonique, urée) provenant des fonctions vitales. D'utdes recherches ont été exécutées, ayant pour but d'arriver sûrement à ces constatations.

Ces résultats d'expériences n'intéressent pas que la théorie; elles se rattachent aux questions les plus importantes qui ont trait à la santé de l'homme. En effet, on a démontré que, toutes choses égales, la continuité dans l'insuffisance d'exhalation de l'acide carbonique, eu égard aux besoins de l'économie , conduit à l'affection scrofuleuse et à la tuberculisation pulmonaire. Ces résultats permettent de se rendre compte, de la manière la plus saisissante et la plus nette, des heureux effets de l'exercice musculaire sagement dirigé.

Pai' un exercice actif, le pouls et la respiration sont l'un et l'autre accélérés; on doit penser qu'alors une plus grande quantité d'oxygène est consommée et une plus grande quantité de chaleur produite; la circulation du sang se fait avec plus de rapidité, et il se répand en plus grande abondance dans les extrémités; l'excès de chaleur s'y trouve ainsi entraîné et dépensé, ce qui en prévient l'accumulation dans les organes intérieurs et profondément situés, et nous donne un nouvel et remarquable exemple du mécanisme heureux de notre organisation. Ajoutons à cela que des découvertes du plus grand intérêt, de la plus haute importance, nous ont appris que la chaleur pouvait se transformer en force. Bien des faits inexplicjués reçoivent ainsi une interprétation facile. L'influence nuisible du travail corporel exagéré et les maux beaucoup plus nombreux qui marchent à la suite de la continuité clans la paresse

corporelle , voilà des faits déinonli'és par l'observation hygiéni(|ue et qui ont reçu leur consécration scientifique

Un grand nombre de mémoires ou d'ouvrages ont été publiés depuis vingt ans sur la gymnastique; ils ont eu pour but d'en montrer les avantages liygiéniques, de nous faire connaître les principales formes de l'exercice et d'en préciser les inconvénients et les avantages ^.

L'étude des. exercices professionnels à attitude constante a démontré que beaucoup de difformités dépendent de l'inégalité d'action symétrique des muscles; la division et la spécificité du travail, si utiles en industrie, sont en général nuisibles au point de vue hygiénique ^

Des observations de la plus grande valeur ont démontré la puissance de la gymnastique pour prévenir les affections les plus redoutables. C'est surtout dans les cas d'imminence scrofuleuse, tuberculeuse ou cancéreuse, que la gymnastique de chaque jour est indispensable. Quand la constitution est détériorée, les efforts de la médecine sont le plus souvent sans puissance ; tandis que le médecin de la santé qui sait prévoir les accidents c[ui doivent fatalement se succéder peut les prévenir, si on ne laisse pas écouler un temps irréparable.

Il a été démontré que la gymnastique formait la base du traitement le plus efficace contre la glycosurie*, la polyurique, la chorée et un grand nombre d'affections chroniques.

L'hygiène scientifique a commencé à s'emparer des méthodes si

' Bouchardat, Le travail, son influence snr la santé, Paris, in -18, i863.

^ G. N. Dailly, Gymnastique hygiénique et médicale, Paris, i85o, in-8°. — Cinésiologie, m-8°, Paris, iSSy. — N. Laisné, Gymnastique pratique , Paris, i85o , in-8°.

^ Shann, Recherches statistiques sur les maladies des artisans. [British. med. Journ. 1862, t. II. p. Q/48.) — Seemann. Ma-

ladies des tisserands et des passementiers. (Annales d'hygiène, janvier i863.) — Ad. Hannover, Maladies des artisans à Copenhague , traduit par Beaugrand. {Annales d'hygiène, juillet 1862.)

' Boucliardat, De l'entraînement ou de l'exercice forcé appliqué au traitement de la glycosurie, etc. vol. in-Sa de 64 pages, Paris, i865.

curieuses de l'entraînement; elle les a éclairées et dirigées par une minutieuse observation, et déjà il en est sorti des découvertes les plus utiles pour guérir plusieurs maladies, consolider et perfectionner les santés. Les divers procédés employés pour entraîner les pugilistes, les effets de cet entraînement, ont été exposés dans plusieurs mémoires spéciaux ^

§ 5. EXCRÉTlOiNS.

Les excrétions sont des produits de décompositions qui s'opèrent dans l'organisme aux dépens soit des matériaux introduits dans l'appareil digestif ou les poumons, soit des organes eux-mêmes.

Les excrétions sont des résidus destinés à être éliminés de l'économie. La branche de la science qui s'en occupe pourrait être rapportée au sujet de l'hygiène; elle constitue une extension véritable des études physiologiques; elle a profité de toutes les découvertes qui depuis vingt ans se sont succédé par les efforts de tous dans cette partie de la physiologie.

Les principes immédiats qui sont éliminés de l'économie sont très-nombreux; les plus considérables pour la quantité sont des produits d'oxydation. Parmi ceux-ci on en distingue d'acides, ce sont les plus importants : citons les acides carbonique, urique, hippurique, benzoïque, hydrotique, inosique, choléique, cholique, etc. Parmi les basiques ou neutres mentionnons l'urée, la créatine, la créatinine, etc. Cette rapide énumération suffit pour indiquer que cette branche de l'hygiène s'est successivement enrichie depuis vingt ans d'un grand nombre de faits nouveaux.

Excrétions par les poumons et les bro7iches. — Les principales sont l'acide carbonique, l'eau et le mucus bronchique. Les quantités de ces excrétions ont été déterminées pour les principales conditions d'âge, de sexe, d'imminence morbide.

' Defrance,Z)e l'entraînement. {Tlièses, traînement des pugilistes. (Suppl.à YAnn. Paris, 1869.) — Bouchardat, De l'en- de thérap. 1861. p. 189,-^67, Paris.) Hygiène. G

Excrétions par les reins. — L'étude des urines domine la pathogénie des gravelles, des affections calciileuses; elle éclaire l'étiologie et le diagnostic de la plupart des maladies des organes génito-urinaires; elle fournit des lumières inattendues sur plusieurs affections générales. On voit donc qu'elle intéresse l'hygiène à bien des titres. Aussi cette partie de l'étiologie et de la séméiotique a-t-elle été l'objet de travaux nombreux, qui l'ont élevée à un haut degré de précision.

L'histoire des gravelles comprend une série d'affections les plus distinctes, qui de notre temps ont été séparées. On ne s'expose, plus ainsi à de déplorables confusions. Ajoutons, et ceci a une plus grande importance, que c'est absolument méconnaître la portée de ce grand sujet que de borner aux dépôts qui se forment dans les reins ou dans la vessie les productions pathologiques constituées par ces résidus. Il est indispensable de poursuivre l'étude de ces dépôts anomaux dans l'ensemble de l'économie: cette étude permet d'aborder d'une façon rationnelle l'interprétation de plusieurs états morbides des plus graves et des plus communs ^

Excrétions de la peau. — L'étude des fonctions de la peau a une très-grande importance en hygiène, parce que l'amoindrissement ou la perversion de quelques-unes de ces fonctions sont la cause principale ou accessoire d'un grand nombre de maladies. L'anatomie et la physiologie de la peau se sont enrichies d'un grand nombre de faits nouveaux : on a déterminé les maladies qui peuvent être occasionnées par la continuité de la négligence des soins de la peau. L'étiologie des maladies de cet organe a été fondée, pour beaucoup d'entre elles, sur des observations rigoureuses. Les pratiques qui ont pour but de rétablir l'harmonie de ses fonctions (bains '\ hydro-

' Bouchardat, Gravelles, calculs urinaires, goutte, polyurique, oxalurie, ajsttmrie , phosphypostase. (Ann. de thérap. 1867, in-18, p.a3/i à 3a3.)

^ Michel Lëvy, Effets de l'immersion prolongée dans l'eau de mer. {Annales d'hygiène , am] 1861.)

thérapie, massage, frictions) ont été l'objet de travaux d'une telle importance et si nombreux qu'ils constituent pour ainsi dire une science pratique spéciale avec ses annales distinctes. Les études historiques se rapportant à l'état de la cosmétique chez les Grecs et chez les Romains ont été poursuivies avec ardeur^; les avantages et les dangers de plusieurs substances employées pour conserver ou simuler la beauté ont été signalés dans plusieurs mémoires ou traités ex professa'^.

% 6. SENS. — RAPPORT DU PHYSIQUE AU MORAL ET RECIPROQUEMENT. AFFECTIONS DE L'ÂME.

L'hygiène des sens, et particulièrement des sens de l'ouïe^ et de la vue*, s'est enrichie d'une foule d'observations importantes, qui ont eu surtout pour point de départ l'étude des maladies diverses dont ces organes sont affectés. Les causes de ces iwaladies sont aujourd'hui poui' la plupart beaucoup mieux connues qu'elles ne l'étaient jadis. On a recherché avec grand soin les relations qui pouvaient exister entre des états pathologiques généraux variés et les modifications dans les appareils des sens; les amauroses glycosurique, albuminurique, nous offrent des exemples très-nets de ces progrès. L'inOuence des modificateurs sur les organes des sens a été étudiée avec soin; l'action des différentes lumières artificielles sur l'œd, celles de l'alcool, du tabac, etc. sur les organes de l'ouïe, de

' Bouchardat , Leçom à la Faculté sur les cosmétiques chez les Grecs et chez, les Romains.

^ Clievallier, plusieurs Mémoires dans les Annales d'hygiène et dans le Journal de chimie médicale. — Réveil, Des cosmétiques au point de vue de l'hygiène et de la police médicale. {Ann. d'hyg. octobrei 86a .)

^ Kramer, Des maladies de l'oreille, avec des Notes de Menière, Paris. in-8°.

— iloland, De l'influence de la musique sur la guérison des maladies. ( Union méd. i863.)

'' Magne, Hygiène de la vue, Paris, 18/17, — Sichel. Sur les lunettes,

Paris, 18/18, in-8°. — Dumont, Effets et causes de la cécité, Paris, i856, in-8°.

— .4. Chevallier, Hygiène de la vue, Paris, 18G1, in-19. — Desmarres, Traité des maladies des yeux , .3 vol. in-8', Paris.

la vue, ont été l'objet de recherches intéressantes. De patients efforts ont été tentés dans le but de développer le sens de l'ouïe ou d'y suppléer. L'influence des passions et de la colère en particulier sur la fonction glycogénique a été démontrée par des expériences trèsprécises. L'influence du moral sur les fonctions, sur la marche et la production des maladies a été mieux appréciée.

On est entré dans une voie nouvelle pour étudier les rapports du physic{ue et du moral. Nous pouvons citer l'étude de l'influence de la qualité des eaux sur la production du goitre endémique et, par suite, du crétinisme; l'influence du maïs altéré sur celle de la folie pellagreuse ; les diverses altérations du système nerveux qui apparaissent sous l'influence de l'alcoolisme chronique, etc.

Si les modificateurs physiques montrent leur puissance pour agir sur le moral de l'homme, la proposition réciproque a également reçu de belles démonstrations. On a pu voir que bien souvent c'est le moral qui. forme le physique, c'est l'esprit qui , par son attention et son vouloir, développe et perfectionne l'organe, c'est l'esprit qui régit le corps. C'est par la science reçue, par l'enseignement c[ue se dissipent les erreurs, les superstitions, que l'on corrige les vices, qu'on forme les vertus, et que l'homme approche le ])lus possible de la perfection morale et physique ^

' F. Lallemand, Education publique, éducation morale, Paris, 18 48, i859, in-12. — Ed. Feuchstersleben , Hygiène de l'âme , traduit de l'allemand , Paris , i853, in- 19. — Foissac, Hygiène philosophique de l'âme, Paris, i863, in-8°, 2' édit. — Rourdet, Hygiène morale, Paris, i858. — Descieux, Influence de l'état moral de la société sur la santé publique , Paris, i865, in-8°. — Lelut, Physiologie de la pensée, recherches critiques des rapports du corps à l'esprit, 2 vol. in-8°, Paris, 1862. — PaulJanet, La famille. —

Le matérialisme contemporain. — La crise philosophique. — Le cerveau et la pensée. — Ad. Franck, Philosophie du droit pénal. — Philosophie mystique. — Èm. Saisset, L'âme et la vie. — - Aug. Laugel , Les pi'oblèmes de la nature. — Les problèmes de la vie. — Les problèmes de l'âme. — Charles de Rëmusat, Philosophie religieuse. — Albert Lemoine, Le vilalisme et l'animisme de Stahl. — De la physionomie et de la parole. — Francisque Rouillier, Du plaisir et de la douleur. — Ad. Garnier, De la morale dans l'antiquité.

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