‹ Rapports annuels de Pierre Fortin, ecr., magistrat, commandant l'expé dition pour la protection des pêcheries dans le golfe St. Laurent, pendant les saisons de 1861 et 1862 [microforme]Chapitre 16 sur 63 · TROISIEME VOYAGE · texte numérisé non relu

TROISIEME VOYAGE

C'est le 50 août, au soir, que nous quittèmes Québec pour notre troisième et dernier voyauc dans le wolfe, avec les approvisionnements d'automne pour les phares.

Le lendemain, étant un peu plus bas que la traverse de Si. Roch, nous apperçûmes un vaisseau échoué, avec ses mâts abattus et portant son pavillon en berne ; nous y allâmes : c'était le navire Prussien, le Ærederick Der Gros, qui se trouvait dans cette position critique,

Nous offrîimes au capitaine de le prendre à bord avec son équipage ; mais celui-ci comptait encore sauver son bâtiment et refasa notre offre. Ce qui lui importait le plus, c'était de télégrapher à Québec pour qu'on lui envoyät les secours nécessaires. Or, comme nous passions à la Rivière du Loup, quelques heures après, nous allâmes porter sa dépêche au bureau du télégraphe de cette place.

Le premier septembre au matin, nous arrivämes au phare de la Pointe des Monts.

On prit environ quatre heures pour débarquer les huiles et les provisions de ectte place ; puis nous aliâämes toucher aux Ilets Caribou (M. Comeau, garde-pêche de cette division, n'étant pas chez lui, nous ne nous y arrêtâmes pas), et vers midi, nous nous mîmes en route pour les Sept-Lles; mais une brume épaisse s'étant élevée, ce ne fût que le lendemain que nous pûmes entrer dans ce port.

La morue afluait, depuis plusieurs semaines, sur la partie de la côte que nous venions de visiter, et l’appât, dont les pêcheurs, étaient le burgau, genre de mollusques de la famille des /urbo, et dont la morue est très-friande,

Aux Cuwee, les pêcheurs avaient fait une pêche satisfaisante.

Nous trouvämes, aux Kept-Iles, les goülettes suivantes employées à la pèche :—

Goëlette J. Z. A. ; goëlette A/ma ; voëlette Murie-Julie.

La morue n'était pas très-abondante dans cette baie, et depuis quelque temps le hareng état devenu rare: on appâtait les lignes à pêcher avec des coques, dont on trouve un erand nombre dans les bancs de sable au fonds de a baie.

M. Smith, le collecteur au port, n'avait eu, jusqu'alors, aucune difficulté à remplir les devoirs de sa charge.

Dès 9 heures a.m., nous partimes pour la Rivière Moisie, où nous mouillames à 11 heures. Mais je ne pus y débarquer à cause de la forte houle que le vent de sud-est y avait soulevé sur la plage, et dans l'après-midi, le vent devenant plus fort, nous retournâmes nous abriter aux Nept-Iles.

Le 3 au matin, le beau temps nous permit de revenir à Moisie. Le capitaine Bernier que j'y rencontrai ne me rapporta rien de remarquable depuis ma dernière visite dans ect endroit, tout s’y était passé dans l'ordre

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. Depuis trois semaines, la morue y était rare et les bateaux avait presque cessé de pêcher depuis quelques jours, par le manque de boitte. Mais la saison ne pouvait être comptée comme mauvaise, car les pêcheurs avaient pris en moyenne 45 quintaux, c’est-àdire 90 quintaux par bateau.

Un fait intéressant à noter, c'est que cctts année à Moisie, et en général dans les stations de pêche qui s'étendent depuis cette place jusqu’à la Longue-Pointe de Mingan, la morue quoique aussi belle que les autres années, avait les foies d’une telle maigreur, que nos pêcheurs n'avaient pu en retirer que la moitié de l'huile qu’elle proûuisait les années ordinaires; c’est-à-dire un baril de trente gallons par cent quintaux de morue, au licu de deux barils ct même deux barils et demie. Ceci dépendait sans doute de la nature des aliments dont la morue s'était nourrie sur les bancs de Moisie; peut-être qu'au lieu de capelan et de lançon, poissons très huileux comme on sait, elle avait été obligé de vivre sur des crustacées et des mollusques dont ces bancs sont couverts.

Je ne comptai que trois goëlettes mouillées dans la Rivière Moisie.

Partis de cette rivière vers les onze heures, nous arrivâämes à Shell-Drake à 5 h. p.m.

Je visitai dans l’Anse Le Gros, les établissements du capitaine Le Gros, de MM: Verdon ct Fergusson, où il y avait 24 bateaux de pêche qui en moyenne avaient pris 100 quintaux chacun. Le lançon y abondait depuis quelque temps.

Sur le banc de la Rivière Shell-Drake, les bateaux avaient bien moins réussi.

Pendant l’été, les vents dominants sur cette côte avaient été les vents d'Est. Tls ne sont pas défavorables à la pêche comme les vents de sud-ouest et d'ouest.

Je remarquai dans la Rivière Shell-Drake les bâtiments suivants :

Goëlette Marie Primrose ; goëlette Virginie ; brigantin Onésime—tous trois employés à la pêche et au transport de la morue.

Depuis quelques années, la pêche avait bien moins réussi à Shell-Drake, ct le nombre cle pêcheurs y avait diminué. Cctte année, la morue n'y avait pas été très abondante, ni la boitte. Tout y était tranquille.

À G h. 30 m. p.m., nous partimes, et vis-à-vis de la Rivière au Tonnerre, la chaloupe qu ejy ayait envoyée, sous la conduite d’un de mes officiers, revint à bord; voici le repport qu'on me fit: à Trout-River, Duck-Creck ct la Rivière au Tonnerre, il y avait 24 bateaux s’occupant à la pêche. La morue y avait été assez abondante et les produits avaient été en général meilleurs qu’en 1861.

Les goëlettes Pabos ct Victoriu, employées par la maison LeBoutillier ct frères, pour transporter la morue au sud, étaient dans le port, on complétait leur cargaison de morue séchée.

On rapportait une nouvelle très avantageuse, si elle était vraie; c'est que des pêcheurs de Magpie avaient depuis peu, fait la découverte d’un banc de pêche, vis-à-vis ectte baie, à quinze milles au large, où ils avaient trouvé la morue en grande abondance, et ils se proposaient de l’exploiter cet automne, et encore plus l’année prochaine.

Si nous avions eu le temps, nous aurions été nous assurer par des sondages de l’exactitude du rapport en question ; mais comme nous étions pressés de nous rendre aux phares nous remîmes ce travail à l’année prochaine.

Cette découverte arrivait d'autant plus à propos que depuis une aunéc ou deux la morue n'avait pas afflué en nombre aussi considérable sur la côte vis-à-vis Indian Farbour, Ridge-Point, qu'auparavant, et les pêcheurs avaient en partie déserté ces endroits pour s’en aller plus loin.

À Magpie, la pêche avait donnéides produits abondants. On ne fit aucune plainte à mon officier.

Ne pouvant nous rendre le soir à la Rivière St. Jean, nous passâmes la nuit à la cape.

Le 4, à 8 heures a.m., nous vinmes mouiller à la Rivière St. Jean ; nous y trouvâmes trois goëlettes dont voici les noms: Z/asty, Marie-Margucrite, Irénée, employées dans le commerce de la morue.

M. Beaulieu, le garde-pêche de cet endroit, me fit les rapports les plus favorables sur la manière dont les lois de pêche y avaient été observées. Malgré ccla, la pêche du sanmon dans les Rivières St. Jean et Magpie, avait été moins fructueuse que l’année dernière ; il avait pourtant été employé le même nombre de filets.

Faut-il croire que le nombre des saumons qui fréquentent ces rivières était moins grand cette annéc que l’année dernière, ou bien que les saumons y étaient aussi abondants

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