‹ Rapports annuels de Pierre Fortin, ecr., magistrat, commandant l'expé dition pour la protection des pêcheries dans le golfe St. Laurent, pendant les saisons de 1861 et 1862 [microforme]Chapitre 5 sur 63 · LA LECHE DU HARENG · texte numérisé non relu

LA LECHE DU HARENG

La pêche du hareng se fait le printemps et l'automne, et naturellement se divise en pêche de printemps et pêche d'automne. La première se pratique au moyen de filets et seines, au mois de mai, dans les parages et sur les côtes près desquelles les bancs de hareng s’approchent pour y déyoser leurs œufs sur des fonds où l’eau est peu profonde et qui conviennent le mieuxépour l’éclosion de ces œufs, qui peuvent se compter par millions de millions.

Les harengs sont maiyres à cette époque, presque un-cinquième du poids de leur corps se composant d'œufs chez les femelles et de laitance chez les mâles ; mais ils n’en constituent pas moins un artiele de commerce d'exportation de la plus grande valeur pour les pays chauds, où ils se conservent très longtemps dans la saumure ; et il faut bien se rappeler que la mine où l’on puise cette richesse à pleine mains est inépuisable.

Les principaux points de nos côtes où cette pêche réussit le mieux, c’est aux Tles-dela- Madeleine, dans la magnifique baie de Plaisance, dans la Grande-Entrée, et quelquefois à l’Etang-du-Nord ; et dans la Baie des Chaleurs, à Bonaventure, dans la baie de Cascapédiac, du côté de New-Richmond comme du côté de Maria, et dans la baie de Carleton. On peut encore citer, sur la côte Sud, le Port-Daniel, et, sur la côte Nord, la baie des Sept-[les, où, depuis quelques arnées, on a pris beaucoup de hareng le printemps, soit à la seine, soit au filet, ou dans une pêche à claie.

Presque sur toute l'étendue de la côte de Gaspé, on voit apparaître le hareng dans le mois de mai, quelquefois un peu plus tôt, quelquefois un peu plus tard, en assez grande quantité ; mais on ne le prend, là, que pour s’en servir comme boitte, en envoyer quelques barils au marché, et en faire des provisions pour l'hiver.

J'ai expliqué, dans mon rapport, comment aux Iles-de-la-Madeleine, à cause du trop grand nombre de seines qui s'entre-nuisaient dans la baie, cette pêche de hareng n’a pas rapporté autant qu'elle aurait pu le faire. (‘ependant, comme il y était venu pour cette pêche, de plusieurs ports des provinces voisines et sartout du détroit de Canso, un plus grand nombre de gcëlettes qu'il n'y en avait jamais eu auparavant (près de 800), il a été capturé une quantité considérable de ce poisson dans la baie, probablement de 40,000 à 50,000 barils : c’est à peu près le produit d'une pêche moyenne. Sur le reste de nos côtes, cette pêche a pu produire de 7,000 à S,000 barils.

Le hareng d'automne, ce poisson délicieux et si bien apprécié, connu sous le nom de hareng du Labrador, pour des raisons qu’on ne peut pas imaginer, ne visite que la côte Nord du golfe St. Laurent, et encore ne s’éloigne-t-il pas du détroit de Belle-Ile. Ce poisson paraît à la fin d'août, et continue d’affluer près des côtes jusqu’à la fin d'octobre.

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Ce poisson est-il le même hareng qui, après avoir pénétré dans le golfe dès le printemps, In L et y avoir séjourné pendant l’été dans les eaux profondes, et s’y être engraissé des milliers de consl milliers de petits mollusques et des petits poissons polipiers qui couvrent les fonds de ces bras times de mer, retourne à l'Océan parle détroit de Belle-Ile, et, tout en accomplissant ce voyage, s’ap- ou de proche des câtes qui bordent ce détroit ? Ou bien, est-ce une variété de la même famiile ? quelq

C’est un point de controverse qui n’est pas encore décidé par les naturalistes de de m: l'Amérique. Pourtant, on serait tenté de croire la dernière supposition comme véritable ; car il n’a pas la forme exacte de celui du printemps. de G

On sait que le hareng d’automne visite aussi la côte nord et nord-ouest de Terreneuve, Jen de même que la côte du Labrador, depuis l’anse aux Blanes-Sablons, en gagnant l'Est, jus- tout qu’au Cap Charles, et de là en remontant au nord à plusieurs centaines de milles plus loin. L

Quelquefois il abonde au nord, ct alors la côte de Terreneuve en est généralement dé- fait 1: pouvue ; d’autres fois c’est Terreneuve qui a l’avantage de recevoir sa visite annuelle à | les at l'exclusion des côtes voisines. l aux f

On le prend avec des scines de grandes dimensions, lesquelles ont quelquefois 150 prod

brasses de longueur sur 10 à 12 brasses de largeur à la partie du miieu. Avec un engin de cette grandeur et des circonstances favorables on capture souvent de 300, 500 et à 800 barils de hareng ; et si le temps est favorable pour laisser la seine dans l’eau avec ses milliers de |

petits prisonniers, on peut les recueillir tous dans l’espace de quelques jours au moyen de des p

seines plus petites qu’on jette dans l’enceinte de la grande et qu’on tire près du rivage. si no Ces poissons ont besoin d’être préparés de suite, car il se gâte bien vite, après être force

sortis de l’eau. Il faut bien les nettoyer et laver et ensuite les saler dans un baril bien qu’el

étanche avec beaucoup de soin, sinon il pourrit bien vite et prend le goût de rance. Un

baril de hareng du Labrador bien conservé vaut toujours de quatre à cinq piastres. égale

Quelle immense source de richesse à exploiter que ces eaux qui bordent les côtes du Sable Labrador, et où on peut prendre, dans un seul coup de seine, jusqu’à 600 à 800 barils de ces harengs de première qualité dans l’espace d’une heure tout au plus! J’ai vu moi-même, en 1854, des pêcheurs de la Nouvelle-Ecosse tirer une seine dans l’anse des Dunes, près de l’anse aux Blancs-Sablons, dans laquelle il a été capturé, dans l’espace de cinq jours que la seine était restée à l’eau, 800 barils de ce poisson.

La production de cette pêche du hareng a été limitée cette année à l’anse aux Blancs- |! Sablons et à la baie de Bradore, et le poisson n’y était pas très gros. 183

Voilà déjà quelques années qu’on remarque que la grande espèce de hareng du La- qui brador, visite plutôt Terreneuve et la partie du Labrador qui se trouve sous la juridiction du gouvernement de Terreneuve, que nos côtes. Voilà encore un fait extraordinaire dont des on ne saurait expliquer la cause.

Toutes les goëlettes des Iles-de-la-Madeleine et de la Pointe-aux-Esquimaux se sont livrées à cette pêche avec assez de succès, de même qu’une dizaine de bâtiments venus des paroisses d’en bas de Québec. J’estime à 5000 le nombre de barils de poisson pris par ces bâtiments : valeur, $15,000. Valeur du hareng de printemps pris sur nos côtes, 48,000 barils, à 81.50 cts. le baril, 872,000.

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