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Cette conception peut surprendre au premier abord, car nous sommes habitué à considérer le processus tuberculeux toujours sous les mêmes aspects : tubercules, granulations, cavernes, etc.
Aujourd'hui, on tend à ranger sous l'étiquette tuberculose les manifestations les plus diverses. C’est ainsi qu'on fait rentrer. dans ce cadre : la sclérose broncho-pulmonaire diffuse, la sclérose pulmonaire consécutive à la pleurésie, la pneumonie chronique interstitielle primitive, certaines scléroses toxiques de Letulle, enfin, en dernier lieu, une forme généralisée d'emphysème. Comment se réalise ce dernier processus pathologique ? Doit-on y voir une lésion de sclérose?
De tout temps, le mécanisme de l'emphysème au cours de la tuberculose pulmonaire a exercé la sagacité des anatomo-pathologistes. Pour Bard, la production emphysémateuse est due à l'action rétractile des bandes fibreuses; nous ferons remarquer simplement que la rétraction est impuissante à créer un emphysème généralisé.
Il faut tenir compte, dit Delearde (1902), des phénomènes de compensation et de modifications respiratoires.
Le problème est complexe, à la fois anatomo-pathologique et physiologique. Bien des hypothèses sont possibles. Peut-être la toxine sclérosante agit-elle sur le tissu conjonctif péri-lobulaire et interacineux et sur les fibres élastiques de l’alvéole, déterminant la sclérose du premier et l’altération des secondes, si bien que la paroi alvéolaire privée de son soutien naturel et sollicitée d'autre fois à s'écarter, se laisse facilement distendre ?
La solution est difficile à donner. Quoi qu'il en soit, les auteurs sont tous d'accord pour voir dans l’'emphysème tubereuleux un processus consécutif à la sclérose, ce qui nous importe surtout.
Disons aussi quelques mots de la théorie de Freund, qui, si elle ne solutionne pas le problème, permet de l’envisager à un autre point de vue. D'après Freund, l'ossification prématurée des cartilages costaux jouerait un rôle dans l'emphysème. Le thorax immobilisé dans la position d'inspiration forcée entraine dans son expansion le poumon qui lui est physiologiquement accolé, de 1à l’emphysème, Or Poncet a prétendu tout récem-
ment que celte ossification reconnaissait une origine tuberculeuse. La toxine microbienne agirait donc ainsi indirectement sur le poumon,
En résumé, nous pouvons dire qu’au seul point de vue anatomopathologique, il n’y a point antagonisme entre l'emphysème et la tuberculose, puisque ces lésions sont souvent associées, et que la sclérose parait conditionner le plus souvent la dilatation alvéolaire, lésion essentielle, caractéristique de l’emphysème.
Arguments expérimentaux et thérapeutiques.
Arguments expérimentaux. — On peut tirer de l'application des procédés de laboratoire (ophtalmo-réaction, albumo-réaction, radioscopie, etc.) un ensemble de faits qui tendent encorc à accentuer ce rapprochement.
L'ophtalmo-réaction appliquée aux grands emphysémateux peut-elle nous permettre de tirer quelques conclusions en faveur de notre argumentation? Qu'il nous soit permis de rapporter ici les résultats et l'opinion de M. le D' Mongour : « L'épreuve de la tuberculose faite systématiquement chez les grands emphysémateux de tout âge m'a donné sur quatre-vingt malades plus de cinquante résultats positifs.
L'ophtalmo-réaction seule employée fut très intense dans trente cinq de ces cas positifs, beaucoup plus intense même qu'elle ne l'est en général chez les prétuberculeux ou chez les tuberculeux à la période ou les signes physiques sont assez imprécis.
Chez vingt-huit malades, j'ai observé, au cours de l’ophtalmoréaction, des phénomènes sous forme de râles muqueux fins, localisés dans des points qui cliniquement paraissaient le plus suspect. Au point de vue du diagnostic de la tuberculose, il ne faut évidemment pas exagérer l'importance de l’ophtalmoréaction ; mais quand l'épreuve de la tuberculose provoque des réactions en foyer aussi évidentes, il faut en tenir sérieusement
compte ».