CHAPITRE IV
Pronostic et traitement.
Après tout ce que nous venons de dire précédemment, on conçoit que le pronostic de la gangrène dans le diabète soit considéré comme très grave.
Il y a une vingtaine d'années, la gangrène diabétique était la terreur des chirurgiens; mais depuis l'avènement de l'ère listérienne, depuis les progrès modernes qui ont conduit à l’asepsie ou à la méthode mixte d’asepsie et d'antisepsie, la gravité de ces accidents a beaucoup diminué et le pronostic est devenu moins Sombre. Et pourtant 1l reste sérieux, car l'état des tissus du diabétique rend sérieuse l'infection la plus légère, qui chez d'autres individus donnerait à peine de réaction ou même passerait complètement inaperçue.
En
Powers (1) donne récemment les résultats de sa
statistique opératoire chez les diabétiques. Sur 11 am-
utations pratiquées par lui pour des cas de gangrène diabétique, il a eu six guérisons. Cette proportion de plus de moitié de succès est loin des désastres qui auraient fait renoncer les vieux chirurgiens à toute intervention. Cependant elle ne doit pas rendre trop confiant ni trop hardi, sôus peine de réserver plus d'un déboire.
L'albuminurie qui s'allie assez fréquemment à la glycosurie dans le diabète est une cause d’aggravation du pronostic. Powers, que nous citions à l'instant, n’a vu qu'un seul de ses malades guérir après amputation pour gangrène diabétique. La réserve doit donc rester ici très grande.
D'après ce que nous avons vu, dans cette rapide étude, quelle doit être la conduite du chirurgien en face de la gangrène diabétique? Doit-il intervenir? Dans quelle mesure? Enfin la crainte de voir se produire des accidents gangreneux doit-elle l'arrêter dans les opérations diverses chez les diabétiques? C'est ce à quoi nous allons essayer de répondre en terminant.
Lorsqu'on se trouve en présence d'un diabétique atteint de gangrène vraie, d'accidents gangreneux ou inflammatoires comme l'anthrax, le phlegmon, c’est évidemment à la méthode antiseptique qu'il faut recourir ; mais il faut néanmoins s'assurer qu'il n'y a pas
(1) Powers. American j. of the med. sc., novembre 1892.