OBSERVATION III
Amélie R.., ägée de 08 ans, entre à l'hôpital Necker, salle Lenoir, lit n° 20, le 12 juin 1896, service de M. le professeur Le Dentu.
Antécédents héréditaires. — La mère de la malade est morte après un mal de gorge avec enrouement qui dura trois mois. Son père est mort d’une attaque d’apoplexie. Un frère est mort de la même façon, un autre est mort de paralysie labioglosso-laryngée.
Anlécédenis personnels. — Vers l'âge de 6 ans, notre malade eut une fièvre grave (typhoïde probable) qui dura près d'un mois. Réglée à 14 ans, elle l'a toujours été régulièrement jusqu à 45 ans. Mariée, elle sut deux enfants; l'un mourut à ; mois de choléra infantile, l’autre est bien portant. Son mari était bien portant et n’a jamais eu le diabète. Il est mort asthmatique il y a neuf ans.
Vers 45 ans, quand la malade eut son retour d'âge, elle devint diabétique.
Il ya huit ans, elle à eu un érysipèle de la face, à la suite duquel elle a ressenti des douleurs articulaires. ”
L’an dernier, elle a eu un second érysipèle facial surtout accusé du côté gauche. À ce moment elle eut un léger engorgement ganglionnaire cervical gauche, puis ce ganglion disparut. Depuis, les oreilles sont restées douloureuses, avec une altération éléphantiasique des téguments à ce niveau et vers les apophyses mastoïdes. Elle se fractura la jambe gauche il y a trois ans.
Sur les jambes, elles a des varices assez développées et porte les cicatrices pigmentées de deux ulcères variqueux guéris. =
Histoire actuelle. — La malade a la bouche en très mauvais état et elle n’en prend guère soin; presque toutes’ ses dents sont tombées sans carie et sans douleur, et on voit encore sur les gencives et particulièrement en bas et à gauche des ulcérations recouvertes d'un enduit sanieux. Son haleine est très fétide.
I] y a cinq semaines environ, elle ressent une douleur dans le côté gauche du cou, et les ganglions sterno-mastoïdiens supérieurs s’engorgent. Ces ganglions grossissent, se fusionnent rapidement et donnent naissance à une tuméfaction empâtée ayec fluctuation profonde, rougeur des téguments et œdème.
Pre Cette tumeur se confond en haut avec l'angle et la branche horizontale du maxillaire inférieur, elle s'est étendue en bas et se présente aujourd’hui avec un grand axe oblique en bas et vers la ligne médiane, descendant jusqu’à trois centimètres de la fourchette sternale.
La malade a eu peu de réaction, bien que sa température soit à 38°$, mais, depuis six jours, elle a de la gène pour avaler et une dyspnée très intense par compression du larynx et de la partie supérieure de la trachée.
Incision suivant le grand axe de la tumeur ; il s'écoule une énorme quantité de pus à odeur excessivement fétide et très épais, en même temps, on voit sortir de gros faisceaux de tissu cellulaire gangrené. En explorant la cavité abcédée au doigt, on est conduit en haut vers la face interne de l'angle de la mâchoire et de sa branche horizontale, sans que l'os soit cependant dénudé nulle part. En bas, on arrive sur le larynx et la trachée dont les cartilages sont presque mis à nu. Drainage et pansement iodoformé.
‘ L'urine analysée a donné les résultats suivants :
Quantité émise en 24 heures, 3 litres.... 800 gr. Quantité de sucre par 24 heures... .... 120 Pas d'albumine.
Le 13 juin. — La malade est très soulagée ; elle a dormi, ce qu'elle n'avait pu faire depuis plusieurs jours; la dyspnée a beaucoup diminué ; la déglutition est plus facile, mais encore -douloureuse.
Etat général assez bon; état mental indemne; la malade dit quelle a beaucoup maigri depuis cinq semaines. Même pansement.
15 Juin. — Il s'échappe par le drain quelques faisceaux de tissu conjonctif sphacélé.
. Antisepsie de la bouche. Régime alimentaire. Pansements antiseptiques.
16 juin. — Le drain doit être un peu raccourci, le pus contient encore des lambeaux de tissu conjonctif.
18 juin. — L'état local est très satisfaisant, et la malade sort, devant revenir pour ses pansements.