‹ Rapports de l'Ulcère de l'Estomac et de la GrossesseChapitre 11 sur 26 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

(Le Lorier. Comptes-rendus de la Société d’obstétrique,

de gynécologie et de pédiatrie de Paris, Novembre 1907, p. 250-255).

X..., âgée de 42 ans, ménagère, arrive à la Maternilé de Beaujon, le 27 septembre 1907, à 3h.30 du soir. Elle a des douleurs depuis 2h.30. On constate une présentation du sommet engagée en gauche antérieure ; le fœtus est vivant ; la dilalalion est compièle. Peu après l'entrée de la malade, les membranes se rompent spontanément. Il s'écoule un liquide teinté de méconium, Les bruils du cœur fœtal sont normaux. L’expulsion du fœtus a lieu dix minutes après, à 3h.40 du soir. L'enfant, qui pèse 2.510 r., Se met aussilôt à crier. Délivrance par extraction simple à h25#duSoir. La placenta pèse 410 grammes.

L'état général de la mère est mauvais: elle est pâle, ses lèvres sont peu colorées, elle paraît très fatiguée; elle vient de. chez elle, où elle a jusqu'au dernier moment vaqué aux soins du ménage.

Ses parents sont morts, le père à 57 ans, de la grippe, la mère à 32 ans d’une pleurésie.

Elle même a élé réglée à 18 ans, régulièrement, mais n'accuse aucun -antécédent pathologique net.

Depuis le début de Ia grossesse, elle a eu des vomissements fréquents, exclusivement alimentaires. Elle n'a jamais souffert de l'estomac d’une façon sérieuse, ni pendant sa grossesse, ni an- térieurement.

Quant à l'enfant, il est mis en couveuse aussilôl après sa naissance et meurt trois jours après, à 8 h. du soir, ayant présenté

quelques Laches purpuriques sur le front.

NS en

] * D à à DA Les suites de couches se passent normalement les 28 et 29

septembre, ainsi que la journée du 30. Ce jour-là, à 10 h. du soir, la malade, qui jusqu'alors ne s’élail plainte de rien, el s'élail alimentée comme les autres, est prise subitement de vomissements abondants accompagnés de violentes douleurs dans la révion épigastrique, et, pendant la nuit du 3 seplembre au fer octobre, elle vomil cinq ou six fois.

La totalité du liquide ainsi rejeté peut être évaluée à environ deux litres. Son aspect est absolument celui qu'on observe dans la dilatation aiguë de l'estomac. Il a une coloration brun-noirâtre, une odeur fade, non fécaloïde ; il est constitué par un liquide séreux, abondant, incolore, dans lequel existe en suspension une sorte de boue brun noir, composée en grande partie de ‘sang à peu près digéré, boue qui tend à se déposer au fond du vase.

A la visite, le {er octobre, le matin. le pouls est à 1000 ; la malade a les traits tirés ; elle est pâle encore plus que de coutume. Il n’y à pas de ballonnement très marqué dans la région épigastrique ; on ne trouve pas de clapotement à ce niveau, mais seulement un peu de sensibilité à la pression. Le reste du ventre n’est ni ballonné, ni douloureux, soit spontanément, soit à la pal-

palion.

Comme, à ce moment, les vomissements paraissent calmés, «lt Pestomac vide, on temporise en donnant seulement à la malade

un peu de lait toutes les deux heures.

La journée se. passe sans vomissements jusqu'à huit heures du soir. A ce moment, vomissements très abondants, une ‘cuvellte de liquide semblable au précédent. M. Le Lorièr est prévenu ; il fail un lavage d'estomac à l’eau de Vichy, prescrit un verre de lail toutes les deux heures.

2 octobre: La malade se sent un peu mieux, elle vomil encore

un peu. M. Le Lorier lui refail un lavage d'estomac el prescrit 500 grammes de sérum arlificiel sous-culané, el une injection hypodermique de un milligramme de strychnine le matin et autant dans la soirée. De plus, toutes les deux heures, on donne à la ma-

lade un quart de verre de lait, dans lequel on délaie une cuil:

EASY 0 pee

lcrée à soupe de nitrate de bismuth. La malade prend ainsi 109 grammes de bismuth en 12 heures.

4 octobre: La malade est beaucoup mieux, les rails ne sont plus tirés : elle absorbe quelques cuillerées de purée de pommes de terre et du lait. L'état général reste. bon pendant toule la journée.

> oclobre: Au malin, la malade recommence à vomir. On lui fait immédiatement un lavage d'estomac, qui ramène un liquide ayant un aspect identique à celui décril plus haut. Ensuite, la malade reçoit un peu de lait, 1/4 de verre environ toules les deux heures. Dans la matinée, elle a une selle d'aspect noirâtre semblable à de la suice délayée, contenant évidemment du sang en partie digéré.

La journée se passe sans nouveau vomissement ; mas Ie soir, à 7 heures, la malade est prise brusquement d'une douleur (rès vive dans la résion épigastrique, accompagnée de lipothymie. On lui fait à ce moment des injections d'huile eamphrée el cinq cenligrammes de spartéine.

Le lendemain, l’élat général de la malade s’est aggravé; elle a les traits tout-:à fait lirés, le nez pincé; les lèvres sont exsangues. Elle accuse une vive douleur à la pression au niveau, du creux épigastrique, mais ne vomit pas.

M. Ribemont-Dessaignes, et M. Le Lorier porlent le diagnostic de perforation gastrique, probablement conséculive à une ulcération, mais, en raison de l’état de cetle malade, ils s’abstiennent de faire pratiquer une laparotomie.

La femme s’affaiblit progressivement ; malgré les injections de sérum et d'huile camphrée, de strychnine, elle succombe à 1 heure de l’après-midi, le 6 octobre 1907.

Son aspect après la mort ne différail pas de celui qu’elle présentait -depuis 24 heures, lant elle était pâle et décolorée.

Aulopsie (8 octobre, à 10 heures du matin). — A l’ouverture de l'abdomen, on esl frappé par l'aspect grisâtre et dépoli du périloine pariélal, et l’on aperçoit, presque immédiatement, sur la facc antérieure de l'estomac, une perforalion large comme une

pièce de cinquante centimes, parfaitement circulaire, comme fail-

lée à lemporte-pièce dans, la paroi antérieure de l'organe. :Le suc gastrique a coulé par cette ouverlure et a aäigéré le péritoine pariétal el le péritoine viscéral, notamment celui du lobe gauche du foie et de la raté. Tout autour de la perioration, la paroi stomacale à un aspect un peu mamelonné,; le grand épiploon, très développé, recouvre la masse intestinale el présente l'aspect dépoli signalé plus haut.

I a subi lui-même un commencement de digestion. L'estomac. est enlevé, puis ineisé le long de la grande courbure, el Fon voil

qu'il s'agit d'un ulcère rond entouré d’une zone épaisse, dans

laquelle existent des petites hémorragies capillaires superficielles.

Page 1