‹ Rapports de l'Ulcère de l'Estomac et de la GrossesseChapitre 12 sur 26 · OBSERVATION. XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION. XI

(J. Méreau, de Gençay. Archives médico-chirurgicales du Poilou, 1907, p. 145)

E. H.., primipare à terme, ful prise des premières douleurs le 30 seplembre 1906 à midi. Rien à signaler de particulier dans -ses antécédents. t

Elle avait elle-même joui d’une excellente santé, sauf de violentes douleurs d'estomac surveñues antérieurement à sa grossesse ; pendant celle-ci, les troubles digestifs n'avaient rien eu de particulier. ï

Dès le début, les douleurs furent terribles ; la femme hurlait ct se démenait. Le 2 octobre, je fus appelé à midi. Aucune dilatalion, col dur en entier, imperméable à la pulpe du doigt ; impossible d'introduire un ballon, si petit qu'il soit. L'enfant se présente en OIGP. Je conseille d'attendre, el je recommande à la sage-femme de prendre les soins de proprelé les plus minulieux.

Le 3, à midi, même élat. Je reviens le soir, même situation. La femme hurle loujours, le col est Loujours rigide. Le 4, je prie lc Dr Desbordes (de Civry) de venir avec moi voir la malade ; la silualion n’a pas changé, le col est Loujours impénélrable ; à force

de crier, la malade est aphone. Pas d’albumine.

An

Le 5, les douleurs sont plus violentes ; à midi on a un léger effacement du col, à 4 heures deux francs, à 7 heures cinq francs, à minuit la paume de la main. Je propose à la famille d’intervenir, elle refuse. L'état de l'enfant étant bon, la mère paraissant mieux, les douleurs plus régulières, je n’insiste pas et je recommande à la sage-femme de m’avertlir à la moindre alerte. Rupture de Ia poche des eaux dans la nuit. A 5 heures du malin, le 6, la femme a un vomissement. À 6 heures j'arrive, lui donne quelques gouttes de chloroforme, 10 grammes environ, je fais -une application de forceps en dégageant en OS.

L'enfant est vivant, du poids de 8 livres et demie. Délivrance normale, pas d’hémorragie. Pendant que je m’occupais de lenfant, quelques minutes après, la sage-femme m'appelle en me disant qu'il y en a un second. Une tumeur s'était formée dans l’abdomen et augmentait à vue d'œil. Je pus me rendre comple qu'il s'agissait non pas de l'utérus, mais de lestomac, qui, en moins de dix minutes, avait atteint un volume considérable, tendant la paroi abdominale et formant une tumeur ayant les dimensions d'environ quatre têtes d’adulte. Je pensai qu'il ne s’agissait dans l'espèce que d’une dilatalion nerveuse ; je bandai fortement le ventre, prescrivis de leau de Vichy el une potion avec trois grammes d’acélate d’ammoniaque. Quand je partis, deux heures après, la femme avait l'estomac gros, mais se sentait bien A 7 heures du soir, même état, mais dans la nuit vomissements abondants d’un liquide noirâtre. Le lendemain soir, je la revois ; les vomissements ont persisté, analogues à du mare de café, il y à du délire, la température -monte à 40 degrés. L'estomac est énormément distendu. La paroi abdominale est souple; on sent le globe utérin et la vessie pleine d'urine. Les lochies sont normales comme abondance et odeur. Je pratique le cathétérisme vésical et je retire un litre et demi d'urine. Je cherche ensuite à introduire la sonde œsophagienne. mais sans parvenir à la faire avaler, la malade étant parliculièrement indocile ; ces manœuvres font rejeter à la femme quatre ou cinq litres de ce même liquide noirâtre Je donne un grand Javement: évacualion abondante de

matières et de gaz, la femme se trouve soulagée.

Dans Ia nuit, la malade lombe dans le coma; le lendemain malin, je vais la voir avec le Dr Léon. Pouliol, que j'avais appelé en consullalion. Au moment où nous entrons, la femme a un hoquel terrible, un immense jet de liquide noirâtre s'échappe par la bouche el les narines ; puis deux où trois soubresauts, el elle succombe. Nous avons pu conslaler qu'immédiale-

ment le ventre s'était affaissé et était revenu à son élat normal.

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