‹ Rapports de l'Ulcère de l'Estomac et de la GrossesseChapitre 22 sur 26 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Diagnostic de l’Ulcération gastrique

chez la femme enceinte.

Nous venons de voir que l'Ulcère de l'Estomac est toujours aggravé par la grossesse et que cette exacerbation entraîne chez la mère une débilitation et un état général si Mauvais parfois que la grossesse est susceptible d’être interrompue. Il faut pour empêcher cela, lutter directement contre le processus d’ulcération dès que l’on a reconnu les premiers symptômes de la lésion. Il est donc d’une grande importance de dépister le plus tôt possible, au cours d'une grossesse, l'existence d’une ulcération de l’estomac. Malheureusement, ce diagnostic est le plus souvent extrêmement difficile, pour ne pas dire parfois impossible à cause de la très grande fréquence des troubles gastriques au cours de la gestation.

Ce n'est point avec les vomissements simples qui accompagnent à peu près habituellement toute grossesse que l’on peul confondre les vomissements de l’ulcère. Leurs caractères sont bien différents: ils apparaissent dans les deux premiers mois, pour se lerminer vers le quatrième ; ils ne sont pas toujours alimentaires et sont constitués parfois par le simple vomissement du saut du lit. Du reste, même lorsqu'ils sont plus abondants et plus fréquents, ils ne s’ac-

compagnent pas de troubles de la nutrition générale ; les femmes se nourrissent et ne sont que légèrement incommodées.

Mais on peut croire à un ulcère, lorsqu'on se trouve en présence des vomissements dits incoercibles. En effet, ces vomissements ressemblent quelquefois à s'y méprendre aux vomissements de l’ulcère. IIs sont excessivement fréquents, se produisent à n'importe quel moment, aussi bien à l’occasion de l’ingestion des aliments solides ou liquides que dans les intervalles des repas. La femme éprouve des douleurs assez vives au niveau des hypocondres, au creux épigastrique et dans la tête (Guéniot). Les douleurs gastriques sont parfois très violentes et peuvent simuler les douleurs de lulcère.

Réciproquement, on peut méconnaître un ulcère gastrique et prendre les vomissements qu'il provoque pour des vomissements incoercibles de la grossesse. Il importe donc d’observer attentivement les particularités cliniques de ces vomissements et de faire le diagnostic différentiel entre les vomissements dus à un ulcère et des vomissements incoercibles.

D’autres erreurs sont possibles ; M. le Professeur Cassaët nous a fait remarquer que la grossesse est parfois l’occasion d’une exacerbation des cholécystites et des coliques hépatiques. Il se produit alors dans certains cas des douleurs très vives, des vomissements et même quelquefois des hématémèses qui font songer à l’ulcère de l’estomac. Si nous en voulons des exemples, reportons-nous au chapitre XVII, des Nouvelles consultations Médicales, de Huchard, quatrième édition: « Coliques hépatiques et néphrétiques de la grossesse, » Dans ce chapitre: l'auteur passe en revue les erreurs de diagnostic auxquelles peuvent donner lieu les coliques hépatiques et néphrétiques de Ia grossesse. Il rapporte des cas où les coliques hépatiques ont été con- .tondues avec la péritonite, mais on aurait pu songer aussi à l’ulcère. Ainsi par exemple chez la malade dont il dit: « Ces accidents douloureux me remirent même immédiate-

- ment en mémoire d’autres accidents ou troubles digestifs que

ETES) LES la malade avait éprouvés à trois reprises différentes, pendant sa grossesse, On les avait d’abord mis sur le compte d’une gastralgie, mais ils avaient été caractérisés par des douleurs épigastriques assez ‘vives, survenant deux ou trois heures après les repas, disparaissant toujours rapidement après plusieurs vomissements bilieux, et sans laisser aucun trouble dans la santé. ».

N’aurait-on pas pu croire encore à un ulcère gastrique dans le cas suivant: « En 1881, dit-il, une de mes malades était accouchée depuis dix jours environ, lorsque Tarnier, son accoucheur, me fit appeler pour des accidents qu'elle éprouvail du côté de l'estomac, elle avait été prise depuis deux jours de vomissements avec sensation douloureuse, surtout à l’épigastre. » Il s'agissait d’une colique hépatique, mais l’auteur crut devoir réserver son diagnostic jusqu'au lendemain. Les vomissements, la douleur à l’épigastre pouvaient bien faire songer à l’ulcère, d'autant plus que, dit-il, la malade étail anémique depuis longtemps déjà. L'auteur ajoute plus loin: « Cette observation est instructive ; elle montre qu'après l’accouchement, comme pendant la grossesse, les coliques hépatiques pseudo-gastralgiques peuvent être prises pour de simples crises de gastralgie, pour un embarras gastrique avec névralgie intercostale. » Nous croyons devoir ajouter qu’elles peuvent être prises aussi pour un ulcère de l'estomac, surtout au début, et comme il est important de déceler ce dernier le plus tôt possible, on conçoit que ce diagnostic soit très difficile et très embarrassant.

Enfin, on° est susceptible. encore de confondre un ulcère de l'estomac avec des vomissements incoercibles dûs non pas à la grossesse, mais à un tabes. Les cas sont excessivement ares mais on peut en Citer des exemples, et comme nous avons vu que l’ulcère gastrique est lui-même très rare pendant la grossesse, il est indispensable d'éviter cette confus sion, Il Y à lieu, disons-nous, de songer au tabes, lorsqu'on se trouve pendant la grossesse, en présence de vomissements incoercibles que lon pourrait prendre pour des vomisse-

Se Es

ments gravidiques ou comme la manifestation d’un ulcère. En effet, H. Dufour et Cottenot rapportent, dans le Bulle- Un de la Société Médicale des hôpitaux de Paris, p. 211, 1909, une observation de tabes pendant Ja grossesse donnant lieu à des vomissements inccercibles par crises gastriques.

… C’est la deuxième observation que les mêmes auteurs publient, où un tabes se révèle pendant la grossesse, en déterminant des crises gastriques qui revêlent les caractères des vomissements incoercibles de Ia grossesse.

& La malade dont il est question, âgée de 29 ans, a eu à 25 ans une première grossesse, pendant laquelle elle n'a cessé d’avoir des vomissements. Celle grossesse s’est terminée par un avortement au sixième mois. La malade reprend ses occupations, n’est jamais inquiétée par aucun symptôme d'ordre tabétique et commence en août dernier, une deuxième grossesse. Trois semaines après le début de cette deuxième grossesse, la malade se met à avoir des vomissemenis graves, qui persistent graves jusque vers la fin du quatrième mois. Un examen attentif révèle des signes de tabes {abolilion des réflexes rotuliens et achilliens, des réflexes tendineux des membres supérieurs, légère incoordination, inégalité pupillaire, mais absence du signe d’argvll, lymphocytose rachidienne très abondante.) » Si on négligeait en présence de cas semblables, de faire l’examen minutieux de la malade, les violentes douleurs dues aux crises gastriques et les vomissements qu’elles provoquent pourraient très bien faire croire à un ulcère stomacal.

Il résulte donc, de tout ce que nous venons de dire, qu'il faut bien se garder de méconnaître un ulcère gastrique apparaissant au cours d'une grossesse etse révélant au début -par des symptômes qui pourraient nous faire croire à des vomissements incoercibles d’origine gravidique, ou à une crise de colique hépatique, ou encore à une crise gastrique due à un labes.

En y regardant d'un peu près, il est possible de diffé-

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