‹ Rapports de l'Ulcère de l'Estomac et de la GrossesseChapitre 8 sur 26 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

(Lucien Mayet. La Province médicale, 1899).

Hélène X.., 37 ans, coulurière, Entrée le 8 novembre 1899, à l'Hôtel-Dieu, service de M. Vinay.

Les antécédents héréditaires de la malade sont assez simpiles. Le pêre est mort à l'âge de 75 ans, d'une hernie étrangléc. La mère vit encore et a 77 ans. Elle n'a jamais fail de maladie grave, mais a toujours été très nerveuse.

L'histoire clinique personnelle est la suivante:

-Aucune maladie infantile, sauf une rougeole bénigne à l'âge de 7 ans. Pas de traces d’alcoolisme ni de syphilis. Réglée à 15 ans, menstruation régulière, avec règles abondantes durant 6 à 7 jours. Il n’en fut pas ainsi au début, el, pendant nombre de mois, la malade avait, à chaque période menstruelle, des douleurs abdominales extrêmement violentes, siègeant au bas-ventre et que rien ne pouvait calmer. A cette époque, se manifesla une chlorose grave qui se prolongea pendant plusieurs années. Depuis ce moment, la malade a de fréquents accès de mélancolie, des crises de sommeil, el un état nerveux déplorable. Ces troubles psychiques se sont accentués avec l'âge.

Mariée à 22 ans. Mari très bien portant. Pas de fausse-couche. Premier enfant né après deux ans de mariage, grossesse pénible ; couches faciles, garçon qui a toujours été très délicat. Il n'a pas eu de convulsions dans le jeune âge ; il est très ner-° veux.

Pendant que la malade nourrissail ce premier enfant, souffrant de troubles dyspeptliques, dont il sera parlé plus loin, commença une nouvelle grossesse. Elle en fut d'autant plus surprise que, lorsqu'elle s’aperçut qu'elle élait enceinte, il y avait plusieurs semaines que son élal gastrique cl général s'était considérablement

amélioré. Bon appélil, disparilion des maux d'estomac qu'elle

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avait eus jusque là, sensation de bien-être ignoré depuis plusieurs années.

Cette deuxième grossesse se termina dans ces mêmes excellentes conditions. Fille bien portante, mais nerveuse comme son frère aîné. | |

Si maintenant. on envisage l’histoire de la malade au point de vue de ses antécédents gastriques, on constale.qu’elle a tout un passé pathologique, sur lequel il convient d’insister. Jusqu'à son affection actuelle, elle n’a pas été malade au vrai sens du mot, mais elle a constamment présenté des troubles dyspepliques. Ils ont débuté au moment de la puberté, par accès d'une durée de une, deux, trois semaines, séparés par des intervalles variables, quelques jours à plusieurs mois, pendant lesquels l’appélit était bon, la digestion facile, l’état général satisfaisant.

Quand cessaient ces intervalles de santé, la malade présentait les

troubles dyspeptiques suivants : douleur plus ou moins intense, survenant de façon irrégulière après le repas, sensation de gonflement du ventre, de ballonnement si marqué, qu'il lui arrivait souvent de se dégrafer pour en obtenir un soulagement ; diges-tion lente, les aliments paraissant ne devoir :« jamais arriver à passer », digestion pénible, avec sensation de malaise, d’engourdissement, et tendance au sommeil. Quelquefois nausées, vomissements où simplement renvois acides, écœurants, qui augmentaient encore l’état de malaise où se trouvait la malade, et l’anorexie qui persistait pendant toule la durée des troubles gastriques. : La malade passe ainsi plusieurs années, et devient enceinte en février dernier. Dernières règles : 14-20 février. Mars, avril, bon état ; aucun trouble digeslif, pas de grandes préoccupations morales.

En mai la malade commence à s'inquiéter de l’absence de ses règles, envisage avec tristesse cette grossesse possible, et se tour-

mente ‘beaucoup. Alors réapparaissent les troubles dyspeptiques

disparus depuis quelque temps. Ils augmentent rapidement d’in-

tensité ; violentes douleurs survenant à la fin de l'après-midi et

assez souvent dans la nuit, douleurs siègeant au niveau de la région

épigastrique, continues pendant une demi-heure, une heure, sour-

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des, avec exacerbations. calmées par l'ingeslion d’une tasse de lail, remède habiluel de la malade. En même temps, régurgilations acides, brûlantes, accompagnées de pyrosis sur toute la longueur de l’æsophage et persistant toujours. Vomissements rares. Juin, juillet, août se passent dans d'excellentes conditions, après sédation rapide, au commencement de juin, des symptômes qui viennent d'être signalés. La santé n’a peut-être jamais été aus-

si bonne que durant ce trimestre, sinon pendant la grossesse précé-

dente. }

Vers le milieu de septembre, les troubles digestifs réapparaissent pour persisler el s'aggraver jusqu’aujourd’hui.

L'état actuel est grave. Quand la malade entre à l’Hôtel-Dieu, elle est dans une siluation des plus précaires. Depuis plusieurs jours, elle ne s’alimente plus, car à peine a-t-elle ingéré des aliments qu'ils sont expulsés par un vomissement qu'accompagnent d’atroces douleurs. Depuis trois jours, elle a des hématémèses répélées et abondantes ; au moment où elle est examinée, son crachoir est à demi rempli de sang rouge brunâtre non digéré. Une débâcle de melœna s’est produite dans la nuit. L’abattement, la faiblesse générale, la pâleur du visage, l’étirement des traits sont extrêmes : mais le symptôme dominant est la douleur, qui se montre d'une façon pour ainsi dire constante depuis quelque temps, sans laisser aucun répit à la malade.

Le régime lacté, l'ingestion de fragments de glace, l'emploi des opiacés et du bi-carbonate de soude, des lavements d’eau chaude à 500, suivant le procédé de M. le Professeur Tripier, amènent rapidement un calme relatif et l'arrêt des phénomènes hémorragiques. L'examen et linterrogatoire de la malade déviennent alors possibles et donnent des renseignements précis. Le lableæu clinique est d'une grande netteté. Il y a sept à huit semaines, vers le milieu de septembre, les troubles gastriques, assoupis depuis quelques mois, se réveillèrent avec une intensilé rapidement croissante. Ce furent d’abord l'irrégularilé de l'appétit, la lenteur de la digestion, les douleurs vagues au moment des repas el dans la nuit, un malaise général indéfinissable ; puis se ca-

raclérisa le syndrôme clinique dont la douleur occupe le premier

plan. La douleur se manifesle par des crises de durée assez variable, qui éclatent au commencement des repas, presqu'immediatement après lingestion des premières bouchées, surlout si celles-ci sont formées par de la viande. L'accès du repas de midi

serait le plus intense et durerait 30, 45, 60 minutes et plus.

Un autre accès douloureux apparaîl généralement entre onze heures el minuit. Les crises douloureuses sont, dans la grande majorilé des cas, accompagnées de vomissements, mais ceux-ci: ne mellent pas fin à la douleur, qui a pris une allure continue avec exacerbalions représentant les accès autrefois distincts. Le vomissement se produit non sans peine ou ne se produit pas, ct ‘ dans ce cas, il est remplacé par des renvois acides qui amè-

nent à la gorge un liquide brûlant.

Le maximum de la douleur est à la région épigastrique. Là, sur: une ‘hauteur d'environ trois doigts, dans le prolongement de la ligne sternale, la plus légère pression détermine une sensation de brûlure qui arrache un cri à la malade. La douleur en broche est nettement accusée et le point rachidien siège au niveau des deux premières vertèbres lombaires. L’hypochondre gauche est douloureux, spontanément et à la pression. D’autres irradiations

gagnent le côté gauche et l'épaule gauche. Rien à droite.

Pour en terminer avec les phénomènes douloureux, il reste à signaler les battements dont la malade accuse l'existence et qui se produiraient environ au niveau des 9% et 10€ côtes gauches. Elle les appelle des « battements de cœur », bien qu'elle soit étonnée de sentir son cœur si bas. En réalité, ces’ battements ne sont pas du tout perceptibles à la main et il s’agit de sensations-

- purement subjectives.

L'examen du contenu stomacal, vomi le surlendemain de l'arrivée de la malade, environ une demi-heure après l'ingestion d’un peu de pain et de lait, et sans que celle-ci ait pris du bicarbonate de soude depuis la veille, a été fait par M. Porteret, phar-

macien en chef de l'Hôtel-Dieu, et a donné les résultats suivants :

Liquide clair avec grumeaux blanchâtres abondants, parfaite-*

ment limpide et incolore après filtration.

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