PNEUMONIE PALUDÉENNE CHRONIQUE
Si l'existence de la pneumonie paludéenne aiguë n'est pas un fait acquis, par contre, la pneumonie chronique nous semble indiscutablement décrite aujourd'hui. Elle est également appelée cirrhose pulmonaire paludéenne, ou induration palustre du poumon, et il n'est pas nécessaire pour la constituer, qu'un processus aigu, caractérisé par Pinfiltration massive dun lobe où d’une portion d’un lobe pulmonaire, intervienne; des congestions répétées suffisent et, dès lors, nous basant sur ce que nous avons dit précédemment, il est facile d'admettre la possibilité pour le paludisme de produire une telle lésion.
Signalée en 1856 par Heschl, décrite en 1860 par Charcot dans sa thèse d'agrégation, puis par Lancereaux en 1866, son histologie fut minutieusement approfondie par Laveran, et la description qu'en fit cet auteur devint dès lors classique ; enfin, tout récemment, Nattan-Larrier et Letulle parachevèrent son étude. Dans le cadre des pneumonies chroniques il faut, croyons-nous, ranger une affection à laquelle nous avons fait précédemment allusion : le pneumopaludisme de De Brun. Sous ce nom, le professeur de Beyrouth décrivait deux ordres de faits caractéri-
sés par une congestion active des sommets du pou-
mon survenant chez d'anciens paludéens (notamment chez les enfants) et se traduisant cliniquement par de la toux, une expectoration souvent sanglante, de la submatité ou de la matité, de l'exagération des vibralions, une respiration soufflante où même un souffle tubaire, sans râles, le tout accompagné d'accès paludéens ; mais, tandisque les uns, curables, disparaîtraient sous linfluence du traitement antipaludique et mériteraient la place que nous leur avons dommée dans le chapitre précédent, les autres passeraient à la chronicité, constituant dès lors la pneumonie chronique l'°n caractérisée, véritable sclérose du poumon.
L'individualité de cette lésion, nous semble bien établie par les observations de de Brun et de ses élèves. Les autopsies, qui sont venues montrer une sorte de « carnification du poumon » ,sans adhérence pleurade, semblent justifier le classement de cette lésion parmi les pneumonies chroniques : ajoutons que J’absence constante du bacille de Koch dans l’expectoration des malades atteints de pneumopaludisme, et de tubercules, au niveau des lésions mêmes de leurs poumons, élimine l’idée d'une tuberculose possible.
Nous verrons tout à l'heure quel appoint vient encore donner aux descriptions cliniques et aux examens microscopiques de ces lésions, leur étude. histologique.
Mais nous ferons observer que nous ne croyons pas cette affection si fréquente que le dit le professeur
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de Brun, en Algérie du moins ; pour notre part, nous n'en n'avons jamais rencontré ; à part les cas de Mailfert et Crespin, qui doivent plutôt entrer dans le cadre des congestions passagères, nous n'avons pas connaissance que pareils faits aient jamais été décrits en Algérie, et, pourtant, plusieurs de nos Maîtres nous ont assuré que, depuis la communication de de Brun, ils ont ausculté plus soigneusement les sommets de leurs paludéens. Ce qu’ils ont fréquemment vu, ce sont : d'une part, l’induration tuberculeuse des sommets (confirmée par le laboratoire) ; c’est fréquemment, comme l'a dit Viallet dans sa thèse, que lon voit s'installer chez des malades, convalescents de séries graves d'accès paludéens, une tuberculose qui peut évoluer rapidement ; d'autre part, des faits semblables au suivant que nous venons d'observer nousmême dans notre service, et que nous rapportons succinctement ici : un ancien paludéen. très anémié par une rechute récente, fait, de temps en femps, des poussées d'œdème généralisé, tousse et crache (expectoration sans grand caractère, ne contenant ni albumine, ni bacilles de Koch). On ausculte ses sommets et l’on constate, sans modification marquée de la sonorité ni des vibrations, une respiration diminuée et très soufflante, donnant l'illusion d'un souffle expiratoire, pas de râles surajoutés ; la radioscopie montre une ombre médiastinale élargie; le diagnostic porté, en l'absence de lésion aortique, est celui de compression bronchique par adenopathie médiasti-
nale ; inutile de dire que nous ne mettons pas sur le