CHAPITRE II
Tuberculose paternelle
A propos du rôle attribué à la phtisie du père sur la santé de l'enfant et sur l’hérédité tuberculeuse, quelques auteurs ont présenté des cas de tuberculisation directe du fœtus sans que la mère fût infectée : MM. Baumgarten, La Torre (de Messine), Landouzy, ont publié des observations témoignant de la mortalité de la tuberculose chez quelques enfants, dès les premiers temps de leur naissance, après avoir été allaités, soit par leur mère bien portante, soit par une nourrice absolument saine, alors que le père seul était phtisique.
En présence de ces faits de tuberculose infantile présumée d’origine purement paternelle, ces mêmes auteurs se demandent si l'on ne pourrait pas en trouver l'explication dans la contamination possible de l'ovule par le spermatozoïde tuberculeux.
Carl Jani essaya, en 1886, d’éclaircir cette question : il examina le sperme provenant de neuf malades atleints de tuberculose pulmonaire, mais dont les organes génitaux paraissaient exempts de toute lésion spécifique; les résultats de l'examen du sperme furent négatifs ; des bacilles de Koch furent seulement constatés dans quelques cas dans les organes génitaux où l'examen histologique n'avait fait découvrir aucune altération pathologique. Jani pense donc que l’on peut admettre comme possible l'infection de l’ovule par le sperme
D 38 d’un générateur tuberculeux, lorsqu'on trouve des bacilles dans ses canaux séminifères ou dans sa prostate.
Nous pensons qu’une telle opinion ne saurait être établie sur des fondements solides qu'à la condition d’être absolument certain de la non-existence de toute lésion tuberculeuse dans les organes génitaux de la femme ; une telle certitude nous paraît très difficile à obtenir, pour ne pas dire impossible. Ce fait ne nous semblerait devoir être admis que si l’on parvenait encore à féconder artificiellement une femelle saine avec du sperme d’un mâle tuberculeux, et si la femelle ainsi fécondée procréait des petits également tuberculeux.
Il ne nous semble pas que la simple constatation de Ja virulence d'un spermatozoïde tuberculeux puisse faire supposer que le bacille pénètre facilement avec le sperme dans lovule : la’ bactériologie nous apprend que le bacille tuberculeux est dépourvu de mouvement; le spermatozoïde, au contraire, est animé de mouvements rapides ; les notions que nous possédons sur la constitution de ce dernier ne nous permettent pas de supposer qu'il se laisse facilement pénétrer par le bacille. Il nous reste donc à examiner le cas ou celui-ci, entraîné par le spermatozoïdle, pénétrerait jusque dans l'ovule. Connaissant la texture délicate de l’ovule, nous croyons difficilement qu’il puisse résister à l'invasion du bacille, qui le détruirait rapidement.
Donc, étant données d’une part les conditions particulières de résistance du spermatozoïdle que l'anatomie nous révèle comme un noyau de cellules transformé, il est peu probable qu'il se laisse facilement atlaquer par le bacille, inerte; étant donnée, d'autre part, la constitution délicate d'un ovule, nous pensons qu’il serait bien vite anéanti sous l’action du bacille. A l'appui de ces considérations, nous ne croyons pas possible d'admettre la tuberculisation directe de l'embryon. L'influence de la tuberculose paternelle nous paraît donc nulle au point de vue de la transmission du germe.
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Tout autre nous apparaît l'influence du père au point de vue de l’hérédité de terrain, c’est-à-dire de la prédisposition qu’il lèœue à sa descendance à contracter la tuberculoe. L’hypothèse si favorablement accueillie qui admet la transmission de cette maladie dans une série de générations à une prédisposition commune, à un trouble des actes de la nutrition qui font de l'organisme un milieu favorable à la réception, nous paraît confirmée par l'observation de tous les jours et mérite
que nous l’acceptions sans réserves.
Les divers témoignages que nous avons présentés nous amènent donc à considérer comme seule démontrée la possibilité de la transmission du germe par voie placentaire; nous ne pensons pas toutefois qu’on doive grandir plus qu'il ne convient l'importance de cette proposition, ni en exagérer la portée et conclure de ce que la tuberculisation intra-utérine est possible, qu’elle doive se produire toutes les fois que la mère est phtisique. N’avons-nous pas constamment sous les yeux des exemples d'enfants nés de mères tuberculeuses, qui continuent à vivre bien portants et qui sont d'heureuses exceptions à la trasmissibilité de cette maladie?
Avec ce germe qu'une mère phtisique peut transmettre à son enfant, elle peut aussi, bien plus souvent encore, lui léguer une constitution, une manière d’être de l’économie, une vulnérabilité organique qui le rendra plus apte à se tuberculiser. Cet état particulier de moindre résistance sera plus accentué encore s'il est soumis à la double influence du père et de la mère.
Le processus intime de cette prédisposition a été diversement interprété ; pour les uns, il consisterait dans une modifi-
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cation de certaines espèces de cellules ou des albumines de certains tissus; pour d’autres, les cellules hériteraient de certaines particularités chimiques tendant peut-être à diminuer leur résistance à l'égard du bacille tuberculeux ou fournissant à celui-ci un terrain plus favorable à son développement.
Les récents travaux de M. le professeur Bouchard sur les produits solubles sécrétés par les microbes pourront peut-être permettre d'expliquer cette prédisposition par le passage du sang maternel au sang fœtal des produits solubles émanant du bacille tuberculeux. Ces toxines, remplissant le rôle d’agents modificateurs de l'organisme, pourraient en même temps diminuer son immunité naturelle en le privant de ses moyens de défense.
Quelle que soit l’origine de cette tuberculose infantile, nous ne devons pas oublier qu'à côté de l'hérédité de terrain et de germe que les enfants peuvent recevoir de leurs ascendants, il existe d’autres facteurs importants de la tuberculose, tels sont : la contagion, la mauvaise alimentation, une hygiène défectueuse, toutes causes propres, sinon à créer la maladie, tout au moins à engendrer l’état de réceptivité.