CHAPITRE II
Küttner, dans la conclusion de sa première communication énonce trois sortes de décision. |
Chez les femmes dont l’état général est bon, instituer un simple traitement local.
Quand il existe des lésions avancées, faire le traitement local et se tenir prèt à la trachéotomie.
Si les lésions s’aggravent et s'étendent, pratiquer l’avortement.
Küttner n’hésite pas à prendre cette détermination héroïque qui lui est suggérée, dit-il, par les études de Kaminer sur la grossesse et la tuberculose pulmonaire.
Kaminer avait, en effet, pratiqué l’avortement chez 17 femmes. Chez 5 d’entre elles, la tuberculose continua à progresser malgré l'interruption de la grossesse et elles succombèrent toutes. Les 12 autres virent le mal s’arrêter.
Avec Kaminer, Küttner conclut que le médecin doit tenter chaque fois qu’il le croit nécessaire l’avortement
qui peut amener un arrêt dans l’évolution de la mala-
D vor
die. Cette conduite lui semble d’autant plus logique que la tuberculose laryngée est presque toujours consécu- tive à la tuberculose pulmonaire qui, à elle seule, commande l'intervention.
Selon Küttner les chances de sauver la malade seront d’autant plus grandes que la grossesse sera interrompue à une époque plus précoce. À partir du septième mois, elles se trouveront considérablement diminuées. La résistance de la malade, dit-il, est d’autant plus grande qu’elle est plus loin du terme et dans les derniers mois l'avortement donne de mauvais résul- Lats.
Dans cette voie de l'interruption thérapeutique de la grossesse Küttner fut aussitôt suivi par de nombreux médecins.
P. Ruge préconise l’avortement provoqué quand la tuberculose est au début, si on peut espérer la guérison de la mère. On doit y renoncer si la tuberculose est avancée. L'enfant, dit-il, mérite des égards quand le mal est grave ; on doit ménager la mère au détriment de l'enfant quand la tuberculose est au début.
Pour O. Fellner, au contraire, la gravité des lésions est la seule indication à l’intervention qui devra être faite dans les trois premiers mois.
La grossesse, pour Godesken, ne doit être interrompue que pendant les premiers mois, et seulement, si l’état général est satisfaisant et l’affection pulmonaire pas trop avancée. Si la tuberculose laryngée n’est pas de forme grave, mais progresse continuellement, il faut
procéder à l’interruption de la grossesse.
TASORE
Lévy partage cette opinion.
Aman distingue, au point de vue des indications à l'avortement, deux types de tuberculose laryngée : {la tuberculose aiguë, localisée, survenue au cours de la grossesse et qui, au début, ne s'accompagne que de symptômes pulmonaires peu marqués; 2° la tuberculose existant déjà antérieurement à la grossesse, compliquée : de lésions pulmonaires graves et qui, du fait de la grossesse, subit une aggravation rapide.
Dans les cas où l’on a affaire au premier type on peui, avant de recourir à l’avortement provoqué, essayer d’une thérapeutique locale énergique. Lorsqu'on se trouve, au contraire, en face du second type il ne faut pas hésiter un seul instant à interrompre la grossesse.
Attendre que l'enfant soit viable et pratiquer alors Paccouchement prématuré est une mauvaise pratique dont on n’a à attendre aucun bon résultat.
A la Société médicale de Würzburg,Bollenhagen présente deux fœtus provenant d’une femme chez qui il a pratiqué, à deux reprises, dans le cours de la même année, l’avortement pour tuberculose laryngée. Chaque fois l'indication de l'avortement avait été formellement posée par le professeur Seifert lui-même. Dans le cas présent le résultat a été des plus remarquables, dit-il. La femme jusque-là aphone recouvra la voix; la fièvre tomba et l’état général s’améliora d’une façon frappante.
Suivant l’auteur qui traduit l’opinion de son maître Seifert, l'interruption est parfaitement justifiée dans le cas de grossesse survenant au cours d’une phtisie laryngée, mais il faut distinguer rigoureusement l’avorte-
ment provoqué, de l’accouchement prématuré provoqué distinction qui a une importance capitale quant aux conséquences qui résultent de l’une ou de l’autre intervention.
Dans le camp des accoucheurs les idées sont diamétralement opposées au sujet de l’interruption thérapeutique de la grossesse et le côté des non-interventionnistes est surtout composé de Français.
Cependant E. Bonnaire qui refuse l’avortement provoqué dans la tuberculose pulmonaire l’admet pour la tuberculose laryngée.
Queirel est partisan de l’avortement si le diagnostic de tuberculose s'impose au début de la grossesse. C'est le seulmoyen, dit-il, de supprimer les efforts congestifs au début du travail et la fatigue des derniers mois.
Schauta (de Vienne) est un partisan convaincu de l'interruption de la grossesse. Il pense que chez les femmes atteintes de tuberculose du larynx il n’y à aucun avantage à attendre de l’accouchement prématuré en faveur de la mère, tandis qu'il peut être utile de provoquer l’avortement au début de la grossesse,
Dans les cas désespérés de tuberculose l’accouchement provoqué est indiqué dans l'intérêt du fœtus dès qu'il est viable.
Schauta provoque l'avortement de préférence dans les premiers mois de la grossesse.
C’est au Congrès d’obstétrique et de gynécologie de Rome de 1902 que Schauta exposa ses opinions et sa conduite. La voix autorisée du professeur Pinard lui
répondit : Notre maître se déclarait nettement hostile
à toute interruption de la grossesse chez une femme atteinte de tuberculose.
« Existe-t-il un fait, disait-il, qui démontre d’une façon nette que l'expulsion prématurée du produit de conception ait retardé l’évolution de la maladie et la terminaison fatale ? Je n’en connais pas. »
Budin désapprouve l’avortement. < Jamais dit-il, on ne tentera l’avortement. Il estregrettable que des accoucheurs l’aient conseillé. »
Parmi les médecins Rénon est aussi partisan de laisser évoluer la grossesse en soutenant la mère par tous les moyens.
L'opposition est donc complète entre les deux camps. Quels sont leurs arguments respectifs ?
Il est légitime, disent les interventionnistes, d’interrompre la grossesse quand une maladie produite ou aggravée par elle menace la vie de la femme. La tuberculose laryngée peut être classée parmi les plus néfastes.
L’avortement, d’ailleurs, est souvent spontané et démontre bien l'intérêt pour le terrain maternel à se débarrasser d’un fruit nuisible. En outre, ce n’est pas grand dommage de supprimer un être voué souvent à la mort prochaine ou à une vie misérable du fait de son organisme appauvri, de son terrain tout préparé pour la culture des germes morbides.
Enfin disent-ils, des expériences démontrent que l’avortement provoqué a souvent été la seule chance de salut pour la mère.
Les abstentionnistes répliquent que s’il est légitime
d'interrompre une grossesse qui produit ou aggrave