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MACHINES A GAZ, A AIR, ETC

g 1. — Machines à Gaz.

Trois machines à gaz figurent à l'Exposition et sont remarquables à des titres divers :

Le moteur Lenoir, qu'une immense publicité a fait connaître il y a quelques années, et qui, d'ailleurs, était exposé en On sait que le principe de cette machine consiste dans la combustion d'un mélange de gaz hydrogène carboné et d'air qui est introduit dans un cylindre par l'aspiration même du piston pendant la première moitié de sa course, tandis que, pendant la seconde moitié, ce mélange est enflammé au moyen d'une étincelle électrique; il se dilate alors et produit la force motrice. La consommation est de 2,500 à 3,000 litres de gaz par force de cheval et par heure. Nous n'avons nullement l'intention de revenir sur les avantages et les inconvénients de cette machine qui a été étudiée depuis plusieurs années et qui est jugée aujourd'hui comme pouvant rendre des services malgré

la consommation considérable de gaz et d'eau de refroidissement, et malgré les soins incessants dont elle doit être l'objet.

M. Hugon étudiait depuis longtemps les machines à gaz, et avait déjà proposé plusieurs systèmes, quand parut le moteur l-enoir. Il continua à faire de nombreuses expériences dans ses ateliers, et la machine qu'il a présentée est le fruit de longues études. Le principe de ce moteur consiste dans la combustion d'un mélange de gaz et d'air atmosphérique dans lequel se trouve injectée une petite quantité d'eau qui est instantanément transformée en vapeur; l'inflammation du mélange combustible se fait au moyen d'un bec de gaz constamment allu.ué au point où l'introduction a lieu sous le cylindre.

Un avantage incontestable de ces dispositions est de régulariser la marche de la machine, dans laquelle le mélange d'air et de vapeur d'eau agit à une température beaucoup plus basse •me le mélange gazeux seul; aussi la quantité d'eau de refroidissement est-elle peu considérable et la production des cambouis dans le cylindre presque nulle. D'un autre côté l'inflammation par un bec de gaz est beaucoup plus sûre que par IVlectricité. La machine de M. Hugon semble consommer à peu de chose près la même quantité de gaz que le moteur Lenoir. Elle fonctionne d'ailleurs régulièrement, ainsi qu'on a pu s'en convaincre à la Manutention où elle a marché pendant toute la durée de l'Exposition.

A côté des deux machines françaises que nous venons de mentionner, on a remarqué avec un vif intérêt, dans la grande galerie des arts usuels, une machine prussienne présentée par MM. Otto et Langen, de Cologne, et établie d'après un principe tout différent. Celle-ci est à simple effet; un cylindre vertical entièrement ouvert à sa partie supérieure est muni d'un piston au-dessous duquel arrive un mélange d'une grande quantité d'air avec une faible proportion de gaz. L'inflammation a lieu au moyen d'un bec de gaz ; l'air échauffé par la combustion de l'hydrogène carboné se dilate et soulève le piston qui, dans sa courte ascendante , est en quelque sorte

isolé du moteur et n'a aucune action snrlui. L'air dilaté ne tarde pas a se refroidir et à se contracter; le piston redescend alors sous la double action de cette contraction et de son propre poids, et c'est dans cette course descendante qu'il communique le mouvement au moteur. La description complète de la machine, qui comporte un grand nombre d'organes trèsdélicats et très-ingénieux, nécessiterait un dessin ; mais les quelques lignes précédentes suffisent pour en faire comprendre le mécanisme. De nombreuses expériences ont été faites sur le moteur de MM. Otto et Langen. Les courbes relevées, au moyen de l'indicateur, sont généralement régulières et dessinent la marche de l'appareil telle que nous venons de l'expliquer. La consommation d'eau de refroidissement est insignifiante, et la consommation de gaz, par force de cheval et par heure, est d'environ 1 ,200 litres. Ces résultats sont très-remarquables, surtout pour une machine de la force d'un demi-cheval, comme le modèle figurant à l'Exposition, lequel a été grossièrement construit et sera sans aucun doute perfectionné. Nous pouvons donc constater un progrès très-réel dû à MM. Otto et Langen, qui ont ainsi ouvert une nouvelle voie pour la construction des machines motrices à gaz.

g 2. - Machines à air chaud.

Les machines à air chaud ne sont guère représentées que par deux systèmes qui déjà figuraient à l'Exposition de 1862. M. Robinson, de New-York, a présenté une inachined'Ericsson trop connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire. M. Laubereau, de Pans, a exposé une machiue de son invention, à laquelle il a apporté quelques modifications depuis cinq ans. C'est toujours une masse d'air constante qui se dilate et se contracte par son contact avec des surfaces de chauffe et de refroidissement relativement assez considérables. L'augmentation et la diminution de volume correspondent à la course d'un piston dans un cylindre. Cet appareil ingénieux n'est pas

encore répandu dans l'industrie. Nous ne croyons donc pas devoir insister plus longuement sur les machines à air chaud proprement dites.

g 3. — Machine à ammoniaque.

M. Frot, ingénieur de la marine, ayant pensé qu'une machine employant une vapeur produite à une température plus basse que la vapeur d'eau, donnerait des résultats plus économiques, a cherché quel liquide il pourrait employer pour arriver à ce résultat. La dissolution du gaz ammoniac dans Peau lui a paru remplir cette condition et toutes les autres que comporte le problème. Sa machine comprend, comme la machine à vapeur ordinaire, une chaudière dans laquelle se trouve l'ammoniaque liquide, un cylindre dans laquelle la vapeur ammoniacale agit sur le piston, un condenseur pour ramener cette vapeur à l'état liquide, dissoudre de nouveau le gaz et permettre son retour dans la chaudière. Ou comprend que ce condenseur et les différentes pièces accessoires forment la partie essentielle de la maehine et constituent sa différence avec la machine à vapeur. Aussi devons-nous entrer à ce sujet dans quelques détails.

Le fonctionnement du nouveau moteur repose sur un écoulement hors de la chaudière de deux courants, l'un gazeux passant par le cylindre, le second liquide venant rejoindre le courant gazeux à sa sortie du cylindre moteur pour l'absorber et lui permettre de rentrer dans la chaudière sous forme liquide. C'est un double circuit t'en m'* dont la chaudière où se produit la chaleur, et l'appareil où se reproduit la dissolution, appelé dissoluteur, forment les deux maillons communs.

La machine de M. Frot est une simple locomobile à vapeur de 15 chevaux, à laquelle on a ajouté un dissoluteur, dans lequel la vapeur ammoniacale, déjà en partie liquéfiée, se rend en sortant du condenseur. Ce dissoluteur est une boite métallique traversée par des tubes dans lesquels passe de l'eau de refroidissement qui provient d'un réservoir extérieur quelcon-

que et qui ensuite se rend au condenseur dont elle enveloppe les tubes. L'eau provenant de la chaudière et destiné.? à redibsoudre l'ammoniaque, est d'abord refroidie dans un serpentin où elle est entourée de l'eau d'alimentation cl se rend ensuite au dissolutcur où elle absorbe le ^az ammoniac libre, puis elle est reprise par une pompe et refoulée dans la chaudière. La machine fonctionne en vertu de la différence de saturation qui existe entre la dissolution ammoniacale de la chaudière du pèse-alcali (19°) et celle du dissoluteur (26°).

Les expériences faites à l'Exposition ont démontré que cet appareil fonctionne bien ; mais de nombreuses objections ont été faites contre son application pratique. Les fuites semblent devoir être une cause de gêne continuelle. Cependant M. Frot répond que le fer se conserve beaucoup mieux dans l'ammoniaque que dans l'eau, et que, dans les presse-étoupes, l'huile est saponifiée par l'alcali, et rend toute fuite impossible. L'expérience seule peut prononcer sur la valeur de ces objections ainsi que d'une foule d'autres et de la réponse qui y a été faite. L'expérience prouvera aussi quel est le chiffre réel de la consommation en combustible, que M. Frot annonce être très-inférieure a celle d'une machine à vapeur. Une Commission nommée par S. Exc. le ministre de la marine a examiné depuis plusieurs mois la machine de M. Frot et donnera sans aucun doute des chiffres positifs sur la quantité de combustible qu'elle consomme ; nous ne pouvons donc rien affirmer en attendant le rapport de cette Commission. La machine à ammoniaque est encore une nouveauté, et ne peut nullement être considérée comme un appareil industriel. Nous la citons néanmoins avec le plus grand intérêt, parce qu'elle résume des idées nouvelles, dont l'application pratique deviendra peut-être possible et constituera alors une sérieuse découverte pour l'industrie.

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