MOULINS A VENT
Des quatre moulins à vent exposés dans le Parc, un seul justifie son nom et est destiné à la mouture du grain. La désignation de moteur aérien leur conviendrait mieux, car ces appareils sont disposés pour utiliser, sous des formes variables, le travail mécanique développé par la pression du vent sur des surfaces mobiles. Malheureusement, ce moteur, le plus économique de tous, est aussi le plus inconstant; aussi a-t-on renoncé à rappliquer à des travaux qui ne peuvent s'accommoder d'un chômage prolongé. Il trouve sa principale utilisation dans l'élévation de l'eau pour les irrigations ou les dessèchements des marais.
La France compte trois exposants de moulins h vent;
10'i GROUPE VI. — CLASSE 53. — SKCTION VI.
MM. Lepaute, de Paris, Mahoudcau, de Saint-Epain, et Formis, de Montpellier. L'industrie étrangère n'est représentée que par la Société de Châtelincau (Belgique), qui a installé un moulin à vent du système Thirion.
Dans les trois appareils français, la force du vent sert à élever Teau ; M. Lepaute emploie une chaîne à godets ou noria, M. Mahoudeau, une pompe foulante et M. Formis une espère de turbine qui est diposée spécialement pour les épuisements à de faibles profondeurs ou à l'élévation à de faibles hauteur*, comme le cas se présente dans le dessèchement des marais.
M. Lenaute a disposé, sur le sommet d'une tour de 50 mètres d'élévation, deux disques à jour d'un diamètre de 3 mètres environ, munis chacun de seize ailes d'inclinaison constante, comprises entre un cercle extérieur qui les enveloppe et un plateau en fonte calé sur un arbre horizontal. Les deux volées sont indépendantes l'une de l'autre, et, commandant chacune une noria, elles sont orientées chacune par un gouvernail. Le faible diamètre de la volée rend inutile l'emploi d'un modérateur, indispensable dans les autres systèmes. La résistance de la noria suffit pour l'empêcher de prendre une Mtcssc excessive sous l'action d'un vent violent.
Le moteur aérien de M. Lepaute date de 1858; il fonctionne d'une manière satisfaisante depuis cette époque.
M. Mahoudcau a conservé l'ancienne disposition des ailes ; mais il a perfectionné et simplifié le mécanisme du moulin à vent, qu'il est parvenu à rendre d'un emploi assez fréquent dans les exploitations agricoles. Il a déjà construit plus de 200 appareils semblables à celui qu'il expose. Ce moulin a six ailes offrant une surface de voilure de 10 mètres carrés ; six bras rigides de 3 mètres de longueur et légèrement inclinés vers l'extérieur, sont fixés à un manchon calé sur l'arbre horizontal. L'extrémité libre de chacun de ces bras porlc, au lieu de vergue, une lame de ressort assez flexible pour permettre à l'aile formée par la toile de s'incliner plus ou moins suivant la force
MACHINES A liAZ , A AIH CHAUD, A AMMONIAQUE, ETC. 105
du vent. Ce modérateur très-simple remplit parfaitement son but ; dès que le vent s'élève, la voile s'efface et lui présente une surface normale moindre. L'arbre horizontal mû par la volée commande directement, au moyen d'un coude ou manivelle, la tige de la pompe foulante. Il porte à l'extrémité opposée à la volée un contre-poids fixe qui équilibre celle-ci, tout eu lui permettant de s'orienter et de se présenter toujours normalement à la direction du vent. Le moulin à vent de M. Malioudeau s'oriente et se règle ainsi de lui-même; la simplicité de son mécanisme permet de l'établir à très-bas prix. Celui qui est exposé coûte 600 francs seulement et paraît à l'abri de la plupart des causes de dérangement.
Le moulin à vent de M. For mis a été imaginé parM. Dellon, ingénieur des ponts et chaussées. Comme celui de M. Lepaute, il commande un axe vertical par le inoven de deux roues d'angle qui lui permettent de s'orienter de lui-même, mais il présente une disposition nouvelle des ailes et de leur régulateur. A l'extrémité de chacun de ses huit bras ou rayons rigides se trouve attachée l'extrémité flottante d'une vergue prenant son point d'appui sur le milieu du bras précédent ; l'espace compris entre le bras et cette vergue est rempli par une voile triangulaire qu'il s'agit d'incliner plus ou moins suivant la force du vent : à cet effet, l'écoute de la vergue file le long du bras et pénètre à l'intérieur de l'arbre horizontal d'où elle sort, par l'extrémité opposée à la volée ; cette écoute est tendue par un contre-poids convenablement calculé pour se soulever et laisser éloigner le bout de la vergue lorsque la limite de pression est dépassée. Ce contre-poids remplit ainsi le môme office que le ressort adopté par M. Malioudeau.
L'appareil de M. Formis a été employé avec succès au dessèchement des marais entre Montpellier et Cette ; il a résisté au mistral, ce vent impélueux du Midi. Malheureusement, le modèle exposé n'a pu permettre de constater ses qualités ; il est placé en effet dans un point bas du Parc, et est, en outre,
masqué par des plantations qui l'empêchent de recevoir le vent ; aussi nVt-il presque pas tourné pendant la durée de l'Exposition.
Il nous reste à décrire l'appareil du système Thirion, exposé par la Société de Cbàtelineau. Ce moulin à vent est disposé pour un travail bien supérieur à celui des (rois spécimens français. Il compte, en effet, vingt ailes en bois comme dans le système Lcpaute, mais libres à leur extrémité opposée à l'arbre horizontal qu'elles font mouvoir. Chacune de ces ailes présente la forme d'un secteur étroit pouvant pivoter autour d'un rayon; elle est emmanchée par un gond au plateau en fonte calé au bout de l'arbre et, vers le milieu de sa longueur, dans un deuxième gond fixé sur un cercle réunissant toutes les ailes. Le système de régulateur est basé sur la force centrifuge, comme dans les modérateurs de machines à vapeur. 11 se compose d'un deuxième grand cercle, de même diamètre que le premier et auquel sont adaptées par unede leurs extrémités des tringles articulées dont l'autre extrémité est fixée au centre de chaque aile. Deux de ces articulations portent à leur sommet des masses pesantes qui, sous l'action de la force centrifuge, tendent à s'éloigner du centre du grand cercle et h faire pivoter les ailes. Tant que la vitesse de régime n'est pas dépassée, l'inclinaison initiale des ailes reste la même ; le deuxième grand cercle est entraîné par les tringles et tourne avec leur vitesse angulaire ; mais , dès que le mouvement de rotation dépasse la limite fixée, les ailes pivotent autour de leurs gonds en vertu de la force centrifuge et présentent an vent une surface de plus en plus réduite à mesure que la vitesse s'accélère. La transmission de mouvement par engrenage permet d'ailleurs l'orientation de l'appareil, la volée pouvant se déplacer tout autour du pivot en entraînant avec elle l'arbre horizontal et la roue de commande.
Ce moulin à vent porte, outre son régulateur, un frein à main agissant sur une poulie de f arbre horizontal ; celui de M. Formis porte aussi cet appareil de sûreté d'une utilité in-
contestable. En somme, on peut considérer les moulins à vent de l'Exposition comme résumant les divers perfectionnements dont ces appareils ont été l'objet. Sans présenter des progrès bien marquants, la construction de ces appareils a été étudiée, et ils rendent des services incontestables.
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