MACHINES A DÉVIDER ET A MOULINER LA SOIE
Les moyens mécaniques usités dans les magnaneries sont et doivent être tellement simples que l'industrie séricicole n'a pas cru utile d'en présenter de spécimens.
§ 1. — Coconnière.
La section italienne, seule, renferme un appareil dont le t but répond à un besoin important de l'éducation des vers à soie. La coconnière à laquelle nous faisons allusion est une sorte de casier à alvéoles rectangulaires ; chacune des cases a le volume exactement nécessaire au logement d'un ver arrivé à son entier développement. C'est donc une prison cellulaire destinée : iw à empêcher deux vers de se réunir pour filer les cocons inférieurs connus sous le nom de doubles ou doupious; 2° à permettre un triage facile des cocons destinés à la reproduction, suivant des prescriptions spéciales indiquées par l'inventeur. L'éducateur qui propose ce système a également imaginé et exposé un outillage mécanique fort élémentaire pour établir ces casiers à très-bas prix, afin de lutter de bon marché avec ïencabanage par la bruyère, le bouleau ou les règles dites coconnières d'avril. Le moyen est ingénieux et pourrait déterminer une réduction dans la proportion des doubles, estimée, en moyenne, à 10 pour 100; mais il est douteux que le système proposé de grainarje par sélection des reproducteurs soit efficace contre le mal dont souffre depuis si longtemps l'industrie de la soie, et pour lequel ou cherche, avec raison, un autre remède.
l î. — Tours.
Nous n'indiquons que pour mémoire les tours italiens et français à filer la soie, attendu que, malgré quelques tentati-
ves sans portée pour modifier certains détails, ces machines n'offrent rien de particulier et laissent toujours grande la part de l'ouvrière dans la régularité et la beauté des fils produits. Sans doute il sera bien difficile et peut-être impossible de remplacer les doigts intelligents et exercés de la fileuse par des moyens automatiques dans le dévidage de la soie grége; mais la première partie de l'opération, qui consiste à dégommer les cocons, avant de tirer le fil, constitue un désideratum industriel d'autant plus regrettable que les moyens de régler cette préparation existent aujourd'hui. Des appareils, basés sur la pénétration régulière des couches du cocon par l'action successive du vide et de l'eau chaude, ont pour effet de préparer uniformément une masse quelconque avec une intensité variable à la volonté du manipulateur, suivant la résistance des enveloppes. Il en résulte une économie considérable ; aucune objection sérieuse ne s'oppose à l'adoption d'un principe qui pourrait rendre des services comparables aux résultats obtenus par le chauffage des bassines à la vapeur, imaginées par Gensoul, et qui mériterait d'être pris en sérieuse considération lorsqu'il s'agit d'une matière aussi précieuse.
| 3. - Filage, dévidage, lit rage et noulioage de la soie.
Le matériel destiné aux trois opérations principales du moulinage, dévidage, doublage et retordage, figure dans les. sections anglaise, suisse et française. Les métiers qui composent ces diverses expositions ont été l'objet d'une exécution en rapport avec la délicatesse et la valeur des fils. Us sont demeurés toutefois, à part quelques détails, ce qu'étaient, il y a vingt ans déjà, les machines de Manchester , connues sous le nom de moulins anglais. Alimentés par des produits réguliers, bien filés, ces appareils à mouliner, construits avec les soins que comporte le progrès général de la mécanique, peuvent donner des résultats parfaits ; mais, [si les fils à retordre sont irréguliers, comme cela a toujours lien avec les soies exo-
tiques, qui forment la principale ressource de l'industrie, ils «loi vont être titrés et classés au préalable. Cette partie essentielle des opérations préparatoires préoccupe avec raison la plupart des mouliniers. Des exposants lyonnais présentent des moyens préventifs qui consistent à dévider les écheveaux sur des longueurs de 500 mètres, titrées partiellement et groupées ensuite par numéros. Cette méthode offre les inconvénients de ne pas tenir compte des irrégularités successives qui, sur un certain parcours, se compensent mutuellement, d'être lente, d'exiger une grande habileté de la part du personnel, et d'occasionner un déchet anormal. Un constructeur suisse, M. Gaspard Honegger, a imaginé un appareil automatique dont la combinaison fort ingénieuse paraît remplir toutes les conditions d'un échantillonnage exact et rapide.
Le mécanisme est disposé de telle sorte que chaque point du fil est, pour ainsi dire, tâté par un doigter des plus impressionnables ; dès qu'une différence dans le diamètre du brin réagit sur le trieur, le guide, avec lequel ce dernier se trouve en relation directe, transporte le fil sur la bobine dont le titre correspond à la section éprouvée.
Un appareil imaginé pour atteindre au même but fonctionnait déjà a l'Exposition de Londres en 1862, mais il était si compliqué, si délicat et d'un prix tel qu'il ne pouyait être adopté par la pratique. L'invention de M. Honegger est une œuvre de précision appelée à supporter toutes les conditions du travail manufacturier.
A côté de ces appareils, dont un avenir prochain démontrera l'importance, nous avons à indiquer, pour la France surtout, des instruments perfectionnés pour la constatation de la ténacité, de l'élasticité et de la torsion des fils. La plupart des appareils dont se servait l'industrie étaient incomplets et laissaient à désirer, sous le rapport des indications fournies par l'aiguille correspondant au poids ou au ressort sur lequel agissait le fil à éprouver. Dans l'instrument désigné sous le nom de phroso:lynamUjuet l'aiguille indicatrice s'arrête sans
oscillation, quelque brusque que soit la rupture du fil, et marque avec la plus grande précision l'effort sous lequel cette rupture s'est produite. De plus, l'essayeur phrosodynamique ne permet pas seulement de compter et d'enregistrer la torsion d'un fil, ce qui, jusqu'à présent, nécessitait un second appareil ; mais il facilite la détermination de la torsion la plus avantageuse à imprimer à un produit donné, en vérifiant successivement, et à mesure de l'accroissement dc|torsion, l'augmentation de résistance acquise (1).
g 4. — Machine à faire la chenille.
La fabrication de la chenille, qui se rattache, par sou principe, au moulinage des fils et constitue une spécialité importante dans la passementerie, est représentée par un appareil ingénieux ; l'inventeur, M. F. Martin, de Lyon, a su heureusement appliquer à la machine à guiper un rabot ou couteau qui tranche automatiquement les spires de la chenille à mesure qu'elles se forment.