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MATÉRIEL DU TISSAGE

Les procédés et les machines exposés dans la classe 56 ont autant d'importance que les moyens de la filature, mais présentent peut-être moins de subdivisions tranchées. Le matériel du tissage ne varie pas sensiblement suivant la nature des matières premières ou selon le mode d'entre-croisement des fils. Les dimensions des métiers, la force des organes et certains détails accessoires subissent seuls des changements déterminés par la largeur, l'épaisseur et la constitution de l'étoffe. Les appareils pour préparer les fils au ti«sage reçoivent quelques modifications d'après les caractères de la substance ; les machines à apprêter sont variées en raison des effets recherchés pour donner au tissu l'aspect le plus flatteur et le plus durable.

L'outillage de la classe 56 peut donc se diviser ainsi :

Appareils et machines préparatoires; Métiers à tisser les étoffes unies;

— — dites armures unies;

Métiers à tisser à boites multiples, à armures et à trames" de couleurs variées ;

Métiers à tisser les velours unis, bouclés et coupés;

— — — façonnés;

— — mailles élastiques pour bonneterie ;

— — — nouée* pour filets;

— — — fixes pour tulle à la chaîne ;

— — — — bobin ; Machines à apprêter les tissus unis et lisses;

— à feutrer et à fouler ,

— à tomlrfi et à apprêter les tissus duveteux.

M — Machines préparatoires.

Ces appareils comprennent les machines à ourdir et à encoller les fils de chaîne ainsi que les cannetières destinées à enrouler les fils de trame sur les tuyaux de la navette.

L'exposition anglaise renferme un spécimen perfectionné de l'ourdissoir automatique. Cet appareil est muni d'un casse-fil qui produit un arrêt immédiat, déterminé par la rupture d'un fil quelconque de la chaîne. Cette addition très-simple réalise un progrès considérable. Jusqu'ici l'ouvrière chargée de la surveillance devait débrayer à la main ; mais son attention ou même sa vue pouvait faire défaut, car il n'est pas rare d'ourdir simultanément jusqu'à six mille fils. Dans le cas le plus favorable, celui où la vigilance de l'ouvrière lui permettait de s'apercevoir de l'accident, il se passait un temps sensible entre ce moment et celui de l'arrêt ; le casse-fi! débrayeur remédie à cet inconvénient et ajoute au perfectionnement de l'opération une notable économie de temps.

Une autre modification intéressante de l'ourdissoir consiste dans la disposition du peigne ou râtelier, dont les dents s'écartent ou se rapprochent au moyen d'une vis, en raison de la réduction des chaînes qui se succèdent sur la même machine.

Machines à parer et à encoller. — La substitution des eneolleuses à tambour sécheur aux pareuses à brosse et à venti-

MATÉRIEL BT PROCÉDÉS DK LA F1I.ATUHK. 199

lalion avait réalisé, dès l'Exposition de 1862, un progrès important, puisqu'une seule des nouvelles machines remplaçait six appareils de l'ancien système et réduisait ainsi les frais du matériel et de l'opération ; les encolleuses à séchage par contact ont reçu un perfectionnement de plus et peuvent aujourd'hui encoller et sécher à la fois deux chaînes superposées. Malheureusement ces appareils, encore à l'essai, ne figurent pas à l'Exposition, et nous devons nous borner à indiquer les études dont ils sont l'objet en Angleterre. Les machines à encoller enroulent directement la chaîne sur l'ensouple du métierà tisser ; pour les fils qui, comme la soie, ne reçoivent pas de parement, l'ourdissage et le montage forment deux opérations bien distinctes ; à Lyon, notamment, se trouvent en assez grand nombre les monteurs à façon, qui transportent la chaîne de l'ourdissoir sur l'ensouple du métier. Un mécanicien suisse, dont nous avons déjà signalé les travaux dans la classe 55, M G. Honegger, expose un appareil à ourdir et à monter simultanément les chaînes de soie, qui a le double avantage de supprimer une opération lente et coûteuse et de ménager le fil, en réduisant le nombre des manipulations.

Cannetières. — Les machines à faire les trames ou cannettesse trouvent réunies en grand nombre. Les dispositions ingénieuses adoptées pour le dévidage et fenroulage des fils simples et retors indiquent le soin apporté à la solution d'un problème assez difficile. La trame doit être bobinée sous forme de cylindres coniques, avec une tension uniforme, quel que soit le diamètre des couches successives , elle doit occuper le moindre volume possible, afin d'éviter les changements fréquents de navette ; la cannette doit s'arrêter spontanément dès que le fil de la trame simple ou l'un des éléments du fil mouliné, s'il s'agit d'un retors, casse au dévidage. Les diverses machines exposées réalisent ces données, qui ne sont pas sans influence sur l'économie du tissage ; la simplicité des transmissions nous dispense d'y insister.

§ a. — Métiers automatiques pour le tissage* des étoffes unie*.

Sous ce titre sont compris les métiers légers, dont la largeur ne dépasse pas un mètre, employés au travail des cotonnades, des ii ié ri nus, des taffetas, etc.; les métiers de iu£tut dimension réservés aux tissus forts, comme les toiles à voiles, et les métiers pour draperies et pour certaines toiles, dont in largeur dépasse parfois trois mètres. Le métie* à calicot le plus anciennement appliqué au tissage automatique est l'objet constant de perfectionnements, en vue d'accroître la production et la régularité des résultats. L'augmentation de stabilité dans les points d'appui et l'allégement des organes mobiles ont permis d'atteindre à une vitesse de 300 duites à la minute pour des largeurs de 0ra60 à ÛM70. Il arrivait fréquemment, dans les métiers à grande vitesse, que, la navette rencontrant un obstacle ou s'arrêtant, par une autre cause, dans le parcours de la chaîne, le battant frappait avant que le casse-fil débrayeur eût agi, et les dents du peigne se trouvaient mises hors de service. Ce peigne, articulé maintenant à la partie supérieure, s'écarte dès qu'un objet s'oppose à son action; il reste soulevé jusqu'à ce que le métier ait été replacé dans les conditions normales. Une autre disposition permet de ramener automatiquement le tissu au point où s'est produite la rupture de la trame. Jusqu'ici le casse-fil avait seulement pour mission d'arrêter le métier en faisant passer la courroie de la poulie fixe sur la poulie folle; mais, cet arrêt ne pouvant être instantané pour une masse lancée avec la vitesse indiquée plus haut, le métier continuait à faire mouvoir les fils de la chaîne, et U navette passait et repassait sans profit. L'ouvrier rappelait à la main au point où le tissage avait cessé. Un métier anglais effectue ces mouvements automatiquement, à* l'aide d'un mécanisme relié au casse -fil ordinaire. Un autre métier anglais, que nous appellerons métier à tisser sans arrêt, réalise un progrès de plus» MM. Howard et Bulloiuih,

à qui le tissage automatique doit déjà, entre autres perfectionnements, le mécanisme du casse-trame débrayeur, ont exposé un métier,àpeineachevé,qui tisse pendant une journée entière sans nécessiter d'autre arrêt que le temps du graissage. Dès que le fil de la trame casse ou se trouve épuisé dans la navelte, celle-ci est jetée dans une boîte disposée ad hoc, et une autre navette, placée en attente au-dessus de la boîte du chasseur, vient prendre la place de la première. Ce double mouvement se (ait simultanément» toujours au moyen du casse-trame, qui, au lieu d'arrêter le métier, lui fournit une nouvelle alimentation. 11 en résulte une économie de 23 à 40 pour 100, suivant que l'ouvrier tisseur conduit un ou deux métiers. Sans doute ce perfectionnement soulève quelques objections, et l'on est disposé à craindre certains effets de malfaçon provenant de duites inachevées ou complètement absentes. Le premier inconvénient n'a pu encore être év ité, le second a déjà »ii > paru, car le métier revient de lui-même au point où la duite entière fait défaut. La fabrication d'un grand nombre d'articles courants n'exige pas, d'ailleurs, une perfection telle que quelques duites incomplètes causent une dépréciation du produit.

Métier simplifié pour faire varier le duitage. — Un métier à tisser la toile à voile, construit par MM. Urqubart, Liudsaj etCiC, de Dundée, présente un perfectionnement aussi récent que le précédent, et est destiné à faire varier le nombre de duites dans la proportion de quatre à vingt par centimètre, au moyen du déplacement d'un seul boulon. Ce boulon, fixé dans la glissière du levier qui commande l'appel du tissu, modifie la quantité d'enroulement suivant la longueur du levier.

Les nombreux pignons employés avec les anciens métiers ne donnaient pas des résultats aussi variés et causaient une plus grande perle de temps.

Métiers à grande largeur. — Les fonctions de ces machines

GROUPE VI

sont identiques à celles des métiers légers et étroits, mais leur exécution présente de nouvelles difficultés. La navette, par exemple, ne peut plus être lancée comme dans les métiers du genre précédent ; les cames ordinaires du chasse-navette ne suffisent pas, et on a dû adopter certaines dispositions qui, en donnant une plus grande surface à la touche du chasseur, en augmentent la puissance. Ces cames ont néanmoins Tinconvénient d'exiger une vitesse déterminée et régulière; le nombre de tours du moteur vient-il à diminuer : les touches fonctionnent mollement, la navette part sans force et s'arrête souvent avant d'atteindre l'extrémité de la course ; aussi les cames sont-elles généralement remplacées par des ressorts, dont la détente, produite au moyen d'excentriques ou de manivelles, détermine le mouvement du chasse-navette avec une force indépendante de la vitesse du métier. Mais ces ressorts se fatiguent assez rapidement, ils perdent toute élasticité et se rompent. Les ressorts bourrés de laine, indiqués parmi les progrès du matériel de la classe 55, offriront sans doute un remède a cet inconvénient. Les transmissions destinées à l'enroulement du tissu et au déroulement de la chaîne sont aussi l'objet de modifications sur les métiers réservés aux articles forts. Bien des essais ont été tentés, et aucun principe nouveau n'a prévalu sur la disposition de Vaucanson, qui se servait du rouleau tendeur pour entraîner l'étoffe, d'une façon indépendante dn diamètre variable des cnsouples de la chaîne et du tissu. Nous regrettons de ne pouvoir citer, parmi les perfectionnements mis en iumière par l'Exposition de 1867, la construction d'an métier k casse-fil de chaîne. Ce métier français, dont l'admission avait été décidée et qui n'a pu être prêt à temps, résout un problème des plus intéressants. Depuis longtemps le métier à tisser automatique s'arrêtait lorsqu'un fil de trame était rompu, mais les accidents de la chaîne n'étaient révélés par aucun indice précis. Le métier auquel nous faisons allusion s'arrête spontanément lorsqu'un fil quelconque de la chaîne vient à manquer.

MATKRIKI. DIT TIBSAOK KT l>KS APPRÊTS.

Métiers à armures. — Tous les effets façonnés pouvant être obtenus économiquement sur les méliers Jacquart, et les métiers à armures n'étant que les diminutifs des premiers, nous n'en dirons que quelques mots. Les métiers à armures se distinguent entre eux par le nombre des lisses ; le plus souvent celles-ci sont employées seules à réaliser les entrelacements fondamentaux des fils ou à produire certains effets qui exigent jusqu'à vingt lisses ; d'autres fois les lisses servent d'auxiliaire à la Jacquart, et, pendant que cet appareil engendre le façonné •lu tissu, l'armure exécute la partie unie ou fond. Les perfectionnements les plus récents des métiers à armures portent sur le fonctionnement des lisses dont nous indiquons le rôle. Les dispositions adoptées dans les divers métiers exposés donnent toutes de bons résultats; l'une d'elles consiste à soulever les lisses au moyen de chaînes métalliques commandées par des leviers verticaux en fer, qui sont eux-mêmes animés d'un mouvement alternatif de va-et-vient à l'aide de galets en fonte guidés par des plateaux excentriques. Dans d'autres métiers les excentriques sont remplacés par des fiches métalliques fixées dans des plaques en bois qui forment la chaîne sans fin et agissent successivement sur les leviers des lisses. Enfin un dernier système exposé dans la section américaine présente les touches sous forme de galet, et cette disposition paraît réunir les conditions de douceur et de résistance nécessaires à la meilleure marche. Une autre modification à signaler consiste dans la division de la chaîne pour le passage de la trame, c'est-à-dire que les fils de la chaîne se baissent et se lèvent par moitié, afin de diminuer l'angle formé dans le cas ordinaire par tous les fils soulevés et d'amoindrir les frottements, ltans quelques métiers les fils levés sont tous déplacés dans la même direction, mais les lisses de derrière sont plus soulevées que celles de devant, afin de réduire, d'une autre façon, l'effet des frottements.

Métier automatique ù faire les velours. — L'étoffe la plus

204 GROLPK VI. — CLASSE 56.

délicate à produire est sans contredit le velours. La formation des parties cannelées au moyen des moules, l'enlèvement de ces moules pour laisser subsister les boucles dans le velours frisé, ou pour les fendre au sommet dans le velours coupe", constituent un opération lente et minutieuse. Malgré de nombreuses tentatives, le travail automatique n'avait pu être appliqué qu'aux velours à grosses boucles, aux tapis veloutés et aux peluches de chapellerie. Nous voyons, pour la première fois, à l'Exposition, fonctionner un métier qui exécute mécaniquement les articles les plus fins et les plus réduits. Ce métier est du système dit à la barre, employé presque exclusivement dans l'industrie de la rubannerie et de la passementerie pour tisser simultanément un certain nombre de pièces parallèles. Ce genre de tissage était borné aux articles unis, et le velours était produit isolément. Le métier Joyot exécute les rubans cannelés et veloutés, et tous les autres articles obtenus par le concours des aiguilles, sans que le nombre des pièces soit limité autrement que par les dimensions du bâti. Cette invention permet également d'exécuter un ruban sans envers, c'est-à-dire un velours à double face, qui constitue une nouveauté dans la rubannerie. Le métier à la barre de M. Joyot est d'autant plus intéressant qu'il contribuera, sans doute, à améliorer la situation d'une industrie rudement éprouvée, dans notre pays, par la concurrence des contrées où la main-d'œuvre est à meilleur marché. Déjà les métiers automatiques ont réalisé, il y a une trentaine d'années, pour la fabrication des peluches, dont nous indiquons plus haut la destination, une transformation qui a fourni aux industriels français les moyens de soutenir victorieusement la lutte avec leurs rivaux et d'augmenter les salaires de leurs ouvriers.

Métiers automatiques à navettes multiples. — Le nombre des métiers auxquels on a ajouté des mécanismes chargés de présenter spontanément, après chaque coup de battant, un fil de trame déterminé, est si considérable, et les divers systèmes

d'exécution sont si variés dans les détails, que cette partie de l'Exposition mérite une attention particulière. Le besoin de s'affranchir du surcroît de main-d'œuvre payé au tisserand à la raain, suivant le nombre de navettes de diverses couleurs dont il dèvaft faire usage, 'avait été le point de départ de nombreuses recherches ; mais, soit que les moyens proposés laissassent à désirer, soit que les besoins du tissage fussent moins absolus, peut-être en raison de ces deux causes, les métiers à navettes multiples trouvèrent relativement peu d'applications jusqu'aux dernières années et ne se montrèrent qu'en petit nombre aux précédentes Expositions. La France et l'Angleterre seules en avaient présenté quelques spécimens ; mais, peu répandus encore en Angleterre, ils étaient à peine essayés dans notre pays. Aujourd'hui tous les mécaniciens qui construisent le matériel du- tissage exposent des métiers de ce genre. Ceux-ci peuvent être classés en deux grandes catégories : les métiers où le changement de navette s'effectue par un mouvement de rotation de boftes circulaires à compartiments, dites à revolver, et les métiers à bottes rectangulaires, dont les cases porte-naveiies sont successivement amenées à la hauteur du battant par un mouvement de translation vertical, de bas en haut ou de haut en bas, suivant l'ordre déterminé par la composition du dessin. Les deux systèmes, également bien exécutés, dorment des résultats pratiques équivalents ; cependant la boîte à revolver paraît devoir trouver surtout son application dans le tissage des fils dont le titre élevé n'entraîne pas à des dimensions de navettes trop considérables ; lorsque, par suite de la largeur de l'étoffé ou de la section des fils, les proportions des navettes augmentent sensiblement, la disposition des boîtes rectangulaires devient préférable. Le nombre même des fils de trame, que l'un et l'autre systèmes emploient, constitue un progrès de date récente, et démontre l'étude approfondie dont ces perfectionnements ont été l'objet. Certains de ces métiers tissent nonseulemeut suivant un ordre constant et invariable, mais encore modifient la succession des duites. Une troisième amélioration

206 GROUPE VI. — CLASSK HG.

est la faculté d'éviter la juxta-posilion de deux trames èe môme couleur. Dans la plupart des métiers la navette, apre* avoir été lancée dans un sens, est ramenée en sens contraire à son point de départ, et de là une succession inévitable de deux fils identiques. Dans le métier anglais le plus perfectionné, le mouvement des boîtes est réglé de telle façon que sept duitesde couleurs différentes peuvent être chassées successivement dans Tordre naturel des nombres, pour fournir ensuite une nouvelle succession en sens inverse, soit dans le même ordre, soit dans un ordre différent. Ainsi les navettes numérotées de 1 à 7 seraient successivement envoyées de droite à gauche et reviendraient de gauche à droite, soit de 7 à 1, soit dans une tout autre succession. Ces combinaisons, patentées depuis moins d'une année, sont réalisées avec une perfection qui ne laisse rien à désirer au fonctionnement du métier. Il n'est pas inutile d'ajouter qu'ici, comme dans le tissage des unis, le métier s'arrête, par l'effet du casse-fil, dès qu'un accident se produit ; cette g irantie contre la malfaçon devient plus nécessaire à mesure que le travail automatique est appliqué à des articles d'une valeur plus grande. Afin de donner un aperçu des conséquences de l'emploi des métiers à navettes multiples, nous nous bornerons à citer les chiffres suivants : dans le tissage à la main des draps lisses l'ouvrier reçoit, en moyenne, neuf à dix centimes par mille mètres de trame employée ; le même travail lui est payé, pour l'article nouveauté. vingt-trois centimes et demi lorsqu'il emploie deux navettes, vingt-cinq centimes pour trois navettes, vingt-six pour quatre, et vingt-sept à vingt-huit centimes pour un nombre supérieur. L'importance des services à espérer des nouveaux métiers est d'autant plus grande que, dans les lainages seuls, le nombre des articles de fantaisie l'emporte de beaucoup sur celui des tissus unis.

§ 3. — Métiers Jacquart à lisser les façonnés.

Le mode de fonctionnement adopté pour les métiers Jac-

quart qui figurent à l'Exposition dépend des conditions dans lesquelles chacun de ces métiers est destiné à travailler. La commande automatique est appliquée toutes les fois qu'il s'agit d'articles courants dont le tissage n'exige pas des soins spéciaux, et permet de réunir dans le même atelier un grand nombre de métiers du même genre. Le travail à la main est préféré lorsque l'ouvrier doit produire des articles de luxe où l'intelligence et l'habileté de main ne sauraient être remplacées par la machine la plus parfaite, comme dans les tissus de Lyon, de Tarare, etc. L'industrie a si bien compris ces exigences que, tout en n'abandonnant pas le terrain conquis par l'automatisation et en ne négligeant aucune des circonstances favorables à son développement, elle a reporté la somme de ses efforts vers la simplification et le perfectionnement des montages et des organes du métier. Le principe de la Jacquart a été conservé, mais de nombreuses modifications lui ont donné une physionomie nouvelle. Et le mérite même de cette précieuse invention réside à la fois dans l'immutabilité des éléments et dans l'extensibilité des applications.

La preuve la plus récente et la plus importante de cette variété des résultats dus à l'emploi de la Jacquart se trouve dans le dernier perfectionnement signalé sur les métiers à navettes multiples. Les boîtes à navettes sont mues par des crochets spéciaux empruntés au mécanisme Jacquart ; en effet , il était rationnel de généraliser le principe et d'en faire agir les éléments constitutifs sur les fils de trame comme sur les fils de chaîne. Pendant longtemps aussi l'étendue des effets de tissage était limitée : le nombre considérable de cartons exigés par la longueur de certains dessins constituait une dépense (levant laquelle le producteur était forcé de reculer; la largeur de ces mêmes dessins nécessitait une complication de crochets qui bornait encore le développement du tissage façonné. Enfin les modes d'entrelacement étaient d'une uniformité telle qu'il fallait multiplier les éléments dans une proportion par trop onéreuse. Cette partie de l'art du tisserand qui con-

stitue le montage a progressé en France au point de doubler et quadrupler la puissance du même métier, c'est-à-dire que, pour réaliser certaines étoffes façonnées, où il eût fallu employer autrefois cinquante mille cartons et deux mille crochets le tissage adtuet ne fait usage que de vingt-cinq mille et parfois de douze mille cartons, avec mille crochets seulement. Loin de réduire la puissance des effets, ces perfectionnements fournissent au tisserand tes moyens d'obtenir de nouveaux entrelacements et d'imiter avec plus de vérité la taille-douce, la broderie, la dentelle, etc.

Les procédés auxquels nous faisons allusion reposent sur deux modifications de montage. 1° Par line disposition particulière, les aiguilles de la Jacquart font agir deux fois de suite le môme carton sur deux séries différentes de crochets et économisent ainsi 50 pour 100 de carton; 2° la réunion des fils de la ehatne avec les crochets chargés de les actionner est combinée de façon à ce que le môme crochet puisse, à volonté et suivant les besoins, agir sur un fil isolé ou sur plusieurs à la fois. Prosper Meynier, dont la mort est un deuil pour l'industrie lyonnaise, a réalisé de nombreux progrès dans cette direction. Raymond Uouze est son digne continuateur. Le métier Jacquart exposé par cet industriel produit les variations d'effets dont nous venons de parier.

Dn grand nombre de recherches ont été faites dans Pîntention de réduire la dépense occasionnée par les cartons. L'Exposition offre un ensemble assez complet des divers moyens ; les uns consistent à rapprocher les aiguilles de la mécanique Jacquart et à en diminuer la section, afin d'en lojer un plus grand nombre dans la môme surface ; les autres à remplacer, dans le carton, les trous ronds par des Irons carrés ou en losange, dont la disposition permet d'arriver au même résultat. Dans les différents systèmes les constructeurs cherchent, i donner plus de précision aux mouvements et à disposer la griffe ou moteur des crochets de façon à éviter les changements trop brusques de direction et à faciliter le dégriffement,

«ns fausser les crochets et les aiguilles. L'industrie a pu ainsi employer, non-seulement des cartons plus étroits, mais de moindre épaisseur. Du carton mince au papier la transition était naturelle, et cependant la substitution du papier au carton a demandé plus d'un demi-siècle. Cette innovation exiimii la réunion de trois conditions indispensables : le papier ne devait être soumis qu'à des efforts insignifiants ; il fallait neutraliser les influences atmosphériques et hygrométriques capables de faire varier les dimensions du papier, et atteindre ce double résultat sans compliquer le métier et sans accroître le prix du matériel au delà d'une limite circonscrite. L'addition d'un appareil dans lequel les fonctions du papier se bornent à déterminer la déviation d'aiguilles très-légères eu rnmmunication directe avec les aiguilles de la mécanique Jacquart ordinaire, a résolu le problème suivant ces données et a diminué, dans une proportion considérable, les frais de cartons sans augmenter sensiblement le prix du métier. Ce perfectionnement est surtout important pour les fabriques de châles et d'étoffes pour ameublement, car l'achat du carton sVlève, dans certaines maisons, au chiffre annuel de cent mille francs.

De plus, les carions sont toujours conservés en vue des 'hangements de mode qui ramènent les mêmes dessins après un certain nombre d'années, et la garde de ces archives industrielles exige des locaux considérables, singulièrement réduits avec les rouleaux de papier.

Métier à tisser les façonnés brochés. — Le métier Jacquart, malgré ses immenses avantages, cause forcément une perte de matière. Dans la fabrication des châles français, les trois quarts environ des fils employés passent à l'envers sous forme de brides, et sont enlevés au découpage pour alléger le vêtement. Cette nécessité n'entraîne pas seulement un déchet considérable, elle diminue la solidité du produit. De là l'infériorité de nos châles sur ceux de l'Inde, où le fil n'est

employé qu'à l'endroit, où il concourt à la formation du dessin. Les inventeurs ont cherché à imiter automatiquement le brochage et le spoulinage. Le brochage est appliqué sous diverses formes. On sait que, pour obtenir, sur une étoffe unie damassée ou façonnée, des fleurs ou des sujets distants les uns des autres, on ajoute au métier Jacquart un second battant muni de petites navettes convenablement espacées. G1 battant additionnel, imaginé par Meynier, est suspendu andessus du premier, et descend dans l'angle formé par les fils de la chaîne à certains moments déterminés, par Peffet des crochets Jacquart. A cet instant, l'ouvrier actionne les petites navettes au moyen d'une poignée unique, et ebasse autant de petites duites qu'il y a de navettes. Lorsque ce battant, dit brocheur, n'est plus nécessaire, la mécanique du métier le fait remonter, et le battant ordinaire agit seul.

L'Exposition présente deux perfectionnements dans cette direction : le premier consiste dans la substitution du meteur au travail à la main pour faire mouvoir les navettes du battant brocheur; le second offre une combinaison de l'action simultanée du battant lanceur et du battant brocheur. Ceci demande une courîe explication. Dans les étoffes façonnées par le passage continu de la trame lancée et l'effet intermittent des trames brochées, les fils de la chaîne qui servent à lier ces différentes duites sont manœuvres alternativement , c'est-àdire qu'après avoir soulevé sur toute la largeur de l'étoffe les fils de chaîne sous lesquels doit passer la duite gênémlt et les avoir ramenés dans la position primitive, les crochets de la Jacquart ne soulèvent que certains tils et de place en plaee, pour former les angles, entre les côtés desquels passent les trames partielles du broché. Afin d'économiser le temps et d'augmenter la production , on a combiné les iuouveioenb du métier de façon à réaliser simultanément les deux séries d'angles que traversent les deux sortes de navettes. C'est surtout dans les améliorations de ce genre que l'industrie française excelle, et chaque jour voit surgir une application inté-

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ressanle, réalisée souvent par la classe la plus modeste du personnel de nos fabriques. L'innovation ingénieuse qui fonctionne sous le nom de nouveau système de battant, à bottes mobiles économiques, est encore une modification simplifiée da battant brocheur, appliqué par M. Payen-Baudouin , de Saint-Quentin, au lissage des rideaux brochés. Le battant brocheur, suspendu et manœuvré par la Jacquart, d'une façon analogue à celle que nous avons décrite, est muni à chaque extrémité d'une boîte à navette, comme le battant ordinaire, de façon que la navette , chassée d'un côté de la pièce, ne la traverse pas pour revenir de la lisière opposée, mais I«rcoure seulement la largeur des bordures à brocher et revienne sur elle-même, grâce à un mécanisme qui agit sur un taquet spécial. Les boîtes étant symétriques, les deux navettes tissent simultanément les bordures opposées, puis le brocheur se relève pour laisser passer la navette de fond, et le même effet de brochage se renouvelle. Il résulte de cette disposition la suppression complète des brides, qu'il fallait découper après tissage, et qui constituaient un déchet notable. Le cadre qui nous est tracé ne nous permet pas d'entrer dans l'étude détaillée des divers procédés essayés pour obtenir des tissus comparables aux châles indiens ; nous devons indiquer toutefois que le problème si compliqué du spoulinage parait résolu en ce qui concerne les résultats, et abstraction faite des conditions économiques, qui sont l'objet de recherches incessantes. Bien des constructeurs poursuivent, depuis trente ans, la solution de cette question. Chacun d'eux y a contribué pour Sa part, et parfois les industriels se sont réunis aux inventeurs pour atteindre le but; nous ne les connaissons pas tous et nous ne nous rappelons pas les noms de tous ceux que nous avons vus à l'œuvre ; néanmoins, nous pouvons citer, comme de zélés coopérateurs. MM. Deinerous, Voisin, François Durand, Fabart, Souvraz, Chevron, Lecoq. Les deux derniers continuent leurs expériences et sont arrivés à des résultats fort intéressants, dont les conséquences ne seront sa»:s doute pas stériles.

M - Métiers à mailles. f

L'industrie française se trouve seule représentée d'une façon à peu près complète dans la spécialité des métiers à mailles élastiques pour bonneterie et à réseaux noués pour filets. La plupart des contrées manufacturières, à l'exception du Royaume- Uni, ont peu développé cette branche de la construction ; depuis 1851, l'abstention de l'Angleterre, qui jusque-là avait conservé une avance marquée, ne saurait s'expliquer. Toutefois, en présence des perfectionnements réalisés par nos constructeurs et adoptés à l'étranger, il paraît douteux quclesm^. caniciens anglais nous aient devancés aujourd'hui. Tous les métiers à tricoter se classent en deux grandes catégories : les

métiers rect il ignés et les métiers circulaires. Le fonctionnement automatique du métier à tricoter les bas constituait une des grandes nouveautés de l'Exposition de 1862, dans le matériel des arts textiles. Le nombre des bas n'était limité que par la longueur du métier, et le rôle de l'ouvrier se bornait à une surveillance facile. L'Exposition de 1807 laisse bien loin ce premier essai. Le métier recliligne, à pièces multiples, réalise le tricot à côtes sans envers, dont l'élasticité se prête à la confection des poignets, jarretières, hauts de jambes, etc. Grâce à l'application de la double fonture au métier automatique et à l'heureuse combinaison des transmissions de moa«r. j vement, nous voyons se former simultanément douze pièces de ce tricot dit à bords- côtes, dans le même temps où, avec le métier à la main, l'ouvrier n'en fabriquait que deux, au f prix d'un travail pénible et absorbant. La production du mé^„ tier rectiligne simple a été centuplée. .

Les premières machines automatiques étaient compliquées , et lourdes et nécessitaient des ateliers au rez-de-chaussée^ les métiers exposés sont simples et fonctionnent avec si peu., d'efforts, qu'ils peuvent être placés dans un étage quelconque. M. Tailbouis, qui s'est montré le plus énergique promoteur des perfectionnements de ces métiers, a réalisé de notable^

MATERIEL IlU TISSAGE ET DES APPRÊTS. 213

modifications dans la construction ; M. Berthelot, qui avait exposé également en 1862, présente un outillage où se trouvent réunies les plus récentes améliorations.

'i 5. — Métiers circulaires.

Les perfectionnements apportés aux métiers circulaires sont plus variés encore et non moins importants. L'un des principaux constructeurs, M. Buxtorf, s'est consacré à l'étude de ce système et a exposé un assortiment de dix-huit métiers, offrant chacun une particularité distincte. Le grand avantage de la disposition circulaire consistait exclusivement dans la puissance de la production. Certains de ces métiers font , en effet, cinq cent mille mailles à la minute, tandis que le métier rectiligne le plus complet n'en fournit que cinquante mille; mais le dernier donnait des produits que le premier ne pouvait aborder. Le métier circulaire ne faisait pas les tricots dits bords-côtes, ni les façonnés, ni les tricots à jour, ni la peluche, ni les lisières pour articles imitant la draperie; son rôle se bornait à la confection d'un manchon ou cylindre uni. Les produits devaient donc être exclusivement réservés aux articles à bas prix, découpés et grossièrement cousus, et laissaient à désirer au point de vue des apparences et de la solidité. Les perfectionnements dont le métier circulaire a été l'objet depuis peu d'années ont remédié aux inconvénients signalés, et ne donnent pas seulement des tricots analogues aux produits des métiers rectilignes, mais réalisent des effets comparables à ceux du métier Jacquart.

Ces progrès sont le résultat de certaines additions et combinaisons spéciales de l'organe du métier circulaire, désigné sons le nom de mailleuse; la mailleuse est chargée d'introduire le fil à tricoter en feston plus ou moins varié entre les aiguilles de la fonlure, de façon à modifier l'action de cellesci; mais le métier lui-môme reste ce qu'il était en principe.

tes organes des métiers circulaires sont, d'ailleurs, établis

ti!4 GROUPE VI. — CLASSE 56.

avec un soin et un réglage tels qu'ils tricotent indistinctement les matières les plus dures et les moins élastiques, comme le lin, et les substances les plus moelleuses, la préparation même non filée. Cependant les progrès sont loin d'avoir atteint leur apogée, et une modification intime du système circulaire a ouvert une voie nouvelle. La particularité du métier dont nous voulons parler consiste dans l'absence des platines et de la roue mailleuse, indispensables au fonctionnement des autres appareils. Le cueillage, effectué jusque là par la mailleuse, a lieu par l'effet des aiguilles ellesmêmes, modifiées dans leur forme et munies de petites clanches articulées. Ces aiguilles, disposées verticalement sur un rail circulaire constituant une série de plans inclinés dans deux directions opposées, montent et descendent, suivant les plans par ce double mouvement, les clanches articulées ouvrent et ferment l'extrémité du bec. Dans le premier temps, le fil à tricoter s'engage dans le bec ; dans le second, il est cueilli en feston. Il en résulte une simplification extrême du métier. Cette invention , dont l'auteur est inconuu ( on le croit Américain), était restée sans application ; des constructeurs français, les premiers, en comprirent les avantages et les ressources, ainsi que le témoignent les métiers exposés. L'une des conséquences les plus curieuses de l'application de ces aiguilles, dites self-acting, est la construction d'un métier tout récent, où deux fontures, disposées sur des bâtis parallèles et rectilignes, agissent, soit alternativement, l'une de droite à gauche, et l'autre de gauche à droite, sur le même fil, pour former un tuyau aplati, soit simultanément, pour tricoter les bords-côtes, etc.

Un poinçou spécial agit sur les aiguilles et produit spontanément les diminutions, de sorte que, sans apprentissage et en tournant seulement une manivelle, le premier venu peut tricoter un bas avec talon renforcé et pointe, aussi bien que l'ouvrière la plus habile. Ce tricoteur -omnibus, comme il a été justement appelé, rendra de grauds services, même dans

les campagnes, car le prix de revient en est minime. Ce système ingénieux, inventé à peu près à la même époque, en France et en Amérique, est exposé par les deux pays et forme le trait-d'union entre les métiers rectilignes et les métiers circulaires. Il est rectiligne par sa forme, mais il réunit les propriétés les plus importantes des deux systèmes : la grande production jointe à l'exécution des pièces de forme variées.

Les progrès réalisés dans une industrie aussi essentielle que la bonneterie, témoignent de l'importance des recherches dont la continuité assure à celte spécialité de nombreux développements.

§ 6. — Métiers à fabriquer les filets.

Deux métiers à fabriquer le filet démontrent, par leur exécution et les modifications apportées à certains détails, que le problème poursuivi depuis plus de soixante années est résolu industriellement. Nous devons rappeler toutefois que le premier métier complet à fabriquer simultanément un nombre quelconque de mailles, est dû à un pauvre paysan du Bourgtheroulde (Eure), appelé Baron. Cette invention, qui a paru à l'Exposition de 1806 et fait partie des collections du Conservatoire des arts-et-métiers, est d'autant plus une œuvre de génie, que Buron ne savait ni lire ni écrire. Sa machine en bots laissait nécessairement à désirer sous le rapport de la construction, et l'habile ingénieur Pecquœur, qui en avait saisi le mérite et les défauts, modifia certaines parties et améliora considérablement l'exécution de l'ensemble. Les machines actuelles marquent un progrès de plus. Aux navettes ou portetrame de l'ancien système, se substituent des navettes semblables, sauf les dimensions, aux navettes des métiers à tullebobin. Toutes les transmissions ont été améliorées , de façon à commander les machines automatiquement et à augmenter la production.

QROUPK VI.

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