‹ Rapports du Jury internationalChapitre 37 sur 98 · MATÉRIEL DUS APPRÊTS · texte numérisé non relu

MATÉRIEL DUS APPRÊTS

Les apprêts, destinés à donner à certains tissus un caractère propre et à toutes les étoffes une apparence aussi avantageuse <|ue la nature de la matière le comporte, ont par cela même une grande importance dans la fabrication. Us varient suivant qu'ils doivent être appliqués à une matière animale ou à une matière végétale, ou bien encore à une combinaison de cas substances. Quel que soit le genre envisagé, les moyens de l'apprêteur comprennent à la fois l'outillage et la méthode suivie dans la succession des opérations, c'est-à-dire le matériel et les procédés. L'outillage a peu varié, et la plupart des progrès sont plutôt le résultat des modifications apportées aux manipulations qu'aux machines elles-mêmes, dont nous devons seulement nous occuper dans ce compte rendu.

g 1. - Machines diverses.

Machines à épurer, à dégraisser et à laver les tissus, -r ; Ces machines, très-simples, ne figurent qu'en petit nombre à l'Exposition. Cependant les opérations auxquelles elles cou*» courent sont plus ou moins délicates, suivant que les impure-:; tés dont le tissu est souillé s'y trouvent combinées nature*- ; lemcnt, par suite de l'état de la matière première, comme dans les cotonnades, la toilette et les soieries écrues, ou accidentellement comme dans les tissus de laine où le ûl est imprégné d'un liquide gras. Le blanchiment et le décreusage dèfcF toiles, cotonnades et soieries constituent des spécialités quH rentrent dans le domaine de la chimie. Le dégraissage des draperies et fépentissage pour l'extraction des corps étran-i'i «ers sont des opérations plus mécaniques que chimiques. Les '

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machines à épeutir, distinguées déjà en 1853, se sont répandues depuis lors, au grand profit de l'industrie ; le type perfectionné de ces appareils figure dans l'exposition de MM. Schneider, Legrand, Martinot et O, de Sedan. Les procédés de dégraissage se sont également améliorés avec la propagation de l'ensimage à l'oléine.

Machines à apprêter les tissus unis. — La section étrangère renferme deux calandres parfaitement exécutées et d une grande puissance. La disposition et le nombre des rouleaux, les uns métalliques, les autres en papier, varient en raison de leur destination et suivant que la machine doit lisser, étendre et régulariser les surfaces ou finir et lustrer. Dans ce dernier cas, le nombre des organes et la pression augmentent, et les cylindres reçoivent parfois, outre le mouvement de rotation aatour de l'axe, un mouvement de va-et-vient dans le sens latéral. Tous les détails de ces engins sont établis avec une grande précision et permettent de les centrer facilement, à mesure que les parties frottantes s'usent. Dans la section française figurent une machine à élargir et sécher les cotonnades et une machine à polir les soieries unies. La première, construite par M. E. Lacroix, de Rouen, se compose de deux séries de pmees réunies les unes aux autres par des chaînettes. Ces pinces, solidaires, glissent dans deux chemins en fonte parallèles dont l'écartement est variable, suivant la largeur des pièces, et s'ouvrent et se ferment automatiquement pour saisir l'étoffe et la tendre pendant son passage sur la machine. Celle-ci, munie d'un appareil sécheur à air chaud ou à vapeur et servie par deux personnes, apprête de 600 à 700 mètres de cotonnade par heure. La machine à polir les taffetas, de MM. Saluer et fils, remplace un travail manuel lent et pénible. Elle se compose d'une série de portc-polissoirs, animés de mouvements de va-et-vient, les uns dans le sens longitudinal de la machine, les autres dans le sens transversal ou diagonal; letissuà polir passe dans le plan horizontal où se meuvent ces

tringles, de façon à en recevoir l'action successive et méthodique : il en résulte un grain d'une grande régularité.

Machines à griller et à flamber. — Le gaz d'éclairage a été ingénieusement mis à profit dans les appareils exposés, pour enlever, dans certains cas, le duvet dont toutes les étoffes unies, à l'exception des soieries, sont garnies après le tissage. La combustion du gaz, maintenue à l'état de flamme bleue au moyen d'un courant d'air, variable d'intensité à la volonté de Tapprêteur, et dirigée à l'aide d'une disposition simple dans un sens plus ou moins perpendiculaire au plan de l'étoffe, sert également à lécher le fond des tissus de peluche et de velours de soie. Les étoffes les plus délicates sont flambées sur ces appareils, sans altération de la contexture ni des nuances ; la rapidité du passage à travers la flamme permet d'atteindre à un grillage de trois mille mètres carrés par heure.

Machines à feutrer, à fouler et à apprêter les produits de la chapellerie et de la draperie. — Les machines variées de cette catégorie sont très complètement représentées à l'Exposition et figurent dans les sections française, belge et prussienne. Elles ne se distinguent que par des perfectionnements de détails sans grande importance : les ingénieux appareils à bâtir et à feutrer les chapeaux, les foulons cylindriques pour la draperie sont restés à peu près ce qu'ils étaient aux dernières Expositions universelles. — Les machines à lainer ou à garnir les étoffes de laine ont été modifiées en vue d'augmenter la production avec un personnel moindre. Les divers systèmes de laineries à plusieurs contacts se sont multipliés, et permettent de donner à l'étoffe ime régularité de tension indispensable à l'uniformité de l'apprêt. Les laineuses à chardons métalliques, imaginées pour supprimer l'emploi du chardon végétal, contribuent aujourd'hui au garnissage d'un certain nombre d'articles. Elles ont été l'objet de nouveaux perfectionnements de la part de M. Nos d'Argence, qui expose une

laineuse-velouteuse destinée à donner à la fois legarnissage et l'apprêt velouté.

Machines à onduler et à friser. — Le principe de ces machines, utilisées pendant le dernier siècle , avait été presque complètement abandonné. Repris depuis une quinzaine d'années, il a reçu un certain nombre de modifications, qui portent les unes sur les surfaces frottantes, les autres sur les transmissions de mouvements. L'Exposition présente plusieurs types, parmi lesquels se distingue une machine prussienne ; un léger changement dans le réglage fait varier l'excentricité de la table de friction, afin d'obtenir à volonté des effets ondulés, frisés, marbrés, rayés, etc. Les tondeuses automatiques, déjà si perfectionnées, sont construites avec un soin toujours plus grand; la maison Thomas, de Berlin, augmente encore les avantages du système longitudinal en doublant sur le même bâti le nombre des appareils tondeurs. MM. Debial et O, de Verviers , ont consacré de nombreuses recherches à la fabrication des lames de tondeuses; leurs produits démontrent la qualité et la régularité de la trempe obtenue sur des épaisseurs variables.

Les Appareils à ramer et à sécher les draps sont devenus depuis quelques années des machines simples et faciles à conduire qui ont aidé à remplacer, par une opération automatique, un travail manuel incommode et coûteux.

Des divers systèmes de rameuses, le plus nouveau figure dans l'intéressante exposition de l'inventeur, M. Tulpin aîné, de Rouen. L'appareil se compose essentiellement d'un tambour de quatre mètres de diamètre, formé de douze plaques creuses en tdle. Chacun de ces segments est chauffé par un tuyau de vapeur distinct et pourvu d'un tuyau d'échappement pour l'eau de condensation, de façon à établir, par l'intermédiaire de l'axe en fonte cloisonné en deux parties égales, une circulation constante et régulière. Le tissu, fixé à l'entrée de la machine par les deux personnes chargées de la surveillance,

s'enroule et se tend simultanément en longueur et en largeur, à mesure que le tambour tourne et livre une nouvelle longueur séchée. Cette rameuse a le double avantage de nécessiter relativement peu d'emplacement et de consommer une faible quantité de vapeur, en raison même de la disposition du chauffage. Elle présente, en outre, comme les appareils des autres systèmes, une continuité de travail et une rapidité d'action qui répondent aux exigences nouvelles de l'industrie.

Travaux techniques spéciaux. — Pour la première fois, nous voyons réunis au matériel industriel les ouvrages techniques et les projets de construction qui s'y rattachent. Le traité de la fabrication des velours de coton, par M. fcdouard Gand ; les projets et dessins de MM. Seé pour l'établissement d'une filature de coton ; les travaux de M. Dauvergne, architecte du département de l'Indre, qui a exposé les plans complets de l'importante fabrique de draps de MM. Balsan et fils, forment autant d'études intéressantes, qui ont été appréciées par le Jury. L'un de nous étant l'auteur des Traités de la filature du coton et du travail des laines qui forment en quelque sorte le point de départ d'une encyclopédie des arts textiles, nous nous bornons à les mentionner.

g 2. — Résumé et appréciations générales.

Lors de la dernière Exposition internationale, les spécialistes pouvaient constater, dans chaque branche de l'industrie, un certain nombre de desiderata qui ont disparu pour la plupart. Sans prétendre que la limite du progrès soit atteinte, il devient plus difficile d'indiquer les lacunes à combler. Pour le matériel du coton, qui conserve toujours le premier rang, les résultats entrevus en 1862 se sont réalisés déjà ou se réaliseront bientôt : les méthodes proposées pour travailler les nouveaux cotons se sont perfectionnées; l'application du pei-

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?nage à Ja préparation de la fibre se propage chaque jour davantage; les métiers continus se multiplient et présentent de sérieuses modifications; les rendements de toutes les machines augmentent dans une large proportion ; le prix d'achat des outils les plus compliqués, tels que les bancs à broches et les métiers self-acling, a subi une réduction considérable. Le chiffre de 0,80 par kilogramme est la meilleure preuve des efforts heureux tentés par les constructeurs. Le matériel des lainages cardés présente des résultats aussi remarquables, bien que le prix des machines soit un peu plus élevé, pcul- «"•tre en raison de la variété et du nombre relativement restreint des appareils qui concourent à la confection du produit. Toutefois le système de lainerie le plus nouveau revient à peine à 1 franc le kilogramme. Les progrès réalisés dans la laine peignée sont au moins comparables aux précédents. Les fils de trames n° 114 étaient payés, en 18o2, 5 fr. 75 c. le kilogramme, et les fils de chaîne n° 82, 5 fr. 25 c.; les mêmes coûtent aujourd'hui 2 fr. 85 et 2 fr. 35 c, tandis que les salaires ont été augmentés de 10 à 20 pour 100. Le prix de la journée des fileurs s'est élevé de 5 francs à 6 francs. Ces résultats sont la conséquence de l'augmentation du nombre de broches, par métier, porté depuis 1862 de cinq cents à neuf cents. Il n'en est pas de même du chanvre et du lin : la broche, prise pour unité de comparaison, coûte encore dans cette industrie 50 francs en moyenne, tandis que la broche pour laine est de 30 francs environ, et la broche pour coton de 15 francs seulement. Nous ne reviendrons pas sur les motifs de cet écart considérable, et nous avons le ferme espoir que la vulgarisation des connaissances théoriques, jointe à l'expérience et à l'habileté des constructeurs, qui ne cessent de donner des preuves de leur dévouement à la cause du progrès, feront bientôt disparaître cette infériorité. Rien ne s'opposera, dès lors, au développement parallèle de toutes les grandes spécialités textiles. Cette prospérité industrielle exigera des installations de plus en plus complètes et mieux

entendues pour répondre au double but du travail automatique ; la machine ne deviendra pas seulement une source de richesse, elle constituera une œuvre d'émancipation. L'homme, soustrait par elle aux fatigues malsaines, aux labeurs écrasants, atteindra à son développement intellectuel et moral ; de là aussi, pour les chefs, la nécessité de réunir autour d'eux une génération instruite et éclairée qui comprenne et dirige le progrès.

Matériel et procédés de la coulure et de la confection des vètemenls , par H. D'Aucxy (Henry F. Q.), ingénieur des Mines, membre de la Commission scientifique des États-Unis.

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