‹ Rapports du Jury internationalChapitre 46 sur 98 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ 1. — Fabrication.

L'industrie de la fabrication du papier a éprouvé, depuis qnchrues années, des modifications profondes dans les conditions économiques de sa production. L'on ne doit point perdre de vue que, dans les principaux États de l'Europe, cette industrie s'est établie et développée sous le régime factice d'une protection poussée jusqu'aux extrêmes limites : la prohibition absolue de l'exportation des matières premières.

Les traités de commerce successivement conclus entre plu-

306 groupe vi. — classe 59.

sieurs pays, eu substituant à la prohibition de simples taxes décroissantes, ont déjà amené, et, dans un avenir prochain, compléteront le nivellement naturel des conditions où se trouveront placés les fabricants des différentes contrées.

Ainsi qu'il était facile de le prévoir, le matériel de cette industrie a dû se transformer, dans une certaine mesure, afin de répon Ire aux nouveaux besoins économiques créés par la législation. La transformation la plus profonde a nécessairement porté sur la partie du matériel qui sert à préparer la pâle môme du papier. Aux chiffons, matière la plus favorable à la bonne fabrication, mais dont la rareté relative augmentait démesurément le prix, les fabricants de papier ont adjoint différentes matières filamenteuses brutes, dont la qualité est plus ou moins appréciée, mais qui viennent, en tout cas, combler une lacune considérable dans une industrie spécialement intéressante à cause de son rôle dans la propagation des connaissances humaines. Il y a urgence absolue à ce que les produits de cette industrie suivent le développement de la diffusion des lumières; car, à coté des produits de luxe pour les beaux livres et les gravures, dont la fabrication se perfectionne encore chaque jour, de larges débouchés seront ouverts aux produits ordinaires, qui sont, d'ailleurs, les plus nombreux, et qui doivent servir à renseignement public par les publications à bon marché. Après avoir essayé successivement l'emploi ue presque tous les végétaux filamenteux pour les faire entrer directement dans la composition des papiers ordinaires, les fabricants se sont arrêtés à un petit nombre de ces végétaux qui réunissent, à un haut degré, la ténacité des fibres avec le bon marché de leur traitement chimique et leur abondance dans la nature. Les pailles de blé, de seigle et d'avoine, le sparte ou alfa d'Espagne et d'Afrique, le jute de l'Inde sont les plus employés. La transformation de tous ces végétaux en leurs libres élémentaires ne nécessite généralement pas d'appareil* spéciaux. Le traitement consiste essentiellement dans l'emploi successif de lessives caustiques et de blanchiment au chlore ou

UATKRIKL ET PnOCKDKS DK I.A l'APRTKRIK , KTC. 267

à l'oxygène naissant (ozone). La plupart des appareils usités dans les papeteries peuvent, avee de légères modifications, se prêter à ces traitements. Aussi n'a-l-ilété présenté à l'Imposition aucune machine spéciale.

Il n'en est pas de même en ce qui concerne le travail du bois pour sa conversion en pâles propres à la fabrication du papier. Une machine ingénieuse et bien perfectionnée depuis quelques années, est exposée dans la section «lu Wurtemberg, par son inventeur, le docteur Vol ter et ses constructeurs, M. Decker frères. Très-habilement conçue cl calculée en vue de la résistance à l'action énergique du délibrage du bois par un frottement transversal aux fibres, et du classement des filaments par degrés de finesse successive, cette machine a servi de type pour la construction des appareils analogues qui fonctionnent en assez grand nombre déjà en France, en Belgique et surtout en Allemagne. Les produits fabriqués par ce procédé n'ont peut-être pas une très-grande valeur commerciale au point de vue de la fabrication du papier, et ne sauraient entrer dans la composition du papier un peu lin, mais leur emploi se généralise, notamment en Allemagne, pour les papiers écoliers d'écriture et d'impression, et à ce titre, la machine Voiler méritait la distinction qu'elle a obtenue.

Le broyage des pâtes à papier, en général, s'effectue dans des appareils qui n'ont été que peu modifiés depuis quelques années. La pile en fonte présentée par MM. Varrall, Elwcll et Poulot, est d'une construction satisfaisante à tous les égards. Ses dimensions sont convenables, et le mode de lavage bien compris en fait un instrument qui réalise le dernier perfectionnement de cette industrie. Un autre appareil à broyer, raftineuse continue à force centrifuge, est une invention américaine, importée, il y a quelques années, sous le nom de Pulp-engine ; clic n'a pas tenu tout ce que les inventeurs se promettaient de son application à la papeterie.

Après le broyage, les pâtes subissent une épuration préalable avant d'être travaillées sur la machine à papier.

"2tiH GROUPE VI. — ('.FASSE 59. 1

Cette opération importante a fait imaginer de nombreux appareils. Parmi ceux qui sont exposés en 1867, on peut remarquer Tépuratcur de MM. Bryan Donkin, de Londres, construit d'après un plan excellent et très-soigné dans l'exécution. Ceîaï de MM. Varrali, Elwell et Poulot, plus simple dans sa formé, est, dans sa partie essentielle, composé de plaques de bronze finement découpées, qui proviennent d'Angleterre. On peut regretter de n'avoir vu figurer que comme dessin Tépuratcur d'Ibotson, qui jouit d une grande faveur parmi les fabricants de papier.

En ce qui concerne la machine à papier continu, l'espur considérable qu'elle occupe et les exigences spéciales de sou installation ont détourné nos plus importants constructeurs de France et d'Angleterre d'exposer cet ingéniéùt et intéressant appareil. Il est très-regrettable de ne pouvoir comparer simultanément les machines à papier de MM. Bryan Donkin de Londres, Bertram d'Edimbourg, Varrali Elwell et Poulot de Paris, iouffroy Lhuillier de l'Isère, avec la seule machine exposée, celle de MM. Dautrebande et Thiry, de Belgique. Cette machine est le spécimen d'une bonne fabrication courante; elle réunit la plupart des améliorations successivement imaginées dans les dernières années et les résultats de la pratique des habiles fabricants belges, MM. Godin, de Huy. Le mode d'embrayage des presses, les systèmes pour guider la toile métallique et les feutres, ainsi que la disposition spéciale des dévidoirs, méritent d'être appréciés. L'usage de ces machines d'une grande largeur semble devoir se généraliser, au fur et à mesure que les fabricants de papier tendent davantage à l'accroissement de leur production et à la spécialisation des sortes.

Nous devons ajouter que le prix relativement peu élevé de cette machine à papier la recommande aux usiniers qui doivent transformer leur ancien matériel pour suivre les progrès de cette industrie.

se»

$ 2. — Fa.onnagc du papier.

, tes différents appareils pour le façonnage du papier ont été notablement perfectionnés dans ces dernières années, et des machines spéciales ont été adaptées à chacun des genres de travail, glaçage, rognage, fabrication des enveloppes, etc.

Les machines à couper le papier ne présentent pas un<» grande variété de types. Les constructeurs tendent évidemment à simplifier le mécanisme et à diminuer l'espace occupé. Le mouvement continu remplace le mouvement alternatif, et la marche oblique du couteau est presque exclusivement adoptée.

Le type anglais est représenté en France par une machine très-élégante et d'une excellente construction, de M. Poirier, avec l'emploi de bielles substituées aux excentriques, et avec un plateau mobile, se réglant a volonté, pour donner une coupe verticale, quelle que soit la déviation occasionnée par une mauvaise lame. Une autre machine du même type, par MM. Heim frères, du grand-duché de Hesse, est établie avec flasques ou montants mobiles, reliés a la partie inférieure par une entretoise portant un galet à chaque extrémité. Deux excentriques agissent sur les galets, en transmettairt au couteau un mouvement uniforme. Dans ces deux machines, l'obliquité 'lu couteau varie suivant la courbe que décrit la bielle qui relie le porte-lame au bâti. L'emploi de deux vis, commandées par deux engrenages et par un même levier, dans le but de laire descendre parallèlement le presse-papier, ne nous parait praticable que pour les formats exceptionnels de grande dimension.

Deux autres machines françaises, de M. Boildieu et de ï. Coisne, se distinguent par leur mécanisme placé à la parlie supérieure. Cette disposition prend plus de place ; mais elle permet d'utiliser le dessous de la machine. Dans la machine de M. Boildieu, le diviseur, composé d'une vis actionnant le râteau, porte un limbe divisé indiquant les millimètres.

Ce diviseur, placé sur le côte* de la machine, agit sur le râteau sans l'intermédiaire d'engrenages, et est moins gênant que les diviseurs à tringles.

Le laminoir à papier exposé par M. Poirier, est étudié avec soin et est d'un luxe d'exécution (pion ne rencontre pas habituellement dans les machines de ce genre. La disposition des coussinets, qui permet de regagner l'usure par l'emploi de coins qui agissent sur des parties mobiles, donne la possibilité d'annihiler le jeu. Les laminoirs à table de cristal, exposés par If. Lecoq, sont très-usités pour les épreuves photographiques. Ils se distinguent par la disposition nouvelle d'un mécanisme donnant une pression rigoureusement uniforme au moyen d'un arbre à leviers opposés, agissant sur les coussinets en dehors du centre du cylindre; on obtient l'équilibre en serrant l'une ou l'autre des vis qui agissent sur le centre des faux coussinets de l'arbre à leviers, lequel, arrivé au bout de sa course, est forcé de tourner dans le sens opposé à la résistance.

La machine à faire les boites de carton pour allumcltcshougies est très-remarquable et fonctionne à la vapeur. Le carton, découpé préalablement en petits rectangles à coins arrondis, comprenant le fond et les côtés de la boîte ou de son couvercle, est introduit à la main, pièce par pièce, dans la machine ; là, il s'emboutit, les côtés se plient, et, bien qu'ils ne soient réunis entre eux que par une pression énergique exercée au mo>en de quatre cames agissant ensemble sur l'excès de carton résultant des plis formés aux angles, la soudure est parfaite, et ces boîtes de petite dimension sont suffisamment solides pour l'usage auquel elles sont destinées.

La machine de M. F. Ghappellier pour arrondir les angles des cartes à jouer est simple et ingénieuse ; les cartes ainsi façonnées jouissent d'une réputalion bien méritée.

Machine à faire les envelopjres. — La machine à enveloppes, qui, nouvelle à l'Exposition de 1851, attirait l'attention

générale, est devenue une machins simple et d'un prix modéré, dont le type esl bien fixé par la pratique. Celle que M. Poirier a exposée, fonctionne rapidement et légèrement ; le repliement par petits volets du papier découpé se fait sans bruit désagréable. La fabrication des enveloppes, sacs et petites boîtes, est devenue un jeu pour les mécaniciens, au moyen de

quelques variations de détail de la machine dont nous parlons, par l'emploi d'un piston rectangulaire et de volets h charnières, toutes les l'ois que l'importance de la fabrication permet de payer les frais d'établissement d'une machine de ce genre.

§ J. — Formes et feutres.

La classe 5i) comprend encore différents objets concourant plus ou moins directement à la fabrication du papier. Telles sont les formes ou moules pour fabrication du papier à bras. Des spécimens trop peu nombreux de ces formes ont été exposés. Parmi eux, l'on a signalé les produits de M. Stoncs, de Londres, comme aussi parfaits que possible, quant à la justesse, à la solidité de la forme et à la beauté des filigranes. M. Stones expose aussi des toiles métalliques sans lin pour machine à papier continu, dont la régularité cl le travail sont remarquables. Cette môme industrie , qui compte également dos fabriques importantes en Allemagne et en Espagne , est particulièrement développée en France dans deux contrées où les papeteries sont nombreuses : à Angouléme et en Alsace. Les toiles métalliques des environs d'Angoulémc sont les seules exposées; elles méritent de fixer l'attention par leur bonne exécution. Par suite d'une erreur de classement, les toiles métalliques d'Alsace , notamment celles de MM. Louis Lang, dont la qualité est généralement appréciée par les fabricants de papier , figurent à la classe 40 comme métaux ouvrés.

Les feutres pour papeterie constituent, aussi bien en France que dans les pays voisins, une branche importante de com-

GROUPE VI

merce. La France et l'Angleterre sont particulièrement en possession des fournitures des principales papeteries. Toutelois, les fabricants anglais s étant, cette année, complètement abstenus de faire juger leurs produits , du moins dans la classe 59 , Ton a distingué , entre toutes , les fabrications de 3IM. Chrétien, Debouchand, Mattard , Verit et 0% d'Angou- 'lérne , et celles de M. L. Binct d'Annonay , comme les plus parfaites. Le renom dont jouissent ces deux maisons pour ces articles est d'ailleurs européen.

Page 1