MACHINES ET MATÉRIEL DE LA TYPOGRAPHIE ET OE LA LITHOGRAPHIE (I
§ I. — Machines à fondre les caractères.
La machine américaine à fondre les caractères d'imprimerie, heureuse et complète transformation de l'essai imparfait de la machine de Didot Saint-Léger, a conservé entièrement le moule à la main du fondeur placé devant une pompe qui lance le métal; les mouvements de ce moule y sont effectués par des combinaisons de leviers et d'excentriques. La grande régularité des produits que cet outil, si parfaitement combiné, a permis d'obtenir, depuis l'origine de l'imprimerie , semblait expliquer une partie des succès de la machine américaine, et, par suite , il semblait inutile de chercher à la modifier en ce point. Cependant l'expérience a montré que le moule, combiné en vue d'un maniement intelligent, offrait plus d'un inconvénient quand il faisait partie de la machine à fondre. C'est un inventeur anglais, M. Johnson, qui , le premier, a indiqué le
(|j Voir le rapport de M. Paul Boiteau {Classe e).
mode de perfectionnement dont nous voulons parler , et qui consiste essentiellement à former le moule d'une entaille à faces parallèles, pratiquée dans une barre prismatique, entaille ayant en largeur exactement la force du corps du caractère à fondre. Dans cette entaille se meut, à frottement doux, un piston rectangulaire qui la remplit exactement, de telle sorte que , selon la hauteur à laquelle il sera fixé , il restera, entre la pièce de recouvrement qui est appliquée sur la partie supérieure de la barre prismatique et l'extrémité du piston, un vide égal au volume d'une des lettres du caractère à fondre. On voit que ce système donne une identité absolue de force de corps à toutes les lettres et permet de les faire sortir de l'entaille sans jamais les fausser, en soulevant la pièce allongée sur laquelle elles reposent. L'exécution de celte pièce, qui, outre la lettre, comprend partie du jet pyramidal, offre quelque difficulté pour que, malgré réchauffement, elle puisse se mouvoir facilement et cependant ne pas laisser pénétrer de métal le long des parties glissantes. C'est surtout pour les types de dimension un peu forte que celte machine, simplifiée et améliorée par MM. Fouehé et Laval, offre des avantages notables sur la machine à fondre américaine.
* \ 8. — Procédés de ?i autre.
Les nouveaux procédés «le gravure que l'on a vus fonctionner à l'Exposition de 1867 sont ceux de M. Dnlos et de M. Gaiffe, qui avaient déjà paru, moins complets , à l'Exposition de 1862. Le procédé de M. Dulos, fondé sur la propriété des surfaces métalliques d'être mouillées ou non mouillées par le mercure ou un amalgame convenable , suivant leur nature, et sur l'emploi de la galvanoplastie pour obtenir à volonté des surlaces dans des conditions différentes, en les recouvrant, par exemple, de fer ou d'argent, a reçu entre les mains de son habile inventeur d'élégantes applications. On doit espérer que ce procédé verra son emploi s'agrandir , grâce à l'ha- T. ix. 18
bileté du graveur qui, chez M. Dulos, ne le cède en rien à l'inventeur. Il a montré déjà dans l'exécution des timbresposte de l'empire ottoman tout le parti qu'on pouvait tirer de son idée pour obtenir des gravures infalsifiables par la superposition de gravures de caractères arabes sur un fond finement travaillé. La gravure de la photographie , qui constitue la surface de la planche métallique en deux états différents, doit, surtout avec l'aide des procédés Poitevin, être ainsi réalisée aussi parfaitement qu'où peut l'espérer; il reste bien entendu qu'on ne saurait, dans cette voie, viser à obtenir la fermeté de la gravure au burin , qui procède par lignes de courbure et non par ombres seulement.
M.Gaiffe, qui s'était occupé d'abord de la gravure des rouleaux pour l'impression des étoffes à l'aide de l'électricité, a reporté ses efforts sur la reproduction des planches plates. Il opère à l'aide d'une espèce de tour à portrait , de deux plateaux dans un même plan , rencontrés par une barre porteoutils, qui donne au système les propriétés de rédiction et d'agrandissement du pantographe. La pointe sèche parcourt par spirales successives la surface de la planche-type, gravée en taille-douce et dont les tailles sont remplies de résine. C'est seulemcnl quand la pointe atteint ces parties non conductrices que, le courant électrique cessant d'atteindre la seconde pointe , celle-ci n'est plus soulevée par l'électro-aimant . et , poussée par le ressort antagoniste, enlève le vernis d'un élément correspondant à celui de la planche-type. Ce procédé, qui peut trouver d'utiles applications pour l'ornementation industrielle, offre l'inconvénient de remplacer les lignes continues par une suite de points qui, quelque rapprochés qu'ils soient, ne laissent pas moins subsister une discontinuité fâcheuse, dès qt'ellc est sensible.
$ 3. — Presses mécaniques typographiques. La fabrication des presses mécaniques typographiques a
UATÉniEL LT l'HOCÉDÉS DE LA PAI'ETEHIK , KTC. ^fî
pris en France un très-grand développement; il est tel, en effet , qu'il se confectionne, à Paris , pour plus de 1,500,000 francs de presses, dont le tiers environ est expédié à l'étranger. Ce succès est dû aux perfectionnements apportés dans la construction , à la rapidité d'exécution des machines , et aussi au bon marché auquel nos constructeurs sont arrivés à pouvoir les livrer. L'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique , les États-Unis ont présenté des échantillons de leurs produits; mais, à part la maison Kœnig et Bauer , de Bavière , qui rivalise, pour la bonne construction , avec nos meilleurs établissements , on peut dire en toute sincérité que la supériorité est acquise à la France.
Le système de presses dans lequel l'impression se fait simultanément à deux couleurs est aujourd'hui entré dans la pratique. Deux machines de ce système, d'une excellente construction, figurent à l'Exposition. Elles ne diffèrent que par le mode de distribution. Le problème a été complètement résolu au moven de deux compositions, passant alternativement sous le même cylindre, qui fait deux révolutions avant d'abandonner la feuille, laquelle n'est plus soumise au repérage ordinaire. La pointure est employée pour le tirage du ^erso seulement. La disposition de la table à marger en dessous du cylindre a permis d'utiliser toute la course de la machine, en laissant les pinces en prise jusqu'à la fin de la seconde impression. Un des marbres d'une de ces machines , composé de deux plateaux en forme de coins réunis, donne la faculté d'augmenter ou de diminuer le foulage de l'une des formes , ce qui est un avantage pour la mise en train, lorsque l'une des formes est plus compacte que l'autre et nécessite une pression plus grande. Ces dexx machines, construites, l'une par M. Dutarire, cl l'autre par MM. Kœnig et Bauer, paraissent avoir atteint le dernier degré de perfection pour ce genre d'impression, qui est appelé à un assez grand avenir. Eu effet, ce n'est pas seulement à la juxtaposition de deux couleurs, comme dans les impressions liturgiques en rouge et noir que, ces
machines nous paraissent destinées, mais encore à des impressions teinte sur teinte , fournissant des ressources nouvelles au dessinateur pour faire valoir les points brillants et adoucir les demi-teintes. Il y a là un nouveau filon à exploiter pour un artiste de talent.
M. Dutartre expose une nouvelle presse en blanc, à simple ou à double touche , sans augmentation de course , destinée aux tirages de grand luxe. Cette presse sera, dans certains cas , appelée à rendre d'utiles services. Le cylindre peut , à volonté , par le jeu d'un débrayage , laisser faire au marbre une ou deux fois sa course par feuille imprimée. Le système de distribution est amélioré par Paddition d'un cylindre intermédiaire, qui distribue l'encre avant de la déposer sur la table. Les rouleaux toucheurs sont commandés par des engrenages, et ne reçoivent plus leur impulsion par le contact avec les caractères; en même temps, ils s'inclinent sur la table à encrer, et augmentent ainsi la puissance de la distribution. Dans une autre machine, exposée par MM. Maulde et Wibart , on est arrivé à diminuer l'usure des organes du temps d'arrêt, en augmentant les surfaces de contact par l'emploi d'un secteur à plusieurs dents au lieu d'une, et à éviter le déplacement des feuilles par une disposition de pointures à guides perpendiculaires à la table de marge. La machine destinée à l'impression des timbres-poste , de M. Alauzet , est construite avec élégance. Son mouvement est à retour rapide ; il s'opère à l'aide du levier oscillant à rainure ; dans la rainure, passe le bouton de la manivelle. C'est la première machine établie avec des engrenages de précision à dents inclinées. Les rouleaux toucheurs sont munis de rouleaux «lits cuv(tli?rsy à distribution forcée, au moyen de vis sans lin.
Les presses à deux cylindres faisant la retirât ion sont Irèsrénandues: les principaux typographes de Londres, entre autres , continuent à se les procurer en France. L'emploi de la décharge permet de les utiliser aux ouvrages de luxe. La bonne construction et la rapidité de ces machines les main-
tiennent au premier rang. Cela est surtout vrai pour celles qui sont construites par MM. Perreau et Cie.
C'est ici le lieu déparier d'un appareil de réglure qui s'adapte aux presses à retiration. Cet appareil de reclure à la molette et à l'encre grasse, de MM. Blot et Tournier, fonctionne simultanément avec le tirage typographique ; il est adapté à la presse exposée par M. Rebourg, et a déjà reçu quelques autres applications. Un appareil analogue, faisant partie d'une presse <m blanc exposée par MM. Klein, Forst et Bohn, de Johannisberg, ligure aussi dans la section prussienne. Il ne diffère que par le mode de serrage des segments formant cames, qui limite à volonté la réglure ; mais il ne présente pas le tube en caoutchouc qui recouvre, dans l'appareil français, la tringle à tourillons sur laquelle sont espacées les molettes. Dans cette presse, les faux cordons sont supprimés et remplacés par un double jeu de pinces, qui sert à détacher la feuille du cylindre, et qui la force à s'engager dans un jeu de cordons qui la conduisent au receveur.
Une presse typographique spéciale pour la réglure, de M. Méténier, laquelle ne figure pas à l'Exposition, se fait remarquer par l'emploi du caoutchouc, placé sur les cylindres mêmes ; il en résulte que l'élasticité est plus sensible que dans le système dont il vient d'être parlé. La marge se fait automatiquement, au moyen d'un pousseur mécanique, formé par un levier garni de tampons en gomme mélangée de poudre de ponce, laquelle, par son adhérence à la feuille, en assure l'entraînement : mais le succès de cette opération, qui permet d'introduire jusqu'à cent feuilles à la minute, n'a pu être obtenu qu'à l'aide d'une lame de canif, dont la pointe et le tranchant, en pénétrant à Parrière des feuilles, ont pour effet de n'en laisser passer qu'une seule à la fois. Le plateau qui supporte le papier s'élève graduellement, afin de le maintenir ronstamment à la hauteur du pousseur de M. Brissard, de Tours.
Les presses dites à réaction, à trois et à quatre cylindres,
278 Gnori'K vi. — classe oU.
les seules employées, pour ainsi dire, au tirage des journaux français, ne figurent pour ainsi dire pas à l'Exposition. Ce système est représenté par une seule presse à deux cylindres, de M. Alauzet, tirant 5,000 exemplaires à l'heure. Elle est muniedu mode de transmission de M. Normand, Une presse à six cylindres, du même genre, de MM. Perreau et O, tirant 8,000exemplaircs à l'heure, et que nous avons vue fonctionner au Moniteur universel, n'a pu être installée pour l'ouverture de l'Exposition. On peut dire que le système de presses à réaction, qui permet l'impression sur caractères mobiles, est toujours préféré à tout autre pour les journaux français dont le tirage ne dépasse pas 20,000 exemplaires.
M. Gaveaux expose une machine à deux cylindres, établie d'après un nouveau système de son invention. Gc système, très-ingénieux, consiste à diminuer la course «le moitié, en donnant aux cylindres en même temps qu'au plateau qui reçoit les formes, et en sens inverse, un mouvement de déplacement horizontal. La disposition des cylindres de marge en élévation a permis l'emploi de receveurs mécaniques. Les modifications à faire subir à quelques détails do la machine exposée, première réalisation d'une idée nouvelle exécutée rapidement, n'ont pas permis de consUUer les avantages que l'on pourrait espérer de eetlc combinaison.
La machine rotative à gros cylindre de M. Hoë ;dc New- York), tirant en blanc, avec huit ou dix cy lindres presscuis, la plus chère mais la plus rapide de toutes les presses mécaniques, ne figure pas à l'Exposition. M. Marinoni et M. Jnles Darriey ont exposé chacun une presse rotative à retiration, avec un seul cylindre presseur pour chaque cylindre portant les clichés. Les derniers essais antérieurs faits dans cette voie par M. Worms (brevet du 2 juin 485Tl avaient pour but de proportionner autant que possible le diamètre des cylindres au développement du format, pour obtenir le maximum de vitesse ; mais, quel que fût le nombre ou l'habileté des margeurs, la réception de la feuille, avec un seul receveur, était un obstacle
qui ne permettait pas de profiter de la vitesse que l'on aurait pu obtenir par la réduction minimum du diamètre des cylindres. Cette presse était, en outre, munie de deux cylindres en métal, de môme diamètre, pour la distribution de l'encre. Les deux presses exposées diffèrent du système précédent par l'emploi de deux compositions sur la même presse, invention attribuée à M. Hoc. Cette heureuse combinaison, malgré la perte de temps nécessaire à l'exécution du second cliché et à sa mise en train, augmente le produit dans une proportion considérable ; mais la disposition à donner aux formes ne permet pas de le doubler véritablement, à cause de l'augmentation à donner au diamètre des cylindres, ce qui, au reste, doit être un avantage pour la réussite des clichés. Ces deux presses sont pourvues chacune de deux receveurs mécaniques, et un plan d'une troisième machine plus diligente, exposée aussi par M. Derriey, a démontré qu'ils pouvaient encore se multiplier par le déplacement successif du jeu de cordons qui conduisent les feuilles aux receveurs. Ceux-ci n'ont pas la même disposition dans les deux presses. Celle de M. Marinoni, qui a deux ou quatre margeurs, dont les receveurs sont placés au bout de la machine, tient beaucoup plus de place, mais elle est mieux assise sur sesfondations ; l'autre prend plus de hauteur, les receveurs étant disposés en dessous de la machine. Dans cette dernière, exposée par M.Jules Derriey, la distribution d'encre se rapproche de la distribution allemande et de celle qui est indiquée dans le brevet du 5 juin 185.J. Dans l'autre est appliqué le système américain, avec excentriques agissant sur leviers pour le déplacement des rouleaux ; mais ce système, indispensable aux presses en blanc à gros cylindres, ne permet pas d'espérer une distribution suffisante, même avec des cylindres réduits à QmQ0. Il y aurait certainement avantage à augmenter, dans ces deux machines, le diamètre des rouleaux toucheurs. Ces presses diffèrent aussi par le nombre des margeurs; mais, quel qu'il soit, le maximum de vitesse sera toujours surbordonné au minimum du diamètre des cylindres. La presse de M. Marinoni, à
quatre margeurs, avec cylindres de 0m60, a fonctionne", sans formes ni papier, à raison de 8,000 exemplaires à l'heure. La machine de M. Jules Dcrriey, dont les cylindres sont réduits à 0mS0, a pu imprimer à raison de 40,000 exemplaires à l'heure, avec ses deux margeurs, qui, du reste, nous paraissent insuffisants pour cette vitesse. Son système à cordons, pour la transmission de la feuille du recto au verso, nous paraît préférable au mécanisme des pinces, qui exige une grande régularité de marge, et qui peut occasionner des temps d'arrêt par suite de la nécessité de retirer de la machine les feuilles qui n'auraient pas été assez avancées pour être saisies par les pinces.
En résumé, le système perfectionné de clichage au papier, mis en usage depuis quelques années en France et en Angleterre, et qui constitue le progrès le plus important dans les moyens d'action de la typographie qu'a révélés l'Exposition de 1867, donne lieu d'espérer qu'il pourrait aujourd'hui réussir s'il était employé aux presses circulaires à retiration à petits cylindres, lesquelles, moins chères et aussi diligentes que la presse américaine, rendraient de grands services aux publications quotidiennes à grand nombre, avec une économie considérable sur le personnel des margeurs.
Un nouveau système d'impression sans encre et sans foulage, au moyen du papier à report chargé de la matière colorante, dont la pression des caractères détermine l'application sur l'épreuve, a beaucoup intéressé le public. Nous n'avons pas à insister sur la combinaison ingénieuse de la machine de l'inventeur du procédé, M. Le Boyer, qui se propose de donner encore plus de développement à ce système rapide, qu'il emploie déjà aux tirages de têtes de lettres , circulaires et cartes de visite.
Une petite presse manuelle pour ouvrages de ville est exposée dans la section d'Amérique. Elle fonctionne au pied et à la vapeur, avec distribution d'encre mécanique sur une table à pivot se déplaçant à chaque feuille, au moyen d'un enétiquetage à rochet. Son produit est d'environ 1,300 exem-
plaines à l'heure. Cette presse, à bon marché et d'un petit volume, est déjà très-répandue aux États-Unis.
MM. Godchaux, dont on avait remarqué, à l'Exposition de 1862, les cahiers d'écriture pour enfants, si bien exécutés et à si bas prix, portant en tête de chaque page un modèle d'écriture imprimé en taille-douce, ont exposé en 1867 la machine qui leur permet d'obtenir cette fabrication remarquable. Le papier continu s'imprime des deux côtés par la pression de rouleaux gravés en creux, puis vient se présenter à un couteau à lame hélicoïdale, qui le divise en feuilles. Le rouleau gravé est encré et débarrassé de l'encre qui couvre sa surface au moyen d'une râcle, absolument comme pour l'impression des étoffes, seulement la gravure est moins profonde. L'encre est une teinture qui colore le papier et qui noircit en se séchant, de manière à donner exactement l'apparence de Pencre à écrire, bien mieux que l'encre d'imprimerie, qu'on employait d'abord pour exécuter ces cahiers au moyen de l'impression typographique, et dont l'emploi excluait surtout la continuité et la finesse des déliés que présente l'écriture.
La presse dite à râteau, adoptée comme la plus convenable pour les tirages de la lithographie, est composée de pièces dont le mouvement est assez complexe pour qu'il soit difficile de l'obtenir par l'action d'une puissance mécanique. M. Perrot, le célèbre mécanicien inventeur de la perrotine, qui, il y a plus de trente ans, réussit à construire, le premier, une presse mécanique lithographique dérivant de la presse à bras, ne put résoudre complètement le problème; la construction était trop compliquée et la machine trop coûteuse pour qu'elle pût être adoptée par l'industrie.
Depuis ce temps, la presse mécanique typographique en
Impression mécanique de la i ai Ile-douce.
Presses mécaniques lithographiques.
hlatie a été amende à un si haut degré de perfection, et construite avec tant de précision, qu'il a paru possible de l'employer pour tout genre d'impression, et pour celle de la lithographie notamment. Aujourd'hui le problème est entièrement résolu, et la fabrication annuelle de ces presses atteint le chiffre de 200,000 francs. Dans tous les ateliers se multiplient rapidement les presses mécaniques lithographiques : ce sont de véritables presses en blane, auxquelles on a ajouté des rouleaux mouilleurs, pour apporter de Teau sur la surface de la pierre, et auxquelles on n'a fait, en outre, subir que des modifications secondaires en vue de leur emploi spécial.
Cinq presses de différents constructeurs, tous français, figurent à l'Exposition. La pression mobile ou élastique, indispensable pour éviter le bris des pierres, était primitivement obtenue par M. Ilugucl et M. H. Voirin, qui, les premiers, ont rendu ces presses d'un usage pratique, au moyen de poids suspendus à l'extrémité de leviers, comme dans les machines à imprimer les étoffes. Ce moyen, qui paraissait préférable sous le rapport de la sécurité, surtout avant l'emploi des nouveaux moyens de dressage des pierres, a été abandonné depuis quelque temps: on a préféré maintenir le e\lindre par des ressorts à boudin ou en feuilles, et, chez d'autres constructeurs, au moyen de caoutchouc ou gutta-pereha, placé au-dessus des coussinets supérieurs du cylindre, ou au-dessous des pierres. Le système de plateaux en coin, que nous avons indiqué à propos de la typographie, est employé par M. H. Voirin, et paraît le plus expëditif pour régler la hauteur des pierres. Le nivellement s'opère par l'enlèvement de la pierre, lors de la mise en jrtacc des hausses. Dans sa presse typo-lithographique, M. Marinoni fait reposer le plateau sur quatre vis, à l'aide desquelles il règle la hauteur et le niveau de la pierre. M. Alauzet emploie une feuille de métal, qui se retire à volonté, pour qu'on puisse placer les hausses.
Plusieurs essais tentés pour une alimentation constante des mouilleurs n'ont jusqu'ici produit aucun résultat important, et ne figurent pas à l'Exposition, à l'exception cependant de
eelui de M. Alauzet ; son procédé consiste dans l'emploi d'un cylindre gravé en spirale, qui baigne dans une auge, et qui est mis en mouvement par les rouleaux mouilleurs; l'usage n'a pas encore démontré qu'il y ait avantage à remplacer par un semblable système l'éponge du conducteur. La machine de M. Dupuy, qui l'un des premiers a contribué à l'emploi des presses mécaniques par ses tirages en chromo-lithographie, se distingue par l'application de ses mouilleurs a l'intérieur des cylindres, ce qni réduit notablement sa longueur, et par l'emploi du système du à M. Gauchot, qui donne un mouvement Irès-douv et uniforme au marbre, en remplacement de celui de la manivelle.
Le repérage, pour les tirages à plusieurs couleurs, s'opère au moyen de pointures : les unes, fixes, sont placées au bord de la gorge du cylindre, et n'excèdent pas son diamètre ; d'autres, articulées, sont placées dans le sens de la circonférence, pour disparaître pendant l'impression. Cela évite l'agrandissement des trous , qui aurait lieu si les feuilles éprouvaient un glissement, soit par une fermeture insuffisante des pinces, soit par un défaut de rapport presque inévitable entre la marche du cylindre et celle de la pierre. Le soin apporté dans la construction a permis à plusieurs mécaniciens d'adopter le système de marge, moins fatigant et déjà usité en typographie ; mais, en raison du jeu que prennent les machines par le fonctionnement, le pointage sur le cylindre étant invariable sera préférablement recherché dans les repérages de précision des formats ordinaires.
Pour obvier au glissement des feuilles, nous devons signaler le levier puissant employé par M. Huguet et par M. Dupuy. Ce levier agit sur une came concentrique, pendant l'impression seulement, afin de prévenir les accidents, si les doigts du margeur se trouvaient en prise pendant la fermeture des pinces. L'emploi de la double pince, pour détacher la feuille du cylindre et en faciliter la sortie, est un perfectionnement qui est également appliqué aux presses lithographiques.
La presse circulaire, à cylindre en pierre lithographique, de
284 [groupe vr. — classe 59.
MM. Kocher et Houssiaux, est simple et rapide. La difficulté de se procurer des pierres homogènes est un obstacle que les inventeurs espèrent surmonter complètement par l'emploi de cylindres métalliques, dont ils ont montré un spécimen intéressant à l'Exposition.
M. Brisset présente une presse à râteau, avec une disposition nouvelle du moulinet, qui tient moins de place que dans les autres presses, rapproché qu'il est de la main de l'imprimeur par l'emploi d'un arbre intermédiaire. Le ressort qui agit en avant du râteau, et qui le maintient suspendu malgré le jeu, constitue un avantage apprécié par les ouvriers, car ils n'ont plus à le relever afin d'éviter le déplacement des feuilles.
En résumé, le concours des constructeurs français qui se sont consacrés à la solution du problème de l'établissement d'une bonne presse mécanique lithographique a produit des résultats tout à fait satisfaisants. Sauf de très-minimes exceptions et pour des travaux purement artistiques, on peut exécuter à la mécanique toutes les impressions lithographiques aussi bien qu'à la presse à bras, avec une économie de 60 à HO pour 100. C'est un succès magnifique, un résultat parfaitement acquis, que l'Exposition de i867 a mis en pleine lumière.
La machine exposée par M. Dancl, et destinée à l'application des poudres d'or sur impression à l'encre grasse, se compose d'une boite fermée hermétiquement, dans laquelle fonctionne un gros cylindre en métal. Les feuilles sont placées par un margeur et entraînées sur le cylindre au moyen d'un jeu de cordons. Un second cylindre en caoutchouc, placé dessous le précédent et en contact avec lui, plonge dans la poudre et l'applique sur les épreuv es par laminage. Une brosse rotative enlève la poudre qui n'a pas été saisie par le mordant, et plusieurs tampons superposés et flexibles achèvent l'opération en lissant l'épreuve, qui se présente à un receveur de feuilles.
§ 6. — Petites presses et numéroteurs.
La petite mécanique des ateliers parisiens occupe une place
MATÉRIEL ET PROCEDES DE LA PAPETERIE, ETC. 28,'i
remarquable dans l'Exposition. Elle se distingue par l'élégance et l'ingéniosité de ses produits. Nous examinerons ici ceux qui ont l'impression pour but.
Presses pour billets de chemins de fer. — Trois machines à imprimer les billets de chemins de fer y sont représentées. Celle de M. Lecoq est déjà employée sur la plupart des chemins de fer du monde entier. La bonne impression, la douceur des mouvements, la rapidité de la marche, la facilité avec laquelle la machine est mise en usage, et aussi sa forme gracieuse, justifient son succès. Sa production est considérable : elle peut imprimer, en les numérotant , 10,000 billets par heure. Les deux autres machines sont établies avec les mêmes dispositions générales. Dans celle deM.Létang.on remarque une complication du mécanisme encreur, qui comprend deux rouleaux toucheurs au lieu d'un, ce qui améliore la touche, mais diminue considérablement le produit. Dans celle de M. Trouillet, les billets sont relevés mécaniquement et rangés dans un couloir horizontal, en forme de fer à cheval, d'où on peut h»s extraire sans arrêter la marche de la machine; mais malgré cette disposition nouvelle et ingénieuse, il ne nous parait pas possible que les billets puissent se ranger aussi rapidement qu'ils s'empilent d'eux-mêmes dans le récipient vertical employé avec les machines précédentes. La distribution d'encre a lieu sur un cylindre à mouvement circulaire et indépendant. Le rouleau toucheur est monté sur le\icrs à ressorts et mis en mouvement directement par le piston, qui agit sur deux galets fixés à l'extrémité des leviers. Cette machine est munie d'un compteur mécanique qui peut, dans certains cas, économiser le temps nécessaire à cette opération; jusqu'ici, on ne l'a effectuée qu'à l'aide d'une machine spéciale très-rapide.
Une seule machine à dater les billets de chemins de fer fait partie de l'exposition française. Elle imprime en creux, au moyen de caractères tranchants en acier. Sa simplicité et sa solidité, la pression considérable qu'elle donne pour un petit
effort exercé à l'extrémité d'un genou, sor une certaine longueur, pour faire pareourir une très-petite hauteur verticale aux types, ont fait rechercher cette machine si distinguée, jwr presque toutes les administrations de chemins de fer français et étrangers, les Omnibus, etc.
Petites presses. — Depuis quelques aimées, les constructeurs se sont oeeupés à créer des machines destinées au* petites impressions, telles que tètes de lettre, a li esses, etc. L'Exposition en a reçu plusieurs modèles remarquables par l'exécution et les dispositions ingénieuses qui en rendent l'emploi facile. En général, le mécanisme d'encrage est la reproduction en petit de celui qui est usité en typographie : un encrier à râteau, avec rouleaux en gélatine ou en caoutchouc. Mais ces machines en diffèrent essentiellement en ce que les rouleaux sont montés sur des leviers articulés, distribuant l'encre sur une table fixe concave ou convexe, suivant le rayon des leviers, et aussi par la disposition des caractères qui agissent par dessus sur le papier à imprimer. Dans presque toutes, excepté celles qui sont destinées spécialement aux épreuves typographiques, les caractères sont contenus dans une botte en métal, fixée à la base d'un piston se mouvant verticalement. Une pédale ou un levier actionne le piston et fait en même temps agir tout le mécanisme de distribution d'encre, sans interruption dans ia marche du piston. Dans ces sortes de machines, tous les mouvements s'opèrent en arc de cercle; le piston conserve sa position verticale, conduit qu'il est par deux leviers formant uu parallélogramme dont il est l'un des côtés. Pendant le mouvement ascensionnel du piston, le rouleau encreur vient se mettre en contact avec les caractères, en décrivant lui-même un arc de cercle. Cette disposition, heureuse et simple, paraît réunir tous les avantages d'une excellente machine, et est préférable, sous le rapport de la rapidité, au mouvement rectiligne interrompu des rouleaux , qui nécessite un temps d'arrêt du pistou. En général, toutes ces machines donnent d'excellents produits. *