CHAPITRE I
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Depuis un grand nombre d'années, la question delà fumivorité des foyers en général, et surtout de ecux des chaudières à vapeur, a été l'objet d'études entreprises par des ingénieurs, des industriels, souvent même par des personnes étrangères à la théorie et à la pratique. Cette préoccupation était justifiée par l'augmentation toujours croissante du nombre des appareils à vapeur, dont rétablissement, dans l'intérieur des \ il les, rendait les inconvénients plus manifestes. Mais elle avait surtout pour base un préjugé, dont le temps, les démonstrations théoriques et de nombreuses expériences sont à peine parvenus à faire justice. En voyant des torrents de fumée noire n'échapper des cheminées, on s imaginait que le carbone ainsi entraîné constituait une perte sérieuse de combustible. Aussi tous les inventeurs de fumivores avaient-ils la prétention d'obtenir une économie considérable par l'application de leurs appareils. C'est en vain qu'on leur disait que la coloration «le la fumée était due à des proportions infinitésimales de carbone, comparables a la goutte de carmin qui suffit pour donner une
(i Voir le rapport rie M. Ed. Oralrau (cl. .17), paur plus de détails.
teinlc rouge à une masse d'eau considérable. Il fallait des expériences plus précises; elles ont été faites sur une grande échelle par la Société Industrielle de Mulhouse et répétées depuis en différents endroits. Il est maintenant admis et reconnu par tout le monde :
l°Que, dans un foyer de chaudière ordinaire à bouilleurs, te maximum de rendement correspond à l'introduction de la quantité d'air strictement nécessaire à la combustion ;
2° Que, cependant, les pertes résultant d'une introduction d'air plus grande peuvent être compensées, au moins en partie, par l'addition de bouilleurs réchauffeurs de l'eau d'ajimentatiou.
Il résulte de ces principes qu'un appareil fumivore, qui presque toujours introduit un excès d'air dans le foyer, est ordinairement une cause de perte, mais jamais ne peut être une cause d'économie de combustible.
Cependant la question de fumivorité avait un autre intérêt au point de vue des inconvénients réels occasionnés par la fumée. Déjà le cahier des charges des compagnies de chemins de fer leur avait prescrit de consumer la fumée des locomotives, quand le décret de janvier 1803 a imposé la même obligation aux propriétaires de chaudières à vapeur fixes. Cette mesure administrative a naturellement amené une recrudescence dans les inventions d'appareils fumivores. Cependant aucune idée nouvelle ne s'est fait jour, et les inventeurs ont constamment tourné da is le même cercle que leurs prédécesseurs. Tous les fumivores, en effet, se rapportent à quelques types que nous pouvons grouper de la manière suivante* comme l'a fait M. Turck da is une notice à la Société des Ingénieurs Civils :
\° Foyers à grilles mobiles; 2° introduction complémentaire d'air chaud ou froid au-dessus, au-dessous, en bout de la grille ; 3" insufflation de vapeur surchauffée ou non, sur la flamme, sur le combustible, sous la grille, dans la cheminé. • ; 4° insufflation d'un mélanje d'air et de vapeur dans les mêmes
■l'i GROUPE VI. — CLASSE 53. — SECTION H.
conditions; 5° foyers à flamme renversée, à écran, à deux grilles latérales ou superposées, inclinées, en gradins, etc.
L'application de ces principes a conduit, depuis un grand nombre d'années, les inventeurs à une multitude de dispositions qui se rapprochent plus ou moins les unes des autres. Plusieurs appareils ne donnent qu'une perte insensible de combustible, et sont réellement fumivores, tant qu'ils sont employés avec soin par un chauffeur intelligent ; mais il faut bien le reconnaître, ce cas ne se présente pas ordinairement dans la pratique. Toujours, ou presque toujours, on obtient des résultats satisfaisants pendant la durée des expériences, alors que l'inventeur ou ses agents s'occupent eux-mêmes, avec des soins incessants, du bon fonctionnement de l'appareil fumivore, du chargement de la grille, etc. Mais ordinairement, des que le tout est remis entre les mains du chauffeur, la fumée reparaît, et l'appareil ne fonctionne plus. En effet, si les chauffeurs sont assez intelligents et assez actifs pour donner les soins nécessaires à un fumivore, ils pourraient l'être suffisamment pour charger convenablement la grille et ne produire ainsi que très-peu de fumée, sans fumivore, tout en obtenant un excellent rendement. Dans les locomotives, les inconvénients de la fumée sont aussi singulièrement atténués par le mécanicien qui veut s'en donner la peine, et qui s'aide pendant les stationnements de l'insufflation de la vapeur dans la cheminée. Si, à ces précautions, on joint celle de choisir le combustible ou d'opérer des mélanges convenables, on peut arriver à faire disparaître presque complètement la fumée noire ou même grise, en obtenant des rendements considérables. Aussi, en Alsace, où la Société Industrielle de Mulhouse a créé des écoles de chauffeurs, voit-on des établissements trèsimportants complètement dégagés de fumée, malgré leurs quinze et vingt cheminées, et cependant on obtient avec un kilogramme de combustible médiocre jusqu'à 8 kilogrammes et demi de vapeur.
Nous croyons avoir expliqué, par ce qui précède, les motifs
pour lesquels les appareils fumivorcs entrent peu dans la pratique. Cependant nous répétons que plusieurs d'entre eux sont heureusement combinés et ont donné de bons résultats aux expériences. Quelques-uns même pourront, à la suite d'une longue pratique, devenir utiles, surtout à la petite industrie, en corrigeant, dans une certaine mesure, les effets d'un chauffage imparfait ou d'un choix défectueux de combustibles. Toutefois, nous ne croyons pas devoir les décrire : d'abord, parce qu'ils se rapportent tous à l'un des types définis ci-dessus, et qu'on ne trouve dans aucun d'eux une invention récente, puis, parce que la comparaison entre les différents appareils n'est possible qu'à la condition d'une discussion longue et approfondie que ne comporte pas le présent rapport. Si nous nous contentions d'émettre des opinions, elles pourraient avoir une influence sur le développement de l'industrie que certains inventeurs ont créée pour l'application de leurs brevets. C'est pourquoi nous croyons devoir nous en tenir aux termes généraux dans lesquels nous avons apprécié l'état de la question delà fumivorilé.