APPAREILS DE JAUGEAGE DES LIQUIDES ET DES GAZ
g 1. — Compteurs à eau.
La recherche d'un appareil mesurant avec exactitude la quantité d'eau débitée par un tuyau est depuis longtemps l'objet d'efforts persévérants. Un grand nombre de systèmes ont été proposés; mais tandis que, en Angleterre, plusieurs d'entre eux ont été franchement adoptés, malgré leurs légères imperfections, les compagnies françaises plus sévères attendent encore un instrument satisfaisant à toutes lescoutlitions qu'elles
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regardent comme indispensables. Le degré (l'approximation atteint par quchjiies-nns des appareils exposes paratt cependant bien suffisant pour la pratique ; les progrès qu'il reste à faire consistent surtout dans la simplification des mécanismes et dans le choix des moyens permettant' d'établir ces instruments à des prix modérés.
Le compteur de M. Siemens, qui date de lK'ii, a subi avec succès les no nbreuses expériences à la suite desquelles son emploi a été adopté par plusieurs industriels de Birmingham. Dans cet appareil, l'eau passe dans un tambour qu'elle fait tourner en s'échappant par des disques munis de rainures en spirale. L'axe de ce tambour commandant les rouages des cadrans porte un modérateur composé de lames sur lesquelles l'eau exerce une résistance calculée de manière que la vitesse de rotation du tambour soit proportionnelle à la quantité d'eau qui le traverse.
Le compteur de (a compagnie Kennedy, de Kilmarnock (Ecosse), dont plus de 10,01)0 exemplaires sont déjà en usage, se recommande parla modicité de son prix; il est d'ailleurs d'une précision bien suffisante, l'erreur en plus ou en moins ne dépassant pas 1 pour 100.
Celui de MM. Walter et (ils, de Birmingham, présente aussi une disposition fort ingénieuse.
Parmi les appareils proposés par les exposants français, plusieurs se recommandent par leur simplicité et leur fimctionnement régulier, autant du moins qu'on peut en juger par de nombreuses expériences.
Dans le compteur de M. Lenoir, de Paris, on retrouve la disposition générale des compteurs à gaz. L'eau arrive au centra d'une roue à aubes inclinées sur l'axe horizontal, et traverse, avant de sortir de l'appareil, un récipient d'air destiné à prévenir les chocs dits coups de bélier. Nous citerons aussi les compteurs de M. Z imbaux, de M. Coignard el de M. Flaud.
Celui de M. Clément, d'Orléans, mérite une description spéciale pour ses dispositions toutes nouvelles. Il se compose
COMPTEURS DIVERS, POMPES, PRESSES, ETC. ïi~
d'une cloche, ou récipient cylindrique, recevant l'eau par un point de la circonférence de sa base et la rendant par le centre ; cinq augets fixes, placés régulièrement à l'intérieur de la cloche, correspondent à des orifices rayonnant vers le centre, où un robinet distributeur les fait communiquer, tantôt avec l'eau d'arrivée contenue dans la cloche, tantôt avec le tuyau d'écoulement. Une membrane flexible forme la paroi de chaque auget du côté intérieur; en raison du nombre impair de ces réservoirs partiels et de la disposition des orifices du robinet distributeur, la vidange s'opère dans trois augets, tandis que les deux autres se remplissent. Il se produit alors une pression sur les membranes des premiers et une dilatation de celles des derniers. Le robinet distributeur est fixé à l'extrémité d'un axe vertical présentant un coude ou manivelle à la hauteur des centres des augets; chaque membrane de ceux-ci se trouve ainsi transformée en piston agissant, par l'intermédiaire d'une bielle et d'un plateau, sur la manivelle de l'axe central qui traverse le couvercle supérieur du compteur, et met en mouvement les rouages des aiguilles du cadran. Le volume dis augets est déterminé, et l'on sait qu'à chaque tour de l'axe de la manivelle correspond un débit égal à la capacité totale de ces augets.
La pièce importante de ce système de compteur est évidemment le robinet distributeur qui doit tourner dans son boisseau sans fuites ni frottement trop prononces. M. Clément est arrivé à construire des appareils donnant des indications suffisamment exactes dans la pratique, l'erreur en plus ou en moins ne dépassant pas 2 ou 3 pour 400 du volume d'eau mesurée. La perle de charge en vertu de laquelle l'appareil fonctionne peut d'ailleurs être réduite à des limites très-restreintes. L'ox- « ès de pression agit, en effet, sur des surfaces assez étendues, celles des membranes, et le travail à développer se borne à la rotation de l'arbre du robinet distributeur. Enfin, hs eaux boueuses peuvent être mesurées par ce compteur, pourvu que les détritus ne soient pas assez volumineux pour
obstruer les orifices, et le mécanisme de l'appareil est assez simple pour ne pas nécessiter d'entretien coûteux. Il parait destiné à rendre des services réels comme compteur de consommation dans les maisons d'habitation desservies par une distribution d'eau.
Enfin, le compteur présenté par M. Du Boys, ingénieur des ponts et chaussées, semble avoir résolu, d'une manière très-heureuse, la question du jaugeage des liquides sous pression, sans occasionner de perte de charge sensible. Cet appareil consiste en un vase ayant la forme d'une lentille composée de deux cuvettes en fonte boulonnées l'une à l'autre, et qui peut osciller autour de son diamètre horizontal. A l'intérieur, cette lentille est divisée en deux compartiments par un diaphragme mobile formé d'un disque métallique appliqué contre une feuille de caoutchouc, pincée, sur toute sa circonférence, dans le joint qui réunit les deux cuvettes. Ce diaphragme peut ainsi, grâce à sa souplesse, s'appliquer successivement contre la paroi interne de chaque cuvette. 11 porte, d'ailleurs, une tige qui guide son mouvement en traversant les deux fonds de la lentille. L'axe horizontal ou diamètre autour duquel la lentille peut osciller porte un robinet tournant dans son boisseau ; les deux positions inclinées, limites de l'oscillation, correspondent aux ouvertures d'entrée et de sortie de l'eau. Ainsi le vase ou lentille se remplit et se vide alternativement par l'un et l'autre fond. L'eau introduite repousse par sa pression le diaphragme contre la paroi opposée et expulse celle qui se trouve de l'autre côté de celui-ci. Cet appareil fonctionnait régulièrement dans la grande galerie des machines.
Il est impossible que tous les efforts dont nous venons de rendre compte n'aboutissent pas à une solution pratique, et nous pouvons espérer, avant peu, voir les compteurs à eau entrer complètement dans la pratique des compagnies concessionnaires des eaux dans les grandes villes de France.
g 2. — Compteurs à gaz.
Les appareils de jaugeage des gaz employés d'une manière courante, depuis l'origine de l'éclairage par l'hydrogène carboné, ont été successivement améliorés ; aussi, aujourd'hui, avons-nous à constater la perfection atteinte dans la construction de ces appareils par les maisons importantes qui s'en occupent.
M. Thomas Glover, de Londres, a exposé un spécimen des compteurs secs qui fonctionnent au nombre de 250,000 dans la Grande-Bretagne. MM. George Glover et Cic, de Londres, ont présenté un gazomètre, très-remarquable par les dispositions et le soin avec lequel tous les détails en ont été étudiés. En outre, les compteurs et autres appareils pour le gaz exposés par cette maison se distinguent par leur construction élégante et leur solidité. Nous devons encore citer, parmi les appareils de précision pour le gaz qui nous viennent de la Grande-Bretagne, les compteurs secs et ceux à niveau d'eau invariable de la Compagnie Gas-Meter , de M. Defries et de M. Sugg, tous de Londres ; ce dernier a exposé aussi d'excellents appareils photométriques; enfin les compteurs de consommation de MM. Newton et Braddock , de Oldham. La description de ces appareils nous entraînerait à des détails que ne comporte pas le présent rapport.
D'autres nations étrangères ont aussi exposé des compteurs et des gazomètres remarquables, notamment la Prusse, représentée par M. Elster et M. Pintsch, de Berlin, et l'Espagne, par MM. Ciervo et 0% de Barcelone.
En France, les deux maisons qui ont exposé les appareils les plus intéressants sont MM. Siry-Lizars etCi<f et MM. Brunt etC'% de Paris. La première, qui a des succursales à Marseille, ù. Leipzig et à Barcelone, construit des appareils pour une partie de l'Europe; ses compteurs de fabrication, de grande dimension et de forme cylindrique, méritent surtout d'être remarqués.
MM. Bruni et C*% qui fournissent aussi les usines à gaz d'un grand nombre de villes de France et de l'étranger, ont exposé des appareils de précision Tort intéressants, notamment un indicateur de pression, un gazomètre dont la cloche est mathématiquement équilibrée, et un régulateur à double cône.
Nous devons encore citer, parmi les exposants français, M. Williams, dont les compteurs sont fort appréciés; M. Gurnier, qui a présenté un contrôleur automatique du gaz, et M. Giroud, tous trois de Paris; le régulateur télégraphique de ce dernier a donné d'excellents résultats dans tes expériences auxquelles il a été soumis.
Cet examen général nous conduit à la conclusion déjà formulée : que la fabrication des appareils de précision pour le gaz a atteint un degré de perfection jusqu'à présent inconnu. Mais tous les perfectionnements consistent dans des détails qu'il uous est impossible de décrire; aucune invention nouvelle ne marque un progrès saillant depuis la dernière Expositiou Universelle.