OBSERVATION V
Zona pectoral pendant la convalescence d'une pleurésie tuberculeuse avec épanchement (Observé par M. C. Schreibéer, interne des Hôpitaux et commu niqué aux Archives de médecine des Enfants, 1911, p. 40).
Mathurine N.., âgée de 14 ans et demi, entre le 25 janvier 1910 dans le service de M. Comby pour une pleurésie. à
LLPporee
Antécédents héréditaires. — Père inconnu. Mère, 30 ans, bien portante.
Antécédents personnels. — Enfant unique, née à terme, nourrie au sein. N’a jamais été malade. Mais en février 1909, elle fut renversée par une voiture, et sa mère prétend qu’à la suite de cet accident l’enfant a-6été toujours souffrante.
… Histoire de la maladie. — Le 1* janvier 1910, l’enfant { attrape froid et commence à tousser. Néanmoins, elle se rend les jours suivants aux Galeries Lafayette, où elle travaille dans les ateliers. Elle traîne pendant quelque temps, continuant à tousser. Le 24 janvier, elle ressent un point de côté à gauche et elle garde la chambre. En même temps, elle se plaint de la gorge. Le léndemain, elle entre à l’hôpital.
Examen. — Facies très fatigué. Température, 38°. A l’examen du poumon, on constate les symptômes d’un volumineux épanchement pleurétique gauche avec espace de Traube mat et déviation de la pointe du cœur vers la droite. | &
Rien du côté des autres appareils. La malade est dyspnéique. Fille a été prise dans la matinée d’une courte syncope. ue Une première thoracentèse permet de retirer un litre de liquide citrin.
Evolution de la pleurésie. — 29 janvier. — Mêmes symptômes. Seconde thoracenthèse (1 litre). La température atteint 38° le matin, 39° le soir.
3 février. — La sonorité commence à reparaître en avant; en arrière, on entend maintenant le murmure vésiculaire le long de la colonne vertébrale. ,
Cependant, l’état général paraît moins bon; la malade est plus abattue. Elle à eu un vomissement. Elle présente
< | Parti que une raie vaso-motrice accentuée avec exagération des réflexes rotuliens. Une ponction lombaire est pratiquée et donne issue à un liquide absolument normal.
21 février. — La température présente de grandes oseillations et atteint 40°. On entend aux deux sommets des râles sous-crépitants.
Injection à 11 heures du matin de 30 ec. de sérum antituberculeux de M. Jousset. À 2 heures dé l’après-midi, apparition d’un érythème ortié généralisé (membres, face, ventre) qui dure jusqu’à 8 heures du soir environ. T'empérature à 4 heures: 39°6; à 7 heures du soir: 37°4.
25 Jévrier. — La température, qui depuis un mois oscillait entre 38° et 40°, reste maintenant au-dessous de 38°. 27 février. — La température est remontée à 39°4. La
malade se plaint d’une douleur du flanc gauche, à l’endroit
où a été pratiquée l’injection du sérum. À ce niveau, la peau paraît en effet lisse, tendue et légèrement rouge. Les sanglions sont hypertrophiés à gauche et douloureux.
28 février. — Les signes inflammatoires du flane gauche rétrocèdent.-
1% mars. — Amélioration de l’état général; la malade
se sent mieux et l’appétit revient. La pletirésie semble également en bonne voie.
Seconde injection de 20 cc. de sérum antituberculeux de M. Jousset, au nivéau de la cuisse droite.
3 murs. — Douleur au siège de la piqûre. Cuisse en flexion. Empâtement étendu de la largeur de la main avec rougeur des téguments.
7 mars. — Li’empâtement et la douleur diminuent. L’a-
mélioration de l’état général est plus marqué. Mais on
constate encore une matité des deux tiers inférieurs du poumon gauche en arrière.
11 mars. — Troisième thoracentèse : on retire avec diff-
culté 325 grammes de liquide séro-fibrineux:
29 mars. — L'enfant est prise de coliques avec selles diarrhéiques très légèrement teintées de sang. L’abdomen est un peu météorisé et la palpation du côlon réveille les douleurs.
31 mars. — La diarrhée persiste. On note de la douleur avec résistance de la paroi au niveau du côlon descendant et de l’anse sigmoïde. |
5 avril. — Les symptômes abdominaux ont disparu et la malade engraisse.
18 avrid. — Quintes de toux suivies de vomissements. Mais l’ausculation ne révèle aucun signe d’aggravation: la matité persiste à gauche et en arrière, avec respiration diminuée.
3 mai. — La toux persiste et présente les caractères de
la toux Morton: l’enfant est prise de quintes suivies de
vomissements. |
On constate une matité absolue de tout le poumon gauche en arrière avec abolition totale des vibrations et de la respiration. On n’entend ni souffle, ni égophonie, mais le signe du sou de Pitres est très nettement positif. En avant, on note de la matité sous la clavicule gauche, et on perçoit à ce niveau une expiration soufflante. L'espace de Traube est sonore, mais la pointe du cœur bat à 2 centimètres en dedans du mamelon gauche. À droite, on perçoit de gros ronchus de bronchite.
Une ponction exploratrice pratiquée à gauche ne ramène d’abord rien; mais l’aiguille enfoncée très profondément, donne issue à un liquide jaune citrin. |
14 mai. — Une radiographie confirme l’existence d’un épanchement gauche. Pas de ganglions trachéo-bronchiques apparents. |
LG
; 1 : $ ; 28 mai. — L'enfant tousse toujours, mais les vomisse-
ments ont cessé. On note à gauche une rétraction thoraci-
que très marquée avec atrophie sous-claviculaire. La matité et la diminution du murmure vésiculaire sont toujours très prononcées.
11 juin. — Le facies est devenu très satisfaisant. L’enfant a bon appétit et reste au jardin tout l'après-midi. À cause de la persistance des signes pleurétiques, une nouvelle ponction exploratrice est pratiquée à gauche. L’ai-
guille, enfoncée jusqu’à la garde, traverse des adhérences
{très épaisses et compactes et ramène 5 ec. d’un liquide séro-fibrineux très clair. |
28 juin. — L'enfant quitte la salle de Chaumont pour la maison de convalescence de Garches.
Vers la fin de juillet, à Garches, l’enfant est prise un jour de malaise général, avec fièvre et inappétence. En même temps, elle ressent des euissons vives au niveau de l'épaule, des bras et de la région pectorale gauche.
Trois jours après apparaît, au niveau du creux de l’aisselle gauche, un placard érythémateux suivi d’abord d’un second, au niveau de la face interne du bras, puis d’un troisième au niveau de la partie externe des troisième et quatrième espaces intercostaux gauches. Les jours suivants, ces diverses plaques se recouvrent de vésicules ne dépassant pas la ligne médiane, avec quelques éléments aberrants au niveau de la pointe de l’omoplate gauche. La durée de l’éruption aurait été de quinze jours environ, pendant lesquels l'enfant continue à ressentir des douleurs névralgiques. Ces douleurs persistèrent pendant un mois, rendant pénibles les mouvements du bras.
À la fin de septembre, nous avons revu la malade. Elle présentait des cicatrices plus pigmentées que le reste des téguments au niveau des régions envahies par le zona. La
5 mn.
rétraction du côté gauche du thorax paraissait plus prononcée. L’épaule et le mamelon gauches étaient abaïissés, et la colonne vertébrale présentait une scoliose nette à concavité dorsale tournée du côté malade. L'enfant suit actuellement la gymnastique respiratoire.
Une cuti-réaction pratiquée chez cette malade à l’entrée fut nettement positive. L’examen cytologique du liquide pleurétique révéla la présence de lymphocytes avec quelques polynucléaires déformés.