Septembre
SECTION I
Sixième question : Quelles améliorations pourrait-on iyitroduire dans la statistique du commerce extérieur ?
Rapport présenté par M. Hector DENIS.
Valeurs officielles et index numbers. — Une note de Tadministration des finances expose avec netteté comment s'opère en Belgique la détermination de la valeur des marchandises relevées au poids, au nombre, à la mesure. Les valeurs officielles ne sont autre chose que des moyennes établies chaque année d'après les bases qu'indique la note de l'administration. Les changements que les révisions annuelles apportent dans ces moyennes ont pour effet d'augmenter ou de diminuer, toutes choses égales d'ailleurs, le chiffre total du commerce comparativement à celui de l'année précédente. Il faut tenir compte de ces variations annuelles quand on fait cette comparaison. Rien n'est évidemment plus rationnel. Cependant ces changements périodiques apportés dans la valeur moyenne des unités de poids, de mesure, en affectant la valeur totale du montant des exportations ou des importations, ne permettent plus au statisticien ou à l'économiste, pour une suite d'années, de ressaisir avec quelqu'approximation à travers ces variations, le mouvement général des quantités de marchandises exportées ou importées. C'est ce qui m'a surtout frappé dans l'étude de la dépression des prix dans le dernier quart de siècle, et des changements subis par le commerce international. Si les statisticiens consciencieux s'arrêtent devant de telles difficultés, quel usage ne verra-t-on pas faire des statistiques officielles, par les publicistes superficiels dans les comparaisons des relevés successifs des importations et des exportations.
C'est ainsi, par exemple que la valeur totale de nos exportations
s'exprime en 1881 et en 1894 à peu près par les mêmes chiffres : i.3o2 millions et i.3o3 millions. Or dans Tintervalle les prix d'un grand nombre de marchandises se sont abaissés, et l'évaluation des exportations en 1894 correspond à une quantité beaucoup plus considérable de produits. De 1891 à 1896 la valeur globale des exportations s'abaisse de i.5ig millions à 1.467 millions de frs. mais la baisse des prix est suffisante pour intervertir le rapport au point de vue des quantités ; une quantité de produits plus considérable qu'en 1891 a été en effet exportée en 1896.
Pour permettre de suivre les variatiojis quantitatives de l'ensemble des marchandises exportées ou importées avec une certaine approximation, à côté des variations de la valeur totale des importations et les exportations, il m'a paru indispensable de construire la table des index-numbers d'un certain nombre de produits, et d'adopter comme terme de comparaison pour ces prix cumulés d'année en année, les prix moyens de la période 1867-77 déjà adoptée par Sauerbeck. Si l'on considère comme fixes les prix moyens de 1867-77, et que l'on modifie les évaluations annuelles de notre commerce spécial de manière à se conformer à cette hypothèse, les nouveaux chiffres globaux réfléchiront les variations quantitatives de notre commerce international bien entendu toutes choses égales d'ailleurs.
Certains états, comme l'Autriche-Hongrie ont fait des apphcations de cette méthode, il faut souhaiter qu'elle vienne prendre place à côté des méthodes actuelles d'évaluation dans la statistique commerciale de tous les Etats, car il ne s'agit nullement de substituer l'hypothèse à la réalité, mais de dégager autant que possible les différents aspects de notre mouvement commercial. Je forme donc le vœu que tous les Etats dressent des index-numbers embrassant un choix judicieux de prix, et en fassent l'application que je viens d'indiquer, en adoptant la même période, par exemple 1867-77 comme terme de comparaison.
Commerce international des métaux précieux, — Il est peu de données statistiques plus intéressantes pour la science que celles qui se rattachent à l'importation et à l'exportation de l'or et de l'argent. Elles éclairent les lois suivant lesquelles les métaux précieux se distribuent entre nations. Or il n'est pas de données plus
imparfaites. Pour s'en convaincre il suffit de consulter les pages 96 et 112 du dernier rapport sur le commerce extérieur de la Belgique. On y verra que les quantités d'or et d'argent renseignées sont seulement celles qui ont été déclarées à l'importation. « Comme elles ne représentent qu'imparfaitement l'entrée du numéraire, ajoute Tadministration en note, on s'abstient de tenir compte dans la récapitulation des valeurs dont se compose le mouvement commercial. »
Ces imperfections ont été constatées dans tous les pays,les offices douaniers n'ont d'ailleurs aucun intérêt à réformer cette partie de la statistique. La question a été en Italie l'objet d'une remarquable étude de M. C. Ferraris, professeur à l'Université de Padoue. La statistica dcl vioviincnto dei vietalli presiosi. Rome i885 ; le même savant a présenté en i88g un rapport à l'Institut international de Statistique. M. Ferraris montre d'une manière saisissante les erreurs de la douane : c'est ainsi qu'en 1881-82 le trésor italien reçut de l'étranger 253 millions de francs, destinés à servir à l'abolition du cours forcé, la statistique douanière pour la même période n'enregistra que 120 millions, l'erreur était de i33 millions. L'illustre Soetbeer dans ses Materialien sur erlàiitening taid Beurthcilung dcr wirtscha/tlicfien edclmetalvcrhàltnisse und dcr ivàhrujtgsfrage (1886),
{Matériaux pour V illustration et la critique des relations e'conomiques des métaux précieux et de la questioji de l*étalo7i), montre les divergences des statistiques des différents pays. C'est ainsi que l'importation dans la Grande Bretagne, des métaux précieux venant de France s'exprime pour 1876-80 par 52 millions d'après la statistique française, et 112 millions d'après la statistique anglaise ; l'écart est énorme.
Pour corriger ces erreurs, M. Ferraris a, comme il le dit luimême, tenté de surprendre le mouvement des métaux précieux à son point de départ, de l'accompagner pendant qu'il s'accomplit, de le rejoindre à son point d'arrivée. Il a donc proposé de s'adress(T aux grandes banques d'émission, au Trésor de l'Etat, aux administrations des Postes, chemins de fer, sociétés de navigation. Il expose avec plus de détail des méthodes dans son rapport à V Institut international de statistique (1887 p. 238),
Ces méthodes ont été appliquées en Italie dès 1886, et voici le
résultat positif qu'elles ont produit. Pour i885, les quantités d'or et d'argent, importées et exportées, s'élevaient, d'après la douane italienne à i88 millions, et d'après les statistiques plus précises à 260 millions ; la correction atteignait 72 millions.
La Suisse et la Hollande ont adopté les mêmes méthodes, il faut souhaiter que leur application se généralise rapidement et que la statistique de la production, de la consommation, de la circulation des métaux précieux si savamment recueillie par M. de Foville puisse être portée au degré de développement qu'elle comporte.
Il faudrait enfin consacrer dans toutes les statistiques du commerce extérieur une place spéciale au mouvement international des métaux précieux, selon le vœu du même savant, et conformément à la pratique de plusieurs Etats. La raison en est que le déplacement des métaux précieux n'a pas la même signification que le mouvement des marchandises, et qu'il est subordonné pour une très grande part, aux conditions mêmes du crédit.
Statistique commerciale internatioftale, — Les difficultés que fait naître la comparaison des statistiques commerciales, les graves et fréquentes discordances qu'elles présentent ont été l'objet de bien des travaux, et je me borne à signaler les études de Giffen,de Louis Bodio et Stringher qui viennent d'être reproduites dans la Biblioteca deir Economista,
Au Congrès d'Anvers de 1894 M.Kiaer dans un excellent rapport, a voulu faire faire à la statistique comparative un progrès sérieux en proposant aux Gouvernements de publier comme supplément des tableaux ordinaires des importations et des exportations, un tableau à part comprenant autant que possible les articles les plus importants pour le commerce en général, d'après une liste dressée de commun accord. Les marchandises y seraient exprimées autant que possible en poids brut, avec indication de leur valeur d'après lastatistique nationale.
Il est, me semble-t-il d'un haut intérêt de consigner ici que ce vœu a été consacré depuis par le rapport de M. Bateman au Congrès international de statistique de Berne et par le vote de l'assemblée* (V. Annales de l'Institut International de statistique IX 2« livraison no» i3, 38 et 39).