LE MOUVEMENT EN FAVEUR DU SALAIRE EQUITABLE
Examinons d'abord ce qu'on entend par le mouvement du Salaire Equitable. Après des discussions prolongées et répétées pendant neuf années, on est tombé d'accord sur ce point que a) il faut payer à l'ouvrier dans chaque industrie, le taux de salaire reconnu comme étalon, b) de ne pas donner à l'ouvrier adulte moins de 6 pence par heure, à la femme adulte moins de i8 sh. par semaine. Ceux qui n'ont pas une connaissance approfondie de la pratique actuelle de la vie industrielle s'imaginent d'abord que le taux de salaire des Trade-Unions était celui que les Trade-Unions pouvaient stipuler à leur guise. En réalité le taux de salaire des Trade-Unions représente dans chaque industrie bien organisée, une expression bien conçue du taux actuel établi par un accord plus ou moins explicite entre des délégués patrons et le Comité Exécutif des Trade-Unions. Ce que le Comité a fait a été uniquement d'insérer dans sa propre liste des taux de salaire, le taux reconnu après enquête comme accepté par les principaux patrons d'industrie du district de Londres. Ainsi par exemple, dans l'industrie des bâtisses, qui comprend les sept huitièmes des travaux faits pour le Conseil, le taux des salaires des Trade-Unions a été soUennellement reconnu par un traité formel entre la London Building Trades Fédération,(la Fédération des ouvriers en bâtisses de Londres) et la London Master Builders Association. (L'Association des Patrons Entrepreneurs de Londres.) Pour ce qui concerne les industries « skilled » (i) organisées,le Conseil n'a pas cherché à faire plus que de se placer sur une même ligne que la moyenne des bons patrons.
Par rapport au travail « unskilled » la situation devient plus difficile. Ici dans la plupart des cas, il n'existe pas de taux des Trade- Unions généralement reconnu. Il s'en suit que le Comité a émis
(i) Note du Traducteur, -^ Nous avons mtinienu les termes tnglais « Skilled labour » et «• Unskilled labour, « Le <* skilled labour •• c*est le travail des ouvriers habiles, des artisans, des ouvriers qui connaissent un métier, qui en dehors de leur force physique ont à leur disposition certaines connaissances et une certaine habileté manuelle comme les maçons, les menuisiers, les serruriers ; tandis que le «• unskilled labour •• c est le travail de l'ouvrier qui ne connaît pas de métier, qui n'emploie que sa force physique, le nMiMeuvre le portefaix.
ridée qu'il n*est pas à désirer que, quelle que soit la concurrence, un de ses employés recevrait moins que le minimum exigé pour une existence efficace et convenable. Des personnes versées dans la connaissance des conditions de vie dans les districts les plus pauvres de Londres, placent la ligne de démarcation pour la pauvreté à 21 sh. de salaire régulier par semaine. Là où on reçoit moins, une existence convenable n'est pas possible. On ne saurait donc dire que le « Minimum Moral » proposé par le Conseil de 24 sh. pour les hommes et 18 sh. pour les femmes touche au luxe ou a l'extravagance. Mais contrairement au taux du Conseil pour les ouvriers skilled, ce minimum est plus que n'est réellement p^yé par maints patrons consciencieux ; et sans nul doute supérieur au taux auquel le Conseil pourrait obtenir du travail semblable s'il préférait ne pas tenir compte de toutes les autres considérations.
La réglementation du travail du London County Council, soit par rapport au travail skilled soit par rapport au travail unskilled, peut être regardée comme la préférence délibéramment donnée a la concurrence qui assure la plus grande efficacité possible contre la concurrence qui assure le travail au plus bas prix. Les emplois publics peuvent être remplis de deux manières.
Nous pouvons d'un côté mettre les places aux enchères, en prenant ceux des candidats qui offrent de faire le travail pour le salaire le plus réduit ; d'un autre côté, nous pouvons d'abord fixer les émoluments, et puis choisir les meilleurs des candidats qui se présentent à ces conditions. S'il nous faut des travailleurs intellectuels de n'importe quelle nature, tout le monde est d'accord que cette dernière méthode est la seule bonne. Nous ne nommons pas juge l'avocat qui ofiVc de prendre la place pour les plus basses rétributions. Personne ne songerait à demander des soumissions des ecclésiastiques quant au prix auquel ils voudraient remplir la charge d'un évêché. Et une administration de ville ou de comté qui achèterait les services de sos ingénieurs ou de ses médecins à l'offre la plus basse, ferait de Tavis de tous, un bien mauvais marché. Dans tous ces cas nous avons appris, par une longue et pénible expéi*ience qu'il y a une telle différence entre la compétence et l'incompétence que nous ne songerions pas à prendre par économie
le candidat qui offre ses services le meilleur marché. Malheureusement beaucoup de personnes qui ont cette opinion sur le travail intellectuel, parce qu'elles appartiennent elles-mêmes à la classe intellectuelle, ignorent qu'elle s'applique tout aussi forcément au travail manuel. Elles consentent à payer un prix quelconque à un bon architecte, mais sont capables de considérer tous les maçons conune des «ouvriers ordinaires». La conséquence en est, qu'à cause de l'ignorance extraordinaire des classes moyennes et supérieures au sujet de la véritable vie des ouvriers manuels, il a été graduellement reçu comme acte de bonne gestion, que, quoiqu'on doive prendre le plus grand soin possible dans le choix d'un directeur, il est prudent et licite d'acheter du travail salarié au taux le plus bas. Mais, en fait il y a relativement autant de différence entre un peintre ou un plafonneur et un autre, qu'entre un architecte ou un directeur et un autre. Si l'influence de la concurrence est déplacée de la qualité au bon marché, l'expérience économique nous dit que le résultat sera de l'incompétence, du travail mal fait, la démoralisation du « sweating System ». Si un homme engage un cocher ou un jardinier, il admet cette vérité, et ne songera pas à engager celui qui . présente son travail au meilleur marché. De même le patron le plus aux abois, ne confiera pas une machine coûteuse à l'ouvrier qui lui offre d'accepter le salaire le plus bas. Le London County Council, le réalisant plus vite que ne le font certaines organisations moins en contact avec les affaires actuelles de la vie industrielle, applique partout le principe. Quelle que soit la place briguée, d'architecte ou de menuisier, le salaire à payer est d'abord fixé à un taux qui permet d'attirer la meilleure classe d'hommes versés dans ce genre de travail, et alors on choisit le candidat le plus compétent qu'on peut trouver. La concurrence entre les candidats n'est pas moins âpre qu'auparavant ; mais ce n'est pas une concurrence tendant à réduire le prix et par là diminuant dans la nation entière le « Standard of Hfe » le salaire nécessaire à l'existence mais bien pour augmenter l'efficacité et ainsi réellement pour réduire le coût de la production. La plus récente discussion sur cette question au sein du Conseil eut lieu cette année en juillet, sur un projet d'établir un département d'écriture à la machine, où on aurait employé des femmes. Il fut
d'abord question de leur payer le même taux que celui adopté par le gouvernement. Mais le Conseil fidèle au principe du salaire équitable, et déterminé à l'appliquer aux femmes aussi bien qu'aux hommes, décida à l'unanimité de payer 20 sh. par semaine aux commençantes ce qui était le taux admis pour les hommes dans les mêmes circonstances.
Pour ce qui regarde les classes inférieures du travail, une autre considération entre enjeu. Au point de vue économique il pourrait être permis, avec l'organisation actuelle de l'industrie, pour un particulier patron de payer des salaires auquel il sait parfaitement, que l'ouvrier ou l'ouvrière ne saurait se maintenir dans un état d'efficacité. Pour l'administration de la Bienfaisance, Londres est divisé en districts qui nomment des « Guardians of the Poor » (gardiens des pauvres). Lorsqu'un tel Comité de Bienfaisance se trouve dans le cas de sauver de la faim des femmes employées par un de ses entrepreneurs aj^ant à faire des vêtements pour les établissements hospitaliers à un salaire insuffisant pour tenir le corps et l'âme assemblés, l'économiste le plus rigoureux admettrait que quelque chose n'est pas comme il le faudrait. L'administration des pauvres de Chelsea, par exemple, paie à ses nettoyeuses i sh. 6 d. par jour sans nourriture, ce qui représente un salaire hebdomadaire de g sh. Un seul jour de maladie est par conséquent suffisant pour forcer une telle ouvrière à chercher du secours auprès des administrations charitables, et l'administration se trouve dans cette situation de sauver de la famine ses propres ouvriers insuffisamment payés. Le « County Council » de Londres responsable comme il est de la santé du peuple de Londres, se refuse à faire usage de la situation d'employeur, pour altérer de propos déhbéré cette santé, en payant des salaires visiblement et d'une manière flagrante insuffisants pour vivre, même si la concurrence abaisse les salaires jusqu'à ce point.
En effet, les hérétiques de l'économie politique ne sont pas le Conseil mais bien ceux qui, se défiant également de Adam Smith, Me CuUoch, Mill et Marshall, persistent à prétendre qu'il y a une loi obligatoire que la pression de la concurrence doit, sans participation de l'homme, être autorisée à agir pour abaisser le Standard of life de la vie de la communauté entière.