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INDUSTRIES MUNICIPALES

Nous arrivons maintenant à une espèce de critique entièrement différente quand nous examinons la décision du Conseil, de se passer de l'entrepreneur chaque fois que possible, et d'exécuter ses propres travaux en engageant un personnel d'ouvriers sous la surveillance de ses propres employés salariés.

Cette mesure a été vivement attaquée comme étant d'une façon palpable et indiscutable contraire à l'économie politique et à l'expérience des aff*aires. Il est bon d'en établir l'histoire.

Ce n'est pas avec des travaux de construction que l'on commença, mais on loua du travail pour nettoyer les ponts et réparer les bureaux du Conseil, avec une économie considérable, sur les prix des entrepreneurs.

Le premier travail de construction fut exécuté par le Comité des Egouts, (Main Drainage Committee) à £ 536, en dessous de la soumission la plus basse t, 2188. Mais le cas qui finit par convaincre les trois quarts des membres du Conseil de la désirabilité de faire ses propres travaux, fut Tégout de « York Road ».

L'ingénieur estimait le coût à t. 7000 et le travail fut mis en adjudication comme d'habitude. Deux soumissions seulement furent envoyées, Tune pour i ii588, l'autre pour X 11608. Le Conseil

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décida de faire le travail lui-même, avec comme résultat une économie réelle de £ 4477.

Ce résultat remarquable fit sensation dans le monde des entrepreneurs et on essa3'a de contester les chiffres de l'ingénieur.

Dans une réponse écrasante il fit remarquer que les entrepreneurs avaient calculé leur soumission à des prix absurdement éle\^ dans presque tous les détails, calculant, par exemple, respectivement 60 sh. et 70 sh. par yard cubic de maçonnerie et de ciment, alors que le travail fiit effectué à 39 sh. Il ressort d'autres renseignements et de faits de notoriété publique à cette époque, que les entrepreneurs avaient pris l'engagement de ne pas concourir l'un contre l'autre pour ce travail, afin d'engager le Conseil à abandonner sa clause de salaire équitable. Le Conseil préféra se passer de l'entrepreneur.

Le résultat en fut la constitution au printemps 1893 d'un Département de Travaux, pour exécuter les travaux, nécessités par les autres Comités, exactement de la même façon qu'un entrepreneur. Le département des travaux se trouve vis-à-vis des autres Comités du Conseil, exactement comme si c'était un entrepreneur indépendant. Lorsqu'un Comité a un travail à faire, l'architecte et l'ingénieur du Conseil font des plans et un de^'^s sans avoir de rapports avec le Département des Travaux. Alors le Conseil décide si l'ouvrage sera fait avec ou sans entrepreneur. Quelquefois il décide de mettre le travail en adjudication, un moyen qui lui permet de voir si les devis de l'architecte et de l'ingénieur sont des guides dignes de foi. Le département des Travaux peut dire qu'il n'est pas préparé pour faire le travail, ou qu'il n'est pas satisfait du cahier des charges et des devis, ou qu'il ne lui convient pas de faire un travail à cette place particulière ou de cette espèce particulière. Dans ce cas le travail est adjugé et fait par un entrepreneur.

Les comptes du Département des Travaux sont séparés de ceux des autres départements du Conseil. Le Comité des Finances veille à ce qu'il soit débité des intérêts et capitaux qu'il emploie et de généreux amortissements sont faits pour couvrir la dépréciation et le renouvellement ; que des approvisionnements complets soient faits régulièrement par des employés indépendants ; et que toutes

les dépenses et frais d'entretien soient convenablement répartis sur les divers travaux exécutés. Les comptes sont soigneusement vérifiés par les contrôleurs du Conseil ainsi que par les auditeurs du Local Government Board.

Le département des travaux a fonctionné aujourd'hui pendant plus de 5 années, pendant lesquelles il a fait pour plus de 3t 800.000 de travaux des caractères les plus divers : construction d'égouts, de routes, de maisons de toutes natures, de ponts et fait toutes espèces de travaux d'entretien et de décoration, et un ensemble innombrable d'opérations multiples.

Il est généralement admis par les critiques du Conseil que sa pratique d'élimination de l'entrepreneur est une innovation sans pareille, inconnue en dehors de Londres. Une légère connaissance de l'action des autres corps administratifs locaux d'autres localités empêcherait cette erreur. Birmingham par exemple, dominé par la secte la plus stricte des « individualistes -» a municipalisé son eau et son gaz, qui à Londres sont encore laissés à des entreprises privées. Son Conseil municipal supprime l'entrepreneur chaque fois qu'il le peut, chaque Comité faisant une grande partie de ses propres travaux par son propre personnel. Son Comité des travaux publics, qui soigne la voirie, et son Comité d'hygiène, qui est responsable de la santé publique, n'ont pas seulement entièrement supprimé l'entrepreneur pour l'entretien et le nettoyage des rues et l'enlèvement des immondices, mais même pour le pavage, à un moment donné le poste le plus important des bénéfices de l'entrepreneur. Son Comité du Gaz ne se contente pas seulement d'employer des centaines d'hommes pour faire le gaz, mais tient son propre personnel de menuisiers, de maçons, de forgerons, de plombiers, de peintres, d'ajusteurs, etc. pour faire ses nombreux travaux. Le (c Comité d'embellissement » de même que le « Comité des Immeubles» a ses propres menuisiers, ajusteurs, maçons, tapissiers, plafonneurs et zingueurs, alors que le Comité pour Teau à part un personnel d'ouvriers de toutes sortes est occupé pour le moment à la construction de plusieurs immenses barrages et réservoirs près de Rhayader, deux galeries et divers châteaux d'eau et syphons, en même temps que des habitations ouvrières pour un millier de

personnes, étables, boutiques, ateliers, une salle publique de récréation, une école, deux hôpitaux et un cabaret, le tout sans intervention de l'entrepreneur. La construction de toutes ses bâtisses est faite par les ouvriers de la Municipalité, sous la surveillance de l'ingénieur et de son aide. Le bois et les autres matériaux sont achetés par adjudication. Le Comité d'Eau rapporte que ce cette méthode d'employer des matériaux fournis par adjudi- » cation et mis en œuvre par le personnel même de la Municipalité, » est considéré par le Conseil comme étant la plus économique et » devant donner les meilleurs résultats. » Mais cela n'est pas tout. Le Comité d'Eau trouvant que son village devait être pourvu de bière, a également résolu de se dispenser pour cela de tout entrepreneur, et ce a résolu qu'une cantine sera établie dans le village » à l'aide de l'argent des citoyens de Birmingham et « que la personne » qui la dirigerait n'aurait aucun intérêt dans la quantité qu'elle » vendrait. »

Et si nous nous tournons vers Liverpool. nous voyons que : » presque tout le travail de l'ingénieur municipal est fait par des

» employés directs de la Municipalité La construction des

égouts est actuellement entièrement faite par la Municipalité elle

même Elle a eu une si cruelle expérience en faisant faire la

construction d'égouts par des entrepreneurs, qu'elle l'a abandonnée » Il parait qu'anciennement quand les entrepreneurs acceptaient et se faisaient payer pour mettre deux rangs de briques, aucune surveillance n'était suffisante pour les empêcher de n'en mettre qu'un seul. « Voici ce qui arrivait : c'est que quand l'inspecteur ou c( le Directeur des Travaux approchait pour contrôler l'entrepre- » neur, ils trouvaient les deux rangs de briques parfaitement en » place ; aussitôt que l'inspecteur était parti.... le second rang de » maçonneries était omis... et de cette façon l'égout devenait défec- » tueux... plus tard lorsque les égouts furent ouverts pour être » réparés, on pouvait déterminer les visites de l'inspecteur par le » double rang de briques, qu'on retrouvait à intervalles par ci » par là ».

Cet exemple de Liverpool est particulièrement intéressant en regard de ce qui été découvert récemment à Manchester. Le

rapport des « Auditeurs » publié en 1896, expose une fraude exactement pareille au sujet des 35 miles de nouveaux égouts actuellement en construction. Ce travail a été confié à trente quatre différents entrepreneurs, qui avaient déjà reçu pour leur travail plus de t 600.000. Le nouveau contrôleur, trouvant que le travail avait été mal fait, fit ouvrir à grand frais Tune rue après l'autre et il fut découvert tant de fraudes que comme TAuditor dit « n'avoir jamais vu auparavant. Les hommes qui construisirent ces égouts en tunnel ne songèrent jamais que leur filouterie aurait été découverte » La principale méthode adoptée était, comme à Lîverpool, d'omettre un rang de briques sauf lorsque Tinspecteur de la municipalité était annoncé comme prêt à descendre dans les travaux. Immédiatement alors les ouvriers mettaient vivement un second rang de briques. La fréquence des visites de l'inspecteur se trouve marquée par ces rangs de briques extra par ci par là au lieu de se trouvei* dans toute la longueur de Tégout.

Ces Conseils ne sont nullement des exceptions dans leur progrès continus pour l'élimination de l'entrepreneur. Pendant les premiers temps d'activité municipale, pratiquement tout se faisait par des entrepreneurs. Aujourd'hui chaque grande municipalité, même si elle n'a pas un département spécial pour les travaux, a un personnel régulier d'ouvriers et d'artisans et fait journellement maints travaux et services importants par ses propres ouvriers, qui antérieurement étaient concédés par adjudication à l'offre la plus favorable.

Ce n'est pas non plus seulement dans les administrations municipales que nous voyons un changement de politique. Rien n'était plus commun il y a quelques années pour les administrations de grande voirie, que d'entretenir leurs chaussées par des entrepreneurs. Un rapport intéressant de 1892 par la « County Surveyors Society » montre que cette pratique a presque entièrement été abandonnée en faveur de l'emploi direct du travail par le surveillant du Comité. Dans un ou deux comtés seulement sur trente cinq l'ancienne coutume persiste. Le contrôleur du Comté de Gloucestershire dénia d'une façon indignée une allégation d'après laquelle il aurait été favorable à l'emploi de l'entrepreneur. Il écrit : <c que cet » emploi ne lui semble pas du tout nécessaire et qu'il encourage une

» forme du sweating. Mon expérience des entreprises de routes est » que cela convient parfaitement pendant cinq ans, qu'ensuite les » routes deviennent mauvaises et qu'il faut dépenser toutes les » économies faites pour les remettre en état. »

Quand nous voyons le Conseil de Comté, même dans des districts ruraux, abandonner l'entrepreneur, il n'est plus étonnant que le Conseil Municipal de Manchester, dans la ville de Cobden et de Bright, fait actuellement ses propres balais, et même : que les ultra-conservateurs administrateurs des égouts de la cité de Londres donna un exemple au Conseil de Comté en faisant ses propres tombereaux. La supériorité de l'emploi municipal direct, sous un contrôle rétribué, au système d'adjudication à des entrepreneurs, a en effet été lentement imposée par les meilleures autorités municipales dans le pays entier, par leur propre expérience ; et ce sans aucune considération de théories sociales ou politiques.

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