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LES ÉTALONS LÉGAUX

Le fait de donner l'appui des Tribunaux aux décisions des Cours

(1) Social Peace p. 192.

arbitrales mène franchement à la réglementation légale des salaires. Par ce système, la rémunération du travail ne dépendra plus des fluctuations d'un marché, soit entre individus, soit entre associations d'employeurs et d'employés ; mais elle sera conforme à une base dûment choisie et appuyée par l'Etat. La détermination de ce principe — ou plutôt le choix entre les deux principes déjà énumérés — est d'autant plus importante. La méthode qui jusqu'ici, et dans ce pays, a été essayée avec le plus de succès pour la détermination des salaires, est de l'établir là où une solide union professionnelle peut négocier directement avec les employeurs. Ce succès cependant, a été dû principalement au fait,que rorganisation des ouvriers était supérieure à celle des patrons, et que conséquemment la position stratégique des premiers était la plus forte. C'est grâce à l'entente imparfaite des fabricants et non à cause d'un principe économique, que les ouvriers de l'industrie du coton ont pu maintenir leurs salaires malgré la baisse des bénéfices. L'augmentation du nombre des trusts et des consortiums dans l'industrie cotonnière a déplacé cet obstacle, et là, où les patrons sont solidement unis et organisés, le travail est impuissant, ainsi que la dispute des mécaniciens de 1897 l'a du reste démontré.

La lente croissance des unions professionnelles et leur méprisable faiblesse dans la plus grande, et en même temps la plus misérable, partie du monde ouvrier, sont des arguments complémentaires de ne pas laisser l'étalon de l'existence à la seule protection des unions.

Le public des consommateurs, en général, est également responsable de cette situation qui amène cette dépression économique sous laquelle l'ouvrier est écrasé ; car, c'est l'insistance du public à vouloir tout à bon marché qui, depuis le marchand en détail jusqu'au fabricant amène cette lutte continuelle contre le salaire.

La délimitation de la concurrence, afin que les bons patrons ne soient préjudiciés par ceux qui ne trouvent leurs bénéfices que dans la réduction des salaires, est un autre objectif également désirable, tant dans l'intérêt du public, en général, que dans celui de la meilleure classe des capitalistes.

Et, faute de trouver d'autres méthodes pour régler les salaires, il

y a le danger, qui s'est du reste réalisé dans les affaires d'entreposage à Birmingham, et dans Tindustrie textile où les employeurs et les employés se sont unis, ont formé des Alliances, afin d'empêcher toute concurrence, et de maintenir les prix et les salaires au grand détriment du consommateur en général. Dans ces susdites industries, vendre en dessous de certain bénéfice « légitimé » et convenu par les fabricants seuls, est défendu sous peine de voir les ouvriers de l'offenseur être retirés par ordre de l'Alliance. Les ouvriers sont amenés à modifier leur attitude, habituellement antagoniste aux patrons, par une augmentation des salaires en proportion avec l'augmentation des prix, et le consommateur est à la merci de la modération des patrons, ce qui est certainement une ressource à laquelle il ne peut guère se fier. En fin de compte, il y a cet intérêt transcendant pour chacun, d'éviter à l'industrie les pertes sérieuses causées par les grèves et les chômages.

Nous concluons en conséquence que l'Etat, usant de son droit législatif, devrait adopter le même principe suivi par les départements gouvernementaux et les municipalités, et déclarer que les salaires fixés et sanctionnés par lui, seront effectivement un salaire assurant l'existence ; un précédent existe aux antipodes dans une loi de i8g6 de la Colonie Victoria, donnant pouvoir au Gouverneur d'appointer des comités ou conseils (représentant les employeurs et les employés en proportions égales) afin de déterminer les salaires qui seront payés aux ouvriers des industries du vêtement, de l'ameublement, de la boulangerie, et les contraventions aux décisions du Conseil étant punissables d'amendes de £ loo. Il est également fixé un minimum absolu de 2/6 par semaine, pour toutes personnes employées dans les fabriques ou ateliers, et ce en vue de protéger le cas des apprentis. Cette loi, d'après les rapports actuels donnent de bons résultats.

Si l'étalon du salaire nécessaire pour l'existence, était une fois établi pour une branche d'industrie et pour une certaine période, les fluctuations dues aux exigences du marché seraient plus facilement déterminées. Cet étalon ne devrait pas être seulement le minimum nécessaire pour assurer une saine subsistance, mais il devrait être calculé sur une somme plus élevée, assurant la plus

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grande somme de comfort nécessitée par Tindustrie elle-même, tout en laissant encore une marge pour une amélioration progressive et permettant au récipiendaire de vivre en honnête citoyen. Un salaire pareil devrait être fixé pour une durée assez longue, disons cinq ans, après laquelle il serait revisé afin de parer aux exigences d'une société progressive. Ce salaire devrait être un minimum absolu, sur lequel l'industrie serait basée, de la même manière qu'il existe un minimum d'installations sanitaires.

Les augmentations qui seraient permises d'après les fluctuations du marché, seraient accordées pour une période moindre, n'excédant pas deux années. La détermination des salaires comprendrait donc: premièrement la fixation d'un étalon de salaire pour une industrie ; secondement, étabHr les augmentations allouées suivant les mouvements du marché ; et troisièmement, l'application de ces taux généraux aux cas particuliers. Le salaire-étalon ne devrait pas être aussi élevé que l'idéal de M. Pickard, soit i6/. par semaine pour les mineurs, mais il ne devrait non plus tomber aussi bas que 6/. par semaine que reçoivent les « sweated seamdress ». L'étalon pourrait même être quelque peu en dessous du taux courant pa\'é dans chaque industrie. Ces principes devraient donc être admis dans la loi du Parlement pour guider les Conseils d'arbitrage dans la détermination des salaires, et en fait, dans l'attribution de leurs fonctions ordinaires pour le règlement des différends, ces Conseils devraient avoir la mission spéciale d'assurer la fixation du salaire étalon. Les termes de la loi devraient nécessairement, jusqu'à certain degré, laisser une marge pour l'interprétation, mais serviraient cependant de gouverne effective. L'amirauté n'a aucune difficulté, pour obtenir par ses propres fonctionnaires ou par le ministère du travail, les renseignements nécessaires pour baser le taux de salaire dû à ses employés. La bataille, pour fixer une limitetype des heures de travail, se livre en ce moment devant le Parlement, mais il n'y a aucune raison pour que cette question ne soit réglée par les Conseils d'arbitrage, ainsi qu'il l'est déjà en Nouvelle Zélande. Dans cette question comme dans celle des salaires, il faudrait une règle légale donnant l'uniformité de conditions pour toute l'industrie. C'est l'adhésion à ce principe qui fait la force des comités réunis de l'industrie cotonnière.

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