OBSERVATION I
Méningite chronique. Hérédo-syphilis.
Del... Jeanne, née à Rio-de-Janciro, janvier 1879. Entre dans le service du docteur Bourneville en juin 1893.
Antécédents héréditaires. — Syphilis certaine du père et de la mère. Manifestations indubitables traitées à l'hôpital Saint- Louis.
La malade présente à l'âge de 7 ans des stigmates de syphilis héréditaire (onyxis). Vers la même époque le docteur Chevallereau diagnostique sur elle des lésions oculaires de nature syphilitique.
Etat actuel. — L'enfant très grande, très forte se fait tout de suite remarquer par la bizarrerie de son expression. Elle est sans cesse en mouvement. Parole lente, légèrement scandée, air hébété.
L'examen du crâne ne dénote aucune malformation importante, L'examen du massif facial ne dénote non plus rien de particulier. La voûte et le voile du palais sont normaux. Les arcades dentaires de même. Les dents sont remarquablement petites dans la rangée su périeure et quelques-unes présentent de l’atrophie cuspidienne ainsi que des érosions : Pas de prognathisme.
Yeux: Inégalité pupillaire. Myopie.
Oreilles et ouïe : Rien de particulier.
Nez de forme régulière.
Les membres supérieurs et inférieurs ne présentent pas de malformations du squelette, caractéristiques d’hérédo-syphilis: mais sur les cuisses on trouve des cicatrices très suspectes.
Le thorax et l’abdomen ne présentent rien d'anormal ainsi que les organes génitaux externes.
L'examen de la sensibilité du sujet ne permet pas de relever une particularité quelconque.
L'examen de la motilité, montre que le sujet présente souvent des mouvements convulsifs de la face, mouvements qui se produisent par exemple, quand on veut examiner la bouche de la malade.
Ces mouvements de la face sont lents et semblent bien coordonnés.
La marche est possible mais lente, elle est analogue à celle d’un enfant qui commence à marcher. Station debout facile sans oscillation,
L'examen des réflexes les montre exagérés.
On arrive presque à provoquer le clonus du pied. Pas de contracture véritable dansles membres, ni de paralysie vraie.
Au point de vue intellectuel notre sujetest une arriérée. Il n'ya à signaler chez elle aucune perversion des instincts, aucune manie, Le sommeil est normal. On ne relève aucune stigmate d'épilepsie larvée.
Le 7 décembre 1893. — Sans cause apparente l'enfant tombe dans un état de prostration marqué. Elle reste sans mouvement dans son lit. La tête immobilisée, le cou raïdi, les mâchoires serrées, les articulations des membres supérieurs ne jouent plus avec la même facilité, les muscles semblent contracturés légèrement, les fléchisseurs surtout, Les avant-bras sont en prona—
üon et en flexion sur les bras. Les membres inférieurs sont rai-
des en extension, les genoux serrés l’un contre l’autre, le regard est fixe. Les pupilles sont très notablement inégales. Les réflexes sont très exagérés. On provoque très facilementde la trépidation épileptoïde. L'enfant tremble alors de tout le corps. Le trem-— blement est surtout marqué à la langue et aux lèvres.
L'enfant devient gâteux, ne veut plus se lever, ne parle plus et ne demande même pas à manger.
La température est de 37°.
Les jours suivants cet état persiste, s'accentue même. Des eschares au niveau des condyles internes des fémurs apparaissent puis sur les deux fesses. Ces eschares s’accroissent en surface et en profondeur. L'état général est toujours le même, Cette semi-contracture, la raideur des mâchoires, le tremblement dela langue et des lèvres l’exagération des réflexes, la trépidation épileptoïde, la torpeur intellectuelle persiste. L’enfant n’a toujours pas de fièvre, mais elle se cachectise, et s’amaigrit rapidement.
Un traitement mercuriel intensif a été institué dès le début des accidents, néanmoins il n'empêche pas l'état général de s’'aggraver, lentement il est vrai.
Décès le 17 mars 1894.
L'autopsie révèle l'existence d'une méningite chronique très étendue. L'épaississement de la pie-mère occupe toute la surface des deux hémisphères, Il n’y a que sur la moitié postérieure des lobes temporaux que la lepto-méninge n'est pas sensiblement épaissie. Les nerfs et bandelettes optiques, surtout du côté gauche sont très atrophiés et ont une couleur gris jaunâtre. Il existe une plaque d'athérome à l'origine des sylviennes droite et gauche. L'on ne constate pas de congestion appréciable des
méninges. La décortication des deux hémisphères est facile.
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Les deux ventricules latéraux sont un peu dilatés. Absence des foyers de sclérose.
Moelle épinière: Rien à l'examen macroscopique, si ce n’est que la dure-mère et la pie-mère sont un peu épaissies sur une hauteur de 5 à 6 centimètres,
Le poids des différentes portions des centres nerveux est normal.
Les autres organes (thorax etabdomen) sont sains