D'UN CHEF D’ÉTAT-MAJOR PERMANENT
autres années comme élèves à l’Académie de guerre, ces officiers entrent au grand état-major général de Berlin, où le général de Mollkc, qui a la haute direction de cet établissement, leur fait acquérir les connaissances relatives à. l’organisation des armées étrangères, à l’histoire et à la géographie militaire modernes, à la topographie, à la tactique, à la stratégie, etc. 1! dirige lui-même ces études, pose des problèmes à résoudre, donne des mémoires à rédiger, examine et juge les travaux. II apprend ainsi à connaître le mérite et les aptitudes de tous les officiers. C'est lui qui les fait nommer d’un grade h l’autre et qui les répartit dans les états-majors des divisions et dans ceux des corps d’armée.
Le grand étal-major général de Berlin est parfaitement organisé pour faciliter l’instruction des officiers. On y trouve réunis tous les documents propres à faire connaître les différentes armées européennes et les pays qui pourraient devenir le théâtre d’une guerre.
Tous les livres et journaux militaires, les brochures, publications, cartes, plans, etc., qui paraissent en Europe y sont rassemblés et classés. Il possède surtout les travaux les plus complets sur les pays limitrophes de la Prusse. Pour les contrées étrangères qui bordent les frontières prussiennes, les travaux sont encore plus détaillés. C’est un recueil des reconnaissances les plus minutieuses, faisant
connaître les ressources du pays, sa topographie, les routes, les villes, les villages, leur population, leurs revenus, les cours d’eau, leur régime, leur profondeur, leur largeur, les points de passage, etc. Je doute que nous ayons rien d’aussi complet au Dépôt de la guerre. Que demain, par exemple, une armée française ait h envahir le Palatinat : combien y a-t-il d’officiers français capables de fournir les indications si importantes qui constituent le but des reconnaissances militaires? Aucun, sans doute, car ces documents nous manquent pour les études h faire en temps de paix, ou bien ceux que nous possédons sont insuffisants. L’état-major prussien, au contraire, réunit et possède à l’avance toutes les données qui se rapportent aux pays avoisinant la Prusse, et journellement il les complète en y ajoutant les routes, les chemins de fer, ou autres travaux d’exécution récente. Aussi n’ai-je pas été surpris de voir que bon nombre d’officiers d’état-major prussiens connaissent notre frontière nord-est mieux qu’aucun officier français et que d’autres connaissent les frontières de Bohême aussi bien, sans doute, que les officiers autrichiens eux-mêmes.
Pour en revenir au général de Moltke, on doit donc le considérer comme le directeur et l’instructeur du corps d’état-major tout entier.
On conçoit sans peine quels immenses services peut rendre à son pays, avant et pendant une guerre, un