R”" STOFFEL
La letlre précédente nous laissait toute latitude pour la publication des Rapports militaires de M. le colonel Stoffel. Ces Rapports sont au nombre de h 5, dont 39 ont été adressés au ministre de la guerre et 6 A l’Empereur. Selon l’autorisation qui nous a été donnée, nous en avons supprimé un certain nombre, que nous avons jugés trop techniques pour intéresser le public en général. Nous publions ainsi 32 Rapports militaires de M. le colonel Stoffel.
ET
Rapport du 8 septembre 1866.
Les études de toute sorte auxquelles donne lieu la guerre à peine terminée entre la Prusse et l’Autriche ne pouvaient mieux se faire qu’en Bohême , où la plus grande partie de l’armée prussienne se trouvait encore cantonnée lors de mon arrivée à Ber-
1. Vers la Gn de juillet 1866, l’Empereur envoya en Bohômo M. le baron Stoffel, son officier d’ordonnance, avec mission d'y étudier les événements de la guerre et de revenir lui rendre compte. Le ministre ayant jugé nécessaire de donner à cet officier, pour accomplir plus Tacitement sa mission, le titre d’attaché militaire, M. Stoffel reçut plus tard l’ordre de rester en celte qualité à Berlin, où il a séjourné quatre ans, jusqu’au 19 juillet 1870.
(Xole des Éditeurs.)
lin. Je me suis donc rendu au quartier général du prince Frédéric-Charles , à Prague, d’où j’ai pu, grâce aux facilités qui m’ont été données, parcourir le pays en tout sens et m’éclairer sur les diverses questions qu’il me paraissait intéressant d’étudier. Pendant trois semaines j’ai vu de près toutes les troupes prussiennes, ce qui m’a permis de me renseigner sur les événements et les choses auprès d’un grand nombre d’ofliciers de tout grade, aussi bien qu’auprès des sous-officiers et des soldats, des prisonniers et des blessés. Le présent Rapport est le résultat de mes observations.
Les armées d’une puissance qui n’avait pas fait la guerre depuis un demi-siècle , campées en Saxe et en Silésie, forcent les défilés de la Bohême devant une armée autrichienne de plus de deux cent mille hommes, repoussent, après plusieurs combats sanglants, tous les corps qui tentent de s’opposer à leur marche, écrasent dans une seule bataille, huit jours après le début de la campagne , l’armée ennemie tout entière, et, au bout de deux mois, dictent la paix à, l'Autriche sous les murs de Vienne. Ces résultats semblent miraculeux. Mais, pour celui qui étudie le caractère et les phases de ce grand conflit, le merveilleux disparaît, et il arrive â résumer de la manière suivante les causes de ces prompts et écla-
tants succès : une armée n’étant, à tout prendre, qu’un instrument mis à la disposition d’un seul homme, on voit dans cette guerre , d’un côté ( celui de l’Autriche) un instrument médiocre mis à la disposition d’un chef incapable de le manier, de l’autre (du côté de la Prusse) un instrument supérieurement organisé, préparé longtemps d’avance et placé dans les mains de chefs habiles. Autrement dit : d’une part, une armée inférieure sous tous les rapports, commandée par un homme dépourvu des qualités nécessaires pour exercer le commandement suprême ; d’autre part, une armée excellente à tous égards, conduite par des chefs intelligents, instruits et énergiques. Il convient donc d’examiner séparément ces deux questions :
Le général autrichien s’est- il vraiment montré incapable?
L’armée prussienne est-elle, en effet, supérieure à l’armée autrichienne? En quoi et pourquoi?