‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 18661870Chapitre 4 sur 133 · ATTAQUES DE CAVALERIE CONTRE · texte numérisé non relu

ATTAQUES DE CAVALERIE CONTRE

l’infanterie.

Comme preuve de la confiance que possède l’infanterie prussienne dans l’effet de son tir, je ne dois ^ pas omettre de parler des attaques de cavalerie qu’elle a repoussées sans formation de carré. Je crois que c’est le premier exemple d’un pareil fait dans l’hisi toire des guerres.

Le colonel de Berger, excellent officier et homme digne de foi, m’a raconté l’épisode suivant du combat de Jicin. 11 commandait le 8e régiment de grenadiers de la 5e division et il s’était porté de sa personne jusqu’k la crête d’un pli de terrain pour reconnaître le pays, lorsqu’il aperçut dix escadrons autrichiens qui, sur deux de front, s’avançaient au trot dans sa direction. Il rejoignit au plus vite le seul bataillon qu’il eût sous la main en ce moment et que le pli de terrain avait dérobé jusque-là aux regards

de l’ennemi; puis, laissant la cavalerie s’avancer jus- \ qu’à deux cents pas du front de sa troupe , il l’ac- J cueillit par un feu d’ensemble de tout le bataillon,/ suivi immédiatement du tir à volonté. A la première décharge, cinquante à soixante cavaliers autrichiens restèrent sur place , et les deux escadrons de la tète de colonne tournèrent bride aussitôt. Le tir à volonté fut continué sur les deux escadrons suivants, qui , après être arrivés à cent pas du bataillon, se dispersèrent également, en entraînant dans la déroute tout le reste de la colonne.

J’ajouterai qu’on enseigne depuis longtemps à l’infanterie prussienne, en temps de paix, à ne pas craindre, à l’occasion, de recevoir de pied ferme, en ligne, sans former le carré, les attaques de cavalerie. Il est prescrit de laisser approcher la cavalerie jusqu’à deux cents pas et de l’accueillir par un feu d’ensemble, suivi du tir rapide à volonté.

On m’a assuré que dans d’autres combats que celui de Jicin l’infanterie prussienne avait réussi à repousser de la sorte différentes attaques de cavalerie.

(Nous supprimons la fin du Rapport. Les renseignements qui y sont donnés sur la cavalerie et l’artillerie prussiennes, ainsi que sur le rôle qu’elles ont joué dans la guerre de 1866 , n’offrent plus au-

jourd’hui le même intérêt qu’à l’époque où l’auteur les fit connaître.)

Rapport du 4 octobre 1866.

DES CHEMINS DE FER, Ali POINT DE VUE DES OPERATIONS.

On a prétendu que dans la guerre de 1866 les armées prussiennes avaient manœuvré d’après des principes tout nouveaux pour s’emparer des points importants situés sur les chemins de fer, ce qui aurait puissamment contribué aux succès obtenus. C’est là une exagération qui tombe devant la connaissance des faits: les Prussiens, comme on va le voir, n’ont agi que très-simplement, comme l’exigeaient les circonstances.

Tant que leurs armées se trouvèrent l’une en Saxe (lre armée, prince Frédéric-Charles), l’autre en Silésie (2e armée, Prince royal), elles utilisèrent sans aucun empêchement les chemins de fer prussiens ainsi que celui de Dresde à Breslau. On remarquera en passant de quelle importance était pour elles la possession de ce dernier, qui seul leur permettait de transporter rapidement leurs forces de Silésie en Saxe ou inversement. Il n’existe , en effet , aucune

ligne transversale entre les deux chemins de fer de Berlin à Dresde et de Berlin à, Breslau ; si donc les Prussiens n’avaient pas été maîtres du chemin de Dresde à Breslau , ils auraient été obligés de faire faire aux troupes le grand détour par Berlin ; aussi peut-on presque affirmer que, quand même la Saxe eût conservé la neutralité au début des événements, les Prussiens eussent trouvé moyen de violer son territoire, dans l’unique but de posséder la ligne de Dresde à Breslau.

Depuis le 23 juin , jour où la lre armée franchit la frontière de Bohême en se portant sur Reichenberg, jusqu’au 3 juillet où fut livrée la bataille de Kôniggratz, les chemins de fer ne jouèrent aucun rôle; les Prussiens se bornèrent à rétablir celui de Reichenberg, que l’ennemi avait coupé entre cette ville et Zittau.

Après Koniggrütz, Benedek s’empressa de rallier à Olmutz les débris de son armée. Tous les corps d’armée furent transportés successivement par le chemin de fer de Pardubitz à Olmutz, et le 9 juillet ils se réunissaient sous les murs de cette place, après avoir rompu derrière eux le chemin de fer et les ponts. De leur côté, les armées prussiennes se portèrent sur Pardubitz, ce qui était tout indiqué, puisque cet important point de jonction se trouvait sur leur route, qu’elles voulussent marcher sur Olmutz ou sur Vienne. Après avoir passé l’F.lbe à Pardubitz

et à Prelauc, elles se divisèrent : la 2' armée, formant la gauche, s’avança sur Olmutz pour s’opposer à l’armée autrichienne, pendant que les deux autres armées se dirigeaient sur Vienne, la 1" au centre par Brunn, celle de l’Elbe, à droite, par Iglau. Ces mouvements hardis, mais bien conçus vu l’ctat d’affaiblissement et de démoralisation où se trouvait l’armée autrichienne, ne pouvaient manquer d’amener un des deux résultats suivants : si Benedek restait à Olmutz, le Prince royal l’observait et le coupait de Vienne; si au contraire il se portait au secours de la capitale menacée par la marche des armées prussiennes du centre et de la droite, les trois armées ennemies s’avançaient librement vers le Danube. En effet, dès le 13 juillet, les Autrichiens évacuèrent Olmutz, et, pendant les journées des 13 et 1 h , les trains transportèrent incessamment les troupes sur Vienne. Mais le 15 ces transports durent cesser, car ce jour-là l’avant-garde du Prince royal avait dépassé OlmutZj et, par le combat de Tobitschau, elle se rendait maîtresse de Prerau, coupant ainsi les communications d’Olmutz avec la capitale. Quant à la 1” armée, elle avait marché par étapes moyennes, et le 16 juillet son avant-garde occupait Lundenbourg, sur le chemin de fer d’Olmutz à Vienne. Comme on le voit, ces opérations n’ont rien d’extraordinaire : il était tout naturel que le Prince royal, chargé de s’opposer à l’armée autrichienne, enfermée dans Olmutz,

tentât d’intercepter le chemin de fer de Vienne qui transportait depuis deux jours les troupes autrichiennes vers le Danube, et il était tout aussi simple que le prince Frédéric -Charles s’emparât au plus vite de Lundenbourg, point important situé sur la ligne devienne. Le Prince royal, en occupant Prerau, réussit à empêcher trois corps d’armée autrichiens d’être transportés à Vienne : ces corps se dirigèrent à marches forcées sur Kremsier et Hradisch, et, comme Lundenbourg était déjà, occupé par les troupes du prince Frédéric-Charles, ils durent éviter de s’avancer entre les Karpathes et le Marchfeld , ce qui les obligea à se jeter en Hongrie par le col de Jawornik.

La manœuvre par laquelle les Prussiens coupèrent ainsi la communication ferrée d’Olmutz à Vienne leur fait honneur; mais, encore une fois, elle était naturellement indiquée. On doit ajouter que toute l’armée autrichienne aurait pu être transportée à Vienne si elle avait commencé son mouvement trois jours plus tôt, ce qui était possible.

Page 1