TROUBLES INFLAMMATOIRES
Les troubles inflammatoires qui ont l'œil pour sièg'e ne nous arrêteront pas long-temps. Au contraire de l'asthénopie nerveuse ils sont assez bien connus. Parmi les accidents: les irido-choroïdites tiennent la première place tant par leur fréquence que par leur g-ravité. Néamoins les auteurs classiques en font à peine mention.
M. Dehenne a insisté sur les faits dans un travail qui avait pour titre: Rapports paihoiogiqiœs de iœil et de ï utérus et qui a été publié dans les Annales de gynécologie au mois de septembre 1879.
Pour lui y utérus malade ag-it comme cause occasionnelle ou déterminante, la prédisposition étant représentée par la syphilis ou le rhumatisme. L'iris est trèssensible à l'action de ces deux diathèses. La susceptibilité morbide de l'iris étant portée au plus haut degré par Je tempérament rhumatismal, survient la g-rande perturbation fonctionnelle qu'eng-endre la ménopause ou l'aménorrhée, l'iris s'enflamme, la choroïde se prend consécutivement, et la maladie revêt de suite un caractère de g-ravité rare dans les cas simples.
En deux mots, voici généralement comment se passent les choses, avec quelques variantes: Une jeune fille de 14 ou 15 ans, pâle, lymphatique, les yeux cernés, vient consulter parce qu'elle souffre d'un œil, et qu'elle n'y voit presque plus. Quelquefois, mais beau-
coup plus rarement, les deux yeux sont pris. La vue de cet œil a baissé depuis une ou plusieurs années. Souvent il roug-it et devient douloureux, puis tout rentre dans l'ordre, pour recommencer quelques jours
après . ^
La pupille est petite et déformée; l'atropme na aucune action sur elle. L'iris est légèrememt décoloré et son équateur bombe en avant dans la chambre antérieure. L'injection périkératique est plus ou moins prononcée; l'œil est dur et douloureux au toucher. Dianostic irido-choroidite chronique à répétitions. Gomme étiolo^ie : la jeune fille est mal réglée ou pas rég-lée du tout. Elle a habité des logements humides; elle a des douleurs dans les articulations des g-enoux, des coudes, des épaules etc. Son père ou sa mère est rhumatisant; quelquefois tous les deux. On pratique une iri^ dectomie.
On soig-ne la constitution g'énéraie de cette personne. La menstruation, sous l'influence du traitement, se rétablit, devient régulière, et la g-uérison survient. Lorsque des synéchies viennent accoler le cercle pupillaire à la cristalloïde antérieure, les rechutes d'iritis ou d'irido-choroïdites sont fréquentes. Leur répétition peut amener la désorg-anisation totale du globe oculaire.
Chez les malades auxquels M. Dehenne fait allusion dans son travail, il est dig-ne de remarque que les nouvelles poussées coïncident toujours avec une époque menstruelle, qui vient pour ainsi dire donner le branle à la cause mécanique bien connue de tous, mais si diversement interprétée.
Pour de Grse/e^ les rechutes proviennent du tiraillement continuel de l'iris par les synéchies, et de l'interuption de communication entre le seg'ment antérieur et le seg'ment postérieur de l'œil. Beaucoup d'ophthalmologistes partag-ent cette manière de voir, et pratiquent l'iridectomie pour libérer l'iris d'une partie de ses adhérences, et rendre à l'humeur aqueuse son cours normal entrs la face postérieure et la face antérieure de l'iris.
M. deWecker aussi pratifjue l'iridectomie, mais dans un autre but. Il veut empêcher que l'iris, «repoussé par le liquide accumulé derrière lui, ne vienne faire saillie en avant, pour s' adosser à la surface postérieure delà cornée en obstruant l'encoig-nure de la chambre antérieure, et en faisant naître alors des difficultés dans la filtration à travers le tissu trabéculaire péricornéen . » Dans son opération, M. Wecker a pour but de laisser libre l'encoig-nure de la chambre, et d'éviter les enclavements et l'excision incomplète de la périphérie de l'iris. C'est l'extension à l'irido-choroïdite de ses idées sur l'étiolog-ie du g-laucome « résultant, dans la majorité des cas, d'une entrave à l'excrétion des liquides.»
Récemment {Annales d'oculistique, avril 1879) Abadie, après discussion de ces différentes théories, s'en est encore tenu aux idées de Grsefe et de Donders.
Quoi qu'il en soit, les synéchies existant, les troubles menstruels viennent donner un coup de fouet à la phleg-masie endormie, et de cette façon on peut parfaitement expliquer comment des iritis, avec synéchies postérieures totales, restent plusieurs années sans atli-
|i rer l'attention, tandis qne d'autres fois, trois, quatre, |. cinq récidives se suivent à intervalles très rapprochés. ' Voilà pourquoi aussi la pupille artificielle ayant été pra- I liquée, on a eu malgré cela des rechutes ; c'est qu'on |. s'est tenu au traitement local, à l'iridectomie, sans s'in- \quiéter de l'état g'énéral. Dans les iriiis chroniques, on i a vanté à juste titre la sécurité que donne l'iridectomie; 1 mais cette sécurité n'est complète que si on tient compte ides causes qui ont enflammé f iris (rhumatisme, syphilis, tetc.) et de celles qui amènent les rechutes (aménorirhée, dysménorrhée, ménopause etc.)
Dans son excellente thèse inspirée par Ahadie : (Natture et traitement de certaines formes d'irido-choroïdites. — Paris, 1874), le D'" Denis fait allusion aux irido-choroïdites spontanées, qui surviennent chez les [ffemmes à l'époque critique, au moment où le flux ftmenstruel commence à montrer des irrég'ularités. « On remarque, dit-il, une certaine corrélation entre l'état ^ddu tractus uvéal et celui du système utérin. » Son ob- •sservation VI cadre admirablement avec celles que .^M. Dehenne a observées.
Il s'agit d'une femme de 36 ans, rhumatisante depuis l'âg-e de 22 ans, mal réglée depuis quatorze mois. Avec « l'apparition des troubles menstruels, » douleurs dans l'œil droit (à chaque époque; signe d'irido-choroïdite). Il paraît difficile à M. Denis de démêler là-dedans ce qui appartient au rhumatisme, de ce qui est le fait du trouble menstruel. M. Dehenne croit, pour sa part, que l'explication est aisée. Cette femme avait eu une « iritis rhumatismale. » Des synéchies s'étaient formées. Tant
que les règles avaient été rég-ulières, elle n'avait pas souffert. Vient la perturbation menstruelle, Vir'is {locus minons resisieniiœ) s'enflamme, les synéchies « cause mécanique » sont tiraillées et la poussée d'irido-choroïdite est constituée.
M. Galezowski a constaté, dans certains cas, à la suite de troubles menstruels, de la choroïdite atropbique disséminée aussi bien chez les jeunes filles mal rég-lées que les femmes arrivées à l'âg-e de 45 à 48 ans. Le même auteur parle également d'irido-choroïdites.
Pour M. Perrin, la coïncidence de la choroïdite-atrophique avec les troubles fonctionnels du système utérin n'est pas absolument prouvée ; on n'a jamais découvert, d'une façon satisfaisante, la cause du mal.
Siebel père relate, dans son « Iconographie ophthalmoscopique, le cas d'une choroïdite postérieure survenue sans doute à la suite de la ménopause.
M. Meyer a trouvé de la choroïdite plastique chez les femmes après la fièvre puerpérale, pendant le retour d'âg-e.
Desmarres, au nombre des causes de la choroïdite cite la « suppression des règ'les » chez la femme.
11 en est de même de M. Ch. Deval, de Vecker, d'Âbadie, etc. , qui notent l'influence de l'utérus dans fétiolog-ie de l'iritis séreuse et des irido-choroïdites spontanées.
Quant aux g-ynécoîogûstes : Brierre de Boismont, Raciborski, Courty, Marlineau, H. Fournier, Churchill, etc., tous ont remarqué dans quelques cas faction manifeste du système utérin sur l'œil et invaria-
blement ils traduisent cette influence par les mots : amblyopie, amaurose, hallucinations de la vue, etc.
D'autres troubles inflammatoires, moins g'raves que les précédents ont été notés au moment des époques menstruelles. Gesfails ont peu d'importance. Il s'agit le plus souvent de catarrhes conjoncti vaux, de poussées de blépharites, d'org'eolets,d'ulcérationsdelacornée,etc.,., autant de faits auxquels M. Lerat fait allusion dans sa thèse (Paris, 1878).