XI. — DANDOUR
Dandour est 1 un des rares endroits de la Nubie que Norden eut l'occasion d'examiner à son aise. Ce fut le lundi 3o décembre 1787 : ^^ Notre réis, dit-il, se laissa aisément persuader pour cette fois de m'y mettre à terre. J'eus le loisir de dessiner ce temple et de le mesurer; et j'en donne le plan et la perspective (pi. XIX). jMon ouvrage fini, je me rembarquai''*, r Sur un point seulement le dessin de Norden diffère des dessins postérieurs et de l'état actuel. Il montre, à l'extrémité ouest, sur la façade sud, une sorte d'aile en retour dont la coupe est identique à la coupe du portail qui précède l'édifice principal. Ni les planches de Gau (pi. XX-XXI), ni aucune des photographies que j'ai vues nindiquent ce mur, et j'ai eu beau examiner soigneusement les lieux, je n'ai pu découvrir aucune trace de maçonnerie. En regardant de plus près, il me semble qu'il faut reconnaître en cet endroit un rendu maladroit de la porte qui conduisait naguère au petit sanctuaire pratiqué dans le roc derrière le temple. Elle était intacte au temps de Norden, et elle offrait l'apparence ordinaire des portes égyptiennes, façade légèrement inclinée et linteau surmonté d'une haute gorge. Elle n'existait plus quand Burckhardt passa par là, le a 8 mars 1 8 1 3, car il mentionne la grotte sans marquer sur son plan aucune trace de cette avancée'"-'. Quelques années plus tard, Gau n'y connaît plus que les restes des deux murs latéraux qui fermaient l'antichambre de la grotte (pi. XX)'^', et aujourd'hui ces murs même ont à peu près disparu. A cela près, le temple est demeuré ce qu'il était il y a plus d'un siècle et demi : tout au plus, a-t-il perdu quelques blocs de ses corniches (pi. XXII).
11 sera de deux ou trois mètres au-dessus du niveau des plus hautes eaux, mais celles-ci baigneront la plate-forme derrière laquelle il se dresse, et elles en pénétreront les maçonneries, si même elles ne les recouvrent pas au moins jusqu'au pied de la porte monumentale.
Le soubassement pose sur la roche vive, dont ses assises épousent le contour. 11 est construit en blocs de grès équarris sommairement et assemblés à joints vifs, sur lits presque partout réguliers; il était fourré d'une maçonnerie en blocs de même dimension que ceux des parements, mais dégrossis à peine. Les parements extérieurs des trois faces nord, est et sud sont en bon état, toutefois les blocs faîtiers, qui formaient rebord, ont été jetés bas pour la plupart, et les deux
'" Norden, Voyage d'Egypte et de Nubie, éd. Langlès, in-/i", I^aris, 1 798 , t. III, p. /i6 et pi. CLI. '^' Burckhardt, Travels in Nubia , in-Zi", Londres, 1822, p. 102. W Gau, Antiquilés de la Nubie, in-f", Paris, 1822, pi. XX [FI, XXV.
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premières assises sont entamées quelque peu, notamment au\ faces est et sud; la plupart des blocs tombés gisent au pied des murs et seront remis en place. Le pavement de la |)late-forme a été défoncé et détruit partout, sauf entre la porte et le temple où (juelques dalles subsistent encore. Les maçonneries Internes ont été bouleversées par lescliercheurs de trésors, puis par les habitants du villafje voisin, (fui en ont emporté les débris pour bâtir leurs malsons : il nen reste plus à la surface que des blocs entremêlés de poteries brisées, de résidus de paille, d'ordures, et les faces internes des trois murs du parement sont à nu jusqu'à des profondeurs qui varlentde i à 3 mètres. Les eaux, pénétrant dans cette ruine, auraient vite fait de l'achever; aussi faudra-t-il refaire la plate-forme avec les frafj'ments des blocs antiques et avec des pierres enq)runtées à la montajjne voisine, puis remplacer le dallafje détruit par une couche épaisse de béton. Le soubassement, ainsi complété, ne craindra plus rien et la plate-forme reconstituée restera probablement à sec toute Tannée.
La porte isolée sur la plate-forme n'est pas, comme ou la dit, le reste d un pvlône en briques aujourd'hui détruit; elle s'ouvrait dans un grand mur d'enceinte en briques, semblable à celui qui entoure le petit temple de Deir-el- Médinéh à Thèbes. Les deux faces est et ouest sont à peu près saines, les linteaux exceptés, (pii ont été éhréchés en dessous et (|ui sont fendus dans toute leur épaisseur : on passera une poutre eu fer sous chacun d'eux. A 1 intérieur. I état est moins satisfaisant. Le mur nord est entièrement dégradé, et les assises supérieures ainsi (pic les dalles du [jlnroml ont été écorcbées par le feu: le mur opposé a beaucoup moins soullcrl. Les dalles du plafond sont toutes en place, mais incrustées de suie. La seconde et la quatrième, à partir du montant, sont fendues dans la larjjeur, sans qu'on ait à redouter qu'elles tombent . et les autres présentent des lissures dont je ne puis déterminer l'Importance : on devra toutes les soutenir. Les corniches sont en bon état, avec une tendance fâcheuse à se déplacer. Le pavement a été mis en pièces; on v comblera les vides avec du béton.
Le temple se présente assez bien. Les deux parois extérieures, au nord et au sud, son! à moitié ensevelies sous les pierres délachées de la colline, mais ce quon en voit est satlsfalsanl. La |>arol nord a perdu .son couronnement en gorge é;>yptlenne. à lexcepllon des deux derniers blocs à l'est; les première et seconde assises supérieures ont été ébréchées vers l'ouest, et plusieurs des tableaux du deuxième registre sont légèrement endommagés dans le haut, mais ta plupart des fragments des tableaux et de la corniche sont à terre et seront remontés. Il iiian(|uc au imir sud la cornichi'. ipii pourra être remise en place par parties, ol. de plus, les Copies, au monieni où lis Iransformèrenl le temple on
ég-lise, creusèrent clans la deuxième assise à partir de la corniche, vers l'extrémité est du mur, une rainure en demi-cercle, afin d'y appuyer une voûte en briques au moyen de laquelle ils abritèrent la porte latérale du pronaos; les autres assises n'ont point soulTert et les tableaux qui les recouvrent n'ont pas été atteints.
Les petites mutilations qu'on remarque au pronaos sont l'œuvre des Chrétiens, et elles remontent à l'époque de Justinien. C'est alors que les deux montants de la porte d'entrée, ainsi que les murs d'entre-colonnement, furent abattus, et qu'un crépi blanchâtre fut appliqué sur les sculptures. Le pavement a été enlevé: on le rétablira en béton et en ciment. Quatre des dalles qui composent le plafond sont fendues, la seconde et la quatrième, à partir du nord, assez pour demander une restauration prochaine : il y aura lieu de les supporter aussitôt que possible. Je ne vois plus ailleurs qu'à rejointoyer quelques blocs, à boucher quelques trous, et à enlever le reste de l'enduit posé par les Chrétiens.
La porte du vestibule est intacte, sauf la dalle du linteau qui est dégradée en dessous et fendue en son milieu. Le vestibule lui-même n'est pas décoré, à l'exception de la porte qui mène au sanctuaire. Le plafond est brûlé et noir de suie : quatre des six dalles qui le composent sont fêlées, et deux au moins d'entre elles, la seconde et la troisième à partir du nord, devront être supportées par des poutrelles en fer. Le dallage a été brisé et le sol est encombré de débris et de roches roulées; on devra le bétonner et utiliser les déblais pour le fourage de la plate-forme.
Le sanctuaire est taillé dans la roche vive sur trois faces, au nord, à l'est et au sud, jusqu'à la hauteur de i mètre au-dessus du sol; la partie supérieure de ces parois et toute la paroi est sont en maçonnerie. On n'y voit aucune trace de décoration, sauf au mur ouest sur lequel la stèle s'enlevait en relief. Les chercheurs de trésors, ayant remarqué que la montagne sonnait creux derrière elle, l'ont défoncée à moitié et y ont découvert une crypte qui est aujourd'hui entièrement nue. On sait ([ue le temple de Dandour est consacré à deux hommes divinisés : j'incline à penser que cette crypte était leur tombeau supposé, de même que la crypte similaire du temple d'Apît passait pour être le tombeau d'Osiris. Quoi (|u'il en soit de cette hypothèse, il semble qu'à un moment donné les habitants du village voisin aient transformé la crypte en silo :j'ai cru remarquer la présence de grains de blé dans la terre dont elle est à moitié remplie aujourd'hui. A cela près, les murs sont indemnes. Le pavement a été défoncé et le plafond s'est écroulé , à l'exception des deux dalles extrêmes au nord et au sud, cette dernière complète, mais ne posant que de quelques centimètres sur le mur est. Une troisième architrave
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est intacte, elle s'appuie contre la stèle : on itoiinait la remettre en jjlace à condition de la supporter, cl pi.'iil-ètre une autre architrave avec elle. Le sol sera dél)layé, hétonné, et les décombres seront employés au remblavarje de la plateforme.
Le petit vestil)ul(! <pii [)réc(klait la grotte située en arrière du temple, au niveau du toit, est démoli presque entièrement, mais la plupart des matériaux n'ont pas été emportés et sont épars sur le sol. Il faudra le reconstruire et crépir les parois de la grotte dont les crevasses servent de retraite à des serpents de mauvaise espèce.
L ensemble des dépenses ne dépassera pas L. E. ôoo, si même il aUeinl celle somme.
S XII. — KALABCHÉH ET BEIT-OLALLY.
Le temple de Kalabcliéh est le plus beau de la Nubie cl l'une des œuvres les plus remarquables de l'art égyptien à l'époque romaine. Aussi a-t-on lieu de s'étonner que Norden ne parle point de lui dans le récit de son vovage. Je ne puis expliquer ce fait (ju'en supposant qu'il dormait encore au moment où son bateau passa devant le site. Il raconte en effet que, le soir du vendredi •?.- décembre 1737, les gens de Taffali l'ayant attaqué, il poussa jusquau village de Berbetuud, et après avoir fait bonne garde pendant toute la nuit, il r,eparlit le 98, de bon matin, et il alla s'arrêter devant le village d'Abouhor: de même, au retour, il demeura une nuit entière en face d'Abouhor, et il re[)rit la rame le lendemain 1 0 janvier 1788, de grand malin'"'. Berbetuud est une forme incorrecte du nom de Berbatol que porte encore la partie du village de Kalabcbéh qui avoisine le temple, berhalt; si Norden avait voyagé de jour, il n aurait pas manqué d'apercevoir les |)yl()nes qui dominent de haut les maisons des Berbérins et qui deuieurenten vue pendant plus d'une heure. Burckhardt. le premier, donne une description exacte du site, et il en leva le plan sommaire, uiais il n'observa pas la forme irr(''};(dière qu'a la cour et il la lit entièrement carrée'"^'. Gau, (juelques années plus tard, ne sy laissa pas tromper; son plan (pi. \\V) a été reproduit par tous les auteurs (jui se sont occupés de Kalabcliéh. el il est certainement exact, sauf peut-être en ce qui concerne les colonnes cpi'il place dans les trois chambres du sanctuaire, et dont l'existence me paraît douteuse'^'. Si Ion
'" NoRDKN, Vojingi' il'Egypti' et ilf \ubic . éd. LanglJ'S, in-'i", Paris. 179S. t. III. p. J1I-&S. 88-89.
''^ liuncKiunnT, Tnivcls in \til>in . in-i", Londres, i8'JQ. p. lo.T-ioy. "' Gau, Aiuiiiuités île la \ul>ie. iii-l^, Paris, i8aa, j>l. WII.
compare les vues quil donne avec les photographies prises par Béato vers 187^4, on constatera (|ue l'état des ruines n'a point changé jusqu'à nos jours, ni dans l'ensenihle vu du sud-ouest (pi. XXIII), ni sur la façade (pi. XXVII), ni dans la cour (pi. XXIV, XXVIII). L'accumulation des décomhres à l'intérieur, sur la coupe longitudinale et sur la face du portique (pi. XXVI, XXVIII), n'a pas tout à fait la même forme qu'auparavant, car, en 1892, le moudir d'Assouân a fait pratiquer une sorte de sentier de la porte d'entrée à l'extrémité du sanctuaire, pour faciliter au Khédive la visite du monument. Sur un point seulement l'aspect s'est modifié; les restes de la grande enceinte en hriques, qu'on distingue encore chez Gau (pi. XXIII), ont disparu.
Le temple présente ([uelques analogies de plan avec le temple de Phihe, et peut-être celui-ci lui a-t-il servi de modèle. Les architectes d'Auguste n'ont pu lui prêter tout le développement qu'ils projetaient, qu'à la condition d'entailler profondément la montagne Lihyque. Autant qu'on le voit, la partie postérieure des édifices, du mur d'enceinte et du sanctuaire à la procella, est bâtie sur la roche vive et ne redoute rien des infiltrations; la partie antérieure, de la procella au pylône et à l'extrémité du débarcadère qui précédait la porte d'entrée, est construite sur -l'alluvion. Le 1 h janvier, au moment où j'arrivai à Kalabchéh, les assises basses du débarcadère plongeaient dans le lîeuve, et l'eau pénétrait à ib ou 20 mètres de la façade. Sa présence et l'existence sur le parvis de plusieurs maisons désertes ou habitées ne m'ont point permis de constater, d'une manière certaine, l'épaisseur du radier, ni la façon dont il est établi, s'il s applique directement au sol, ou si, comme à Dakkéh, il y a interposition d'un massif de brique. Ce sont là des questions qui ne pourront être décidées qu'en cours d'exécution des travaux. Avec le relèvement du barrage, l'eau me paraît devoir monter jusqu'au sanctuaire, peut-être à la hauteur de 2 mètres ou plus, toutetois. ici encore, il m'est impossible de rien affirmer; l'entassement des blocs est tel partout que je n'ai pu exécuter aucune opération de nivellement.
Le débarcadère et la chaussée viennent buter contre un parvis massif de pierre, qui court en avant de la façade, et qui n'est que le prolongement du radier sur lequel le pylône et le pronaos ont été bâtis. La chaussée est traversée en son milieu d'un passage étroit dont la partie supérieure était seule visible au-dessus de l'eau; je n'ai donc pas pu constater son état. L'appareil du débarcadère et de la chaussée consiste en deux parements, qui sont disposés par lits concaves, et qui furent jadis fourrés de blocs et de terre jetés pêle-mêle. Quanta 1 escalier auquel la chaussée aboutit et qui l'enserre dans sa partie inférieure, les habitants l'ont miné en dessous pour en tirer diisébakli et plusieurs des marches
i; M'i'ORT sur. Li:s temples de l\ nubie. 31
se sont ellondrécs dans li; lioii. Il faudrail l(! lefain;, cimenter à nouveau les assises du didjarcadèro, r(MU[)lif laire de la plate-forme, i-emettre en place la banquette dont beaucoup de morceaux subsistent. On pourrait ensuite donner il l'ensemble une assiette plus larfje en construisant, jusqu'à la distance de 8 ou 10 mètres, à droite et à gauche, c est-à-dire sur la largeur du pvlône. un radier de béton, disposé de manière à provoquer Taccumulation rapide des alluvions. On obtiendrait ainsi le double résultat de consolider le débarcadère et de constituei' (!U avant du tein|)l(; un empàteun-nt solide, qui b; protéf^erait contre les alTouilleuients de front. Il y aurait avantage à établir un système analogue au long des deux faces latérales, aux points où elles ne portent pas sur la roche vive. Les fondations des maisons antiques et des enceintes du temple, qu'on roinar(|ue dans ces deux directions, pourraient servir d'appui à une série de inurettes transversales, dont on comblerait les intervalles avec du béton; les ruines du village moderne et la montagne voisine fourniraient, prestjue sans frais, le moellon et la caillasse nécessaires. De la sorte on aurait enchâssé rlans une sorte de patin très large en maçonnerie toute la partie des constructions qui ne poserait pas directement sur le roc.
Les deux murs d'enceinte ne sont pas également bien conservés sur tout leur parcours. Le mur extérieur, le plus épais, prolonge les deux côtés du pvlône. puis il tourne à l'ouest, il escalade les derniers ressauts de la colline, et ij borde en élévation la cou|)ure pratiquée dans le roc, en arrière du temple: il est éloigné de celui-ci à la distance de i3 mètres environ du côté ouest, d Un |»eii plus de i3 mètres du côté sud. Les quatre portes qui le percent, deux à l'est, une au nord, un(; au sud, sont debout, ainsi que la portion ouest du mur. mais la portion nord est renversée sur une longueur de plus de ao mètres, entre la porte et les premiers escarpements de la colline, et l'on ne voit plus que les fondations de la portion sud entre la colline et le mur est. Tout l'espace compris entre ce mur extérieur et l'autre mur a été fouillé à plusieurs reprises par les chercheurs de trésors et par les preneurs de nrhakh: ceux-ci v ont |)rahqué des tranchées en tous sens et creusé des trous dont quelques-uns m'ont paru atteindre 1 o mètres de |)rofondeui". D'autre part. 1 accumulation des blocs lombes des deux murs, des déblais, des ruines de maisons berbérines. des immondices jetées là pendant des siècles, est telle (|ue du côté sud on rencontre des monticules qui mesurent 5. (î ou 7 mètres. L'enlèvement de ces matériaux divers exigera des eiïorts surhuuiains: jespère du moins »|ue nous v retrouverons assez, des éléments du iniii' exli-iieur pour pouvoir lt> rt'Iablir à peu de chose près dans son t'Ial primilil. Le second mur d'enceinte, qui l'ail partie du temple même, a
3i) G. MASPEP.O.
soiiHert beaucoup moins. Du pylôuo jusqu à ralignement du unir de fond du jji-onaos. il a gardé toute sa hauteur, et il nV manque que des blocs de la corniche, mais du pronaos jusqu'à Textrémité ouest, il perd graduellement dix ou douze de ses assises; sur son trajet sud, le nombre des assises, non compris celles du radier, se réduit à cinq dans quelques endroits. Les deux portes qui y sont pratiquées, l'une au nord dans la cour, l'autre au sud à la hauteur du pronaos, mont paru n'avoir subi que des dommages relativement insignifiants. Ici encore presque tous les blocs gisent à terre, les uns dans le couloir intérieur, les autres à l'extérieur, pour ainsi dire à pied d'œuvre. Dans les couloirs l'enchevêtrement et l'accumulation sont tels qu'on se demande s'il y aura moyen de les remonter. Il sera bon de le faire pourtant, ne fût-ce que pour constater l'état du pied des murailles et de leurs fondations; il sera aisé ensuite de reconstituer l'enceinte à peu près telle qu'elle était dans l'antiquité.
Je ne suis pas bien certain que les deux tours des pylônes aient jamais reçu leur couronnement, et je n'ai rien aperçu dans les décombres qui appartînt à leurs corniches; de toute manière, la partie supérieure, achevée ou non. a été rasée irrégulièrement au-dessus du linteau de la porte. Une partie des blocs se sont écroulés sur ce linteau, et ils v demeurent comme suspendus, d'autres, en petit nombre, sont accumulés à l'extérieur, au pied du mur, d'autres enfin ont roulé dans la cour; je ne sais pas si on les retrouvera tous, et si l'on pourra reconstruire entièrement ce qui existait de l'étage supérieur des deux tours. Les étages inférieurs sont sains, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et ils ne réclament que des réparations sans importance. 11 n en est pas de même de la porte. Au moment où le temple fut transformé en église, les Chrétiens avaient taillé en voûte les dalles qui la recouvrent, et cela avec une telle imprudence que la plupart d'entre elles ne conservèrent qu'une épaisseur approximative de 1 0 à 1 5 centimètres, peut-être moins en leur milieu. Les assises supérieures des deux tours s'écroulant par la suite sur ces pierres, affaiblies comme à plaisir, les brisèrent toutes en trois ou quatre morceaux qui demeurent suspendus en l air, on ne sait coniment, sans doute par la pression des masses qui pèsent sur eux. Nous serons obligés de les soutenir de pouti-elles en fer et probablement aussi de refaire les linteaux, les montants et les parois intérieures. La couche des décombres est partout trop épaisse pour qu'il m'ait été possible, en si peu de temps, de constater l'état des seuils et du pavement.
La cour offre un aspect d'encombrement et de désolation extraordinaire. Le moudir d'Assouân v fit tracer un sentier à travers les débris, de la porte du pylône à celle du pronaos, lorsque le Khédive visita le temple peu de temps
r.AI'l'OI'.T SI I", LES TEMPLES DE LA NUBIE. 33
iiprès son avèiKiiuciil, muis, mulfjié lus iiivellern<'nts partiels exécutés à cette époque, les débris sont accumulés îi la hauteur de 5 rnètres pour le moins au milieu de l'aire et contre la façade du pronaos, à celle de 8 mètres environ dans les auples nord cA sud conlrc les p\l()iies. Elle était hnidc'e de portiques en retour vers la porte le long des murs nord et sud et des deux faces du pylône, comme c'est le cas au temple d'Edfou. Ces portiques sont à bas et de leurs quatorze colonnes une seule persiste, la seconde de la ranfjée sud à partir de l'ouest; les bases de plusieurs autres sont en place à la ranjjée nord, mais les tambours, les chapiteaux, les dalles du plafond (jisent épars sur le sol. J ai (TU remarqu(;r ((ue beaucoup de pièces n'ont pas été par tro|) endommafjées, et que plusieurs des colonnes pourront être reconstituées peut-être avec leurs architraves et avec une portion de la couverture: il me semble de toute manière ((u afin d'éviter un foisonnement de salpêtre après la mise à leau. il faudra les relever toutes, sauf à refaire en matériaux neufs les tambours manquants. Les murs du nord et du sud, qui appartiennent à l'enceinte, sont en bonne condition dans les réfjions supérieures: vers le bas seulement, ils ont été ébréchés et entaillés par les habitants pour en extrain; les queues d'aronde. En avant du j>ronaos, à droite et à }>auche de la poite. sur le prenner panneau dentrecolonnement, les Chrétiens avaient bâti deux antichambres basses, avec des blocs provenant des ruines; si l'on n'a pas besoin des fragments qu'elles renierment, il vaudra mieux les respecter car elles ne nuisent en rien à l'aspect de l'édifice, .le nal [)as pu savoir si les dallages subsistaient ou non. tant lentassement est puissant; il est probable quils ont été fracassés par la chute des porti(jues et des tours, mais (jue les morceaux en sont encore sur place.
Les couloirs qui, prolongeant la ligne des portiques, faisaient le tour du sanctuaire entre le second mur extérieur et le mur des salles, ainsi tjuà Edfou. sont tellement encombrés des blocs tombés du mur d'enceinte que je nai pas réussi à les [)arcourir. Les portes basses (|iil \ (loiiiicnt accès sont l'u bonne condition, et, autant que j'ai pu le voir de la ctuir. les parois entre lesquelles ils circulent sont solides. On pourra les dégager, en remontant les blocs à leur place anti(iue. et en reconstruisant les portions écroulées du mur d'enceinte sur tonte sa longueur.
[/accumulation des débris est aussi grande dans le pronaos que dan>; la cour: elle paraît afteiiulre 'i ou iS mètres aux deux extrémités nord et sud. et. si elle est un peu mains considérable au milieu, nous le devons au moudir d'Assouân <pii la lit abaisser et régulariser légèrement lors de la visite du khédive. La salle avait été convertie en église par les Chrétiens. Les murailles en sont
Temples de Subie.
enduites jusqu a mi-hauleur tFun crépi l)lanc, sur lequel on distingue vajyuement des figures de saints alignées côte à côte; au-dessus de la poterne qui établit la communication avec le couloir de ronde et avec la porte latérale du mur d'enceinte au nord, les peintures affectent une disposition de porche pointu et les motifs des tableaux sont presque reconnaissables. La présence de morceaux de bois carbonisés parmi les décombres, et les traces de feu que j'ai cru reconnaître sur certains tambours provenant des colonnes, me donnent lieu de penser que cette église fut incendiée — par accident ou à la suite d'une invasion musulmane? je ne saurais le dire — sans que toutefois cet incendie causât la destruction de la couverture. S'il avait été assez violent pour produire un effet aussi terrible, les peintures auraient été détruites et les murs seraient calcinés : or, la surface visible en est intacte, sauf aux points où les Nubiens ont pratiqué des ouvertures carrées pour extraire les (jueues d'aronde ou les crampons de métal qui reliaient les blocs. La façade qui donne sur la cour a conservé intactes ses quatre colonnes, ses murs d'entre-colonnement, ses architraves et sa corniche, toutefois les architraves et la corniche sont entamées en dessus et fendues chacune en trois ou quatre pièces : on les maintiendra en passant sous elles des poutres de fer. Deux des huit colonnes qui portaient le plafond, celles qui formaient la travée du sud, sont debout avec leur chapiteau et les fragments de leurs architraves, dans un état de dégradation fâcheux. Les six autres ont cédé; je pense pourtant que deux au moins d'entre elles conservent encore deux ou trois de leurs assises basses; le bout des dalles qui composaient le plafond est fixé aux murs du nord et du sud, mais c'est tout ce qui subsiste de la toiture. L'amoncellement des matériaux m'a empêché de constater la condition du dallage.
La façade de la porte qui mène du pronaos dans la première chambre close, le vestibule, est en mauvais point : les montants do la porte sont très endommagés, surtout celui du nord, le linteau est fendu dans sa longueur et la corniche qui le surmonte est ébréchée. Les débris du plafond ont rempli la chambre à tel point que, près du mur nord, on touche aisément avec les mains les dalles encore en place; ils doivent atteindre 5 ou 6 mètres de hauteur. Les plans publiés par Gau supposent l'existence de deux colonnes latérales, l'une dans la partie nord, 1 autre dans la partie sud de la chambre, mais je n'y ai rien aperçu de semblable : peut-être les fûts, visibles autrefois, ont-ils été démontés ou remblayés, lors(jue le moudir d'Assouân fit pratiquer le chemin du Khédive. Les murs ont peu souffert, mais ils sont percés d'ouvertures carrées par lesquelles les habitants ont enlevé les queues d'aronde. Il ne subsiste plus que deux dalles intactes du plafond, aux deux extrémités nord et sud, mais on voit dans le mur ouest,
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conti'o la dalle sud, l'amorce d'une troisième dalle. La petite chambre latérale du sud et le couloir secicl de l'anjjle sud-ouest sont entièrement sains. Le pavement disparaît sous les décombres et je ne puis juger de son état.
La porte de la seconde chambre close, qui est la procella. n'a pas moins souffert (jue celle du vestibule : les montants, le linteau, la corniche sont fendus et brisés de façon inquiétante, et il en est de même de la façade de la cella. Les quatre parois seraient excellentes, n'étaient les trous creusés par les habitants alin d'arriver aux queues d'aronde. Le plafond est à terre: il en reste pourtant d<;nx dalles intactes le long du mur nord, et le long du mur sud une dalle fendue en quatre (mdroits ainsi que les bouts de deux autres dalles. Ici, comme dans le vestibuh;, les vieux plans signalent la présence de deux colonnes, et jai remarqué en effet des tambours à moitié brisés à peu près aux endroits qu'ils indiquent. Toutefois, ils sont de même style que les morceaux des colonnes qui décoraient la cour du spéos méridional, et peut-être leur appartiennent-ils: en ce cas, ils auraient été transportés là après la transformation du temple en couvent, pour étayer les dalles brisées du plafond, ainsi que les Coptes d'Edfou firent dans le Mammisi de leur ville. 11 est impossible de rien dire du pavement, mais le couloir (pii court dans le mur sud, en dessous de I escalier (jui mène aux terrasses, est sain, de même (|ue les portes basses (| ni \ donnent accès.
Le sanctuaire présente les mêmes Irails ipie les pièces précédent(^s. murs bien conservés, sauf les trous d'extraction des queues d'aronde, porte endommagée aux montants, au linteau, à la corniche, plafond détruit à l'exception de deux dalles au nord, dune dalle et d'un fragment de dalle au sud, pavement invisible sous l'amas des décombres. I^a porte basse du couloir secret est dune conservation convenable, ainsi que l'escalier au(piel il menait et qui aboutissait aux terrasses. Les murs de ronde de celles-ci sont bien conservés, à l'exception de l'assise su|)érieure. celle des corniches, dontbeaucoup d'éléments sont tombés extérieurement dans les couloirs et pourront être remontés à leur place ancienne.
La petite cliaj)elle du nord-est, seul reste du temple ptolénuuque. est dans un état pitoyable et exigera une retouche soignée. La (dia|)elle de l'angle sud-ouest sera moins niahusée à restaurer. Le sanctuaire élail une grotte creusée tians la montagne, sans di'coration. et dont la porte, taillée à même la roche, ne présentait d'autres pièces rap|)ortées que le lore horizontal et la corniche. H ne semble pas qu'elle fùl pn'cédée d'un portique, mais une cour s'étendait en avant, ipii élait (h'Iimilee au nnid par une rangée de six colonnes, avec murs (renlre-colonnement hauts (reinirnn ■• mètres, à ce ipi il me semble: les colonnes ont disparu dans leur partie libre et les murs d enlre-colonnemenl oui perdu
leur corniche. A Test, un motif identiijue, de quatre colonnes avec porte entre les deux colonnes médianes et les deux extrêmes, fermait la cour. Le côté sud était borné |)ar un mur plein, derrière lequel un couloir étroit courait. Le dallage de la cour est en place et les murs et colonnes pourraient être reconstitués au moyen des débris que j'en crois avoir aperçus soit dans le voisinage du petit édifice, soit à Imtérieur du grand temple.
En résumé, il me parait qu'il sera aisé de remonter la plupart des murs et des colonnes écroulés, les portes, le pylône, le mammisi; seules les couvertures ne pourront être rétablies. Où les pièces des dalles du plafond sont réduites en pierraille, il faudra les enlever, mais partout où elles formeront encore des blocs considérables, je les laisserai sur le sol, sauf à en disposer les débris de telle sorte qu'ils ne gênent pas les mouvements des visiteurs.
Vu la masse des matériaux à remuer et le nombre d'ouvriers que les travaux nécessiteront, f estime la dépense totale à L.E. 8000. On économisera sur cette somme une quarantaine ou une cinquantaine de livres, pour faire quelques nettoyages et (juelques retouches au spéos prochain de Beit-Oually.