‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 18 sur 76 · S XIII. — TAFFAH · texte numérisé non relu

S XIII. — TAFFAH

Le village de Taffali possédait encore ses deux temples vers le milieu du xvni" siècle. Norden les dessina le vendredi 27 décembre 1787 (pi. XXIX), mais il ne descendit pas à terre pour les examiner de près, rrlls sont, dit-il, ainsi que ceux dont j'ai parlé en dernier lieu, bâtis de pierres blanches parfaitement bien jointes les unes avec les autres. Les colonnes y subsistent encore en dedans; mais celles qui étaient au dehors se trouvent ruinées ''^ •" Ils n avaient point changé d'aspect lorsque Burckhardt les visita le 29 mars i8i3'^^ et Gau les trouva quelques années plus tard tels que Burckhardt les avait laissés '^', mais il porta son attention de préférence sur l'édifice du sud dont il donna les vues et le plan (pi. XXX); il ne consacra à l'autre que quelques lignes de description. Aucun changement ne se produisit dans l'état des lieux pendant le demi-siècle qui suivit, ainsi qu'il résulte de l'examen des photographies publiées par Maxime du Camp en 1863 (pl.XXXI)'"'; elles montrent le temple de Gau encore intact, mais

"' NoRDE>, Voyage d'Ejrypie et de Nubie, éd. Langlès, iii-i", Paris, 1798, t. III, p. 42 et pi. CXLVII, 2.

f'^' Burckhardt, Triivels in Nubia, in-i", Londres, 1822, p. 1 1 1-112.

'^' Gau, Antiquités de la Nubie, in-f°, Paris, 1899, pi. X-XI.

''' Maxime du Camp, Egypte, Nubie, Palestine et Syrie, iii-f", Paris, 1862, I. II, pi. LXXXVIII.

li \IM'(iHT SI 1! LKS TEMPLES DE LA M BIE. 37

il lui (If'lruit entix' 1860 et 1880, ainsi que les restes fin quai et du nilouiètre, el lOu ne voit plus aujourdliiii sur' le site que la cliapelle du nord'". Le ly janvier, au uiomenL où j(; visitai celle-ci, la seule (|ui subsiste des deux ruines aiilNjucs, elle se trouvait dans un îlol. avec les décombres de quelques-unes des maisons modernes qui l'enveloppaient naguère. Quand le niveau des eaux aura été surélevé de 6 mètres, elb; sera plongée dans le fleuve jusqu'au plafond, et la crête des murs émergera seule.

Même après les attaques qu'elle a subies en ces derniers temps, c'est peut-être le mieux conservé de tous les temples de la Nubie, et certainemeni Iiin des plus jolis. Les fondations en sont entièrement à nu et tout le remblai qui les dissimulait a été enlevé; du côté nord, où le bas n'en est pas masqué par les débris des maisons modernes, elles se composent de six assises en pierre, mesurant entre 2 m. 5o cent, et 3 mètres de bauteur. Elles reposent à même sur l'alluvion. ce qui pourra devenir une cause de danger. Toutefois, depuis trois ans que le sol est soumis à l'action du Nil pendant quatre ou cinq mois d'hiver, il n'a pas bougé, et aucun mouvement ne s'est produit dans les superstructures; avec <|uelques précautions on réussira à le maintenir immuable. Le radier est intact sur les faces est, nord et ouest; au sud. les habitants en ont enlevé les trois assises supérieures à l'aplomb du milieu de la façade. Il faudra, comme à Dakkéh et à Kalabchéh, saisir le radier antique dans un massif de béton assçz large pour l'oiiiicr lin patin inattaquable à l'eau. On pomiait utilisera cette intention les murs de l'enceinte, dont on aperçoit les restes à 16 mètres du temple vers l'est, à 25 ou à 3o vers l'ouest, à 3o ou à 35 vers le nord : on établirait le jialin sur une largeur de 8 ou 10 mètres de chaque côté, puis on relierait celle fabri({ue aux tronçons de murs anciens par des murettes transversales, dans l'intervalle desquelles on jetterait les pierres provenant des maisons abandonnées du village moderne. L(>s alluvions retenues par ce dispositif constitueraient promptemenl, autour du radier, un remblai permanent qui mettrait les fondations à l'abri des allouillements.

La façade a peu souffert. La porte latérale est comme neuve, mais le premier linteau de la |)orte |u-iiicipale a bougé légèrement, et il est brisé en deux : on le remettra en placi; et on le soutiendra d'une poutre de fer. Il n"v aurait rien à relaire à la corniche, si le premier bloc du côté nord n en axait pas été tiré un peu en avant, et le si bloc médian, celui sur lequel le dis(|ue ailé est sculpté.

" La pliiparl dos Giddis fn Egi/ptc on( confondu los doux lomplos; o'csl ainsi ijuo, dans i'odition du Mmia\ parue dans lauloumo de 1 907 ( p. â-j'i^. on docril conuno seul oxistant oncoro le temple aujourdluii doiruil ijui contenait le calendrier.

38 U. MASPEP.O.

nétail pas écorné un peu à l'extrémité sud. La l'ace noril est presque intacte, mur, souhassement et [loterne vers l'angle ouest. Le mur sest disloqué un peu de bas en haut, vers le milieu de la face, mais en suivant les joints des blocs et sans rupture; trois ou quatre blocs sont fêlés çà et là. La corniche est en place, mais le bloc de louest el le bloc médian se sont séparés sous Tinlluence du mouvement de la façade. Le mur ouest est complet; la corniche en a disparu, sauf le bloc de l'angle nord-ouest et celui de l'angle sud-ouest. Le mur sud est celui qui a subi les dommages les plus considérables. Il a été percé en son milieu, soit par les Chrétiens, soit par les habitants modernes, et les blocs de la troisième et de la quatrième assise du côté ouest de l'ouverture manquent de soutien, par suite de la disparition des blocs correspondants du radier; d'autre part, le haut de la paroi et la corniche se sont disloqués légèrement. Il sera facile de boucher la brèche, car les pierres qui en proviennent sont éparses au pied du mur, puis de rejointoyer le reste avec du ciment.

L'intérieur est aussi bien en point que l'extérieur: le dallage subsiste presque partout, aucune des dalles du plafond n'est brisée, et les colonnes ne présentent que des égratignures au fût et des cassures insignifiantes au chapiteau. Le mur sud a été troué, a^insi qu'il a été dit plus haut, et il est un peu disloqué à l'intérieur comme à l'extérieur. Au mur est, on devra rétablir le linteau intérieur de la porte et déboucher celle-ci. Le mur nord est indemne, et, dans le mur ouest, il sulHra de remettre en place le bloc que les Chrétiens avaient enlevé au milieu de la stèle. On fera disparaître les dernières traces de l'aménagement moderne, foyer, réceptacles en briques ou en terre battue, et on lavera les murs et le plafond qui sont enduits d'une couche de suie.

Les murs de l'enceinte et du débarcadère n'existent plus que par tronçons el seront utilisés comme je lai dit plus haut; il sullira de les rejointoyer au ciment et de remettre en place ceux de leurs blocs qu'on trouvera sur le sol, à leur pied.

J estime toute la dépense à L.E. 600, mais c'est très largement compté.

§ XIV. — KERDASSI.

Le kiosque n'a changé en rien depuis le jour où Norden le dessina, le 27 décembre 1787 (pi. XXyXII-XXXIII)'*'. Il est à 10 ou 1 1 mètres au-dessus du niveau actuel de l'eau. H est posé sur une plate-forme en grès dont quatre assises sont

'" Norden, Voyage d'Egypte cl de Nulfie, éd. Langlès, in-4°, Paris, 1798. I. Ifl. j). /io-4i. Il l'appelle Hindau.

HAI'l'OItT SUR LES TEMPLES DE L\ M IllE. 39

visibles au noi'd, trois ;iii sud ot ;i I ouest, cinq et peut-être six vers le sud-est; en admettant ijiie ([uatic ou cinq autres assises de o m. 35 cent, à o ui. 65 cent. sont cachées sous les remblais, ce qui prêterait une hauteur de U mètres environ au parement est de la plate-forme, le fleuve en toucherait à peine la hase. 11 n"v a donc rien à craindre pour ce joli polit édifice. Si Ton s'en fiait à la première impression, il serait en condition excellente, murs, colonnes et fondations: toutefois, lorsqu'on y rejjarde de plus près, on s'aperçoit quil est dans un état assez précaii'c. Les chercheurs de trésors ont démoli le dallajje et ont pratiqué à l'intérieur des fouilles profondes qui s'étendent jusque sous les fondations des colonnes et des murs : ceux-ci sont par endroits presque suspendus en l'air, et il sullirait d'un afl"onill(;ment, même léjjer, produit par les eaux, pour achever l'o'uvre de destruction commencée par les hommes. Il faudra combler Taire intérieure et la bétonner jusqu à la hauteur du dalla»j;e antique, puis établir une banfjuette de béton d au moins i mètre de largeur au lonjj des fondations extéri(Mires, qui ont été dénudées par les chercheurs de trésors. Il faudra é^jalement déjjager le sommet et les faces latérales de la plate-forme, et en rejointoxer quelques parties, mais, cela fait, la tâche sera achevée presque complètement. L'uni(jue architrave qui demeure en place est saine dans toute sa longueur non supportée, sauf une fissure au milieu et une cassure à l'extrémité ouest, bien d'aplomb sur le sommet de la colonne. Il n v a aucune restauration j'i entreprendre dans les murs et dans les colonnes même, sauf peut-être aux angles nordesl (;L nord-ouest; un fra{|ment de chapiteau, qui gît à terre, pourra probablement être remis en place.

La chapelle et les inscriptions de la carrière du sud sont en bonne condition: néanmoins, comme il est possible que l'eau y pénètre, il me |)araît prudent de prévoir la construction d'un mur épais qui en barre aux eaux 1 unique entrée.

ÏjPh frais pour le kiosque seul s'élèreront à L. E. âo n prinr. .le ne puis pas évaluer ce ((lie la protection de la carrière exigera d argent : ce sera peut-être L. E. fio nu lia.

§ XV. — DÉBÔT.

Nor(len.([ui vil ce temple sans descendre à terre, le vendredi riy décembre i 737. nous en a donné des dessins assez exacts (pi. \X,\I\ ). C'est, dit-il. -un grand et long édifice bâti de {grandes pierres de taille, fermé de toutes parts, à I excejv tion de la façade, où il \ a une grande porte, et comme deux fenêtres «le chaque côté, formées par «juatre colonnes. Au haut île rt'dilice règne une simple corniche. au-dessous de laquelle, ainsi ipi aux ([ualrc angles, est le conlon que Ion voit

dordiriaire dans les bâtiments égyptiens. Cet édifice est entouré dune muraille assez haute, et qui est fort endommagée, surtout vers le portail. A la droite, on voit un morceau de muraille de grandes pierres carrées, et (jui aboutit à ce bâtiment. Vis-à-vis de la façade, il y a une file de trois portails, qui semblent faire le passage pour conduire à un canal de quarante pieds de largeur, et dont la sortie aboutit au Nil. Ce canal est ruiné et rempli de sable. On ne laisse pourtant pas de remarquer que ses bords étaient revêtus d'une épaisse muraille faite de grands blocs de pierre. On voit, outre cela, une grande masse d'une méchante maçonnerie moderne, qui déshonore ces anciens bâtiments et rend leurs prospects un peu confus. On peut s'apercevoir qu'il y a des colonnes au dedans du principal édifice, qui, à ce qu'on en peut juger, a servi anciennement de temple '''. y> Les deux dessins que Norden a joints à sa description la complètent, en ce qu'ils nous montrent autour des bâtiments les restes d'une enceinte rectangulaire. Ils nous prouvent de plus que sa maçonnerie moderne et son canal ne sont autres qu'une portion encore subsistante de l'ancienne enceinte en briques, et la chaussée à moitié détruite qui menait du débarcadère au temple en passant sous les trois portes. L'ensemble des édifices, situé à quelque distance du village moderne, était donc presque intact. Burckhardt le retrouva dans le même état, soixante-quinze ans plus tard, lorsqu'il le visita le 3o mars 181 3; le mur d'enceinte était ruiné, mais très visible au-dessus du sol, les trois portes étaient debout, ainsi que la chambre placée irrégulièrement à la gauche de la façade, et le sanctuaire contenait deux naos de granit posés l'un contre l'autre. Le croquis qu'il en prit est sommaire, mais il sufiit pour nous faire connaître la disposition exacte des parties telles qu'elles étaient alors''*. Les relevés de Gau (pi. XXXV- XXXVl)'^' et la photographie de Maxime du Camp (pi. XXXVII)''*' prouvent que Débôt demeura à peu près indemne jusque dans la seconde moitié du xix'' siècle. Toutefois lessahbakhîn l'avaient attaqué vers 1860 et ils en avaient miné les fondations, si bien que, sur la photographie prise par Béato vers 1 87 5 (pi. XXXVIII), on voit que la partie nord du temple s'est écroulée en partie. Est-ce, comme on le prétend, un tremblement de terre qui acheva la ruine, sont-ce les déprédations récentes des habitants? Il est possible que le tremblement de terre y ait été pour quelque chose, mais un coup d'œil jeté dans les maisons du village montre que l'édifice

'" Norden, Voijage (VEguplect de Nubie, éd. Langtès, iii-ù", l'aris, 17^)8. I. Ilf, p. Sg-Zlo et pi. CXLVI.

i^' BuRCKiiAiiDT. Traveh in Nubia , in-i", Londres, 1822, p. 117-119.

'^' Gac, Antiquités de la Nubie, in-f'°, Paris, 1822, pi. lit -IV.

(*' Maxime du Camp, Egiiptc , Nubie, Palestine et Si/rie. in-P, Paris, i859, t. II, pi. LXXXVIII.

IMIM'Oliï SUI! LES TEMPLES DE L\ MP.IE. 'il

a été mis en pièces et exploité comme une carrière pendant les trente dernières années.

Il est, de tous les temples de Nubie, le plus menacé et celui qu'il est le plus dillicilo de mettre en défense. Le dallage antique est plus haut à peine de 9 ou 3 mètres que le niveau maximum [)roduit par l'action du barrage actuel: lorsque celui-ci aura été surélevé, le faîte des constructions dépassera à peine la ligne des eaux. Le 18 janvier, lors de ma visite, les ruines se trouvaient dans une presqu'île. Une sorte de crique s'enfonçait au sud, assez profonde pour donner abri à la dahaltieli du Service, et des bras s'en détachaient dont le plus considérable poussait entre les deux portes monumentales, jusque vers l'axe qui passe par le milieu de leur baie. A l'est, le fleuve baignait la base de l'ancien nnii- denceinte et l'enveloppait complètement sur une longueur de 2.5 à 3o mètres à partir du sud. Les fondations de pierre sont très solides, et, à l'arrière du sanctuaire, quatre et même cinq assises en sont visibles, mais elles posent sur I alluvion et celle-ci peut, d'un tnoment à l'autre, se déliter sous l'action du courant. La situation des édifices est donc fort compromise, sinon désespérée.

Les murs qui délimitaient la plate-forme étaient en grosses j)ierres, par assises concaves comme à Kalabchéh et à Philœ. Le front ouest est le mieux conservé, et on y voit encore de six à huit assises sur toute la longueur. La moitié du front nord est en assez bon état vers l'ouest, mais l'autre» moitié jusqu'à l'angle (;st a [)er(lu liois ou (piatre de ses assises. Le front est, entre langb! nord-est et la porte d'entrée, tient encore, bien qu il baigne dans 1 eau et dans la boue; de la porte à l'angle sud-est il a été à demi défruit, et il l'sl inondé sur ses deux faces. Le front sud a été démoli jusqu'au sol , mais la ligne quil suivait est jalonnée par des substructions et par des blocs (jui sortent çà et là de l'eau et du sable. Le remblai qui lemplissait l'intervalle compris entre les mui^s a disparu sur tout le front sud, ce (jui a favorisé les einpi/'tements du Nil: ailleurs, il a éti' défoncé par les indigènes en quête de srhakli, et il a été remplacé par une couche de sabl(> apporté |)ar le vent. L uiii(|ue chance d'arrêter la ruine serait de rétablir In plate-forme, en substituant à la fourrure de lern' une fourrure de béton qui changerait l'aire entière en une masse solide. On relèverait sans trop do peine les ti-ois fronts est, nord et ouest à leur hauteur ancienne avec les blocs (pu jjiseiil à Irms pieds: pour l(> front sud. il faudrait emprunter des matériaux neufs à la montagne voisine. On distribuerait dans 1 intérieur de l'enceinte un système de niNicttes sappinanl aux fronts et se coupant à angle droit, (pic Ton comblerait de Ix'ton grossier jus(pi à un -hauteur: le reste pourrait être rempli de debns de pierres ou de tessons ramassés dans les ruines

Templi'ii (/(■ I^ubie. (•

(lu villam; voisin , et sur lesquels le Nil aurait vite fait de jeter une couche de limon.

Des trois portes monumentales qui s'alignaient entre le mur extrême de la nlate-ibrme et la façade du temple, et quon aperçoit sur la photographie de Béato, la troisième s'est abattue, au dire des habitants, en igo3, après la mise à leau de la Nubie, mais peut-être réussira-t-on à la relever; tous les blocs sont à terre, eu un tas confus, et jai cru y distinguer des fragments apportés du temple même. Les deux autres portes n'ont pas bougé, et ce qu'on voit de leurs fondations est assez encourageant. Les montants en sont intacts sur les deux faces et sur les côtés, mais les linteaux et les plafonds ont souffert comme d'habitude, ainsi que les corniches; tous les linteaux et tous les plafonds sont brisés, et la plupart des corniches ont été jetées bas. Il faudra passer des poutrelles de fer sous les blocs brisés et retoucher au ciment les parois et les fondations.

Les blocs provenant de la façade du pronaos ont tous disparu, à l'exception de quelques chapiteaux de colonnes qui sont épars entre la dernière porte et la portion conservée du temple. Le sanctuaire d'Azakheramon semble être en condition passable, mais quand on y regarde de près on ne tarde pas à s'apercevoir que ses apparences de solidité sont trompeuses. Le dallage a été défoncé et le sous-sol remué à fbnd par les chercheurs de trésors; il faudra peut-être démonter les murs, en tout cas, les étayer pendant qu'on comblera le vide avec du béton, jusqu'au niveau du dallage antique. Le mur est n'est pas mauvais, mais la porte a subi des attaques lamentables; le linteau a disparu en dedans, et la dalle qui le surmontait est brisée en trois endroits, le morceau du centre ne tenant plus que par la pression latérale des deux autres. Le mur du sud est sain. Il manque neuf blocs (^-f 8 + 2) aux trois assises supérieures du mur est, mais le reste se tient. Le mur ouest n'a point bougé, non plus que la porte qui le traverse; les Chrétiens ont pourtant enlevé quelques portions des montants, et le linteau est fendu. 11 ne subsiste plus du plafond qu'une seule dalle à l'extrémité ouest, encore est-elle fracassée en son milieu. Tout cela serait rassurant, si le bouleversement des fondations ne me portait à craindre qu'il ne soit nécessaire de déposer une partie au moins des murailles pour les rebâtir.

Les deux chambres d'axe qui suivent le sanctuaire sont d'une bonne conservation. La première possède au complet ses murs, son plafond et son dallage; la dalle septentrionale du plafond s'est détachée de sa voisine par l'effet du tremblement de terre, sans subir aucun dégât. La seconde chambre a son dallage et ses murs , mais elle est à ciel ouvert et toutes les dalles de la couverture ont disparu. La travée sud, sur la gauche, comprenait un escalier, un couloir resserré entre l'escalier et le sanctuaire d'Azakheramon, puis, derrière cet ensemble, deux

ini'POP.T SUR LES TEMPLES DE L\ NUBIE. 43

chambres superposées. Im mur extérieur dans lequel 1 escalier sen^jageait s est eiïondré du haut, dish)qué du bas; une partie des blocs obstrue l'escalier, et la moitié sud de (-(dui-ci menace de s'écrouler à son tour. Le couloir est presque intact; une [)ortion de la deuxième dalle est du plafond s'est détachée et gît sur le pavement. La moitié est du mur sud des deux chambres superposées a cédé, et le plafond qui l(;s séparait na plus qu'une de ses dalles, celle qui touchait au mur du fond à l'ouest, encore est-elle en trois morceaux. Le mur nord et le mur ouest sont solides; la partie sauve du mur sud fait ventre et tend à culbuter.

La travée de droite, au nord du sanctuaire, est celle qui a souffert le plus. La chambre du fond est bonne, murs, plafond, pavements, mais les deux autres sont en ruines : le mur nord est dislo([ué, les pavements sont défoncés, les plafonds sont à terre. Dans l'état actuel, le moindre glissement du sol précipiterait bas cette aile: elle entraînerait à sa suite une portion du sanctuaire, et 1 ébranlement de leur chute achèverait de ruiner ce qui tient encore de la travée de gauche. Il faudra donc la déposer puis la reconstruire si l'on veut sauver le temple.

Je pense (jue L. E. lôoo siiffiraient amplement à ï exécution de ces retouches et à la construction d'un radier assez étendu pour empêcher la destruction du monument, s'il en est encore temps. Une partie pourrait en être employée à la consolidation des ruines du sud que je n'ai pas eu le temps d'inspecter.

CONCLLSIONS.

L'ensemble des travaux de protection et de réparation proposés dans les pages (|ui précèdent représente une dépense totale de L. E. 19680 réparties ainsi qu'il suit:

II)samboiil i aoo

Deir 3o

Aiiiada ^00

Es-S('l)oiiâ 5oo

Maharraiviili 1 '>oo

iJiiiikéli -Tooo

(ierf-Hussi'iii 3oo

Oaiuloiir âoo

l\,iial)(lii'li cl |{eit-Oiiall\ 8000

lallali 600

kerdiissi âo

Débùl i âoo

ToT.U 1 (|l">.'!i>

fi.

UU A. BARSANTI.

Toulofois, outre les réfections et les consolidations, il y aura des fouilles à entreprendre dans beaucoup d'endroits qui seront envahis par les eaux, ne fûtce quafin de constater qu'ils ne recèlent point des monuments précieux de l'antiquité égyptienne ou de l'âge nubien. J'ai noté déjà dans ce rapport les sites de:

livres éjypUenncs.

Korli 5o

Koiibbàn 600

koclilamnt-li

Qircliéh

représentant une somme de L. E. 1000 (|n'il conviendrait d'ajouter à la somme précédente de L. E. 19680. D'autres localités ne seraient pas moins curieuses à explorer, que je n'ai pu visiter faute de temps. Je pense qu'en élevant le crédit à L. E. a 5 000, au lieu de L. E. 1 9680 + 1050 = 30680, nous aurions de quoi opérer des sondages partout où il serait nécessaire : les fouilles proprement dites viendraient plus tard, s'il y a lieu, et elles exigeraient l'ouverture de crédits nouveaux.

J'ai agi dans l'hypothèse que les effets produits par le relèvement du barrage ne s'étendraient pas au delà d'Ibsamboul, et je ne me suis pas inquiété des temples échelonnés sur les deux rives entre Ibsamboul et Ouady-Halfah. Au cas où je me serais trompé, j'estime qu'une somme nouvelle de L.E. 5ooo sutlirait à les mettre en défense. Le crédit à prévoir en ce cas serait donc de L. E. Soooo au lieu de L. E. 26000 que j'avais réclamées tout d'abord.

Débôt, le 18 janvier 1906. G. Maspero.

Page 1