‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 72 sur 76 · DEUXIÈME RAPPORT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RAPPORT

J'ai visité IMiilie lus 2 et 3 janvier iqo6, et j ai pu me convaincre jtar moi-même que, depuis l'an dernier, nul changement important n'est survenu dans la constitution des édifices qui couvrent l'île. A ce moment leau venait à peine d'envahir la partie nord. Elle inondait le débarcadère, le ])arvis dallé (jiii précède le temple de Rome et d'Auguste, le pronaos de ce temple; les chapiteaux et les architraves éparses sur le sol y ])longeaicnt à moitié, mais la cella n'était pas atteinte encore. A l'ouest, les substructions (jui s'étendent en avant de la porte des Antonins étaient immergées, comme, à l'est, le couloir qui longe eu contre-bas le petit temple d'Hatbor. Tout le reste du sol était libre.

Je fis le tour de 1 île en barque, par deux fois, et je constatai que b'S quais et les murs qu'ils supportent étaient en excellente condition : une bande d'un noir luisant, large de 5o à 60 centimètres, courait sur les parements au-dessus du niveau actuel du fleuve; le salpêtre se montrait cà et là en gros flocons, moins dur et moins abondaut toutefois (jue l'année précédente. Aucun des blocs ne me sembla avoir bougé, et les jointoiements en ciment que nous avions faits étaient intacts. Mettant pied à terre, je visitai successivement tous les édifices. Le kiosque de Necfauébo et le long portique de l'ouest ne ])résenlèrcnt rien de suspect. \ii portique de lest, il me parut qu'un tassement s'était jirodiiit veis la partie nord, dans lun des endroits où .MM. Hall et Tavlor avaient repris les fondations des colonnes; vérification faite, il est certain qu'une légère dépression s'y est produite peu a|>rès le retrait des eaux, mais la surface seule a cédé et le radier se retrouve intact à ipielques centimètres de profondeur. Le kiosque de Trajan, le petit temple d llalhor, les dilléieutes parties du grand temple n'avaient changé en rien; toutefois les tb'u\ montants de la porte ilu pvlùne principal avaient

'"' Exirail îles Annales du Service des Antiquiirs, iflo'i, I. V. |>. aiio-aCi.

soiilïerL ([iielquc peu du passage des barcjues, ainsi qu il était à craindre. J'ai cru aussi remarquer un léger décollement dans le parement ouest du mur extérieur de ia salle hypostyle et du sanctuaire, mais la fissure n'olïre rien de dangereux pour l'instant. Une légère couche de boue s'était déposée dans les ruines de l'église copte. En résumé, l'ensemble n'a point bougé depuis l'an dernier.

Le résultat de cet examen était des plus encourageant; néanmoins les craintes que j'exprimais dans les conclusions de mon premier rapport me restaient encore présentes à l'esprit. Je priai donc M. Fourtau, memjjre de l'Institut égyptien, qui se trouvait alors à Assouan pour ses atTaires, de vouloir bien observer l'action que les eaux exercent sur les grès. M. Fourtau, étant à la fois géologue et ingénieur civil, avait plus d'autorité que personne pour mener à bien une étude de ce genre. Il consentit gracieusement à agréer ma requête, et, après trois mois d'expériences, il me remit la note suivante.

Note sur les grès de Philm, par M. R. Fourtau, Membre de l'Institut égyptien.

Lors de votre passage à Assouàn, au commencement du mois de janvier, et tout récemment encore au Caire, vous avez bien voulu me demander mon avis sur les effets produits sur les édifices de l'Ile de Philœ, par leur immersion sous les eaux retenues par le réservoir d'Assouàn. Au point de vue géologique, le seul d'ailleurs que je sois à même d'envisager, la cjuestion est assez complexe et va m'obliger à entrer dans des développements un peu longs peut-être, mais que je ne crois pas sans intérêt pour ce qui concerne les monuments de la Haute-Egypte en général.

Les conclusions de votre rapport du i 7 novembre 1 c)o3, que vous avez eu l'extrême amabilité de me communiquer, sont que «le péril provient tout entier de l'action «prolongée des eaux et de l'humidité sur les blocs de grès faible dont les édifices sont «construits 11.

En ce qui concerne Philœ, l'action de l'eau est très simple à définir. Les grès sont depuis longtemps déshydratés, et je vous avoue que je ne suis pas certain cjue, lors de la construction des temples, ils eussent encore leur eau de carrière. J'ai par moimême pu constater que des moellons que j'avais fait extraire d'une carrière pour mes travaux personnels en étaient totalement dépourvus, ce qui n'a rien d'étonnant du reste, donné la siccité extrême du climat d'Assouàn depuis les commencements de la période géologique actuelle. Dans cet état, ils méritent absolument le terme de grès faibles dont vous vous servez dans votre rapport, car, par le fait qu'ils ont perdu entièrement leur eau de carrière, ils présentent dans leur masse des vides assez importants pour ne pas pouvoir résister au choc du marteau. L'inondation a eu pour premier effet de leur restituer cette eau de carrière, et elle les a pour ainsi dire

RAPPORTS SUR I, \ PROTECTION DK l'IIIL.£. l'J7

consolidés, en i-emplissant ces vides d'une matière incompressible en elle-même, mais ([III leur il rendu l'élasticité nécessaire pour résister au clioc. Cette assertion est d'aillciiis corroborée par l'expe'riencc suivante que j'ai faite bien des fois au cours de ces deux derniers mois. Les ouvriers maçons que j'ai employés à exécuter les travaux dont j'élais chargé avaient, dès le début, montré une certaine mauvaise volontt' à se servir des moellons bruts, après qu'ils avaient été abondamment arrosés comme l'cxin^cnt les rèfjles de la construction. .le me suis vite rendu compte que leur empressement à choisir des moellons secs était parfaitement justifié, car ces derniers étaient équarris en deux ou trois coups de marteau, tandis que ceux auxquels l'arrosage avait riMidii U'uv eau do carrière nécessitaient un travail beaucoup plus long, et un ellort eu dis|)roportion avec l'elTet qu'on cherchait à obtenir. Ceci est donc une assurance que les parties immergées des temples de Phihc résisteront au choc des barques et des instruments des bateliers. La seule précaution à prendre, et qui m>- paraît facile à faire observer, est de les obliger à ôter le fer de leurs galfes. Il est bien entendu que je parle des parties massives des temples et non des sculptures plus ou moins ouvragées des chapiteaux des colonnes, ('e qui précède confirma donc la première hypothèse que vous émettez en terminant votre rapport (p. i q'jj. .1 arrive à la seconde hypothèse.

Tout d'abord, devons-nous craindre que l'eau, introduite brusquement dans ces pierres desséchées, y agisse à la façon d'un dissolvant? A ceci je réponds non. Le carbonate de cliaiiv (jiii relie les grains quartzeux qui forment la grande masse du grès n'a pu subir, du l'ait de la (einpéialiire, une calcination assez forte pour en chasser l'acide carbonique et le transformer en chaux vive que leau ferait gonfler, occasionnant ainsi l'éclatement du bloc, et la siccité de la pierre est un sAr gai-anl qu'aucune action oxydante ne s'est produite avant l'immersion, transformant le carbonate insoluble en bicarbonate soluble. .le serais beaucoup moins allirmatif s il s'agissait d'un édifice construit en blocs de granit. En eflet, les expériences de M. Daubrée nous ont ap|)ris depuis longtemps que le feldspath étonné cède très facilement son alcali au moindre frottement sous l'eau'''. Vous pourrez d'ailleurs vous en rendre compte en examinant la colonne de granit qui se trouve dans les ruines de l'édifice romain situé dans le lit du Nil. on \'i\cc do la Moudirieh d'.VssoUc'ln. et qui est immergée pendant la crue. Elle a perdu pres(|uc entièrement sa forme primitive par 1 érosion de l'eau du Nil, je ne dirai pas do l'eau courante, car elle doit se trouver dans un remous peu important, le restant de lédilice formant un éperon on aval.

Il reste à considérer maintenant si ces actions oxydantes ne pourraient pas se produire au moment ou pondant la durée de rimmei*sion, et même après le retrait des eaux. |)ar suite do riiuniidifo. Ceci est la question capitale, non seulement pour IMiiho. mais aussi pour tous les monuments de la llaule-Egypto.

'"' DAi'BnKK. blmlessynlliéliques de géologie crpriimen laie, p. oyS.

Les indications fournies par la première inondation sont assez intéressantes, surtout si nous les comparons à celles que nous ont données les constatations de M. Daressy à Médinét-Abou, constatations dont il m'a fait part an cours d'une conversation que nous eûmes ces jours derniei's. Des rapports de MM. Bénédite, H. Carter, A. Barsanti, A. Lucas, et de vos propres constatations, il appert en etTet que l'on a constaté l'existence d'une bande d'un noir luisant au-dessus du niveau des eaux, et, qu'au retrait des eaux, certaines parties, surtout à l'extérieur, étaient recouvertes d'aljjues et de plantes aquatiques et enfin de grosses efllorescences de salpêtre. Le sol des parties restées à l'abri de l'inondation était, lui aussi, très bumide. par suite des infiltrations, et couvert d'elllorescences salines.

L'action de l'eau sur le séhakii qui forme le sol de l'île et des temples est assez complexe cbimiquement. En effet, en outre des matières minérales, cblorures, azotates et sulfates, ce sol renferme des matières azotées soit animales, soit végétales, et l'arrivée au sein de cette masse d'une liumidité cbaude y provoque assurément la fermentation de toutes les matières organiques, d'où formation certaine de sels organiques fortement acides et même d'acides organiques monobasiques de la série gi'asse, solubles dans l'eau, tels que l'acide formique et l'acide acétique, provenant des matières animales qui se ti-ansforment facilement en formiates et acétates, lesquels peuvent encore, attaquer le carbonate de cbaux, tandis que les matières d'origine végétale donnent naissance à des acides de la série ulmique ou bumique, corps encore assez mal connus, mais dont les effets sont expérimentalement jjrouvés par leur action sur les carbonates employés comme engrais dans l'agriculture; cette action lente peut être activée, en ce qui concerne le sébakii , par la présence des alcalis. (icci explique donc que les pierres de la base des constructions soient, dans la majorité des cas, celles qui subissent la désintégration la plus intense. C'est ce qui est arrivé dans la cour du temple de Médinét-Abou, où les infiltrations se répandaient régulièi-ement, tous les ans, par l'exbaussement des eaux du puits, à la suite de la crue du INil. C'est le danger que courront les parties non inondées des édifices de Pbilœ, dont la base, enfouie dans le séhahh, est toucliée par les infiltrations. Pour les parties inondées le danger est bien moindre, par suite de la solubilité dans l'eau de ces acides organiques, qui arrivent à un point de dilution tel que leur action n'est appréciable qu'au bout de très longues années. Mais, par suite de la porosité des grès, il se peut que certains produits de la série ulmique remontent par la capillarité jusqu'au-dessus du niveau des eaux et, qu'à ces produits, infinitésimaux assurément, s'ajoutent ceux qui proviennent de la décomposition des algues en eau stagnante, l'action de la retenue du réservoir ayant al)oli tout courant autour de Pbilœ. Et c'est assurément à celte série uliiii(|ue (jue nous devons attribuer la bande noire au-dessus de la laisse des eaux.

Les sels minéraux n'entrent pour rien dans sa formation, seul le sulfate de soude, dont la présence a été constatée par les analyses de M. Lucas, pourrait y contribuer. En effet, dans l'eau, en présence des matières organiques, certains sulfates donnent

HAI'l'ORTS SI, a LA l'KOTECTIO.N DE l'IlH. K. 190

nais.sanci' pai' rrdiiclion à de I iiydroffone sulfiin;, qui, mis au contact d oxydes métalliques, forme des sidfures, et, dans le cas qui nous occupe, le sulfate de soude, en |H'ésence des produits de la série ulmique, a pu s'oxyder et former un sulfure de fer noir, avec le proloxyde de fer des grès. Enfin, en outre de ces actions, nous devons encore considérer, qu'en plus des nitrates, le sébakk pourrait posséder des nitrites à action oxydante ou réductrice. Dans le premier comme dans le second cas, l'effet sur le carbonate de chaux serait à craindre, car, transformé en bicarbonate ou devenant trop basique, il devient bien plus soluble dans l'eau qu'à l'état de carbonate.

Il y a dans les considérations que je viens de vous exposer matière à une élude chimique de longue haleine, sur les actions de l'humidité dans le aébakh, et sur son effet sur les pierres à ciment calcaire. En tout cas, les cldorures et nitrates ne peuvent être que de peu d'action sur les pierres de cette nature et surtout sur le grès arkose des constructions de l'hiia'. Pour ce genre de matériaux, ce sont les effets de la décomposition des matières organiques qui sont le plus à craindre. Aussi, l'enlèvement des algues et des mousses doit-il être fait avec soin, et, si possible, au fur et à mesure de leur apparition. Il doit en être de même pour tous les détritus organiques.

L'action des sels métalliques ne pourrait, comme l'indique M. Lucas, être à craindic que dans le cas où, après la crue, ime cristallisation ia[)i(le arriverait à la longue à dislo([uer les molécules de la pierre en prenant la place des vides laissés par l'eau de carrière. A ceci, nous pouvons répondre que, ])ar suite de leur dilution dans une grande quantité d'eau, ces sels finiront par disparaître, et, qu'en ^out cas. au moment de la distribution de la retenue d'eau, il se fait par évaporation un appel d'eau assez grand [«xii' nettoyer convenablement les pores vides de la pierre et pour provoquer l'elllorescence rapide des sels à la surface.

.l'arrivé maintenant à la dernière partie de votre deuxième hypothèse, celle de 1 éclatement de la pierre, causé par 1 insolation des blocs humides. Je suis d avis que cette crainte doit être absolument écartée, et que très certainement ce péril-là est le moindre qui menace Phihe ; il doit même passer après celui de la rupture du barrage. En effet, si, théoriquement, votre crainte est fondée, elle ne l'est que dans le cas où ces pierres gonflées d'eau seraient brusqucmcnl changées de milieu. Or, par ses conditions même. Pliihe est protégé contre un changement brusque de température. Nous devons tenir compte de l'évaporation produite sur les eaux retenues, qui enveloppe ces édifices d'une espèce de manteau de |iioleclion. Lorsque le sol a de nouveau émergé, comme la terre oiTre une bien moindre résistance à l'évaporation. cesl elle qui s'assèche la |)remière ; il en résulte donc une buée prolectrice autour de l'édifice, pcrmcltant ainsi une sorte de mise en train de lévaporalion de leau contenue dans les pierres. D'un autre coté, le grain fin de la pierre est un fadeur dont nous devons tenir conq)le, puisipie de nombreuses observations nous apprennent que les effets de l érosion atmosphéri([ue. sous ipichpu» forme (piCile se produise, sont en raison directe de la linessedes matériaux qui composent une roche.

En résumé, je suis persuadé que Philae a plutôt [fafîné au point de vue de la solidité des matériaux qui sont entrés dans la composition de ses édifices, par suite du fait de son immersion sous les eaux du réservoir, et que de simples précautions et un peu d'entretien après son émersion suffiront à sa conservation.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, l'expression de mes sentiments dévoués,

Pi. FoURTAU.

Le Caire, le i^ mars 190/1.

On le voit, les conclusions de M. Fourtau sont très satisfaisantes, et son témoignage a d'autant plus de valeur qu'il émane d'un homme doublement compétent en la matière.

L'eau fut maintenue cette année-ci à pleine hauteur un peu plus longtemps que l'hiver précédent. Lorsqu'elle se fut à peu près retirée, M. Carter, inspecteur en chef de la Haute-Egypte, se rendit à Philae, et il procéda, le 9 mai, à l'examen minutieux des ruines. H les trouva cette fois-ci encore en état excellent, même en ce qui concernait les efllorescences salines et les dépôts de végétations parasites : cr As the water, m'écrivait-il. is dropping about ten centimeters a day, 1 advise starting the cleaning " as soon as possible, it being easier for the men to do the scrubhing work now, while the tr water is near ; also they will be able to work down with the water. For this work I ask fryou llie grantof L.E. i5. Wlien the water bas completely subsidedand the temples are r higli and dry, I advise filling up the floors of the inner halls of the Temple of Isis with r; granité rubble to their original level. for the modem fdlinghas sunk somewhat and crmakes the place in rather a mess, n Le lavage et le nettoyage à la brosse occupèrent une partie du mois de juin, et, pendant l'été, les édifices se séchèrent promptement au soleil. M. Carter les visita une dernière fois à la fin d'octobre, et l'examen qu'il en fit alors ayant confirmé la bonne impression qu'il en avait remportée lors de sa première visite, il m'adressa le rapport suivant :

Monsieur le Directeur général.

For Philœ, from observations I bave made after this last submerging — -i'"' of May 1 90^. — my report cannot be otherwise than favorable.

The state of Pbilœ, as regards stability, appears to be better than the gênerai state of other temples in Egypt. The action ofthe water upon the stonework bas been slight and really only distinguishable where the stone is of a had quality, and, even there, at présent, there is but little fear of disintegration. The deposits of salts as well as vegetable growths on the wall surfaces Ihat bave been submerged were certainly far less than in the former year. In many cases the stone appeared to bave become harder, perhaps owing to the water replacing, or rather taking the place of, the original quarry sap, as already had been surmised in former Reports. In places there are

RAPPOFîTS SLP, r.A l'HOTECTION \)V. l'UW.i:. 201

cciiainly slifjiit sifjns of iiiuvciaont, but I lliiiik only what would ha expected in such a case, and, for tlie time being, they do nol give enough reasons for fear. Now, I lliink, one can only judgc in a purely superficial inanner, and tliat il will be for five to ten years before vvc can form a real opinion upon thc results of water action. As yet tlie damage bas been sniall and I am strongly inclined to believe tbat it will continue so.

Tiie danger of tlie stone acting as a sponge for soaking up salts and other organic matters from llie surroiinding soi! is in any case a naliiral state of tliings. It occurs in neaily ail llie monuments tliat corne in contact with or are near water. But, owing to the fact tliat Pliii;e is submerged for i" a longer period 2" in a far greater volume of moving and betler water than the other temples wbicb are subjected simply to the action of infiltration, it is not only possible but probable tbat Ibe damaging salts and ollicr matters will Ijc cxliausted before thore is time to cause any real harm to the stone. Elsewhere, viz., at Karnak, Luxor, and the Hamesseum, stone masonry bas been literally reduced to a powder from the sanie cause, brought on by dampness, and without sutficient or adéquate means to get rid of it. It is well known tbat stones attacked in such a manner may be proserved by soaking in ninning water until free of salts, which is exactiy the case with Pliila'.

To bind thc corners of the masonry with métal guards, iVuiii tlie liigh water le\el downwards, would I think be a great protection against the native boats taken inio the temple by the visitors, as certainly more damage bas been done in this way than by the water itself.

H. Carter.

Cairo, the 96''' November 1906.

Dans le même temps que M. Carter écrivait ces lignes si rassurantes, M. Barsanti. envoyé comme dhahitudo pour exécuter les petites retouches nécessaires avant le retour de l'inondation, procédait à un dernier examen des monuments. L'ensemble lui donna toute satisfaction, et sur un point seulement il trouva matière à quelques observations :

Monsieur le Directeur général.

Le 18 novembre jai cxamiiu' inimitieusement tous les monuments, et je suis heureux de pouvoir vous annoncer que je n'ai trouvé aucune réparalion à faire dans ceux d'entre eux dont les noms suivent :

1" l'orlf romaine du nord.

3" IV'lil Icmple dllalhor de l'est,

3" Temple de Tibère (monument de l'est).

h" Petite chapelle d'Imouthès,

5" Colonnade est.

Temples île Subie. 16

(j" Temple d'Ariliesnefer,

■7" Pavillon de Nectanébo,

8" Colonnade ouest,

9" Grand pylône méridional,

10" Mammisi,

I 1 " Portiques à l'est de la cour et chapelle de Khnoum,

I !>." Porte de l'ouest et édifice d'Adrien.

Au centre de la façade nord du grand temple d Isis, j'ai relevé une fissure et j'ai dà remplir de ciment les joints de neuf blocs, ce qui a entraîné une dépense de P. E. 3g. Je ne crois pas qu'il y ait le moindre péril à redouter, car la fissure va se formant de bas en haut et elle n'atteint pas la corniche: or, si elle provenait dun tassement du sol, elle devrait aller en s'élargissant à partir du bas et elle devrait arriver à son maximum vers la corniche. La retouche opérée, j'ai donné ordre aux deux gafiirs de l'observer chaque jour, et, au cas où la fissure se reproduirait, d'en avertir immédiatement l'inspecteur local : celui-ci vous transmettra l'avis immédiatement. 11 y aurait lieu alors d'étayer d'urgence l'angle nord-ouest du temple et d'en reprendre les fondations en sous-œuvre.

C'est là le seul point douteux que j'aie noté ; tout le reste du grand temple d'Isis est en parfait état de conservation.

Veuillez agréer. Monsieur le Directeur général, l'assurance de mon entier dévouement,

A. Barsapjti.

Edfou, le 9 0 novembre 19 où.

Les mesures prises par M. Barsanti serviront efficacement, je l'espère, à empêcher tout dommage dans la partie qu'il signale comme présentant peut-être quelque faiblesse. J'avais donc lieu d'être entièrement satisfait de l'état dans lequel les monuments de Philae se trouvaient à la fin de cette seconde année d'expérience. Toutefois un point me préoccupait encore, la présence dans la pierre des substances organiques et minérales provenant du sébakii ; pour en avoir le cœur net, je fis venir de Philae, par l'entremise de l'inspecteur Mohamed Effendi Mahmoud, plusieurs fragments de grès pris dans la portion du temple que l'eau n'avait pas touchée directement, et je les remis à M. Fourtau en le priant d'en instituer l'analyse. Voici la note qu'il a bien voulu me remettre à ce sujet :

Monsieur le Directeur général.

Comme suite à ma première note sur les grès des temples de l'île de Philae, vous avez bien voulu me charger de l'examen des échantillons pris, soit dans les parties

alteinlcs par l'inondation, soil, dans les parties situées au-dessus du niveau de la plus haute retenue du réservoir. .1 ai rhoiiiiciir de vous adresser aujourd'hui les résultats de cet examen. Pour mener à honne fin ce travail, j'ai dû recourir à l'obligeance de l'un de mes collègues de l'Institut égyptien, M. V. Mosseri, ingénieur-agronome, qui a gracieusement mis son laboratoire à ma disposition, et dont l'amicale collaboration m'a permis de faire rapidement l'analyse chimique de ces échantillons tout en contn!»lant les résultats obtenus. .le tiens à lui en témoigner ici ma vive gratitude.

Afin d'éviter les longueurs d'une analvse complète de ces grès, chose fort délicate et dont les résultats ne pouvaient, dailleurs, être utiles au but que vous poursuivez, nous nous sommes tenus aux éléments et aux expériences qui pouvaient nous donner des conclusions intéressantes au sujet de la solidité des matériaux qui ont servi à la construction des édifices submergés.

Le tableau suivant vous montrera les chiffres obtenus :

CB£S CRÈS SCBMEICC. bu niliMIS — DP Tsaru.

P. 100. P. loo.

Eau et matières organiques 0.870 0.760

Matières solubles dans Tacide nitrique à 36° Beaumé, bouiUant. 8.63o 1 2.760

Matières insolubles 91.000 86.5oo

Sels solubles dans l'eau '" o.38o j .000

Calcaires traces 1.08 à 2.07

En premier lieu , je dois faire remarquer qu'il résulte de l'expérience que nous avons faite dans l'essai par l'eau, que nous devons, en ce qui concerne l'eau et les matières organiques, considérer que le chifl're de o.3-o p. 100 de porte par desséchemenl <lans le grès submergé s'applique simplement à l'humidité restant depuis l'inondation du printemps dernier, et non à des matières organiques dont nous n'avons pas retrouvé de traces dans l'essai de solubilité dans l'eau, essai fait sur un échantillon non passé à l'éluve ; tandis que le chillVe de 0.700 p. 100 trouvé pour les grès des terrasses du temple doit, au contraire, être considéré comme représentant en presque totalité les matières organiques, dont l'origine s'explique facilement, puisqu'il y a un demi-siècle à peine que le temple est sorti du kom de débris sons lequel il était enseveli.

Les sels solubles dans l'eau représentent les sels du sébakh du kom ; ce sont, a\oc les matières organi(jiu>s. des chlorures et des sulfates avec (races de nitrates et de phosphates. Si nous comparons la dilférence entre les sels solubles dans l'eau contenus

'"' Les quaulitds solubles ilaus IV.iu oui élé oblt'imes sur d'autres prises que celles de l'analyse p.ir l'acide nitrique. Il en a (-li' de nii'im» pour la quantité do ralraiiv, qui a été dosée, sur plusieurs prises, par la méthode \oluinétri(pie au calciiuètre Roriiaiil. puis conlnMée par l'analyse dans les seJs obtenus par l'attaque» l'acide nitrique bouillant.

20i G. MASPERO.

dans chaque grès, il saute aux yeux que la différence de la quantité obtenue dans chaque jji'ès est le résultat du lavage des grès au cours de la submersion de File. Ces chiffres ne sont pas absolus, car nous avons eu deux échantillons différents et non un seul échantillon, qui aurait du être pris dans la terrasse du temple et analysé en partie, puis soumis à l'inondation dans les mêmes conditions que les grès de la base des monuments de Philae.

L'attaque par l'acide nitrique et la vérification au calcimètre ont été concordantes en ce qui concerne le calcaire. L'échantillon de grès qui avait subi les effets de trois ans d'inondation n'en présentait que des traces non dosables soit au calcimètre, soit en recueillant, après séparation par l'ammoniaque de la silice soluble, de l'alumine, du fer et de la magnésie, les quelques particules de chaux précipitées par le carbonate d'ammoniaque, qui après ébullition n'ont produit qu'une légère opalescence dans le fdtrat ; tandis que, pour le grès des terrasses, le résultat volumétrique et la pesée concordaient à quelques centièmes près.

Le résidu insoluble, une fois desséché et pesé, a été examiné par moi sous un grossissement de 20 diamètres. Il n'y avait que des grains de quartz anguleux et présentant sur leur surface de légères pointes de silice, quelques grains de mica, de hornblende, et une faible quantité de feldspath orthose. La surface du grès compact, observée au même grossissement, a montré, dans le grès non lavé, les vides naturels de cette pierre remplis par le sébakh avec des cristaux aux reflets irisés, tandis que, dans le grès lavé, les vides étaient absolument nets.

Il est donc clair que les grès qui composent les matériaux des temples de Phihe appartiennent au groupe des Arkoses, et qu'ils ont un ciment siliceux en grande partie, avec une faible quantité de ciment argileux et une moyenne de 2 p. 100 de ciment calcaire. Dans ces conditions, l'attaque par les matières organiques du sébakh ou par celles de la série ulmique en suspension dans les eaux du Nil ne peut leur enlever qu'une faible partie de leur ciment, et elle ne porte, d'une façon générale, nullement atteinte à leur solidité.

Comme, dans ces grès, il y a des parties qui ont beaucoup plus de ciment calcaire que les autres, quelques blocs souffriront davantage, mais ce sera l'exception, si j'en juge par l'état de conservation de la grande muraille du kom d'Elépbantine en amont du nilomètre, où, malgré le sébakh qui fait effforescence sur la façade après chaque crue, il n'y a qu'un fort petit nombre de blocs endommagés, et cela après des siècles d'inondation.

Il semble donc, en l'état des choses, que nous ne devons pas craindre pour Philae une action nuisible des sels du sébakh pas plus que de l'inondation par elle-même. Quant aux elllorescences qui se produisent après l'inondation, elles proviennent en grande partie du sol même de l'île, car les grès, d'après une expérience que j'ai faite, ont une porosité qui ne représente pas moins de 10 p. 1 00 de leur volume total ; ce sont donc de véritables plaques fdtrantes.

RAPrOP.TS SUR L\ PROTECTION UK PIIIM;. 205

En terminant, je dois vous fiiire remarquer que ces résultats ne sont pas absolument définitils; c;u-, ainsi que In si bien prouvé le savant chimiste agronome de rinstitut de France, M. Pagnoul, l'analyse chimique, avec ses attaques violentes, d'une durée toute conventionnelle, ne peut donner une idée absolument exacte des phénomènes naturels, et ce n'est qu'en se plaçant dans des conditions identiques à celles de la nature que l'on peut arriver à des conclusions approchant de très près la vérité. Dans le cas de Phihe, il aurait donc fallu, à mon avis, une série d'expériences qui demandent au moins une année. Néanmoins, j'estime que, pour le moment, les résultats obtenus paraissent m'autoriser à conclure à l'innocuité tant du sébahh que de la submersion.

Veuillez aj^réer. Monsieur le Directeur général, l'expression des mes sentiments dévoués,

li. F'OLIITAI'.

Le Caire, i 5 février 1906.

En résumé, il devient de plus en plus probable que les monuments de Phiia^ pourront durer longtemps sans dommage appréciable dans les conditions nouvelles où l'action du barrage les a placés. L'an dernier, à la fin de mon rapport, je me demandais si l'eau, en pénétrant dans la pierre, en hâterait la décomposition ou bien au contraire si elle la consoliderait et si elle lui rendrait l'iiumidité qu'elle avait perdue depuis longtemps. Des deux termes de cette alternative, c'est le second qui s'est réalisé, ainsi que le constatent et la note technique de M. Fourtau et le rapport de M. Carter. 11 sendîle de plus que la production des elllorcscences salines soit moins abondante, et que, par conséquent, le danger d'une invasion complète de la pierre par le salpêtre s'atténue: c'est là un indice heureux et qui est bien fait pour diminuer les craintes que j'éprouvais l'an dernier, au sujet d'une destruction des assises inférieures par nitrification. L'expérience des deux hivers écoulés est de bon augure pour celle des hivers qui suivront.

Est-ce à dire que nous devions considérer la partie comme gagnée? Il serait prématuré de l'afliimer, et des années s'écouleront avant que nous sachions à quoi nous en tenir délinitivemcnt. Ce que nous pouvons allirmer pour le moment c'est que. si le pittoresque du site est perdu à jamais, les Icnqdos ont des chances de plus en plus sérieuses de se maintenir. Ils survivront longtemps encore aux altcrnalives de submersion et d'émcrsion partielles auxquelles ils seront soumis désormais chaque année.

Cl. MvSPERO.

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