‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 107 sur 128 · V. Augustin Galland, Traité de l'oriflamme · texte numérisé non relu

V. Augustin Galland, Traité de l'oriflamme

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soit en prospérité et victoire, s'^ Eglise sera conservée, défendue et gardée. Et fut cette oriflamme trouvée par le songe de l'empereur de Constantinople, nommé Emmanuel. Lequel se vit en péril de perdre son empire par les grandes guerres des Sarrazins qui avaient conquis Jéru- fto salem, et la Terre S^^. et la plus grande partie de son empire; si se re-^ lûifl^tourna à Dieu , en la mémoire de TEcriture s'^. qui dit : Cum nescimm quid agere deheamus, hoc solum refugii habemus ut oculos dirigamus ad te; quand nous sommes si esbahis que nous ne savons mie que nous de- 'ImuH vons faire, si avons nous tant seulement refuge que nous élevons nosj toçt yeux à toi.

Ce devant dit empereur tout ébahi et sans aide humaine , considérant que Dieu était son droit refuge, commença à le prier dévotement de vouloir l'aider et lui donner secours contre ceux qui blâment son nom et détruisaient la loi chrétienne de son cher lils J. C, ordonnée *|iftè et baillée. Et quand il eut fait ses oraisons en grande dévotion et par plusieurs manières , il s'alla coucher et s'endormit tout lassé de[ veiller.

Et en dormant, lui apparut la vision suivante. Car il dormait à l'envers pour la dévotion que ses oraisons s'adressassent haut vers le ciel, s'il lui apparut sur les pieds de son lit ung chevalier sur un grand cheval dextrier, armé de toutes armes, tenant une lance toute reluisante comme si elle était dorée, et il resplendissait comme le soleil, et sortait de cetteJdsaei lance un brandon de flamme qui élait en manière de bannière, flam-ï mtl boyant en grande admiration et éblouissement; si clignait et ouvrait les yeux en grandes merveilles, tant qu'il fut contraint de s'éveiller. Mais les rayons de la clarté lui demeurèrent très longtemps devant les yeux, et le chevalier disparut et il ne sut ce qu'il devint, et ledit empe-laà reur demeura donc en grande admiration et désir de savoir cette vi-^ çporii sien, et il requit N. S. qu'il voulût lui en montrer la déclaration.

Alors, lui apparut un ange qui lui dit que ce chevalier armé qu'il avait vu était celui qui lui;délivrerait son empire des Sarrazins. Alors, il se prit à se rappeler en son esprit que c'était Charlemagne, roi de France. f|ifiir jé Car autrefois il l'avait vu en cette forme et figure, et ainsi armé , et il écrit à Charlemagne et au Pape le récit de sa vision.

Le Pape en écrit au roi Charlemagne , et le dit Charlemagne ayanti, ouï la vision et le mandement appliqué, manda sans délai ses gensi d'armes et s'en alla à l'abbaye S. Denys en France , et là prit cette bannière en la manière qui suit et que les rois ses successeurs l'ont prise ^^j en grande nécessité , et pour leur royaume , et la foi catholique défen-^ dre, et s^^ Eglise. i ^j.^

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Premièrement, il descendit à pied de la Chapelle et comme dévot pé- ^ .erin, bien confessé et contrit de ses péchés, alla à pied jusques à la porte M le Tabbaye S^ Denys, et là vinrent à sa rencontre Tabbé revêtu pontiîcalement et les autres moines en procession bien ordonnée , tant de noines portant reliques comme d'autres religieux moines. Alors, il s'aenouilla et ôta son chaperon qu'il avait embrunchié devant ses yeux )ar dévotion , et il baisa premièrement la croix où était le crucifix, noult dévotement , et après baisa les autres reliques avec grande révérence.

Et ainsi, ayant pris Teau bénite de la main de Tabbé , il vint jusqu'à làd 'autel, et alors on apporta les benoits corps s^^. de monseigneur S^ De- M lys et de ses compagnons , et mis sur l'autel et le drap de soie verneille ou la bannière fut ployée sous les corporaux au milieu de l'auel et dessus ces dits corporaux.

L'abbé, ou un autre prélat dévot, chanta la messe et fit la consécration ur iceux corporaux et communia le roi, et le chevalier élu par le roi ;omme le plus prud'homme, et le plus preux aux armes pour porter To- 'iflamme fut aussi communié. Et la messe étant chantée et le drap de oie vermeille déployé par le prélat et mis en la lance dorée et faite lur cette banière, la bénédiction devant dite. Charïemagne la prit de a main du prélat et la bailla en la main droite du dit chevalier , et le )aisa en la bouche. Et ce chevalier s'agenouilla devant les corps s^^ en enant à mains jointes cette bannière, et les 12 pairs ou ceux qui étaient )résents allèrent baiser le dit chevalier et les autres nobles aussi. Après, Charïemagne le fit jurer sur les s*^ Evangiles, de garder et porter en ut 11 grande révérence la dite bannière à l'honneur de lui et du royaume, et linsi alla délivrer la sainte terre Constantinople des Sarrazins , et en (teï 'apporta les belles et saintes reliques de la S^®. Chapelle du Palais et de >*. Denys, et plusieurs autres lieux.

Lesquelles il apporta au champ du Landit.

Cette bannière rouge ou vermeille signifie le sang de notre Sei- ^eur Jésus-Christ qu'il répandit pour nous en la benoiste croix, pour lôtre justice conquêter et garder contre l'ennemi. Et démontre que )our justice garder et les orgueilleux humilier , les rois de France ne ayaijloivent point leur sang espargner, ne leur gent , ne redouter les enne- ; ja nis pour peur de mort , comme ne fit Jésus-Christ.

Ce que le bâton ou la lance dorée signifie charité , par quoi et sur

priftuoi cette justice doit être déployée et fondée. Le chevalier preux et plein

le courage signifie le cœur du roi qui porte cette justice, par cette

îharité ferme que avarice, adulation ni autre vice d'acception de per-

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sonnes de faveur ou haine désordonnée, ne le fassent aller à gauche, abaisser, fléchir, ni reculer. Quelques histoires mettent que le premit qui porta la bannière sur les mécréants, en la compagnie de Charlemagne, fut Turpin, qui avait été neuf ans moine de Jumièges, en l'abbaye ^ où gisent les Enervés. Lequel fut après fait archevêque de Reims, et ' fît mainte prouesse pour la foi contre les ennemis de Jésus-Christ, si ^ comme il appert en plusieurs histoires, et son corps gist à Léchant, près d'Arle-le-Blanc en Provence. Et bien qu'il soit au vent et à la pluie, aux champs, en une tombe de pierre qu'on lève, il est pourtant encore en son cuir naturel et entier en son corps, ce que j'ai vu clairement. Ainsi ^' appert par les histoires approuvées la noblesse des rois de France. Car si les autres princes portent deux bannières , l'une de guerre et l'autre de ^' tournoi, elles sont ou descendues de lignage, ou prises volontairement''': et données du souverain Seigneur de la terre. Mais ces deux bannières '^^ de France sont données, l'une par le saint hermite de Joy-en-Val des ^i trois fleurs de lis, et l'autre par révélation des anges, en merveilleuse ^ vision et claire apparition et par noble mystère, approuvée et démontrée.

La première, aux trois fleurs de lis , signifie la foi de la Trinité en l'humilité de la vierge Marie, plantée, laquelle est comparée à la fleur de lis, de quoi dit la glose sur cette autorité des Cantiques : Sicut liliu inter spinas, etc. Ainsi, comme la fleur de lis nait entre les épines, aussi la foi catholique est entre les épines de la couronne précieuse de Jésus- Christ, qui est gardée par les rois de France en la Sainte Chapelle du Palais , à Paris.

Et parce que l'humanité de Jésus-Christ fut la bannière vermeille di sang respandu sur la croix, le jour de la sainte passion , fut baillée Charlemagne la bannière vermeille et flamboyante, en signe qu'il soi ennobli de la benoîte Trinité , par la trinité des trois fleurs de lis. Et er la vermeille bannière de piteuse humanité très-digne. Quand les rois d( France vont en bataille, ils prennent la mesure de celle que Charlema-' a gne rapporta de Constantinople et font bénir la nouvelle et laissent coll( de Charlemagne , et emportent la nouvelle. Et après la victoire , ils le rapportent à monseigneur saint Denis. Ainsi le fist le devant dit roi qu avait laissé sa couronne sur l'autel de saint Denis , et lui avait donné l garder son royaume de France.

De ce chevalier-ci, fut la figure (II Maccab., c. xi) du chevalier qmjijut apparut à Judas Machabée , avec des armes blanches , tenant une lanci et la vibrant et paumayant. Et ainsi, ils allaient sûrement en bataillesti! car ils avaient aide sûre du ciel. Ainsi avait le dit Charlemagne et oni eu et auront toujours victoire au plaisir de Dieu.

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Semblable bannière eurent les Romains , ordonnée par les devins; car eUe était vermeille. Mais, selon quelques historiographes, et de ce parle en passant , Pline : et l'empereur Auguste , sous lequel naquit Jésus- Christ, que lui séant en un jardin, un aigle volant par-dessus lui, laissa tomber de ses serres une poule très-blanche, laquelle tenait en son bec un rameau de laurier chargé de laurier. Ce dont il fut émerveillé quand 1 la vit tombée dans son sein, il la prit et cueillit les grains du laurier iu rameau, et le fit planter, et des lauriers qui en crurent étaient couronnés les vainqueurs qui avaient eu victoire en bataille, et spécialement les empereurs.

Et à cause de ce qu'ils disaient que c'était un dieu qui était apparu en 'orme d'aigle , ils mirent en leurs armes en la bannière impériale un ligle et laissèrent la bannière vermeille à la communité de Rome et 3ncore la retiennent, mais ils y ont ajouté quatre lettres en icelle vermeille bannière , de biais de l'un cornet de la bannière protrayant à 'autre opposite contradictoire.

Ces lettres sont S. P. Que. R. Quelques-uns les expliquent ainsi : S. îigmfie le signe, P. le peuple. Que conjonction, R. des Romains : Le îigne du peuple romain. Les autres disent que cela veut dire : Senatus Populusque Romanus. Le Sénat et le Peuple Romain. Et tout cela fut orlonné par augure et divination , et par les dieux qu'on adorait alors, ît quelques-uns veulent dire que cette bannière donnée par la division le l'empereur de Constantinople à Charlemagne , pronostiquait qu'il levait être empereur du peuple romain, comme cela arriva ensuite, et ippelé patrice et empereur : et il voulut laisser en France cette enseigne mpériale , en signe d'empire perpétuel par succession d'héritier mâle ;t non pas par élection , comme l'empire de Piome et d'Allemagne.

Aussi, il est plus convenable que Pempereur de France oint de si prêteuse onction apportée du ciel , soit plus digne et engendre enfants qui i~;n aient la succession , comme leur paternel héritage et de Dieu orlonné.

Et appert que les deux bannières romaines aussi ne sont pas trouvées )ar telles dévotions, ni des saints apportées, comme celles de France, lont l'une est des trois flenrs de lis donnée par un saint hermite , par 'ordonnance de Dieu, à Joyenval ; et Pautre par la dite vision et angéique déclaration , par quoi il appert deux conclusions. L'une, que l'état 'oyal de France est de grande dignité , parce que le roi est oint de la ainte onction apportée du ciel, par laquelle dignement reçue il guérit le la merveilleuse maladie qu'on appelle les écrouelles, non pas que )our cela on doive entendre que la personne soit pour cela dite sainte,

ni faisant miracles , mais pour la cause du digne état royal , il a celte prérogative sur tous les autres rois quels qu'ils soyent.

Or devons entendre qu'ainsi que le prêtre , dès qu'il est sacré en ordn de prêtre, peut consacrer, comme ministre, le corps de Jésus-Christ, e: prononçant les paroles de la consécration; mais pourtant n'est pas dii tel prêtre saint ni faisant miracles , car un prêtre qui serait en péc pourrait consacrer pour l'autorité et caractère acquis par lui en la co sécration. Combien que je ne dis mie que le roi ait tel caractère , pou cause de l'onction, si a-t-il telle dignité pour cause de la consécration et de la lignée sacrée qu'il plaît à N. S. de lui donner vertu contre cette laide maladie des écrouelles.

Et ainsi, comme dit l'Apôtre ( I ad Tim., chap. v) : Qui bene prœsunt presbiteri, dupplici honore habentur. Les prêtres qui Lien président et qui ont bonne présidence, doivent avoir dignité de double honneur: l'une pour l'autorité de prêtrise, qui est dignité spirituelle, et l'autre pour la bonté qui doit être en eux, et celle-là est personnelle.

L'autorité royale, sur laquelle est fondée la vertu de guérir des écrouelles , est plus prise d'autorité spirituelle en la sainte onction qu'elle n'est personnelle. Bien que la bonté personnelle y fasse bien à priser avec la bonne prêtrise , si ne doit-on mie dire que pour ce le roi soit saint, ni qu'il fasse des miracles tant comme le prêtre. Car un usurier ou pécheur public qui serait prêtre pourrait consacrer, à cause desa dignité sacerdotale , et on ne dirait pas qu'il fait miracles comma saint.

Ainsi en est-il de la noblesse et dignité royale, par aucune manière à entendre. Et je sai bien que c'est la grande prudence du souverain Seigneur qui me fait translater cette consécration.

C'est à savoir le sage et pieux roi Charles le Quint (V) ne veut pas qu*on le mette saint ni faisant miracles; car il a plus cher qu'il en ait le mérite devers Dieu qu'adulation au monde, bien qu'il ne veuille pas ni ne doit vouloir l'état royal être moins prisé que raison ne veut , en s'accordant à l'Apôtre, qui dit (ad Romanos, cap. xi) : Quandiu quod ego sum gentmm apostolus, ministerium meum ego honorificabo, etc. Tant que je serai apôtre de Dieu ( dit saint Paul), j'honorerai mon ministère et office. Toutefois, il s'appelait avorton et non pas saint. Mais les miracles que les saints faisaient, ils les attribuaient à Dieu et à sa gloire, ce que montra J. C. (S. Luc, cap. vn).

Comme il eût dit de S. Jean-Baptiste qu'il était envoyé comme ange et qu'il était plus que prophète, et qu'entre ceux qui étaient nés de femme, il n'y en avait pas de plus grand que Jean, qui fut prophète; iJ

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s'éjouii en disant que le moindre du royaume des deux est plus grand que lui . Si ne tient mie que ce soit du consentement du roi , qu'on lui die vous faites miracles en vôtre vie, car on lui donnerait vaine gloire, de laquelle il n'a cure, mais la donne toute à Dieu, par qui il règne et régnera à l'honneur de Dieu et à l'humiliation de ses ennemis. Ainsi appert la première conclusion.

La seconde sort de la coutume qu'on a à l'onction de la reine, car elle ne doit pas être ointe de la liqueur de la sainte ampoule , mais de celle qui est consacrée seulement par l'archevêque , ni la bannière des trois fleurs de lis, ni l'oriflamme, ni coutume ne le veut, ni oncques femme n'approcha si près d'ordre sacerdotal comme l'onction royale, ni guérir la dite maladie ne fut à femme commis.

Pour lesquelles raisons il est évident que les femmes ne peuvent ni ne doivent hériter en France, mais serait erreur au royaume , car, par voie de succession charnelle, le premier roi oint mit ordonnance que à femme n'appartint point l'onction de la sainte ampouUe , ergo, ni à la femme succession, ni par élection. CarCharlemagne, à qui fut donnée l'oriflamme et l'ordonnance de l'élection du pape , de l'empereur et du roi de France, ordonna, avec l'église où était le pape et le S. Collège de Rome, et plusieurs prélats et rois et ducs et autres princes chrétiens, par l'accord de tous, que le royaume de France fût tenu par succession d'héritier mâle le plus prochain de la lignée. Car tout homme raisonnable peut assez conclure qu'à la femme n'appartient telle dignité de cette onction, ni de telles armes gouverner. Car ce semble plus ordonnance divine qu'humaine et semblançe de la benoite Trinité. Car, par l'enseigne des fleurs de lis, qui est le souverain enseigne royal, peut être entendu le père qui a une souveraineté. Car les autres personnes, bien qu'elles ayent égalité àla personne du Père quant à la divinité, si ont-elles selon ce que le Fils prit humanité, aucune minorité, de quoi il est écrit au symbole de la foi que : Filius est equalis palri secundum divinitatem , minor Pâtre secundum humanitatem. Ainsi, l'on peut comparer les trois fleurs de lis à la souveraine seigneurie desquelles convient que tout demeure, si se départent -elles mystérieusement en l'onction qui signifie le Saint-Esprit.

Aussi, en forme de colombe voulut -il apporter la devant dite ampoulle, et ainsi apparut au baptême de J.-C, de quoi l'Eglise chante : Fn specie columbœ Spiritus sanctus visus est.

L'oriflamme vermeille signifie le tils en humanité, élevé sur la croix en rouge sang de son sang précieux teinte en vermeil. Dont il a appert assez que cette dignité appartient mieux à homme que à femme.

Et que le roi d'Angleterre, Edouard , qui telle erreur a longtemps tenue, disant qu'à cause de sa mère il avait [des] droits au royaume de France, n'était pas bien informé de son fait. Ou si c'était convoitise, elle l'a déçu et son péché le met et le mettra, par le jugement de Dieu, à néant.

A ce jugement le renvoyé mon dit souverain seigneur, le roi Charles le Quint (V), lequel n'attribue pas à soi les miracles que Dieu fait en son royaume, mais à la bonté et grâce de Dieu, qui, par sa miséricorde, lui donne connaissance et entendement de dire ce que disait David au Psautier, par grande dévotion : Tu es Deus solus qui facis mirahilia magna. Et si quelques-uns qui n'ont pas l'usage des termes de théologie attribuent à la créature ce qui doit être attribué au Créateur, cela n'est pas étonnant. Car on dit bien : Tel saint fait miracles , et tel guérit de telle maladie.

Mais c'est par la vertu de Dieu qui est en eux , et non pas de leurs propres mérites , selon ce que dit saint Bernard , au 4* livre, à Eugène, pape : Virtus vera in sanctis manens , ipsa facit opéra.

Si n'ai mie cette matière ici ajoutée , pour contredire à mon maître, maître Raoul de Prestes, qui dit en son prologue du livre de la Cité de Dieu, que mon dit seigneur fait miracles en sa vie, et que cette puissance lui est attribuée qui guérit des écrouelles. Mais je l'ai fait aûn que ceux qui viendront après au temps avenir, moins subtils et moins exercés en science ou avis que n'est mon devant dit seigneur, ni prennent occasion de vaine gloire ou de soi tenir pour saint et faisant miracles. Et pour ce ne fut mie sans cause grave es coings des monnaies :

Christus vincit , Christus régnât, Christus imperat. Et de ce Dieu a donné la grâce à mon dit seigneur qu'il a mis son subtil engin à étudier tant , qu'il entend les termes de théologie à son sauvement et à l'honneur de Dieu, et des autres sciences tant qu'il appartient au gouvernement de son royaume, comme il appert clairement. C'est pour cela que Gervaise (1) fit le livre De otiis imperialibus (Des loisirs impériaux), pour instruire et conseiller les nobles.

(1) Gervais de Tilisberi, auteur anglais du XTIJe siècle, et qui a écrit plusieurs ouvrages, tels que : une Mappe-monde ou Description du monde , dédiée à l'empereur Othon IV; une Histoire de la Terre-Sainte; un Traité de l'origine des Bourguignons ; Mirabilia orbis; et la chronique De otiis imperialibus, dédiée à Othon IV.

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COEPISCOPUS (CHORÉVÊQUE).

C'est le nom que Ton donnait autrefois à ceux qui exerçaient les fonctions épiscopales dans les bourgs ou dans les villages. Les Latins les appellent les vicaires des évêques. 11 n'est point parlé des chorévêques dans les premiers siècles ; mais, au commencement du quatrième, il en est fait mention dans les Conciles d'Ancyre et de Néocésarée, et en 325 dans celui de Nicée. Le Concile d'Antioche, tenu quinze ans après, règle leur pouvoir et leurs fonctions. Ils n'ont paru en Occident que longtemps après , et le premier monument où il en soit parlé dans les conciles d'Occident est le Concile de Riez , de l'an 439 , où Armentaire est réduit à la qualité de chorévêque. On en voit, dans le YIP siècle, en France et en Allemagne. Le pape Léon 111 voulut les abolir entièrement, mais le Concile deRatisbonne modéra son jugement. Le droit des chorévêques était de gouverner, dépendamment de l'évêque, les villages où ils étaient établis. Us n'étaient point ordonnés évêques, mais ils étaient au-dessus des autres prêtres par leur dignité, et on donnait ce rang d'honneur aux évêques qui ne pouvaient pas exercer les fonctions d'évêques. Ils avaient séance après les évêques dans les conciles. 11 est certain qu'ils pouvaient ordonner des clercs mineurs et des sous-diacres; mais, à l'égard des prêtres et des diacres, ils ne pouvaient les ordonner, selon les Conciles d'Ancyre et d'Antioche, sans l'évêque de la ville. Quelques-uns entendent ceci sans son consentement. Les chorévêques d'Occident s'étaient arrogé le droit d'ordonner des prêtres et des diacres, de confirmer, de consacrer des vierges, et de faire les autres fonctions épiscopales. Mais les papes, et les évêques de France, s'opposèrent à cette entreprise. Les chorévêques ont cessé en Orient et en Occident dans le X^ siècle, où leur nom et leurs fonctions ont été abolis (i). L'ordination des clercs a été réservée aux évêques, et la juridiction sur plusieurs curés attribuée aux archiprêtres et aux doyens ruraux. Les évêques qui ont un diocèse trop étendu commettent en certains lieux des vicaires, avec la juridiction épiscopale. Ce qui est proprement être chorévêque. tt On peut, par exemple , dit l'abbé Lebeuf (2), nommer cho-

(1) Coepiscopus, dans Durand, n'aurait donc plus que le sens de coadjuteur d'un évêque ou de curé de paroisse?

(2) Histoire du diocèse de Paris, — et Dissert, sur l'Hist. ecclés. et civ. de Paris, 3 vol. in-12.

révêquc le grand - vicaire de Pontoise , qui est dans rarchevêché de Rouen; car ceux de ce licu-là dépendent immédiatement de ce grandvicaire, (jui représente rarchevèque, et qui a toute juridiction épiscopale sur ce canton-là ; » ce qui est véritablement faire les fonctions des anciens chorévèques. Molanus remarque que dans l'église de Saint- Martin d'Utrecht, Tarchi-sous -diacre, ou le premier des sous-diacres, a le titre de chorévêque, et fait la fonction d'archi-prètre ou doyen rural. Dans toutes les églises collégiales de Cologne , le premier chantre se nomme chorévêque ; mais peut-être que ce nom lui a été donné par abus, parce qu'il porte le bâton d'évêque dans le chœur, pendant Toffice. L'église de Trêves a eu aussi des chorévèques , et il y a encore à présent quatre dignités qui sont honorées de ce titre. Le nom de chorévêque vient du grec ^^wpeTnaxoTroç, composé d'cirioxoTro?, évêque, et de ycSpo?-, lieu ou champ. Lorsqu'on donne ce titre aux chantres, il semble qu'il vienne de y^o^nzLoxonog^ formé d'tni'TxoTzoç et de x^p^îi chœur.

Voyez : Duaren, De sacris ecclesiœ ministris, lib. 1. — Cellot, De hierarchia, lib. 4. — Marca, De concordia sacerd. et impcrii, lib. 2. — Du Cange, Gloss., vocibus Coepiscopus et Chorepiscopis. — Simon Thomassin, Discipline ecclés., Remarques de Du Pin.

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