‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 108 sur 128 · CARDINAL · texte numérisé non relu

CARDINAL

Nom qu'on a donné aux assesseurs et conseillers des Souverains- Pontifes. Parmi les Latins, le mot de cardinalis signifiait principal. Dans ce sens on a dit : Venti cardinales, les quatre vents principaux; princeps cardinalis, pour un prince très-considérable; missa cardinalis et altare cardinale , pour la messe solennelle et le maître-autel d'une église. Ce fut aussi le nom que l'on donna à certains officiers de l'empereur Théodose , comme aux généraux d'armée, au préfet du prétoire en Asie, au préfet ou gouverneur d'Afrique, parce qu'ils possédaient les principales charges de l'empire. A l'égard des cardinaux de l'Eglise romaine, voici quelle en est l'origine. Il y avait deux sortes d'églises dans les villes : les unes étaient comme les paroisses d'à présent, et se nommaient Titres; les autres étaient des hôpitaux pour les pauvres, que l'on appelait Diaconies. Les Titres ou paroisses étaient desservies par des prêtres, et les Diaconies gouvernées par des diacres. S'il y avait quelques autres chapelles dans les villes, on leur donnait le nom d'oratoires, et Ton y célébrait seulement la messe, sans y administrer les sa-

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crements. Les chapelains de ces oratoires étaient nommés prêtres locaux , c'est-à-dire prêtres d'un lieu 'particulier. Pour mettre une plus grande différence entre ces églises, on nomma les paroisses Cardinales ou Titres cardinaux, et les prêtres qui y faisaient l'office divin et y administraient les sacrements furent aussi appelés cardinaux. Cette distinction fut principalement en usage à Rome, où ces cardinaux accompagnaient le Pape pendant la célébration de la messe et dans les processions ; c'est pourquoi Léon IV ( IX® siècle ) les nomme presbyteros sut cardinis.

Dans la suite des temps, le nom de cardinal, qui était commun à tous les prêtres titulaires ou curés , fut seulement attribué à ceux de Rome, et puis à sept évêques des environs de cette ville (1).

On peut lire, dans l'ouvrage de M. l'abbé Pascal, les détails de l'élection des cardinaux et des cérémonies qui la précèdent et l'accompagnent (2).

L'histoire nous apprend qu'il y a eu autrefois en France des prêtres cardinaux, aussi bien qu'à Rome, qui n'étaient autres que des curés. On le fait voir par deux anciens titres : l'un est de Thibaut , évêque de Soissons, lequel, confirmant la fondation de l'abbaye de Saint-Jean-des- Vignes , faite par Hugues , seigneur de Château-Thierri , exige que le prêtre cardinal du lieu , presbyter cardinalis ipsius loci ( c'e^t-à-dire le curé de la paroisse dans l'étendue de laquelle l'abbaye de Saint-Jeandes-Vignes a été fondée) , soit tenu de rendre raison du soin qu'il aura eu de ses paroissiens à l'évêque de Soissons et à son archidiacre, comme il faisait auparavant (3). Ce prêtre cardinal (dit Pierre-le-Gris , chanoine régulier de l'ordre de saint Augustin en cette même abbaye), était le curé de Saint-Jacques, un des douze curés de la ville de Soissens ou des environs. L'autre titre est la confirmation de cette fondation par le roi Philippe P"", en |i076 , oia les mêmes termes sont employés. Un ancien Pontifical des évêques de Troyes (4) , remontant à la première moitié du XV« siècle (1452), donne le nom de prêtres cardinaux (sacerdotes cardinales) aux treize curés inscrits dans le Rituel Mss. de cette église. Pasquier (5) rapporte qu'en un Concile tenu à Metz sous Charle-

(1) V. Baronius, Ann. écoles., ad ann. 1057.

(2) Origines et raison de la liturgie, au mot Cardinal.

(3) Ghronicon Abbatiae S. Joannis apud Vineas, authore Petro Grisio, 1617, I m-8o ; — et Hist. de la ville de Soissons, par Claude Dormay.

(4) Promptuarium sacrarum antiquitatum Tricassinae diœceseos, etc., par Nicolas Gamusat, 1610.

(5) Recherches de la France, etc. , par E&tienne Pasquier.

magne, il est ordonné « que les évoques disposeront canoniquement des titres cardinaux établis dans les villes et dans les faubourgs , » c'est-àdire des cures. H y a eu de tout temps, dans Tabbaye de Saint-Remi de Reims (1), quatre religieux dits cardinaux, c'est-à-dire principaux, parce que ce sont eux qui officiaient au grand autel dans les fêtes solennelles. On voit cependant, dans quelques épîtres des papes saint Grégoire et Adrien II (Vlll« et IX® siècles), que cardinalis sacerdos se prend pour un évoque, et (jue cardinalem constitui in eccksia Biluricensi, c'est être fait archevêque de Bourges, quoique ordinairement les curés des Gaules aient été appelés presbyteri cardinales, prêtres cardinaux (2).

DE l'origine tant DE LA TONSURE QUE DE LA COURONNE DES CLERCS

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