ET DES MOINES
Tous les chrétiens, dans les premiers siècles, portaient également les cheveux courts , les laïques aussi bien que les clercs (3) , mode qu'ils avaient prise des Romains (4) , qui commencèrent à les porter ainsi environ quatre ou cinq cents après la fondation de Rome (5).
(1) Hist. civile et politique de la ville de Reims, par Anquetil, 3 v. in-12, 1756.
(2) Du Gange, GIoss., voce Cardinalis; — et Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, 1. 1 et 2.
(3) D'où vient que S. Cyprien, s'étant converti à la foi , se fit, dans le moment même, couper ses longs cheveux pour l'uniformité. [Deflua cœsaries compesciiur ad brèves capillos]^ dit Prudence (De coron., hymn. 13). On peut encore ajouter au fait de S. Cyprien celui de S. Honorât de Lérins , qui, s'étant converti et ayant reçu le baptême au commencement du V« siècle, comrhença par raccourcir ses cheveaux, indépendamment de la cléricature, qu'il ne reçut que longtemps après. [Rediguntur ad brèves capillos luxuriardes comœ], dit S. Hilaireen l'oraison funèbre de S. Honorât, son maître.
(4) S. Paul fait allusion à cette coutume, lorsqu'il écrit aux Corinthiens que « la nature même rious apprend que pour l'homme ce lui est une chose honteuse de porter de longs cheveux. » [Ipsa natura docet.vos, quod vir quidam si comam nutrint, ignominia est illi], (ép. 1, c. H, v. 1 4), où l'apôtre entend par le nom de nature l'usage communément reçu alors et depuis environ 300 ans chez les Romains de porter les cheveux courts. Aussi S. Jérôme, en son Commentaire sur Ezéchiel (chap. 44), regarde-t-il comme barbares et comme étrangers les laïques mêmes qui les portaient longs. On lit dans la Vie de S. Godefroy, évêque d'Amiens dans le XI^ siècle, que ce saint évêque refusa, le jour de Noël , de recevoir à la messe l'offrande de Robert, comte de Flandres, et de quelques autres seigneurs qui avaient de longs cheveux; l'histoire marque qu'ils les coupèrent eux-mêmes sur-le-champ avec leurs épées.
(5) Et c'est de là que la chevelure des hommes a été appelée cœsaries, du verbe œdere, couper; parce qu'en effet, i»our tenir les cheveux toujours courts,
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Les Francs et autres Barbares ayant ensuite inondé Tempire romain vers le IV« siècle , la plupart des laïques laissèrent croître leurs cheveux, à rimitation de ces peuples, qui, au contraire des Romains, les portaient fort longs. Mais les clercs, qui étaient presque tous Romains, et aussi les moines , et avec eux encore quelques laïques séculiers des plus réguliers , même des païens, ne voyant point de raison d'innover, et ne voulant point , par conséquent , suivre cet exemple, continuèrent toujours à se les couper eux-mêmes ou à se les faire couper par d'autres, et, en un mot, à les porter courts à leur ordinaire (1). Ce qui, enfin, les distingua tellement du commun des laïques, que, dans la suite des temps , cette tonsure devint cléricale et monacale , c'est-à-dire affectée aux clercs et aux moines; de telle sorte que, lorsqu'on recevait quelqu'un dans le clergé ou dans l'état monastique , la première chose qu'on faisait était de lui couper les cheveux aussi courts que les portaient les clercs et les moines, et généralement autrefois, et dans la naissance de l'Eglise, les laïques et les gens du monde.
Les cheveux , en cet état , régulièrement se coupaient en rond par le bas , même parmi les laïques (2) ; ce qui est plus propre et plus naturel (3) que de les couper en long, ou, comme l'on dit, par étage ou en échelle {per gradus, dit le Concile de Montpellier de 1214), ainsi que font les barbiers qui n'ont point la main sûre. 11 paraît, par ces vers d'Horace ( ép. i , 1. 1 ) :
Si curtatus inaequali tonsore capillos Occurrit, rides,
qu'on regardait comme mal faits, du temps de ce poète, les cheveux coupés ainsi inégalement. 11 les appelle ailleurs des cheveux grossièrement coupés {rusticius tonswn). Dieu avait défendu aux Israélites (Lévit.,
on avait soin de les couper de temps en temps. Aussi ce terme cœsaries ne cpnvient-il proprement qu'à la chevelure des hommes, et coma à celle des femmes.
(1) Les empereurs furent des derniers à quitter cette coutume; et, encore an commencement du Vile siècle , Héraclius , étant proclamé , se les fit aussitôt couper fort courts : [extemplo comam totondit ac mentum rasit , qui est imperatorum habitus.] Et même, au Xlle siècle, l'empereur Frédéric I^r observait encore de se faire tondre jusqu'aux oreilles. [Aures vix super jaccntibus crinibus operiuntur, tonsore, pro reverentia imperii, pilos capitis et genarum assidua succisione curtante]^ dit l'auteur de sa Vie.
(2) TertuUien appelle cette manière de couper les cheveux circundere capillum. (V. son Uvre des Ornements des femmes. )
(3) D'où vient qu'un discours élégant et poU est appelé par Senèque (ép. 115) circuntonsa oratio, comme qui dirait un discours arrondi.
XIX, 27) de donner une figure orbiculaire à leurs cheveux, c'est-à-dire de les couper en rond : c'était pour les détourner de certaines superstitions des nations et des peuples idolâtres, (jui en usaient ainsi (1) pour honorer leurs idoles; mais cette loi cessa avec le Nouveau-Testament. Philon, juif, parle, dans son livre de la Vie contemplative, de cette sorte de tonsure, faite en cercle, comme étant en usage de son temps. [Jiiqualiter recisi in circularis lineœ formam , quam exactam per circuitum capilis referunt.] Les historiens remarquent que, sous Clodion-le- Chevelu (ainsi appelé parce que, contre Tancien usage des rois, il portait de longs cheveux) , le reste des Français avait les cheveux coupés en rond un peu au-dessous des oreilles. Saint Louis était ainsi représenté à la grande porte de Téglise des Cordeliers de Pans et en d'autres endroits , c'est-à-dire en cheveux courts et coupés en forme de cercle , ce qui s'appelait être coupé instar curonœ ou ad furmam coronœ , selon l'expression des Ordonnances ecclésiastiques, des lUtuels et desCérémo. niaux, parce (^ue la couronne est un tour et fait une ligne circulaire. In rotœ specicm, dit Sidoine Apollinaire (ép. 13, 1. 4). In rotundum, selon le Lévitique, et in comam, d'après Jérémie. Ce qu'il ne faut pas confondre avec la couronne , qui s'est formée dans la suite sur le haut de la tête, par le tour ou cercle de cheveux qu'on y laissa, lorsqu'on vint à décharger cet endroit et à couper les cheveux dont il paraissait trop garni.
Ainsi, le mot de couronne, dans les auteurs des âges les plus anciens, ne doit pas s'entendre de la figure que produit la tonsure du sommet de la tête, mais seulement de la forme circulaire qu'on donne aux cheveux par le bas , et selon l'expression même des Rituels , en façon de couronne (m modum coronœ)^ ou bien in gyrum.
Ces cheveux, ainsi coupés en rond par le bas, ne passaient point, surtout aux clercs et aux moines , le haut des oreilles.
Parlons maintenant de la tonsure. Comme les évêques et les abbés, non contents de couper le bas des cheveux de ceux qu'ils tonsuraient, portèrent encore dans la suite les ciseaux sur le haut de la tête, pour décharger de même cet endroit, qui paraissait toujours, en effet, trop garni, par rapport au reste des cheveux ; ils ne leur laissèrent plus, par conséquent , qu'un cercle ou cordon, un tour de cheveux, large de trois ou quatre doigts, autour de la tête, ainsi que le portent encore un grand nombre d'ordres rehgieux, et comme le faisaient tous les clercs, tant sé-
(1) «Je visiterai dans ma colère, dit Dieu par la bouche de Jérémie (c. 9, V. 25), Ammon et Moab, et tous ceux qui se font couper les cheveux ronds. » (\'.c. 25, V. 23, etc. 49, v. 32.)
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culiers que réguliers, il y a trois siècles. Par la suite, le rasoir acheva de dessiner plus nettement la tonsure, et par conséquent la couronne. Car, ditNcbridius deMondelheim, a la différence qu'il y a entre la tonsure et la couronne est comme celle qui existe entre reflet et la cause, puisque, par la coupe des cheveux, il reste sur la tête du clerc ou du moine un cercle de cheveux qui, de sa forme, a pris le nom de couronne. » C'est donc ce cordon , ce cercle , ce tour , et , pour ainsi dire , cette ceinture de cheveux que laisse nécessairement la tonsure qui se fait sur le haut de la tête, qu'on appela plus communément la couronne. On peut la nommer couronne supérieure, p£(r opposition à la couronne inférieure que forme le bas des cheveux coupés en rond.
V. Prosper Stellart (Augustin) , Des Couronnes et des Tonsures des païens, des Juifs et des Chrétiens. — D. Cl. de Vert, Explic. des Cérém. de la Messe, t. 2, p. 472 à 506 , et figures. — Lebeuf , Dissert, sur THist. ecclés. et civile de Paris, t. 3; Dissert, sur THist. des Enfants de Clovis P% art. 4; Discussion littér. sur la Chevelure des anciens Francs, p. 47à 78.