‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 110 sur 128 · DE LA CONSÉCRATION DES VIERGES · texte numérisé non relu

DE LA CONSÉCRATION DES VIERGES

« 11 est à remarquer, dit Hadrien de Valois (i),. qu'anciennement la profession de virginité et la réception du voile se faisaient dans le même temps. » Il n'en est pas de même de nos jours, où l'on prend le voile quelque temps avant de faire la profession de virginité, pour mieux connaître les suites d'un engagement qui ne finira qu'avec la vie.

Il est fait mention, dans les premiers Pères de l'Eglise et chez les plus anciens agiographes, de quatre sortes de vierges. L'étude de leurs actes ne nous donne l'idée d'aucun intervalle entre la réception du voile et la profession religieuse. Parcourons rapidement ces quatre classes de saintes filles.

1« 11 y en avait qui, sans faire de vœu public et solennel, consacraient à Dieu leur virginité dans le secret de leur cœur; elles restaient donc dans le sein de leur famille, et la seule chose qui les distinguât des autres filles , leurs compagnes , c'étaient une très-grande modestie dans leurs habits et dans leur extérieur , et la pratique constante des vertus chrétiennes. Telles étaient les quatre filles de saint Philippe,

(1) Hist. de i'Acad. royale des Inscript, et Belles-Lettres, tome 5 de rédition I in-12, p. 173.

l'un des sept premiers diacres de TEglise (2). Au III*' siècle seulement, s'ouvrirent des couvents , et alors les vierges se distinguèrent encore plus du monde par leurs vêtements et par l'observance d'une règle commune. Cet habit consistait en une tunique de laine brune, et en un manteau noir, comme on le voit par la lettre de saint Jérôme à Gaudenlius : Soient quidam, cum futuram virginem spoponderint, pulla tunica eam et furvo operire pallio , etc.

2** Tel était encore, dans le 1V« et dans le V^ siècles, l'état des vierges de la seconde classe , qui ne cessaient pas pour cela d'habiter chez leurs parents.

3" 11 y avait des vierges qui faisaient un vœu public et solennel de virginité, et recevaient le voile de la main de leur évêque; ce qui avait lieu avec de grandes cérémonies, ou le jour de l'Epiphanie, ou la seconde fcte de Pâques, ou à la fête de quelque apôtre; c'était pendant la messe, au grand concours du peuple , que l'évêque recevait le vœu et donnait le voile, avec cette différence que, pour les veuves qui se consacraient à Dieu, la cérémonie se faisait dans la sacristie et avec moins de pompe (t).

Ces trois sortes de vierges demeuraient dans le monde ou chez leurs parents, ou dans quelque maison particulière qu'elles choisissaient pour y vivre dans une plus grande retraite; on peut voir à ce sujet et pour plus de détails que cette note ne peut en comporter, les lettres de saint Jérôme et surtout celle qui a pour titre : De vitando suspecta contubernio, (De la cohabitation suspecte qu'il faut éviter).

On voit par là que sur la fin du IV® siècle, et même au commencement du V^, les filles qui se vouaient à Dieu ne cessaient pas pour cela de demeurer dans le siècle. Sainte Geneviève , consacrée dès l'âge de sept ans par saint Germain, évêque d'Auxerre, et confirmée dans sa résolution par l'évêque de Paris , qui est appelé Félix dans la plupart des agiographes, demeura dans le monde jusqu'au temps de sa mort (2).

4° Enfin, les vierges de la quatrième classe étaient celles qui, aussitôt après leur profession publique de virginité, se renfermaient dans un monastère pour y vivre sous la conduite d'une supérieure, usage qui s'établit dans l'Eglise au commencement du 1V« siècle. Saint Basile, dans ses Ascétiques, fait mention de couvents de filles aussi bien que de monastères d'hommes ; et sainte Macrine, sa sœur, fut abbesse d'un couvent de

(1) Acta apostolorum, cap. 21.

(2) V. le Sacramentaire de S. Grégoire-le-Grand ; VOrdo romanus; S. Ambroise, ses trois livres De Virginibus.

(3) Voyez encore Optât, évêque de Milève, Contra Donatist., lib. 6.

vierges qui était auprès de la ville de Césarée en Cappadoce , dont son frère était évêque. Le même fait se reproduit dans les Histoires de Sozomène et de Socrate, et dans d'autres écrivains de la même époque.

Les couvents de femmes ne s'établirent pas aussitôt en Occident, et surtout en France. Le premier dont il soit parlé est celui que saint Eloi fonda en 632 à Paris , dans la Cité, et où il mit saint Aure comme abbesse à la tête de trois cents filles de toute condition. En 640 et en 656 ou 57, Radon, frère aîné de saint Ouen, sous le règne de Clotairell, et sainte Bathilde, reine de France, sous celui de Clovis II, son époux, fondèrent, le premier le monastère de Jouar, la seconde celui de Chelles.

Cependant, malgré la création des couvents, on n'obligeait pas à y entrer toutes les vierges ; une ordonnance de Clotaire II met une distinction entre celles qui vivaient dans le siècle et celles qui demeuraient dans le cloître : Sanctimoniales , dit le texte (1) , tara quœ inpropriis domihus résident , quam quœ in monasteriis positœ sunt, etc.

Ce ne fut que beaucoup plus tard, et pour mieux régulariser la vie des vierges en même temps que pour couper court à certains abus, que l'on lit une règle commune à toutes les vierges d'entrer dans un couvent non-seulement après leur consécration, mais encore pour y faire leur noviciat. Etat de chose qui dure encore de nos jours (2).

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