FRAGMENT DE JEAN DE GARLANDE
Le Dictionnaire de Jean de Garlande (2), écrit dans la seconde moitié du XP siècle, consacre les paragraphes LV, LVIIl, LIX, LX, LXl et LXXXI à la description, bien précieuse pour nous, des meubles, des livres, des sciences , des ornements des prêtres , de ceux des églises, et enfin à un tableau des joies célestes, fin et complément de la vie du chrétien et du livre de Jean de Garlande.
Nous croyons faire plaisir en les reproduisant ici :
LV. Haec sunt instrumenta clericis necessaria : libri, pulpita, crucibulum (une lampe de nuit) cum sepo [avec du suif) y et absconsa (chandelier), et laterna, cornu cum incausto, penna, plumbum et régula, tabula et ferula, cathedra, asser {tableau de bois), pumex cum plana et creta [craie].
Pulpitum, dit le commentateur, gallice letrum (lutrin) ; et nota quod pulpitum est assensus graduum ad locum ubi legitur, quia letrum sive analogium est id super quod ponitur liber. — ( Plana proprie dicitur instrumcntum ferreum cum quo pergameniste préparant pergamenum) {un grattoir).
LVIIl. Presbyteri libros habent necessarios in ecclesiis suis : missale, gradale sive graduale {Graduel), iro^dirium \ Recueil de tropes ou de proses), antiphonarium {Antiphonaire), breviarium, martyrologium, psalterium, letaniam {Recueil de litanies), passionarium {Actes des martyrs), bibliothecam {l'Ancien et le Nouveau-Testament), hymnuarium {Recueil d'hymnes), kalendarium, sine quibus vespere (3), nec matutine, nec missd possunt celebrari.
LIX. Presbyter habeat libros quibus predicet catholice, id est fideliter ;
(1) V. D. Pitra, Hist. de S. Léger, évêque d'Autun, p. 15 et 16, cap. 2. '
(2) V. Magistri Johannis de Gavlandia dictionarius , publié par H. Giraud | dans son travail intitulé : Paris sous Philippe-le-Bel ; collection de documents inédits sur THist. de France.
(3) e pour œ.
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doceat typicc , id est figurative; loquatur pragmatice, id est causative; proponat quaedam ypotetice, id est personaliter vel supponitive; quaedarn paraneticc (parœnetice)^ id est interponitive ; qusedam prophonetice, id est exclamatorie ; quaedam proseutice (proseuctice), id est deprecative; aliquando procédât herotice, quod est amatorie; aliquando diasticolice, id est separatorie ; aliquando antisiastice {antistasiastice), id est contra substantiam , id est contra se ipsum ; sepe simboletice, id est reconciliatorie vel collective; sepe presagoreutice [prosayoreutice), id est precienter ; sepe sillogistice , id est conclusive ; interdum loquatur larcheretice ( mot hybride : largus et ;)(àptç) , id est gratificative ; gemat trenetice ( threnetice ou thrinitice), id est lamentorie; canat palinodice, id est recantatorie (1); canat antipodotice, id est responsorie; canat apostolice, id est suasorie; metricet tropice, id est conversive; dictet ethnice, id est moral iter ; rideat saterice [satirice], id est reprehensorie; mordeat aliquando cinice {cynice)^ id est canine; loquatur de presenti per presens tempus , de imperfectis per parachimenon, de perfectis per loriston (aoriston, prétérit)^ de plusquam perfectis per ypersinteticon (ypersyntelicon , plus -que -par fait) ; consideret ad très modos loquendi scilicet didascalon , id est doctrinale ; dragmaticon ( ÉpcoTYiparixoç), id est interrogativum ; hermenoticon (hermineuticon), id est interpretativum ; sancte vivat et sancte doceat , et hsec ei sufficiant. .
* Herotice dicitur ab héros, ois; gallice baron, — Simbolnm, li; gallice dicitur escot de taverne.
LX. His ornatur presbyter ornamentis, scilicet superlicio ( 5Mrp/25 ), alba, talari et tyara, manipula vel phanula, stola, infula (ou casula, chasuble) et cinctorio {cordon) candidissimo. Sed episcopus célébrât cum mitra et annulo, poderi, rationali, humerali, qui sepissime gerit pedum deauratum.
* Alba dicitur gallice aube. — Talari , id est longua usque ad talos [une chape ). — Tyara gallice dicitur mitre. — Phanula est id quod sacerdos gerit in brachio [manipule ). — Poderis est vestis similis albœ, gallice aube [unrochet). — Rationale est ornamentum episcopale, alio modo dicitur logion; illud scilicet quod deferebatur in pectore episcopi ad modum lamine aureœ, in qua erant duodecim lapides et in illis duodecim nomina prophetarum; adhuc erant in illa lamina aurea veritas et judicium. — Pedum dicitur gallice crosse.
LXI. In ecclesiis debent esse crux magna et parva, fons sacra, asper-
(1) D'où vient le dicton proverbial : Chanter la palinodie.
4i6 n.VTIONAL
soriiim, a^iiia boncdicta, voxilla in lancoa, campana (1) in cainpanario, tlmril)uluni, phiala una ciiin vino et alia cum aqna, ci pixis hostiarium {une boite aua^ hosties).
* Vexilla dicitur iiaWica banière \c\ confenum (ou gonfanon). LXXXI. In loco dclicioso vidi virgincs cum nuptis et viduis castis,
coreani divine laudis celohrantcs cum modulis et liymnis, (|ua' bcatam virj^inom Mariam et malrem Dei suis invocabant tripudiis, qua' fonscst misericordic, quœ sperantcs in se non derelinquit , sed illum nobis emollit judicem qui verbo creavit celestia, terrestria, cui parent quatuor clementa, ignis,[aer, aqua, terra , sol et luna cum aliis planetis et stellis, quam laudant angeli, quam timent demones, cui secrela patent abissi , scilicet dracones, et trachones, et catharacte celi , et cathaduple terre.
Et ipse quiventurus est judicare vivos et mortuos dignetur, in fine, nostri misereri per suamsummam misericordiam. Amen.
* Choream, gallice charole, ab hoc nomine chorus. Cathadupla, aquarum fluentium ductus, galHce conduit (2).
Explicit Dictionarius magistri Johannis de Gallandia.
MYSTIQUE DES HABITS d'UN CHEVALIER AU MOYEN -AGE.
C'est sur les idées émises par Durand, et si bien développées dans son Rationale, qu'André du Saussay, évoque de Tulle, composa dans le XVII® siècle sa triple Panoplia , Episcopalis , Clericalis et Sacerchtalis.
On entend par le mot panoplie, la réunion de toutes les pièces dç Tarmure. Après avoir lu les applications que Durand fait de tous les ornements ecclésiastiques aux pièces de Tarmure, au XIII*' siècle, on se plaira peut-être à trouver à la suite de ce passage éloquent les raisons mystiques que le moyen-âge avait attachées à chaque partie de la
(1) Le § 20 du Dictionnaire de Jean de Garlande contient dans son commentaine une curieuse étymologie des campann, cloches.
Campane dicuntur a rusticis qui habitant in campo, qui nesciunt judicare horas nisi par campanas. — [Les cloches ou campanes tirent leur nom des paysans qui demeurent dans les champs et à la campagîie, et qui ne savent l'heure qu'il est que par le moyen des campanes. ]
(2) Contre notre habitude, nous n'avons pas traduit ce fragment de Jean de Garlande ; nous nous sommes seulement contenté d'indiquer les mots les plus difficiles , le reste est trop facile pour que nous ayons cru devoir l'expliquer.
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panoplie du chevalier , cette milice d'élite qui défendait TEglise avec son épée, comme le prêtre avec sa parole.
Un petit poème du XIU® siècle, intitulé l'Ordene [l'Ordre) de chevalerie (1) , par Hue (Hugues) de Tabarie, nous servira de guide dans cette note.
Saladin se fait conférer la chevalerie par un gentilhomme français, son prisonnier , et celui-ci , à chaque cérémonie et à chaque pièce de Tarmure dont il le revêt, lui en explique le sens moral et spirituel.
« Lors li commenche à ensignier Tout chou que il li covient faire , Caviaus et barbe (2) , et le viairc Li fist apparillier moult bel ; Ch'est droit à chevalier nouvel , Puis le fist en un baing entrer.
Lors li commenche à demander Li soudans , que chese nefie ; Hues respont de Tabarie :
Sire, cil bain où vous baingniez, Si est à chou senefiez , Tout ensement comme l'enfechons Nés de pechié ist hors des.fons Quant de baptesme est aportez, Sire tout ensement devez Issir sanz nule vilounie , Et estre pleins de courtoisie (3), Baignier devez en honesté.
En courtoisie et en bonté.
Et fere amer à toutes genz.
Moût est biaus chist coumenchemenz , Che dist li Rois par le grant Dé.
Après si Ta du baing osté,
(1) Cette pièce curieuse a été d'abord publiée, mais traduite et annotée, par Le Grand d'Aussy, dans ses Fabliaux ou Contes du XII^ siècle et du XlIIe siècle, t. 1, p. 133 à 150, et ensuite parBarbazan (édition de Méon), t. 1, p. 59 à 79. (V. Fabliaux et Contes desXI*, XIIs XIIIs XIV» et XVe siècles.) On trouve à la suite une version en prose , mais e\U est du XVe siècle et très-courte. Nous donnons ici le texte publié par Barbazan, et revu par Méon en 1808.
(2) Les Sarrazins portaient de longues barbes, et on se rasait en France sous S. Louis.
(3) Va}ia7ite. — De ce baing, car chevalerie
Se doit baingnier en honesté.
4i8 RATIONAL
Si le coucha en un bel lit
Qui cstoit fez par grant de lit.
Hues, dites-moi sans faillance
De ce lit la sénéfiance :
Sire, cis lis vous senefle
C'on doit par sa chevalerie
Conquerre lit en paradis,
Ke Diex otroie à ses amis ;
Car chou est li lis de repos :
Qui là ne sera, moût iert sos.
Quant elle litot un poi geû,
Sus le dresche , si Ta vestu
De blans dras qui erent de lin ;
Lors dist Hues en son latin ,
Sire , n'el tenez à escar ,
Chés dras qui sont près de vo car
Tout blanc , vous donnent à entendre ,
Que chevaliers doit adès tendre
A se car netement tenir,
Se il à Dieu velt parvenir.
Après li vest robe vermeille :
Sdlehadins moult se merveille,
Porqoi li Princheschou li fait.
Hues, fait-il, tout entresait
Cheste reube que senefie?
Hues respont de Tabarie :
Sire, cheste reube vous done
A entendre , chen est la somme ,
Que ja ne soiez sans donner (1).
Pour Dieu servir et hounourcr ,
Et pour sainte dise deffendre,
Que nus ne puist vers li mesprendre,
Car tout chou doit chevaliers faire.
S'il veut à Dieu de noient plaire :
Chest entendu par le vermeil.
Hues , fait-il , moût me merveil.
(1) Variante. — Que vostre sanc devés espandre, Et pour saincle Eglise deffendre, Que nus ne puist vers lui meflaire, Car tout cbou doit
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Après li a cauches cauchiés
De saie brune et delijés.
Et li dist , Sire , sans faillanche ,
Tout chou vous donne ramembranche
Par cheste cauchemente noire,
C'aijez tout adès en mémoire
La mort, et la terre où girrez.
Dont venistes , et où irez :
A chou doivent garder votre oel.
Si n'enkerrez pas en orguel ;
Car orgueus ne doit pas régner
En chevalier, ne demorer,
A simpleche doit adès tendre.
Tout chou est moût bon à entendre,
Che dist li Rois , pas ne me grieve.
Après en son estant se lieve.
Puis si l'a chaint d'une chainture
Blanche , et petite de feture ;
Sire par cheste chainturete ,
Est entendu que vo car nete ,
Vos rains , vos cors entirement
Devez tenir tout fermement ; . '.
Ausi com en virginité,
Vo cors tenir en netée.
Luxure despire et blasmer;
Car chevaliers doit moult amer
Son cors à ne tement tenir ,
Qu'il ne se puist en chou hounir;
Car Diex het moût itel ordure.
Li Rois respont, bien est droiture.
Après deus espérons li mist
En ses deus pies , et si li dist :
Sire , tout autres si isniaus
Que vos volez que vos chevaux
Soit de bien corre entalentez ,
Quant vous des espérons ferez ,
K'il voist par tout isnelement .
Et cha et là à vo talent ,
Scnefient chist esperon ,
Qui doré sont tout environ,
Que vous aijez bien en corage DcDiu servir tout vostreéage; Car tuit li chevalier le font , Qui Dieu aiment de cuer parfont , Adès le servent de cuer fin.
Moult plaisait bien Salehadin.
Après li a chainte Tespée.
Salehadin a demandée La senefiance del branc.
Sire , fet-il , chou et garant Contre l'assaut de Tanemi , Tout ensement com véés ci :
Doi tren chant ki vous font savoir , C'adès doit chevaliers avoir Droiture et léauté ensanle , Chou est à dire ; che me sanle K'il doit ja povre gent garder , Ke li riches nel' puist foler , Et le feble doit soustenir , Que li fors ne le puist honir.
Ch'est œvre de miséricorde.
Salehadins bien s'i accorde, Qui bien a escouté ses dis.
Après li a en son cief mis Une coife qui tout iert blanche, Puis li dist la senefianche.
Sire , fait-il , or esgardez , Tout ensement com vous savez Que cheste coife est sanz ordure, Et blanche et bêle , nete et pure Et est deseur vo cief assise , Ensement au jor doujuise, Des grâns péchiez que fais avons (1), Devons Tame rendre à estrous ,
(1) Variante. — Doit Tame estre nete de fors Des pechiés ke a fait li cors , Et doit s'ame avoir de folie Par penitanche fors sachie , De Diu por avoir la mérite Et U solas et le melite , Car l'ange
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Et pure et nete des folies ,
Que li cors a tozjors basties
A Dieu , pour avoir le mérite
De paradis qui nous délite;
Car lange ne porroit conter ,
Oreil oïr , ne cuer pensser
Ch'est li biautés de paradis ,
Que Diex otroie à ses amis.
Li Rois trestout chou escouta ,
Et en après li demanda ,
S'il ^ faloit plus nule cose ,
Sire , oïl mes fere ne Tose
Que chou est donc? Chest li colée (1).
Porqoi ne le m'avez donnée ,
Et dite la senefianche?
Sire, chou est li ramembranche
De chelui qui Ta adoubé
A chevalier, et ordené ; « etc,
<i Alors il commence à lui enseigner tout ce qu'il lui convient de faire et lui fait arranger très-convenablement lès cheveux , la barbe et le visage, comme il convient à un nouveau chevalier; et ensuite il le fit entrer dans un bain. Alors le soudan commence à demander ce que signifie cela. Hues de Tabarie répond : a Sire, ce bain où vous vous baignez signifie que tout de même que le petit enfant né avec la tache du péché sort purifié des fonts du baptême où on Ta apporté , ainsi , sire, vous devez tout pareillement sortir de ce bain dépouillé de vilenie et être plein de courtoisie ; car vous devez vous purifier dans les eaux d'honnêteté, de courtoisie et de bonté, et vous faire aimer de tout le monde. — Ce commencement est très-beau, par le grand Dieu, » dit le Toi.
« Après, il l'ôte du bain et le couche en un beau lit qui était fait de façon à procurer un repos très-délicieux.
« Hues, dites-moi sans détour ce que représente ce lit? — Sire, ce lit signifie qu'on doit , par sa chevalerie , conquérir une place en paradis, que Dieu accorde à ses amis ; car c'est le lit de repos , et celui qui n'y sera pas sera bien sot. » Quand il eut un peu reposé sur le lit, il l'a fait lever et l'a vêtu de linges blancs qui étaient de lin. Alors Hues dit en sa langue : « Sire, ne tenez point cela à raillerie; ces draps tout blancs
(1) Colaphus.
qui touchent à votre chair vous donnent à entendre que le chevaUer doit toujours s'efforcer d'être pur dans sa chair , s'il veut parvenir à Dieu. »
« Après il lui vêt une robe vermeille : Saladin s'émerveille beaucoup de ce que le prince en agit ainsi avec lui.
« Hues, dit-il en même temps, que signifie cette robe? » Hues de Tabarie répond : a Sire , cette robe vous donne à entendre que vous devez répandre votre sang pour servir et honorer Dieu, et défendre sainte Eglise, pour que nul ne puisse lui faire de tort. Car tout chevalier doit faire cela, s'il veut plaire à Dieu entièrement. Tel est le sens de la couleur vermeille. — Hues, dit Saladin, cela m'émerveille beaucoup. »
« Après, il lui met les chausses d'étoffe brune et de deuil, et il lui dit : « Sire , sans aucun doute , toute cette chaussure noire doit vous rappeler d'avoir toujours présent à la mémoire la mort et la terre où vous dormirez, d'où vous êtes venu et où vous retournerez. Ceci préservera vos yeux de concevoir de l'orgueil ; car orgueil ne doit ni régner, ni demeurer dans l'ame du chevalier; mais il doit toujours tendre à la simplicité et à la modestie. — Tout ceci est très-bon à entendre , lui dit le roi , et cela ne me chagrine pas. »
« Après , Hues se lève et se tient debout, et le ceint d'une ceinture blanche, étroite et petite, a Sire, cette ceinturette vous donne à entendre que vous devez toujours tenir votre chair , vos reins et votre corps nets et en état de virginité. Votre corps doit être pur et mépriser et blâmer la luxure. Car le chevalier doit beaucoup aimer tenir son corps net , de manière à ce qu'il ne vienne à en avoir honte ; car Dieu hait très-fort l'ordure de l'impureté. » Le roi répond : « Cela est juste. »
« Après, Hues lui met deux éperons à ses deux pieds, et lui dit : « Sire, tout de même que vous voulez que votre cheval soit vif et disposé à bien courir quand vous le frappez des éperons , et qu'il aille çà et là à votre volonté; ainsi ces éperons tout dorés signifient que vous devez avoir dans le cœur le ferme propos de servir Dieu pendant toute votre vie, comme tous les chevaliers le font , qui aiment Dieu du plus profond de leur cœur, et le servent toujours avec fidélité. » Cela plaisait beaucoup à Saladin.
« Après, il lui ceignit l'épée. Saladin lui demanda ce que signifiaient les deux tranchants de cette arme.
« Sire , dit-il , ils servent à se défendre contre l'attaque de l'ennemi, tout comme vous allez le comprendre. Ces deux tranchants que vous voyez vous font connaître que le chevalier doit toujours avoir ensem-
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ble droiture et loyauté, c'est-à-dire, ce me semble, qu'il doit protéger le pauvre peuple , afin que les riches ne puissent pas le fouler aux pieds ; et qu'il doit soutenir le faible, pour que le fort ne le couvre pas de honte. C'est l'œuvre de miséricorde. » Saladin est bien d'accord avec lui sur ce point, et écoute bien ses paroles.
c( Après, il lui met sur la tête une coiffe toute blanche, et puis il lui en dit la signification, a Sire , dit-il, maintenant regardez comme cette coiffe est sans tache, et blanche, et belle, nette et propre, et placée sur votre tête : de même au jour du jugement , notre ame doit se rendre, sur-le-champ, pure et nette devant Dieu, des folies que le corps a toujours commises, afin de mériter le paradis , nos délices ; car la langue ne pourrait raconter, l'oreille entendre , le cœur penser ce que sont les beautés du paradis , que Dieu accorde à ses amis. » Le roi écouta tout cela, et lui demanda ensuite s'il y. avait encore quelque chose à faire. « Oui, sire, mais je n'ose pas la faire. — Qu'est-ce donc? — C'est le soufflet. — Pourquoi ne me l'avez- vous pas donné , et dites-moi quel en est le sens? — Sire, c'est pour rappeler au chevalier celui qui l'a armé et l'a ordonné chevalier ; » etc.
Suivent de longues instructions sur les devoirs qu'impose la chevalerie à ses membres.