L^AMICT
Anciennement, il était ordinaire (ainsi le pratiquent encore plusieurs prêtres), avant que de mettre l'amict sur la tête , de le baiser, c'est-àdire de l'approcher de la bouche et des lèvres , à cause de ces paroles! qu'on disait en même temps : a Mettez, Seigneur, une garde à ma bouchei et une porte à mes lèvres, qui les ferme exactement. » [Pone, Domine, eus-] todiam ori meo, et ostium circunstantiae labiis meis.] (Ps. 140, v. 3). Le prêtre dit, en prenant Pamict qui se mettait autrefois sur la tête : Impone, Domine, eapiti meo galeam salutis; a Seigneur, place surma tête le casque du salut. » Ou bien, comme àïoul (Mss. de 1551) : Obumbra, Domine, caput meum, umbraculo sancta; fidci tua}, et expelle a menebulas ignorantifc; « Seigneur, ombrage ma tcte avec le feuillage de ta sainte foi, et repousse loin de moi les nuages de Pignorance. » Où Pon voit que Pamict ombrageait et cachait entièrement la tête. Telle était aussi la bénédiction de Pamict, selon Pancien Pontifical de Paris : « Oblator sacrificii inde coopertus , omnes dœmonum fraudes , galea salutis indutus, valeat illaesus expugnare et superare )> (Afin que celui qui offre le sacrifice, revêtu de Pamict et la tête armée du cas(jue du salut, puisse, sans recevoir de blessure , combattre et vaincre toutes les ruses des démons).
Maintenant on ne met plus Pamict sur la tête, mais sur le cou et sur les épaules. Qu'on nous permette de reproduire ici ce que dit D. Claude
(1) Historia ecclesiastica, lib. 2, cap. 27.
(2) Victor Vitensis, De persecutione vandalica, lib. 1.
(3) Voir dans l'Histoire des Perruques, de J.-B. Thiers, le§ 8, Des Amicts, p. 96 à 106 inclus.
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 429
de Vert au sujet des prières que Ton récite en prenant les habits sacerdotaux : « Elles sont convenables au sujet et à Faction, pourvu que Taction ou Thabit n'aient point eux-mêmes dégénéré, et qu'ils répondent toujours à la prière qu'ils ont excitée et attirée. » Un seul exemple suffit pour prouver ce qu'avance le docte liturgiste, c'est celui de l'amict, qui ne se met plus sur la tête, mais sur le cou et sur les épaules; ce qui est un contre-sens manifeste avec les prières qui l'accompagnent et que nous avons rapportées plus haut. Malheureusement , cette observation se rapporte aux trois quarts des cérémonies ou des vêtements de l'Eglise ; on a perdu l'esprit des premières , dénaturé la forme ou oublié l'emploi et le sens des autres.
Une preuve irrécusable de l'ancienneté de la pratique en vertu de laquelle on mettait autrefois l'amict sur la tête, était la statue sépulcrale de saint Firmin , évêque d'Amiens, que l'on voyait encore, dans le XVIP siècle, sous le grand autel de l'abbaye de Saint-Acheul, près d'Amiens. Cette statue, du YII^ siècle, avait la tête enveloppée de l'amict en forme de capuchon fort serré.
Quelques prêtres, par respect pour l'ancienne coutume, observent toujours de faire toucher l'amict à leur tête avant de le mettre sur le cou.
On conservait l'amict sur la tête tout le temps de la messe ; cependant il y avait des prêtres qui ne le gardaient que jusqu'à l!autel, et le remettaient pour retourner à la sacristie. D'autres ne l'abattaient qu'au moment de l'Elévation , par respect pour le corps et le sang de Jésus- Christ (1).
l'aube.
Robe blanche de laine ou de lin, autrefois commune aux clercs et aux laïques, aux hommes et aux femmes. Les clercs la portaient continuellement, et ils en avaient de rechange pour le service de l'autel.
Cet habillement s'était toujours maintenu pendant plusieurs siècles dans tonte sa longueur ; mais, dans la suite, on jugea à propos, pour la commodité et peut-être pour l'épargne, de le raccourcir hors de l'usage de l'autel. On le réduisit donc à deux ou trois doigts du bas de la robe; puis, vers le XIV^ siècle, à cinq bons doigts; ensuite jusqu'à mi-jambe, et enfin jusqu'aux genoux; en cet état, on l'appela rochet ou surplis. Il
(i) Y. D. Cl. de Vert, 1. c.
n'y a plus guère que les enfants de chœur qui aient communément retenu Taube en son entier hors de Tautel : aussi à Nevers on leur donne le nom d'enfants d'aube ; le reste du clergé l'a presque partout mise aujourd'hui en rochet ou en surplis.
<( Il semble, dit D. Claude de Vert, qu'il y ait ici lieu d'être surpris de voir que l'aube se soit conservée en son entier, et sans aucune atteinte, à l'autel, tandis que dans toute autre fonction on s'est permis de la réduire en surplis ou en rochet.... ; bien plus, tandis que les chasubliers ont toute liberté de rogner, couper, tailler, trancher et écourter, ainsi que bon leur semble, les chasubles, dalraatiques, tuniques, etc., en un mot, leur donner la figure qu'ils jugent à propos, et sans en consulter l'évêque, qui cependant devrait bien, ce semble, avoir quelque inspection sur la forme de ces sortes d'habits. »
Le liturgiste du XVll® siècle aurait encore raison aujourd'hui (1).
L'aube ou chemise de toile succéda à l'ancien linge dont les nouveaux baptisés étaient couverts et enveloppés au sortir des fonts. Ils la portaient pendant huit jours , au bout desquels ils la quittaient, puis on la mettait à la lessive. A cette chemise de toile succéda la robe de laine ou d'étoffe blanche , qui devint enfin un habit de cérémonie.
On conservait, il y a deux cents ans, à Saint-Sauve-de-Montreuil, de l'ordre de saint Benoit, au diocèse d'Amiens, une aube très-ancienne, ornée par le haut d'une bande , au défaut de la chasuble , pour garnir cet endroit et le faire de même parure que la chasuble. « Bien plus , dit D. Claude de Vert, en plusieurs églises du royaume et chez les Jacobins, on pare aussi , pour la même raison, le bas de l'aube par devant et par derrière et pareillement le bout des manches, et c'est ce que les anciens Ordinaires appellent une aube parée. L'amict est semblablement ^arni d'une bande de la même étoffe , comme il est encore usité dans toutes les anciennes églises et parmi les Jacobins. » Cette sorte de parement régnait même autrefois tout autour de l'aube, ainsi qu'autour des manches, comme on le voyait dans le XVII^ siècle, à Senlis, à l'aube de saint Frambours'ou Frambourd, qui vivait au VIP siècle. Cette aube
(1) En Angleterre, où le catholicisme fait des progrès rapides, un architecte catholique, M. Pugin, a établi des fabriques de tous les objets qui peuvent contribuer à la décoration et à la richesse des monuments ecclésiastiques. On y confectionne dans l'ancien style des calices, des burettes, des ciboires, des ostensoirs, des lampes, des tabernacles en forme de tour, des reUquaires, des châsses, des croix processionnelles, etc. (Lettre à M. Didron, Bulletin archéologique du Comité historique des arts et monuments, t. 2, p. 404 et suiv. — V. Théophile, Essai sur divers arts, publié par M. le comte Charles de l'Escalopier ; préliminaires, p. 12, note 3.)
était sans plis et de la forme de celles de N. - D. de Paris ; à cela près qu'elle avait des pinces aux deux côtés, ainsi que celle de Saint-Sauvede-Montreuil. On appelait à Paris ces parements plages, plagulœ, c'està-dire bandes ou bordures. [ Si quis tunicam in usu ita consuit, dit Varron, ut altéra plagula sit angustis clavus, altéra latis, etc.] a Si l'une des bordures de la tunique est étroite et que l'autre soit large, etc. » Clavus signifie le nœud de pourpre ou d'or, fait en forme de tête de clou , qui se mettait sur les bandes de la robe des sénateurs et des chevaliers. Les sénateurs portaient ces nœuds ou têtes de clou fort larges , lati clavi ; et les chevaliers, au contraire, les portaient fort étroits, angusti clavi.