‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 119 sur 128 · V. D. Cl. de Vert, 1. c · texte numérisé non relu

V. D. Cl. de Vert, 1. c

l'étole.

L'étole et le manipule sont destinés, par leur institution, à représenter les liens dont notre Seigneur était attaché lorsqu'on le mena chez Pilate.

Cet ornement consiste aujourd'hui, et depuis longtemps, en deux larges bandes ou parements qui pendent par devant , depuis le cou jusqu'en bas; détachés, selon le Père Thomassin (Discipl., p. "1, 1. 1, c. 33), de l'ancien vêtement ou manteau ouvert par. devant appelé stola, d'un mot primitivement commun à toute veste ou robe longue , même à celle des femmes, et dont ces bandes ou parements ont retenu le nom d'étole, ayant aussi pris celui à'orarium, du mot ora, qui signilie bord, extrémité, lisière, parce que ces bandes ou parements , qui d'abord ne servaient qu'à couvrir les ourlets, c'est-à-dire les replis ou rebords qu'on faisait à l'étoffe pour l'empêcher de s'effiler, terminaient en effet les bords de l'habit et en ornaient les deux extrémités par devant.

.Les évêques, les prêtres et les diacres recevaient cet ornement à leur ordination comme une marque qui les distinguait du reste du clergé (Conc. Tolel., iv, can. 28). 11 était expressément défendu aux sous-diacres et aux lecteurs ou chantres de s'en servir en chantant ou en lisant (Conc. Laodic, can. 22 et 23). Les évêques elles prêtres en étaient continuellement revêtus, même en voyage. «Les prêtres porteront toujours Vorarium ou l'étole, » dit le Concile de Mayence de 813 (canon 28). Le pape ne quitte jamais cet ornement, non plus que sa barette, son camail et son rochet. Ces bandes ou parements, détachés de l'ancienne étole, ont aussi conservé les franges dont le bas de cet habillement était garni.

Le prêtre porte habituellement Tétole droite , en laissant tomber parallèlement les deux côtés. Ce n'est que pour dire la messe qu'il la croise sur la poitrine. Le diacre la porte en bandoulière , de gauche à droite.

« Cette disposition de Tétole en croix, dit D. Claude de Vert, semble anéantir la raison mystique, alléguée d'abord par Yves de Chartres, et employée ensuite par le pape Innocent 111, qui veulent que la forme de l'étole , pendante des deux côtés , avertisse le prêtre de se servir des bonnes œuvres et des vertus chrétiennes comme d'armes puissantes pour se maintenir dans la justice et pour combattre à droite et à gauche contre ses ennemis, c'est-à-dire combattre dans la prospérité et dans l'adversité.

u Pour les diacres, qui portaient originairement l'étole pendante par devant, comme les évêques et les prêtres, voici ce qu'on peut penser de leur manière de la mettre à présent et depuis longtemps de gauche à droite, à la façon d'une écharpe ou bandoulière. Comme ces ministres avaient un besoin continuel de leur bras et de leur main droite , pour agir et faire leurs fonctions, surtout depuis l'Evangile jusqu'à la Communion, ils s'avisèrent, pour la plupart, de rouler et tortiller leur chasuble, car dans les premiers temps tous les ministres de l'autel , même les acolytes, étaient en chasuble comme les prêtres, qui seuls la portent aujourd'hui. Donc, la mettant en cette forme sur l'épaule gauche, ils la faisaient revenir en écharpe par dessous le bras droit, qui, de cette façon , devenait libre et dégagé , pour faire plus aisément et plus commodément le service.

« Mais, parce que c'était une nouvelle peine et un autre embarras pour eux de rouler ainsi et tortiller leur chasuble à l'Evangile et ensuite la dérouler et la détortiller après la Communion, ils regardèrent comme encore plus commode de la quitter tout- à-fait, et prirent en effet ce parti-là. Et, afin de ne pas demeurer sans habit de dessus pendant tout cet intervalle , je veux dire depuis l'Evangile , où ils dépouillaient cette chasuble, jusqu'àr la Communion, où ils la reprenaient, ils lui substituèrent une bande de même étoffe et de même largeur que la chasuble même, roulée et tortillée de la manière que nous avons dite. Et c'est cette chasuble ainsi roulée et tortillée , en un mot, cette large bande, qui , mise pour les raisons marquées plus haut de droite à gauche sur les épaules du diacre, a en même temps déterminé ce ministre à tourner aussi son étole du même sens. »

Le prêtre met le bout de l'étole sur la tête de ceux sur qui il récite des évangiles , pour remplacer l'imposition de la main , dont on s'abs-

ou MANUEL DES DIVINS OFFICES.

tient de se servir en cette occasion, par modestie à Tégard des femmes, d'où ensuite on en a usé de même à Tégard des hommes.

C'est encore par esprit de bienséance que le prêtre , en introduisant dans réglise une femme après ses couches, et lui disant : [Ingredere in templum Dei] : « Entre dans le temple de Dieu, » ne doit point, selon le Rituel romain , la prendre ni la tenir par la main, mais par Tun des bouts de son étole.

LE MANIPULE (i) OU FANON.

Ga\antus (2), parlant de Tusage de porter le manipule au bras gauche, en donne la raison suivante : ce C'est, dit-il, que, comme cet ornement était originairement un linge à se moucher et à s'essuyer, on s'en servait bien plus commodément en le prenant de la main droite et par conséquent en le mettant au bras gauche. »

Le prêtre dit, en prenant cet ornement : « [Merear, Domine, portare manipulum fletus et doloris] : a Que je mérite, Seigneur, de porter le manipule des larmes et de la douleur. »

Car le manipule n'était , dans son origine, qu'un mouchoir ou une serviette, un linge à frotter et à s'essuyer, et c'est d'ordinaire dans l'exercice et le travail qu'on contracte la sueur. Le mot manipulus vient du latin mappula, petite serviette, diminutif de mappa, serviette. Le manipule se porte sur le poignet ou sur l'avant-bras, en forme de mouchoir, et non au-dessus du coude.

Le manipule était originairement un simple linge, plus long que large, souvent garni de franges par le bas, pour le service des ministres de l'autel ; proprement une serviette ou linge, dont on se sert à essuyer les vases sacrés et à tenir et envelopper la patène , et à divers autres usages pour la propreté; un mouchoir ou frottoir à s'essuyer les yeux, les mains, la bouche, le visage ; et enfin , vers le XIP siècle , une pièce d'étoffe, tout- à-fait changée en ornement, en latin manipulus, formé de mappula, diminutif de mappa, nappe ou serviette; d'où ensuite on a fait manipula, et enfin, en lui donnant l'inflexion masculine, manipulus.

(1) Les Grecs portent deux manipule?, un à chaque bras.

(2) Tit. 1, no 3, litt. L.

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On donnait le manipule au sous-diacre, à son ordination. Lacroix d'étoffe ou de soie qui garnit les deux côtés du manipule tire son origine du bouton ou nœud de ruban qui arrêtait les deux bouts du mouchoir, auquel il a succédé.

Les enfants de chœur de Cluny portaient Taube et le manipule à la messe.

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