‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 47 sur 128 · DES CONSÉCRATIONS ET DES ONCTIONS · texte numérisé non relu

DES CONSÉCRATIONS ET DES ONCTIONS

I. On lit que le Seigneur commanda à Moïse de composer une huile [chrisma) pour en oindre le tabernacle au jour de la Dédicace , ainsi que l'arche du Testament , la table et les vases sacrés; enfin, pour consacrer, par une onction semblable, les prêtres et les rois.

II. On ne lit pas, toutefois, que Moïse fut oint autrement que d'une onction spirituelle, ainsi que le Christ. Or, le Christ ne voulut pas être oint de l'onction matérielle , puisque c'est par J elle qu'on reçoit l'onction spirituelle dont il fut oint ; et voilà pourquoi l'Eglise, mère miséricordieuse (mater pia) fait diverses onctions. Nous en toucherons ici quelques mots en pas-, sant, et nous dirons : premièrement, ce que signifient ces onctions ; secondement, de quoi elles se composent; troisièmement,,! nous parlerons de l'onction qu'on fait à ceux que l'on doit bapti- i ser ; quatrièmement , de l'onction que l'on fait à ceux qui sont i baptisés, onction que l'évêque leur fait sur le front ; cinquième-! ment, de l'onction de ceux qu'on ordonne prêtres; sixième-J ment, de l'onction qui sert à consacrer les évêques et les princes: septièmement, de celle de Téghsc, de l'autel, du calice et deîj autres vases consacrés au culte divin ; huitièmement , de l'eX" trôme-onction ; neuvièmement, de la consécration et de la bénédiction du cimetière , des habits sacerdotaux et des autre.' ornements de l'église; dixièmement, de la consécration et d( la bénédiction des vierges.

III. Et d'abord, il est à remarquer qu'il y a deux sorte d'onction : l'extérieure , qui est matérielle ou corporelle et vi sible, et l'intérieure, qui est spirituelle et invisible. Le corp est oint visiblement par l'onction extérieure. L'apôtre saint Jac

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ques dit au sujet de la première : « Quelqu'un d'entre vous « est-il malade, qu'il fasse venir les prêtres de l'Eglise, et « qu'ils prient sur lui, en l'oignant avec l'huile, au nom du (( Seigneur, et la prière de la foi sauvera l'infirme. » L'apôtre saint Jacques dit en parlant de la seconde : « Pour que l'onction « que vous avez reçue de la main du prêtre demeure en vous, (( afin que vous ne soyez pas réduits à la nécessité d'être instruits « par quelqu'un; mais, de même que l'onction du prêtre vous « enseigne toutes choses, ainsi l'onction extérieure est le signe a de l'intérieure .» Et l'onction intérieure n'est pas seulement un signe, c'est-à-dire la signification d'une chose^ mais elle est même encore un sacrement, parce que^ si on la reçoit dignement, ou bien elle donne, ou bien elle augmente, sans aucun doute ;, ce qu'elle représente, c'est-à-dire le salut du corps et de l'amC;, et parfois des deux réunis; selon cette parole : « Ils leur impose- « ront les mains, et ils s'en trouveront bien. )) En second lieu, il faut savoir qu'on bénit deux huiles pour faire l'onction extérieure et visible , à savoir : l'huile sainte ou des catéchumènes, dont on oint les catéchumènes, et l'huile des malades, dont on oint les malades. L'autorité de saint Jacques, précitée, en parle ainsi : « Quelqu'un d'entre vous est-il malade ? etc. » On dira dans la septième partie, sous la cinquième férié, de la Cène du Seigneur (le Jeudi saint), comment se font les bénédictions des deux huiles et du chrême.

IV. Mais on demande pourquoi on oint d'huile les infirmes et les catéchumènes? Je réponds que c'est afin que, par les choses visibles, les invisibles soient saisies plus facilement; car, de même que l'huile, en chassant la maladie, donne une nouvelle vie aux membres fatigués, et de sa nature sert à éclairer par la lumière qu'elle produit; il faut ainsi croire que l'onction de l'huile consacrée, qui est le signe de la foi, en mettant en fuite les péchés, donne la santé à l'ame et Féclaire. Donc, l'huile visible, dans le signe, est l'huile invisible dans le sacrement, et l'huile spirituelle au dedans du corps. Touchant l'huile des

malades, nous avons reçu renseignement des Apôtres. Quant à l'huile des catéchumènes, nous la tenons des hommes qui leur ont succédé.

Y. Et, quoique Dieu puisse accorder Fhuile spirituelle sans qu'on reçoive la corporelle, cependant, comme les apôtres pour les infirmes , et leurs successeurs pour les catéchumènes, se sont servis de ce moyen , on ne peut omettre sans péché ce que leur autorité a consacré , comme on l'a dit au chapitre de» l'Autel. Car ce fut ainsi qu'autrefois les justes plurent à Dieu,i d'abord sans qu'il leur fût besoin d'être circoncis ; mais, quand Dieu eut fait un commandement de la circoncision , ceux qui l'omettaient commettaient un péché. Troisièmement, parlonsi de Fonction de ceux qu'on doit baptiser. Or, dans le Nouveau^ Testament, non -seulement on oint les rois et les prêtres,^ comme on le dira bientôt, mais aussi tous les chrétiens, parce que le Christ nous a fait rois et prêtres dans son sang devant notre Dieu, c'est-à-dire des prêtres-rois, selon ce que dit l'an pôtre saint Pierre : « Vous êtes une race élue, c'est-à-dire « choisie parmi les hommes; sacerdoce royal, que vous pos-i « sédez en vous conduisant bien [regale sacerdolium... bem « vos régentes ) . »

VI. Tous les chrétiens sont oints deux fois d'huile bénite' avant leur baptême. Premièrement sur la poitrine, ënsuitei entre les épaules , et deux foi? après le baptême, du chrême| consacré : d'abord par le prêtre, au sommet de la tête ; ensuite) par l'évêque, au front; et, selon [saint] Augustin (II, d. Ec^ clesiaslicarum), les trois premières onctions que fait l'Eglis^ ont été introduites plutôt par l'usage qu'en vertu de quelqueyj témoignage de l'Ecriture. Or, on oint celui qu'on doit baptiseï^ à la poitrine, siège du cœur : premièrement, afin que, par le don de l'Esprit saint, il rejette Terreur et l'ignorance et reçoive la foi droite, parce que le juste vit de la foi, et que c'est par le cœur qu'on croit à la justice; entre les épaules, afin que, par la grâce de l'Esprit saint, il secoue la négligence

la torpeur, et s'exerce à la pratique des bonnes œuvres, parce e la foi sans les œuvres est une foi morte ; afin aussi que, par mystère [sacramentum) de la foi, ses pensées s'épurent de is en plus. Sur la poitrine, afin qu'en s'exerçant aux bonnes ivres, il ait la force de supporter les labeurs de cette vie. r les épaules , puisque la foi est engendrée par l'amour ( ditione)y selon l'Apôtre. Or,rhuiie passe du cœur aux épaules and la foi que l'on conçoit dans son ame arrive à sa perfecn par les œuvres ; car, selon la définition suivante , la foi [isiste à faire ce que tu dis. Et celui qui a été baptisé est oint cbrême par le prêtre, au sommet de la tête, afin d'être prêt 'endre raison de la foi à tout homme qui l'interrogera. Par tête, on entend l'ame, selon ce qu'on lit : (( Les yeux , c'està-dire rintelligence du sage sont dans sa tête, à savoir : dans son ame , dont la partie supérieure est la raison , et l'inférieure la sensualité. » Voilà pourquoi, par le sommet de la e, qui en est la partie supérieure, on entend à juste titre raison, qui est la partie la plus élevée de l'ame. On parlera întôt de cela, dans la sixième partie , à l'article du Samedi nt, 011 l'on traite de la Confirmation. Or donc, avant le bapne , on oint l'homme d'huile bénite , et après du chrême nsacré, car le chrême convient seulement au chrétien.

VII. Le Christ [Christus) tire son nom du chrême ou de nction [a chrismate) qu'il a reçue; ou plutôt c'est du Christ

Christo) que cette onction a pris son appellation [chrisma], m selon la forme du nom , mais plutôt selon la règle de la i. Les chrétiens tirent leur nom du Christ , comme en quelle sorte les oints dérivent de l'oint [uncti ahuncto), c'est-

dire du Christ , afin que tous courent en foule à l'odeur du irfum du Christ, dont le nom est une huile répandue ; mais. Ion la rigueur du nom, les chrétiens tirent le leur du chrême hrisma), selon [saint] Isidore. On parlera de cela dans la 'éface de la seconde partie.

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