‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 48 sur 128 · VIII. Selon saint Augustin, la première onction faite avec · texte numérisé non relu

VIII. Selon saint Augustin, la première onction faite avec

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rimilc montre encore que nous sommes préparés à entendre la foi tout entière, et que nous sommes appelés à la bonne odeur du Christ et avertis de renoncer au diable. La seconde onction se fait sur la poitrine et entre les épaules, selon Raban (Maur), afin que par la foi nous soyons fortifiés de toutes parts et remplis de courage, pour parfaire de bonnes œuvres avec la grâce de Dieu. Car, par la poitrine la vertu de la foi, et par les épaules, sur lesquelles on porte les fardeaux , sont entendues d'une manière bien claire la force de l'homme et la pratique des bonnes œuvres , selon cette parole : « Ils lient des fardeaux c( qu'on ne peut porter, et ils les placent sur les épaules des « hommes, etc. » On oint donc l'homme sur la poitrine et entre les épaules, afin qu'il laisse en esprit et en pratique derrière lui les œuvres du diable , et qu'il soit capable de comprendre la parole de Dieu et robuste à porter son joug et le fardeau de la loi.

IX. L'onction que l'on fait sur le sommet de la tête, c'est-à dire au haut de la tête , sur le cerveau , a lieu , selon le même auteur, afin que celui qu'on oint soit digne de participer ai céleste royaume , et parce que l'ame de l'homme baptisé es' fiancée à son chef ( capîti) qui est le Christ. Et c'est à cause d( cela qu'on fait l'onction avec le chrême, qui est lui-même composé d'huile et de baume , pour que nous sachions que l'Esprit, qui opère d'une manière invisible, est donné à cet homme Or, l'huile réchauffe les membres fatigués et donne de la lumière , comme il a été dit plus haut , et le baume exhale un( bonne odeur. Certes ! les membres de l'ame sont fatigués quant elle se repent de s'être tournée contre Dieu ; le Saint-Esprî vient alors à elle ; il illumine son intelligence et lui montn clairement que ses péchés lui ont été ou doivent lui être rç mis ; il lui accorde en même temps le don des bonnes œuvre^ qui exhalent dans les autres une bonne odeur ; ce que design le baume parfumé. C'est encore parce que le siège de l'orgueil qui s'ouvre toujours aux vues les plus élevées, selon le sens d

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ou MANUEL DES DIVINS OFFICES.

son nom même [superhia superiora aperit ), paraît être sur

le sommet de la tête, qu'à juste titre on oint cette partie du corps en forme de croix et pour représenter l'humilité.

X. Le pape Sylvestre décida que cette onction serait faite par les prêtres à l'article de la mort; d'où l'on peut croire ju'avant lui les deux onctions du sommet de la tête et du front Paient réservées à l'évêque ; car, comme le giron de l'Eglise ;e dilatait et que les évêques ne pouvaient suffire à tous pour ia confirmation , ce pape établit , pour que les fidèles ne mourussent pas sans être oints du chrême , qu'ils seraient oints par [es prêtres sur le sommet de la tête, au cerveau, où est le siège ie la sagesse, et cela pour la force et l'augmentation de la ^râce, (( afin que, s'ils meurent ensuite, dit Richard {in Mi- X trali ) y ils reçoivent à proportion de la grâce l'augmenta- L( tion de la gloire. »

XI. Mais cependant nous croyons que, sans recevoir l'oncion, on est sauvé par le seul baptême-, et que, sans qu'il soit Desoin de l'imposition des mains, Dieu donne l'Esprit saint à jui il veut le donner, ainsi qu'on le lit dans les Actes des \pôtres.

XII. Et les sectateurs d'Arnaud ( de Bresse ou de Brescia (a) Arnaldistœ), hérétiques pleins de perfidie, soutiennent que les tiommes ne reçoivent jamais l'Esprit saint par le baptême i'eau, et que les Samaritains baptisés ne le reçurent que lorsqu'on leur eût imposé les mains. Or, on fait deux onctions en forme de croix, selon Raban, afin que dès ce moment le diable, reconnaissant sur le vase qui lui avait d'abord appartenu le signe de sa première défaite , celui de la sainte croix , par la-

(a) Arnaud de Bresse, natif de la ville de Bresse, en Italie , et hérétique, vivait dans le XII^ siècle. On donna à ses adhérents les noms de poplicains ou publicains, et ^'arnaldistœ. (V. Du Pin, Bibl. des aut. ecclés. du XII» siècle; — Othon de Frisingues, 1. 2, De Gestis Friderici, cap. 20; — Gerhons Reichersperg., 1. 1, De Investig. Antichrist., et l'Hist. de saint Bernard, par M. l'abbé de Ratisbonne, 2 vol. in-S», t. 2, p. 49-57.)

quelle il a été \aincu, sache qu'il est dès-lors à un autre ( alicnum)j c'est-à-dire qu'il lui est devenu étranger [alienatum].

XIII. On fait aussi, selon lui, l'onction à la poitrine ci. invoquant la Trinité, afin qu'il ne reste aucune trace de l'ennemi cachée dans le cœur de Thomme, mais que, par la foi de la sainte Trinité, son ame soit affermie, reçoive et ait l'intelligence des commandements de Dieu. Donc, tout fidèle est oint deux fois : premièrement d'huile; ensuite, de la même manière, deux fois du chrême. Premièrement, dans le baptême, au sommet de la tête; secondement, après le baptême, sur le front, lors de la confirmation, parce que l'Esprit fut encore deux fois donné aux Apôtres, comme on le dira dans la sixième partie, à l'article du Samedi saint. En quatrième lieu, nous devrions parler de l'onction que fait l'évêque sur le front du baptisé ; mais on traitera de cela dans la sixième partie, à l'article du Samedi saint.

XIV. En cinquième lieu, pour ce qui concerne l'onction de ceux qu'on doit ordonner, il est à remarquer que les mains du prêtre sont ointes par l'évêque, afin qu'il connaisse que, dans ce sacrement , il reçoit de l'Esprit saint la vertu et la grâce de consacrer. Voilà pourquoi l'évêque, en lui oignant les mains, lui dit : (c Seigneur, daigne consacrer et sanctifier ces mains (( par cette onction et par notre bénédiction , afin que tout ce (( qu'elles consacreront soit consacré , et que tout ce qu'elles (c béniront soit béni au nom du Seigneur. » Et voilà pourquoi les personnes dévotes baisent les mains des prêtres aussitôt après leur ordination, car elles croient que, parla, elles participent à leurs prières et à leurs bonnes œuvres. Et on oint les mains des prêtres d'huile consacrée , parce qu'ils doivent, selon leurs forces , exercer envers tous les œuvres de la miséricorde. Car les mains désignent les œuvres , l'huile la miséricorde. Voilà pourquoi le Samaritain , en pansant le blessé, versa sur ses plaies du vin et de l'huile. On les oint encore d'huile , afin qu'ils soient purs pour offrir à Dieu l'hostie pour

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es péchés , et pour remplir largement et non pas d'une malière sèche et basse les autres offices de piété et de miséricorde pietaiis). L'huile représente encore la grâce de la guérison et la charité de la dilection. C'est pourquoi on impose aussi les nains avec Fhuile sur la tête de celui qu'on ordonne , parce jue par les doigts on entend les dons de l'Esprit saint, et par [a tête Famé du récipiendaire. On impose donc les mains au prêtre , parce que celui qui est pénétré des dons de l'Esprit saint est destiné à faire les œuvres du Christ.

XV. Sixièmement, pour ce qui concerne Fonction des évêjues et des princes, il faut savoir que Fonction des évêques a pris son origine de Fancien Testament. Car il est dit (Lévit., 8:xii) : c( Le pontife sur la tête duquel on répand Fhuile de (( Fonction, et dont les mains sont consacrées pour remplir les c( fonctions du sacerdoce... » Assurément, on ointl'évêque du chrême, qui, comme on Fa dit plus haut , est fait d'huile et de baume, et il en est oint tant dans le corps {in corpore) que dans le cœur [quam in corde), afin qii'il ait à Fintérieur l'éclat de la conscience devant Dieu , et possède extérieurement l'odeur de la bonne renommée devant son prochain : la première chose est désignée par Fhuile, la seconde par le baume. Touchant l'éclat de la conscience , l'Apôtre dit : « Notre gloire, c( c'est le témoignage de notre conscience. » Car toute la gloire de la fille du roi vient du dedans , c'est-à-dire procède de son ame. Le même Apôtre dit, en parlant de Fodeur de la bonne renommée : ce Nous sommes la bonne odeur du Christ; c'est-à- « dire que nous imitons son exemple en tout lieu, et que nous c( sommes pour les autres le parfum d'une conduite qui mène c( à la vie ; » comme s'il disait : a Nous sommes un exemple « de la dilection et de la bonne pensée qui conduit à la vie « éternelle; pour les autres, nous sommes une odeur de mort (( qui mène à la mort, c'est-à-dire une exhalaison d'envie et de c( mauvaise pensée qui conduit à la mort éternelle. »

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