XVI. Or, Févêque doit avoir en lui un bon témoignage, et
des personnes qui sont dans lÉj^^lise et de celles qui sont dehors ; car, de même que la courtine tire après elle une autre courtine , ainsi le fidèle doit attirer à sa suite un infidèle à la foi , et il faut que celui qui l'écoute , en apprenant et en croyant, lui dise : « Viens, » en le préconisant. Et on consacre avec ce parfum (le chrême) la tète et les mains de Téveque; car, par la tète, on entend Tame, selon cette parole de l'Evangile : (( Oins, c'est-à-dire humilie ta tcte et lave ta figure [ta a conscience] avec tes larmes. » Les mains désignent les bon- I nés œuvres, selon ces mots qu'on lit dans les Cantiques : « Mes « mains, qui sont mes bonnes œuvres , ont distillé la myrrhe, « c'est-à-dire ont donné aux autres le bon exemple. »
XVII. Et l'on oint la tcte du baume de la charité. Premiè- 1 rement, afin que l'évcque chérisse Dieu de tout son cœur, et de i tout son esprit, et de toute son ame; et aussi, à l'exemple du I Christ, son prochain comme lui-môme, c'est-à-dire autant que lui-même. L'huile sur la tête, c'est la charité dans l'ame, selon saint Grégoire. Secondement, l'onction de la tête marque l'autorité et la dignité, parce qu'on consacre non-seulement l'évêque, mais aussi le roi. Troisièmement, afin de montrer par là qu'il représente (connue son vicaire) la personne du Christ, celui dont il est dit par le prophète : « Sicut unguentum m car
« pite^ etc. » Or, la tête de l'honuue, c'est le Christ ; la tôte du Christ, c'est Dieu, qui dit de lui-même : « L'esprit du Seigneur « est sur moi, parce qu'il m'a oint et m'a envoyé évangéliser « les pauvres. » Donc le Christ, notre chef [caput), est oint de l'huile invisible ; il fait appel à l'Eglise universelle en toute occasion et pour tout, et l'évêque n'a ce pouvoir que pour ce qui lui a été confié.
XVIII. On oint les mains pour conférer le ministère et la charge de l'épiscopat. Car on oint d'huile les mains qui désignent les Œ'uvrcs , et cette huile c'est le chrême de la piété et de la miséricorde. Premièrement , afin que l'évêque fasse du bien à tous, mais surtout aux serviteurs {domesticos) de la foi.
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afin qu'elles ne soient fermées à personne, mais qu'elles soient ouvertes à tous , selon cette parole : (c II a ouvert ses mains à (( l'homme dénué de tout, et il a tendu ses bras au pauvre. » La main aride , la main avare , la main paralysée ( contracta ) par la lésinerie ne peut s'ouvrir. On oint donc les mains, afin qu'elles soient guéries^ qu'elles s'ouvrent et qu'elles répandent avec largesse des aumônes dans le sein des indigents. Secondement, afin de montrer que l'évêque reçoit le pouvoir de bénir et de consacrer. C'est pourquoi, quand celui qui le consacre lui oint les mains, il dit : a Seigneur, daigne consacrer et sanc- « tifier ces mains , etc.; » comme plus haut. Troisièmement, afin qu'elles soient pures pour offrir les hosties pour les péchés. Et remarque que , bien que les mains de l'évêque aient été ointes d'huile lorsqu'on l'ordonne prêtre , on les oint cependant de nouveau du chrême lorsqu'on le consacre évêque. En effet, les mains ce sont les œuvres, l'huile c'est l'abondance de l'Esprit saint et de la grâce , par le baume que l'on y joint et que l'on y mêle ; l'odeur de la bonne renommée est représentée parle chrême. On lit dans l'Ecclésiaste (xxiii) : « Mon (( parfum est celui d'un baume sans mixtion. » Or, de même que, dans la hiérarchie céleste, les anges les plus élevés par le rang possèdent une plus grande grâce que les bons anges qui leur sont inférieurs , ainsi , dans les œuvres des évêques et des autres hommes élevés en dignité , plus que dans leurs inférieurs doit apparaître le don de l'Esprit saint, et s'exhaler plus suave le parfum de la bonne renommée , selon cette parole de la deuxième Lettre aux Corinthiens : « Nous sommes la « bonne odeur du Christ devant Dieu. )) Et c'est pour cela que , lors de la consécration des évêques , on oint encore du chrême, et avec raison, leurs mains ointes d'huile autrefois.
XIX. On oint aussi le pouce avec le chrême , afin que son imposition profite à tous pour le salut.
XX. Or, dans l'ancien Testament, on oignait non-seulement le prêtre, mais encore le roi et le prophète , comme on le voit
dans le livre des Rois. C'est j)ourquoi le Seigneur donna ce commandement à Elie : «Va, et retourne dans ta maison par « le désert, à Damas; et, lorsque tu seras arrivé là, tu oindras a Azel pour qu'il règne sur la Syrie , et Jehu , fds de Nausi, « atin qu'il soit roi en Israël. Et tu oindras prophète Elisée, « fils de Japhat, qui est d'Abel, afin qu'il te serve de compa- « gnon. » Samuel oignit aussi David pour le faire roi. Mais, après que Jésus le nazaréen, que Dieu oignit de l'Esprit saint, comme on le lit dans les Actes des Apôtres , fut oint d'huile par-dessus ses compagnons, lui qui, selon l'Apôtre, est le chef [capui) de l'Eglise qui est le corps de ce même prince , l'onction passa désormais de la tête au bras ; de sorte que, depuis le Christ , le prince ne reçoit pas l'onction sur la tête , mais au bras ou à l'épaule, ou bien à la jointure du bras et de l'épaule, membres qui représentent bien le commandement (21), selon ce qu'on lit : a Le commandement a été placé sur son épaule^ (( etc. » Et ce fut pour marquer cela que Samuel fit placer une épaule devant Saûl, qu'il avait mis au haut bout de la table, devant tous les invités. Or, on observe d'oindre d'huile la tête du pontife que l'on consacre , parce qu'il représente dans sa charge la personne du chef [capilis], c'est-à-dire du Christ, qui est le chef [capul) de l'Eglise.
XXI. Il y a pourtant cette différence entre l'onction du pontife et du prince , que l'on consacre la tête du pontife avec le chrême, mais que Ton frotte d'huile le bras du prince, pour montrer combien le pouvoir du prince diffère de l'autorité du pontife. Et remarque que, de même qu'on lit dans l'Evangile qu'un père de famille appela ses serviteurs, et leur donna dix pièces d'argent [mnas) ; ainsi la vocation du serviteur, c'est l'élection canonique de l'évêque, qui a lieu selon la parole du Seigneur, quand il appela Aaron. Une pièce d'argent [mna) lui est donnée , quand celui qui s'est chargé de ces sommes lui donne le livre de TEvangile^, en disant : « Va, prêche. » Et, quand il entre pour la première fois dans sa ville métropolitaine, il
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porte l'Evangile sur sa poitrine , selon la coutume de certaines églises , présentant et montrant, comme l'intendant , la somme d'argent qui lui a été confiée. Dans quelques églises aussi, lorsque l'archevêque lui donne la crosse [virgam), il lui dit : « Va, prêche. » Et aussitôt il bénit le peuple ; ce qui indique que Moïse fut envoyé avec la verge en Egypte.
XXII. Les évêques ont encore accoutumé, au jour de leur consécration , de monter des chevaux couverts de housses blanches ; ce qui représente ce qu'on lit dans l'Apocalypse (chap. XIX ) : « Les armées qui sont dans le ciel le suivent sur c( des chevaux blancs. » Assurément, les troupes qui sont dans le ciel, ce sont les bons^ et les hommes justes, et les prélats, qui chaque jour suivent, selon les vues célestes. Dieu dans toutes les bonnes œuvres qu'ils font ; et l'on dit à cause de cela qu'ils sont dans le ciel, parce qu'ils chérissent et cherchent les seuls biens célestes. Ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Notre « conversation est dans les cieux. » Ces armées, c'est-à-dire les hommes bons et justes, et les prélats, suivent Jésus , lorsque, par exemple, ils combattent en eux les vices par la correction, et dans leur prochain par l'admonition. Voilà pourquoi saint Jacques dit : « Celui qui aura fait revenir un pécheur (( de l'erreur de sa vie, déhvrera son ame de la mort, etc. » Ces troupes montent des chevaux blancs et sont chastes dans leurs corps.
^ XXIII. On appelle chevaux les corps des bons, parce que, de même que les chevaux marchent selon la volonté du cavalier, ainsi les corps des justes se conduisent selon celle du Christ. Ces chevaux doivent être blancs ou couverts de blanc, c'est-àdire que les corps des justes et des prélats doivent être chastes et purs. Car, s'ils ne sont pas chastes, ils ne peuvent pas suivre le Christ. Et saint Pierre dit : « Le Christ a souffert pour nous, « vous laissant l'exemple, afin que vous suiviez ses traces, etc. » Les clercs [clerici) de la sainte Eglise romaine, d'après la déclaration de l'empereur Constantin (xcvi, dist. Constantinus),
montent des chevaux ornés de housses d'un blanc très-éclatant. On dira dans la seconde partie, au chai)itre de TEvéque, quel jour on doit le consacrer, et pourquoi on place le livre des Evangiles sur les épaules de celui qu'on doit consacrer. En septième lieu, il faut parler de l'onction de l'autel^ du calice et des autres vases de l'église , que l'on oint, selon la coutume, lorsqu'on les dédie; et cela, non-seulement d'après Tordre de la loi de Dieu , mais encore parce que Moïse aspergea de sang le tabernacle et tous les vases du culte divin, et aussi à l'exemple du bienheureux [pape] Sylvestre, qui, quand il consacrait un autel, l'oignait de chrême. Or, le Seigneur commanda à Moïse de faire une huile pour oindre le tabernacle du Témoignage , l'arche du Testament, le chandelier et les vases (Exod., xxx \ et XL c. ) , et les autres choses , comme il a été dit plus haut. On fait ces onctions sur les choses qu'on oint , afin qu'on ait pour elles un plus grand respect, et que sur elles se répande une plus grande grâce. On a parlé de ces onctions, et il en sera parlé en leurs lieu et place. Mais la vertu [sacramentum) de l'onction produit et représente , certes ! une autre chose , autant dans le Nouveau que dans l' Ancien-Testament. Voilà pourquoi l'Eglise ne judaïse pas lorsqu'elle célèbre la vertu [sacramentum) de Tonction , comme le disent, menteurs qu'ils sont, quelques anciens qui ne connaissent ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. On a parlé, aux chapitres qui leur sont consacrés, des Onctions de l'église et de l'autel.
XXIV. Or, on consacre et on oint la patène [patina) qui sert à administrer le corps du Christ, qui a voulu par le choix qu'il en a fait être immolé sur l'autel de la croix pour le salut de tous. Et le Dieu tout-puissant a ordonné qu'on présentât à son autel de la fleur de farine de froment dans des plats [patents) d'or et d'argent. On consacre aussi et on oint le calice, afin que la grâce de l'Esprit saint en fasse un nouveau sépulcre du corps et du sang du Christ, et qu'il daigne l'arroser de sa vertu, lui qui la répandit dans le calice de Melchisédech , son serviteur.
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XXV. Huitièmement^ nous devons parler de Textrême-onction que^ d'après la règle instituée par le pape Félix IV et selon le précepte de l'apôtre saint Jacques, on donne à ceux qui combattent leur dernier combat. Quelques-uns disent, touchant cette onction , qu'elle n'est pas proprement un sacrement en tant qu'onction ( chrismatio ) faite avec le chrême sur le front ou ailleurs, parce que , comme ils l'assurent , elle peut être réitérée lorsqu'on prie sur un homme ; ce qui ne peut pas s'appliquer aux sacrements. Or, cette onction ne peut pas être faite par un seul prêtre, même quand plusieurs autres ne pourraient y assister. Cette onction remet les fautes vénielles, selon* cette parole de saint Jacques : « Quelqu'un d'entre vous est-il et malade?... » comme ci-dessus. Et l'on fait cette onction sur les diverses parties ou membres du corps, et cela pour les causes que l'on peut tirer des oraisons que l'on dit alors; et cela a lieu spécialement sur les membres où résident les cinq sens de l'homme , afin que tout ce que le malade a fait de mal par eux soit effacé et détruit par la vertu dès cette onction. On lit dans certains auteurs qu'ordinairement on ne doit oindre qu'une personne qui ait au moins dix huit ans, et qu'un malade doit être oint seulement une fois dans l'espace d'un an, bien qu'il y ait plusieurs phases dans le cours de sa maladie, et que personne ne doit être oint à moins que d'abord il n'ait sa raison et qu'il n'ait demandé ce sacrement de vive voix ou par signes. Et l'on ne doit pas oindre les épaules, parce qu'elles l'ont été au baptême , et qu'elles sont désormais privées de leur office ; on ne doit pas oindre non plus au front celui qui a été confirmé , mais aux tempes ; et on ne doit pas oindre les mains du prêtre à l'intérieur, mais à l'extérieur, puisqu'elles ont été ointes à l'intérieur lors de son ordination. Et parce qu'il a été oint une fois par l'évêque , il ne doit pas , par respect pour lui , l'être davantage par le prêtre. Que si le malade oint entre en convalescence, on lavera les places de son corps où l'huile a été répandue , et on jettera au feu l'eau
qui aura servi à cela. Mais, s'il meurt, on ne lavera pas son corps, à cause de l'onction récente. Que si le malade est à l'article de la mort^ on l'oindra à la hâte, de peur qu'il ne meure sans avoir reçu l'onction. Il y a encore certains hommes qui, par un esprit de pénitence, sur le point de mourir, revêtent le ciliée et se couchent sur la cendre, comme on le dira dans la sixième partie, à la quatrième férié, en tête des Jeûnes.
XXVI. Neuvièmement, le cimetière, qui se réjouit [gaudet) de posséder les mêmes privilèges que l'église , est consacré et béni , comme le Seigneur bénit, par les mains de ses serviteurs Abraham , Isaac et Jacob , la terre qu'ils avaient achetée aux fils d'Ebron pour servir à leur sépulture. Et on le bénit, afin que désormais ce lieu cesse d'être l'habitation des esprits immondes , et que les corps des fidèles y reposent en paix jusqu'au jour du jugement, à moins qu'on y ait inhumé les corps des païens ou des infidèles, ou même des excommuniés; et alors on ne le bénit qu'après les avoir jetés hors de là.
XXVII. Il est aussi à remarquer que les linges {pallœ d'où palle) de l'autel, les vêtements sacerdotaux et les ornements ecclésiastiques de toute sorte doivent être bénis, car nous lisons que Moïse, d'après le précepte du Seigneur, consacra le tabernacle par de saintes prières, ainsi que la table et l'autel, et les vases et les ustensiles nécessaires à l'accomplissement du culte divin. Si donc les Juifs, qui étaient esclaves, faisaient cela à l'ombre de la loi et de l'avenir (Héb., viii et x cap. ), combien plus .nous , à qui la vérité a été manifestée par le Christ, devons-nous en agir ainsi et faire consacrer les vases du culte divin par l'évêque et non par les curés [coepiscopos). C'est pourquoi on lit dans l'Exode, àTavant-dernier chapitre : « Moïse bénit tous les vases nécessaires au service du culte. » Et, si on ajoute au vêtement consacré un petit morceau ou un fil, il est prouvé par le témoignage du droit (Argu. instit. de re. divi., § Ciim ex aliéna, et § Qui tamen extra de consecr, eccle, quod in dubiis) que nous ne devons pas pour cela réité-
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rer la bénédiction. Et l'on conclut évidemment de leurs bénédictions pourquoi Ton bénit ces choses et d'autres semblables. Mais on parlera des vêtements sacrés dans la préface de la troisième partie. Et fais attention que l'on ne bénit pas et que l'on ne consacre pas l'église et les habits sacerdotaux et les autres ornements , parce que ces choses ne sont pas susceptibles par elles-mêmes de recevoir la grâce , puisqu'elles sont inanimées, mais parce que par là on connaît que la grâce y est attachée ; car, de même que les hommes, ainsi ces choses, par la bénédiction et la consécration qu'on leur donne à tous les deux^ sont rendus propres au culte divin et deviennent capables de ['exercer, et inspirent enfin une plus grande vénération. La grâce se répand plus abondante dans les personnes , par l'onction et la bénédiction qu'on leur confère. Et il y en a qui élèvent les mains en bénissant les ornements. On en parlera dans la seconde partie , au chapitre du Diacre. Dixièmement , ce serait ici le lieu de parler de la consécration des vierges ; mais nous en traiterons dans la préface de la seconde partie.