DES SACREMENTS DE L'ÉGLISE
I. A regard des sacrements de l'Eglise, il est à remarquer que, selon saint Grégoire (I, quœst. i, Multi) : « Le sacrement a lieu dans quelque occasion solennelle, lorsqu'un fait s'accomplit de telle manière que nous recevons quelque chose le cette représentation, chose que nous devons recevoir sainement et dignement (a). On entend par le mot mystère ce que L'Esprit saint opère d'une manière cachée et invisible, de sorte Iju'il sanctifie en opérant et bénit en sanctifiant.
i («) Ce passage est assez obscur, et sa traduction offre quelque difficulté; |i^oici le texte latin : « Sacramentum est in aligna celebratione , cum res ita it,ut aliquid significatœ rei accipiamus, quodsanctc et digne accipiendum est. »
II. Or, on dit mystère quand il s'agit des sacrements, et ministère en parlant des ornements. Et, selon saint Augustin, le signe du sacrement est la forme \isible de l'invisible grâce. Le sacrifice visible est encore un invisible sacrement. Le signe, c'est aussi la chose, à cause de son apparence, qu'elle présente aux sens et par le moyen de laquelle elle nous fait connaître Tautre chose qu'elle contient.
III. On appelle encore sacrement la représentation d'une chose sainte (sacramenlum^ sacrœ rei signum), ou un secret sacré [vel sacrum secrelum). Et l'on parlera de cela dans la quatrième partie , sous la sixième particule du canon , au mot Mysterium fîdei (mystère de foi), et au chapitre de l'Offrande.
IV. Or^ il y a certains sacrements qui sont seulement de nécessité^ d'autres de dignité et de nécessité en même temps, certains d'ordre et de nécessité , certains de dignité et de volonté et certains de volonté seulement. Le sacrement de nécessite seulement , c'est le Baptême , qui, dans un suprême besoin . conféré par qui que ce soit (cependant dans la forme voulue pai l'Eglise), est utile au salut. Et on l'appelle de nécessité , parce sans lui personne ne peut être sauvé , s'il néglige de le rece voir par mépris. On parlera de ce sacrement dans la sixième partie , au Samedi saint. Le sacrement de dignité et de néces site, c'est la confirmation de la dignité de chrétien : ce sacre ment est conféré par l'évêque lui seul ; il est en même temp de nécessité, parce que celui qui l'abandonne par mépris n'es pas sauvé , ainsi qu'il a été dit plus haut. On en parlera aus« au susdit Samedi. Les sacrements d'ordre et de nécessité, c sont la Pénitence, l'Eucharistie et l'Extrême-Onction ; on le appelle d'ordre, parce qu'ils doivent être seulement donne par ceux qui sont, selon les canons de l'I^glise, élevés en d gnité, et d'après les pouvoirs que possède l'EgHse d'ouvri et de fermer.
V. Ils ne doivent être conférés qu'en cas de nécessité ; et, e
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ette circonstance, quelqu'un peut même se confesser à un laïue. Ils sont de nécessité, parce que celui qui les néglige par lépris ne peut être sauvé. Touchant la Pénitence, vois dans i sixième partie, au chapitre de la V^ férié de la Cène du Seineur (le Jeudi saint), et ce que nous avons dit dans notre Répertoire (6), au chapitre De pœn. et re. On parlera de FEuharistie dans la quatrième partie, au Canon. Il a été parlé de Extrême-Onction dans le précédent chapitre.
VI. Et le sacrement de dignité et de volonté, c'est le rang e la dignité, ou l'Ordre, qui est conféré par les seuls évêques ; t l'on ne doit y élever et y recevoir que celui qui en est dine. De volonté, parce que sans lui on peut être sauvé. On n parlera dans la préface de la seconde partie.
VIL Le sacrement de volonté seulement, c'est le Mariage, t on l'appelle de volonté, parce sans lui on peut être sauvé, lar il n'est pas nécessaire que l'homme qui veut arriver au oyaume des cieux se marie. Touchant ce sacrement, il est à emarquer que, selon les canons ( xxiii, q. iv. Non oportet exra de feriis capellanus), la solennité des noces ne doit pas voir lieu depuis la Septuagésime, qui est un temps de tristesse, isqu'à l'Octave de Pâques , ni pendant les trois semaines qui •récèdent la fête de saint Jean-Baptiste. Mais, selon la pratique ;énérale de l'Eglise universelle, on contracte publiquement le aariage dans l'Eglise depuis le lendemain du dimanche in alhis, ;*est-à-dire depuis le huitième jour de Pâques jusqu'au preuier jour des Rogations. Et le premier jour des Rogations, au natin, on termine cette célébration, et la défense dure jus- [u'au huitième jour après la Pentecôte inclusivement. Et voici ;omment le pape Clément s'exprime à ce sujet, dans sa Lettre lécrétale : « Depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'à i l'Epiphanie , on ne doit pas célébrer les noces , comme il a
{b) Repertorium juris canonici, ou Répertoire du droit canonique ou canon. V. la Notice hist. sur la vie et sur les écrits de Durand de Mende, § ii, art. 2».
(( été dit dans le susdit chapitre ; et elles n'auraient pas liei (( jusqu'à rOctave de l'Epiphanie , si le Seigneur n'avait pai (c honoré les noces [de Cana] de sa présence et ne les avai (( pas enrichies d'un miracle. » Voilà pourquoi on chante ei ce temps : ce Aujourd'hui l'Eglise a été unie au céleste époux. Cependant , quelques-uns disent qu'il est plus convenable qu< cette défense s'étende jusqu'à l'Octave de la même fôte, comme aussi l'office du changement de l'eau en vin que l'on chante au: mariages. Or, dans les temps énumérés plus haut, on ne contracte pas mariage , parce qu'ils sont consacrés à la prière. |
YlII. Et [c) ideo débet tune homo a lecto uxoris sequestrari Generaliter enim tempore quo abstinetur a nuptiis , abstinen-. dum est etiam a conjugali amplexu^ nisi forte oh fragilitaten humanitatis vir ah uxore poscat conjugale dehitum^ vel e com versOy quoniam poscenti solvendum est^ quia^ secundum aposto lum, vir non hahet potestatem corporis sui^ sed mulier et e con verso, extra de convers. conjug. quoddam.
Mais, malgré que la solennité des noces soit interdite dan: les temps précités , cependant le mariage qui a été contractf en quelque autre temps que ce soit, par parole et d'une ma nière légitime, tient dès ce moment. Or, ce qui a été établ par le canon (xxm, q. iv, Non oportet), à savoir : qu'on n(\ doit pas célébrer le mariage pendant les trois semaines qii précèdent la fête du bienheureux Jean-Baptiste, a été fait pou la raison suivante : afin qu'on vaque plus librement à la prière] Car l'Eglise avait d'abord institué deux carêmes en outre di principal: l'un avant la naissance du Seigneur, que l'on api pelle communément de saint Martin, et qui durait jusqu'^ Noël; l'autre de quarante jours avant la fête du bienheureui
(c) Nous laissons en latin certains passages dont la traduction est impossibh aujourd'hui, et dont la nature même de ce livre, qui doit être lu par tous, noa' défend l'interprétation , de crainte de scandaliser les faibles. Nous les avoni conservés dans le texte pour les personnes que leurs devoirs ou leurs étude| obligent de connaître des infirmités spirituelles, dont le spectacle ne peut êtn sans quelque danger pour les autres lecteurs.
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?an-Baptiste, pendant lequel on devait vaquer à l'oraison, aux lumônes et aux jeûnes. Mais, à cause de la fragilité des homiies, ces deux carêmes furent réduits à un seul ; et ce carême it encore partagé en trois semaines de l'Avent, et trois avant . naissance de saint Jean-Baptiste , pendant lesquelles on doit ûner et a nuptiis est ahstinendum.
IX. Selon le bienheureux Isidore, au sujet de la même ques- 3n, les femmes sont voilées pendant qu'on les marie , afin l'elles sachent qu'elles doivent toujours être soumises à leurs laris. Et, parce que Rébecca, voyant Isaac, se voila, voilà en- »re pourquoi les époux après la bénédiction nuptiale sont lis l'un à l'autre d'un seul lien avec une bandelette^ pour l'ils ne rompent pas l'union, c'est-à-dire la foi [fidem) de l'uon conjugale. Cette bandelette, qui est blanche, est mélane de couleur pourpre dans son tissu, parce que la blancheur t la pureté de la vie , et la pourpre ad sanguinis posteritatem Ihihetur, afin que par ce signe , et continentîa et lex contindi ah utrisque ad tempus admoneatur , post hoc ad rçdden- M debitum non negetur.
X. L'anneau que l'époux donne le premier à l'épouse signila nature, l'amour de choix [dilectionis] ; et cela a lieu surtout n que par ce gage, c'est-à-dire par ce signe, leurs cœurs soient core plus unis. C'est pourquoi on passe l'anneau au quatrième
li igt, parce qu'il y a en lui une certaine veine (comme on le
I ;) qui va jusqu'au cœur, source du sang. Prothée [Prothœus), ]. certain sage, fut le premier qui, pour gage d'amour, établit
I I anneau de fer ; et il y enferma de l'aimant [adamantem ou Minant?); et il établit qu'on s'en servirait pour fiancer les 'âlouses.
XI. Car, de même que le fer dompte tout , ainsi l'amour inct tout ; parce qu'il n'y a rien de plus véhément que le transit de Famour [furor amoris). Et, de même qu'on ne peut iser l'aimant, ainsi l'on ne peut séparer deux cœurs unis par ttiour [amor). Car l'amour de choix [dilectio) est fort comme
la mort. Et c'est pourquoi Prothce établit l'usage de porlci l'anneau au doigt annulaire, dans lequel est une veine qui procède du cœur. Ensuite on remplaça les bagues de fer par des ba gués d'or, et, au lieu d'aimant, on les orna de pierres précieu ses [gemmis] , parce que, de môme que l'or l'emporte sur le: autres métaux , ainsi l'amour a le pas sur tous les biens. Et ainsi que la gemme orne l'or, de même toutes les vertus rehaussent l'amour conjugal. Et les noces [nwptiœ], selon sain Ambroise , tirent leur nom de nuhere (voiler). Car celles qui marient [nuhunt) ont coutume de se voiler [ohnubere) la tôt par respect et de garder le silence. Voilà pourquoi Rébecca ayant vu Isaac, auquel elle devait être unie, commença à voil [ohnubere) sa tête. La pudeur doit précéder les noces, d'autai que la pudeur est une plus grande garantie pour le mariai: lui-même , et que la femme doit paraître avoir été plus désiiV par l'homme que l'homme par elle. Et, selon saint Jérôme Connuhia légitima peccato carent , non tamen tempore ih quoactus conjugales geruntur, prœsentia Spirilus sancti datv etiam, si propheta esse videatur, qui officio generationis oh sequitur,
XII. Il est à remarquer aussi qu'un triple mystère est dési gné in carnali matrimonio consummato. Le premier mystèr< c'est l'union spirituelle de l'ame à Dieu par la foi, l'amoi [dilectio) ou la charité , qui est l'union de la volonté; la ch rite, qui consiste en un seul esprit entre Dieu et l'ame juste ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Celui qui s'attache à Dieu forn « un seul esprit avec lui. » Ce mystère est représenté par l'i^ nion des esprits qui a eu lieu lors des premières fiançailles ( mariage selon la chair [carnalis matrimonii) . Le second mystèr c'est l'union de la nature humaine à Dieu, qui a eu lieu dans sein (m utero) d'une Vierge, par l'incarnation du Verbe « Dieu, ou la conformité delà nature, selon la chair, entre Christ et la sainte Eglise; à quoi se rapporte cette parole a Le Verbe s'est fait chair, etc. » Ce mystère est repr
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sente in matrimonio carnali per conjunctionem corporum consummato y nonquod ipsa conjunctiOy in qua Spiritus sanctus non adest y illud désigne t y sed per ipsum actum consummatum significatur. Le troisième mystère^ c'est l'unité de l'Eglise, composée du rassemblement de toutes les nations et soumise à un seul époux, qui est le Christ. Ce mystère a son image dans l'homme qui n'a eu qu'une femme , et qu'une femme vierge, et s'est ensuite fait clerc, et puis a été ordonné prêtre.
XIII. C'est pourquoi, dès qu'un homme passe à la bigamie ou à un second mariage, il se retire dès ce moment de l'unité, parce que carnem suam in plures dividit, et ainsi la représentation de ce troisième mystère cesse d'exister en lui, parce qu'il ne peut être élevé au sacerdoce ; car, si on l'y élevait, il ne pourrait pas être l'image de cette unité dont nous avons parlé. En outre, il se retire, par un second mariage, de la première union signifiée par ce sacrement. Car l'Eglise^ dès qu'elle s'est unie au Christ, ne s'est jamais retirée de lui, ni le Christ d'elle. Donc^ celui qui a eu deux femmes ne peut représenter une pareille unité. Voilà pourquoi c'est à juste titre qu'il ne peut être élevé au rang d'époux de l'Eglise , à cause de l'abandon qu'il a fait de ce mystère dont nous avons parlé plus haut.
XIV. Remarque aussi que, selon la règle formulée par le Concile de Carthage (xxvdist.,5ponsi*s, et xxin disi.,Sponsa)y l'époux et l'épouse qui doivent être bénis doivent être présentés à l'église , au prêtre , par les parents ou par les paranymphes. Après avoir reçu la bénédiction nuptiale, eadem noctepro reverentia henedictionis in virginitate permaneant.
XV. Au reste , les noces doivent être bénies par le prêtre avec des prières et des offrandes , selon le règlement du pape Evariste. Mais, cependant, si un homme ou une femme passent à la bigamie en contractant mariage , leur union ne doit pas être bénie par les prêtres , parce que , comme ils ont été bénis déjà une fois, on ne doit pas leur réitérer cette cérémonie. Donc, on ne doit bénir que le mariage que contracte une femme
vierge avec un homme vierge , et cela pour la raison énoncée dans la préface de la seconde partie. Enfin, le prêtre qui aura célébré la bénédiction d'un mariage contracté avec une seconde femme sera suspendu de son office et de son bénéfice , et sera remis aux mains du [Saint-] Siège apostolique; ce que Ton sait avoir été introduit pour exhorter à garder la continence. Selon la coutume de certains lieux, lorsqu'un homme contracte union avec une seconde femme vierge , on réitère la bénédiction nuptiale^ et encore faut- il que le seigneur Pape sache cela et le tolère ; autrement , le sacrement est sans validité. 11 y en a qui disent que si des hommes ;, s'unissant à des vierges^, ne sont pas bénis, se remariant une seconde fois, ils pourront être bénis lors de cette nouvelle union ; mais , si l'on bénit les époux^ licet se non cognoverint carnaliter^ cependant, à cause de cette circonstance , s'ils se marient de nouveau , on ne bénira pas leur union. On parlera de la bénédiction des vierges dans la préface de la seconde partie.
XYl. Il est à remarquer qu'un sacrement est plus digne qu'un autre de quatre manières, à savoir : en raison de son efficacité^ comme le Baptême ; en raison de sa sainteté, comme FEucharistie ; en raison de sa signification, comme le Mariage : cependant quelques-uns n'approuvent pas cette manière; et en raison de celui qui le confère , comme la Confirmation et l'Ordre.
XVII. Mais on demande pourquoi ont été institués les sacrements , puisque , sans eux , Dieu eût pu donner au genre humain la vie éternelle et la grâce ? Je réponds que c'est pour trois raisons : Premièrement , pour l'humiliation de l'homme , afin que, tandis que la créature se soumet avec respect, d'après le précepte de Dieu , aux choses insensibles et qui lui sont inférieures, elle mérite plus, par cette obéissance, devant Dieu;: secondement , pour son instruction , afin que son ame soit instruite par ce qu'elle voit au dehors, revêtu avec une apparence visible de la vertu invisible dont elle doit reconnaître l'exis-
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tence au dedans d'elle-même; troisièmement, pour lui servir d'exercice, parce que, comme l'homme ne doit pas être oisif, un exercice utile et salutaire lui est ouvert et proposé dans les sacrements, exercice par la pratique duquel il abandonnera toute occupation vaine et nuisible , selon cette parole : « Fais « toujours quelque bonne oeuvre^ afin que le diable te trouve « occupé. » Donc, on ne doit pas les omettre, comme on l'a dit dans le chapitre précédent.