VITRAUX
Entre les auteurs les plus anciens qui font expressément mention de l'usage des vitres aux fenêtres des églises, Fortunat de Poitiers, contemporain de Grégoire de Tours (VP siècle), s'est singulièrement appliqué dans ses poésies latines à faire honneur aux saints évêques de son temps du soin qu'ils prenaient de les éclairer de grandes fenêtres garnies de verre. Leur transparence, jointe à l'abondance de la lumière des lampes qu'on y entretenait en tout temps, y maintenait une clarté continuelle. Le brillant éclat de ces lumières , surtout aux approches de l'aurore, se répétait dans les plafonds et sur les murs, par celui des tableaux en mosaïque dont ils étaient ornés. La clarté du jour, une fois admise dans l'enceinte de ces saints temples, semblait y être captive et ne pouvoir plus en sortir. Cette pensée sur l'effet de ces vitres était devenue si familière à ce poète, qu'il la reproduit continuellement, soit qu'il écrive à saint Vital, évêque de Ravenne , à l'occasion des vitres dont il garnit l'église qu'il venait d'y faire bâtir en l'honneur de saint
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 311
André (1), soit qu'il complimente Tévêque Léonce sur celle qu'il venait d'élever à Bordeaux sous l'invocation de la sainte Vierge (2).
Le même auteur fait-il la description de l'église de Paris construite et magnifiquement ornée par les ordres de Childebert , et éclairée de fenêtres garnies de verre , il relève l'admirable effet que le jour des croisées répand sur ses murs et dans ses voûtes, aux premières approches de l'aurore (3). 11 n'oublie pas , dans l'éloge qu'il fait de l'église que Félix, évêque de Nantes, y avait élevée en l'honneur des apôtres saint Pierre et saint Paul , après avoir parlé du brillant éclat que jetait au dehors la couverture d'étain qui couronnait cet édifice , il n'oublie pas celui qu'elle tirait en dedans des grandes croisées de verre dont elle était percée (4).
(1) Fortunat Carmin., lib. 1 :
Emicat aula potens solido perfecta métallo , Quo sine nocte manet coyitmuata clîes.
Invitât locus ipse Deum sub luce perenni^ Gressibus ut placidis intret amando lares.
(2) Ibid., De Leontio, episcopo :
Ecce beata sacrse fundasti templa Marise, Nox ubi victa fugit semper hab^ndo diem. Lumine plena micans, imitata est aula Mariam , , nia utero lucem, clausit et ista diem.
Image gracieuse que le moyen-âge s'est plu à faire répéter par la bouche de Gabriel à Marie dans un mystère du XV^ siècle , publié par M. .Tubinal :