‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 89 sur 128 · GABRIEL · texte numérisé non relu

GABRIEL

Marie, n'aiez desconfort, Mais sciez certaine et seure Tu demoras et saine et pure , Et vierge ton corps demorra; De riens qui soit n'enpirera , Mais tout ainssy com la verrière Du soleil qui demeure entière Quand son ray par my oultre passe Qui ne la brise ne ne quasse , Ainssy demoura ton corps sains.

(V. Mystères inédits du XV^ siècle, t. 2, p. 49.)

(3) Lib. 2, § 2, De eccles. Paris :

Prima capit radios vitreis oculata fenestris. Artificisque manu clausit in arce diem.

Gursibus aurorœ vaga lux iaquearia complet, Atque suis radiis et sine sole micat.

(4) Lib. 3, ibid. :

Tota capit radios patulis oculata fenestris , Et quod mireris hic foris, intus habes.

Enfin , Fortunat reproduit sa pensée favorite sur le bel effet du verre dans les fenêtres des églises, tant dans le compliment qu'il adresse à Agéric, évoque de Verdun, sur son zèle à rétablir les anciennes églises de son diocèse et à en construire de nouvelles (1), que dans celui qu'il fait à Grégoire de Tours sur la reconstruction que ce prélat avait ordonnée de réglise de Saint-Martin, patron de son diocèse (2).

On peut tirer des ouvrages de Grégoire de Tours (3) et de la Vie de saint Eloi, écrite par saint Ouen (4), des passages aussi décisifs que ceux de Fortunat sur l'emploi du verre dans les églises. Le verre, connu en Occident dès le troisième siècle, ne fut appliqué à la décoration des églises qu'au sixième. D'après ce que dit Fortunat, il n'y a pas de doute que ces fenêtres étaient garnies de verres de couleur, et non de simples verres blancs. Quelques traits suffiront à le prouver.

Grégoire de Tours raconte (5) qu'un particulier ayant conçu le sacrilège dessein de voler une église fort riche d'un des faubourgs de la ville de Tours, et n'ayant pu surprendre la vigilance des sacristains ou gardiens de cette église , s'avisa , faute d'un meilleur butin , d'en détacher les vitres de leurs châssis, et de les emporter pour faire quelque argent du verre qu'il en retirerait. Il les fit fondre , et, en ayant fait plusieurs masses, il les vendit à des marchands étrangers. Du verre blanc eût médiocrement tenté le voleur et les marchands ; ce ne pouvait donc être que les mille couleurs de cette matière qui avaient pu séduire celui qui les avait dérobées. Et puis , comment le soleil , venant à frapper sur des vitres communes , aurait-il pu produire ces arcs-en-ciel que nous

Tempore quo redeunt tenebrae , mihi dicere fas sit. Mundus habet noctem , detinet aula diem.

(1) Lib. 3, § 25, ibid. :

Templa vetusla nova pretiosius et nova condis , Gultior est Domini , te famulante domus.

Candida sincero radiât haec aula sereno, Et si sol fugiat, hic manet artedies.

(2) Lib. 10, ibid. :

Fundamenta igitur reparans haec prisca sacerdos ; Extulit egregius quam nituere prius.

Nunc placet aula decens patulis oculata fenestris, Qua noctis tenebris clauditur arce dies.

(3) Greg. Turon., De gloriamart., lib. 1, c. 59 ; lib. 6, c. 10, et lib. 7, c. 29.

(4) In Vita S. Elig., lib. 2, cap. 45, on lit : Per maximam vitriariam.

(5) Lib. 1, cap. 59, De gloria martyrnm : Fenestras ex more Iiabens {ecclesia) quœ vitro tignis incluso clauduntur.

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admirons sur le pavé de nos églises et qui émerveillaient Fortunat dans Téglise de Paris?

Quant à la peinture sur verre proprement dite , elle ne commença qu'au onzième siècle et sous le règne de Robert-le-Pieux. Les objets que l'on représentait dans les verrières au moyen-âge étaient généralement les scènes de T Ancien et du Nouveau-Testament , et les légendes des saints. Des inscriptions expliquaient souvent le sujet ou donnaient la date de la peinture, le nom de Tartiste ou de la personne qui avait fait don de la verrière, et qui y était souvent représentée, soit dans son costume, soit sous celui d'un saint auquel elle était dévote, souvent le patron même de l'église.

Le mysticisme eut une large part dans ces peintures diaphanes.

A Saint-Denis , dans une chapelle vers le fond du chevet , on voyait dans une verrière saint Paul tournant la meule d'un moulin , auquel les prophètes apportaient des sacs de blé; suivant l'inscription en vers latins, également peinte sur verre , qu'on lisait au-dessous , cette peinture était du douzième siècle (1).

Au treizième siècle , le goût des vitraux augmenta. L'abbé Lebeuf (2) comptait en 1754, dans la seule étendue du diocèse de Paris, plus de quarante églises de collégiales , monastères et paroisses , même de villages, où il restait encore des vitraux de ce siècle, sans y comprendre celles où l'on avait remplacé ces vitres peintes par des vitres blanches.

Pendant les quatorzième et quinzième siècles, on fit beaucoup de verrières en France, dont nous nommerons bientôt les auteurs.

Au seizième , Saint-Etienne-du-Mont , à Paris , nous offre encore le sujet d'un vitrail fort remarquable ; nous laisserons parler Sauvai (3) : « On voit dans cette vitre des papes , des empereurs , des rois , des évoques, des archevêques, des cardinaux, tous en habits de cérémonie, occupés à remplir et rouler des tonneaux, les descendre dans la cave, les uns montés sur un poulain (4), les autres tenant le traîneau à droite et à gauche ; en un mot , on leur voit faire tout ce que font les tonneliers. Tous ces personnages, au reste, ne sont pas des portraits de caprice. Ce sont ceux de Paul 111 [pape]; de Charles-Quint, empereur; de François I", roi de France ; de Henri YIU , roi d'Angleterre ; du cardinal de

(1) Pierre-le-Vieil, Traité de la peinture sur verre, p. 61.

(2) Hist. du diocèse de Paris, passim.

(3) Antiquités de Paris, p. 33 de l'addition au tome 1.

(4) Nom de deux pièces de bois arrondies, assemblées par des traverses, autour desquelles les tonneliers filent leurs câbles pour descendre de grosses

I pièces dans les caves.

Chàtillon, et autres, presque aussi ressemblants que si on les avait peints d'après eux , le tout sur ces paroles de TEcriture : Torcular calcavi solus, quareest rubrum vestimenlwh meum [{). Les muids qu'ils remuent sont pleins du sang de Jésus-Christ, étendu sous un pressoir, qui ruisselle de ses plaies de tous côtés. Ici, les patriarches labourent la vigne; là, les prophètes font la vendange. Les apôtres portent le raisin dans la cuve; saint Pierre le foule. Les évangélistes, dans un lointain, figurés par un aigle, un taureau et un lion, le traînent dans des tonneaux sur un chariot que conduit un ange. Les docteurs de l'Eglise le reçoivent au sortir du corps de notre Seigneur, et l'entonnent. Dans l'éloignement, et vers le haut du vitrail, sous une espèce de charnier ou galerie, on distingue des prêtres en surplis et en étole qui administrent aux fidèles les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. » Ce vitrail était copié d'après Robert Pinaigrier, le concurrent de Jean Cousin, qui peignit les beaux vitraux de Saint-Gervais.

Au dix-septième, et au dix-huitième siècle surtout, les réparations des verrières, abandonnées à des hommes sans goût, tombèrent pour la plupart en ruines; on ne trouva pas de meilleur remède, pour réparer les cassures , que de substituer des vitres blanches , comme on peut le voir à Saint-Méry. Un seul homme alors, qui gémissait sur ces ravages, sans nom, nous conserva avec un soin exquis les beaux vitraux de Saint- Etienne -du -Mont; et, de nos jours, M. Ferdinand de Lasteyrie (2) et M. Didron continuent , en la développant , l'œuvre de réhabilitation entreprise par Pierre-le-Yieil et ses fils.

Déjà de nombreux essais, que couronne souvent un succès complet, nous font espérer que le bel et noble art de la peinture sur verre, si bien représenté en France par les Pinaigrier, les Cousin , les Bernard de Palissy, les Héron et les Pierre-le- Vieil, trouvera de dignes émules et de savants continuateurs parmi les artistes catholiques de notre époque.

(1) [J'étais seul pour conduire le pressoir, voilà pourquoi mes vêtements sont tout rouges.] V. à ce sujet le chap. 55, intitulé : La Croix et le Pressoir, qui nous semble la plus belle explication mystique qu'ait donnée de ce passage la sœur Emmerich. — V. l'excellente traduction de M. de Cazalès (La douloureuse Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, p. 414 à 416 inclus,).

(2) Hist. de la peinture sur verre, in-fol.

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l'horloge de SAINT-JEAN, A LYON.

Nos pères étaient très-curieux de ces horloges à personnages comme on en trouve encore quelques-unes dans le nord de la France, et surtout en Allemagne. L'église de Saint-Jean , à Lyon , en possédait une très-remarquable par son ingénieux mécanisme et le nombre des scènes que Ton y voyait figurer quand Theure sonnait. « Dans la croisée qui est du côté de l'évangile et proche la sacristie, dit un témoin oculaire, est la fameuse horloge dont il faut ici faire la description en peu de mots :

« Un coq, qui termine le dôme, bat des ailes, et, haussant le cou à la façon des coqs naturels, chante pour avertir que l'heure va sonner. Aussitôt après, les anges qui sont dans la frise du dôme sonnent sur les cloches le chant de l'hymne de saint Jean-Baptiste : Ut queant Iaxis, Durant cette harmonie, un ange ouvre la porte d'une chambre et salue la Vierge; et, d'abord, le lambris de cette chambre s'entr'ouvrant, le Saint-Esprit descend sur elle, et le Père Eternel, étant plus haut et ayant donné sa bénédiction , pour signifier qu'après le consentement de la Vierge le mystère de l'Incarnation a été accompli, le Saint-Esprit retourne au ciel , le lambris se rejoint , l'ange s'en va et ferme la porte, et , le carillon étant fini , l'heure sonne.

«Plus bas, il y a une niche dans laquelle on voit, chaque jour de la semaine, différentes figures qui se succèdent les unes aux autres à minuit. Le dimanche, on y voit Jésus-Christ ressuscité, et au-dessous : Dominica. Le lundi, une mort, et au-dessous : Feria secunda. Le mardi, saint Jean -Baptiste, et au-dessous : Feria tertia. Le mercredi, saint Etienne, et au-dessous : Feria quarta. Le jeudi, un Christ soutenant une hostie sur un calice, et au-dessous : Feria quinta. Le vendredi, un enfant qui embrasse une croix, et au-dessous : Feria sexta. Le samedi, une Vierge, et au-dessous : Sabbatum. Plus bas, on voit un grand astrolabe qui représente tous les mouvements des cieux , celui du soleil avec l'heure de son lever et de son coucher, le degré du signe avec lequel il se rencontre, la longueur des jours et des nuits, la durée du crépuscule du matin et du soir; la lune, son croissant, sa plénitude, son déclin, aussi bien que son quantième. L'alidade qui traverse tout cet astrolabe marque de ses extrémités les vingt-quatre heures du jour, aussi bien que le mois et le jour courant. Sous l'astrolabe, à hauteur d'homme , il y a un calendrier qui dure soixante-six ans , et qui mar-

que les années depuis la naissance de notre Seigneur, le Nombre d'or, TEpacte, la Lettre dominicale, les Fêtes mobiles; et tout cela change dans un moment, le dernier jour de Tannée, à minuit, à ce qu'on assure. Il y a aussi un almanach perpétuel, qui marque le jour du mois, les calendes, les nones , les ides , etc. A la face du côté droit vers le chœur, il y a une aiguille d'une invention fort curieuse. Elle a son mouvement dans une ellipse en grand ovale, marquant les soixante minutes et les quarts d'heure, sans passer jamais le bord de la figure, ni s'en éloigner; de sorte qu'à mesure qu'elle parcourt l'ovale, elle se raccourcit et s'allonge de chaque bout, suivant l'inégalité des deux diamètres » (1).

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