VII. On peut aussi rapporter l'office de la préface à ce que
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dit saint Luc, que Jésus monta dans une grande chambre haute , toute meublée , où il parla beaucoup avec ses disciples> et, ayant rendu grâces , il chanta à Dieu le Père cette hymne dont parle saint Mathieu en ces termes : « Et, ayant c( chanté le cantique d'action de grâces, ils allèrent à la mop- * iagne des Oliviers. » Donc le Dominus vobiscum représente la prière que le Christ fit avec ses disciples; le Sursum corda, c^est quand il monta au cénacle. Au Sursum corda nous nous levons pour confesser le Fils, et nous implorons le ministère des anges , que nous prions de recevoir nos vœux et de les por^ ter à Dieu. En disant Grattas agamuSy nous rendons grâces au Christ et nous invitons le peuple à remercier Dieu le Père par son Fils , qui nous a rachetés et qui nous a admis à le louer avec les anges. Le prêtre dit au peuple Sursum (en haut) ! c'està-dire qu'il les exhorte à ^'élever au-dessus d'eux-mêmes , ou à élever leurs cœurs vers Dieu, selon ce conseil de l'Apôtre : «( Recherchez ce qui est dans le ciel, et non ce qui est sur la « terre. » En eflfet, parmi tout ce qui couvre la terre on ne peut rien offrir à Dieu qui soit digne de lui ; a et où est ton trésor , <( là est aussi ton cœur. » En effet, il y a beaucoup d'honunes qui parlent du ciel de bouche, dont le cœur est attaché à la terre; c'est à ces hommes que le Seigneur adresse ce reproche par l'organe du Prophète : « Ce peuple m'honore des lèvres, . « mais son cœur est loin de moi. » Quand le chœur répond, il déclare qu'il a reçu les avis du prêtre en disant : « Nous avons « nos cœurs vers le Seigneur. » Et le peuple veillera avec soin à ce que son cœur ne s'abaisse pas jusqu'à la terre, afin de ne pas mentir d'une manière condamnable. Le prêtre, à son tour, après avoir rendu les autres attentifs et dévots, nous exhorte à rendre grâces au Seigneur notre Dieu, parce qu'il est Dieu^ c'est-à-dire créateur; il est aussi Seigneur, parce qu'il est rédempteur ; enfin, il est le Seigneur notre Dieu parce qu'il est notre sauveur, et il sera vraiment notre Dieu quand il sera tout pour nous, c'est-à-dire quand sa possession nous tiendra lieu de tout.
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VIII. Le peuple ayant proclamé qu'il est tout entier au Sei-*-^ gneur, le prêtre ajoute : a Rendons grâces ^ x> et le cbœur^ approuvant et confirmant la parole du prêtre, répondra : « Nous a le devons, et il est juste. » Nous le devons à l'égard de Dieu, parce qu'il est le Seigneur notre Dieu. Il est juste par rapport à nous^ parce que nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses pâturages. Nous le devons aussi , et il est juste par rapport à l'un et à l'autre, afin que le peuple et le prêtre ensemble rendent grâcea à Dieu, dont nous avons reçu tous les biens.
IX. Ensuite, le prêtre ajoute : Vere dignum, etc. Selon maître Pierre d'Auxerre , ici commence la préface , c'est-àdire le prologue ou préambule du canon, qui se concilie la bonté du Seigneur par ces paroles : « Il est véritablement de a notre devoir, et il est tout-à-fait juste, il estéquitable et salua taire ; » c'est un devoir pour nous, parce que le Seigneur est bon; c'est une chose juste, parce qu'il est bienfaisant; c'est une chose équitable, parce qu'il est miséricordieux; salutaire, parce qu'il est notre salut. Ou bien : C'est notre devoir. Seigneur, parce que tu nous as faits par ta simp/le volonté ; c'est juste, parce que ti| nous as rachetés par pure miséricorde ; c'est équitable , parce que tu nous justifies gratuitement ; c'est salutaire, c'est-à-dire plein de salut, parce que tu nous glorifies perpétuellement. « De te rendre grâces en tout temps et en flc tous lieux, ô Seigneur, Père saint. Dieu tout-puissant et éteric nel! » En effet, le Seigneur saint est partout, le Père toutpuissant est partout, et Dieu est toujours étemel. C'est ce qui a fait dire au Psalmiste : a Mon ame, bénis le Seigneur parie tout où s'étend sa domination. » Et encore : « Je bénirai le tu Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma « bouche. ï>
X. Ensuite, le prêtre dit : « Par le Christ notre Seigneur. » Car nous avons , selon l'Âpôtre , pour [avocat auprès du Père, Jésus-Christ notre Seigneur, qui plaide pour nous et qui est la
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Yictime de propitîation pour nos péchés , qui nous exauce en toute chose qui est à son honneur. C'est donc par lui> comnne par un médiateur, que nous offrons nos louanges; c'^t par lui^ comme par un avoGat ^ que nous rendons grâces au Père. XL « C'est par lui que les anges louent ii majesté, etc. » Maje&té^ c'est comme si Ton disait major stanSy celui e|ui est plus grand, ou major potestas ^ parce que la puissance du Seigneur est plus grande que celle des hommes, tt Les Anges tt louent, les Dominations adorent^ les Puissances tremblent, » parce qvL ils louent , adorent et redoutent Celui par qui tout a été faitj et par qui tous les ordres d'esprits ont été créés dans la société du Père, Car Dieu dit ; « Que la lumière soit faite , et a la lumière fut faite; » il dit un mot et créa d'un mot, parce que c'est par la parole du Seigneur que les cieux ont été afifermis; tout a été fait par lui, et rien n*a été fait sans lui. Le prêtre nomme les chœurs des anges ^ parce qu'il est hors de doute que les anges sont présents à cette partie de la messe ; et il faut remarquer que TEglise doit être semblable aux anges, pour plaire davantage à Dieu*
XIL En disant ; a Seigneur, Père saint, Bien tout-pnisa sant et éternel j par le Christ notre Seigneur , que les Anges ce louent, etc., >^ on donne à entendre queTEglisc et les Anges louent Dieu, non-seulement en tant que Dieu, mais encore en tant que homme. Or, on dit que les Anges le louent, parce qu'on lit dans le Psalmiste : « Louex-le , vous tous qui êtes ses « anges, adorez-le^ etc. » Et Esdras ; et Les armées du cielfact dorent- n
XIIL c( Les Puissances tremblent, )i car on lit dans Job : « Les colonnes du ciel tremblent devant lui, et il les fait trem- <i bler en sa présence* » On dit que les justes tremblent; mais ce n^est pas parce qu'ils redoutent le bras de Dieu , puisqu'ils sont parfaitement heureux, mais c^est par un clîet de sa puissance ou de leur obéissance , car, selon l'Apôtre , tous les anges sont des esprits qui tiennent lieu de serviteurs et de mi-
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nistres. Les Puissances tremblent, non parce que les ordres des anges sont corporels; mais on s'exprime ainsi pour que noi^ comprenions que tout ce qui est dans le ciel, sur la terre et dans le; enfers tremble et est rempli de crainte devant la face de la divine Majesté, de même que nous nous avons coutume de trembler et d'être pleins de crainte devant nos maître.
XIV. Ensuite viennent ces mots : « Les Cieux et les Vertus « des cieux. » Par les Cieux on entend les Trônes , car le Seigneur a dit : (( Le ciel est mon trône ; » et l'on dit que les CSeux louent Dieu, parce qu'ils sont un sujet de louange; ce qui a fait dire au Prophète : m Que les Cieux des cieux et que ce toutes les eaux qui sont au-dessous des cieux louent lé nom a du Seigneur. » Les Cieux obéissent à l'ordre de Dieu ; car par eux-mêmes ils n'ont pas le pouvoir de se montrer purs et nébuleux.
XV. <c Les Chérubins et les Séraphins. » Pour comprendre ce qu'on dit en cet endroit , il faut remarquer qu'il y a neuf ordres d'anges, savoir : les Anges, les Archanges, les Trônes et les Dominations, les Vertus, les Principautés, les Puissances, les Chérubins et les Séraphins. AyyeXo^, en grec, se traduit en latin par nuntiiy envoyés d'en haut et du ciel, parce qu'ils sont envoyés des cieux pour annoncer et exécuter la volonté du Seigneur.
XVL Le terme d'anges est le nom de leur emploi et non de leur nature, car ils sont avant tout des esprits ; mais quand ils sont envoyés ils reçoivent le nom d'anges. Les peintres se permettent de leur donner des ailes pour symboliser la rapidité de leur course en toutes choses, comme les fables des poètes attribuent des ailes au vent^ à cause de sa vitesse, selon cette parole du Psalmiste : « Ils marchent sur les ailes des «vents. » ApxavyeXoc, cn grec, se traduit par grands envoyés; en effet, ce sont les anges qui annoncent les petites choses ou celles d'un intérêt minime , tandis que les archanges procla- TOMB n. 14
ment les grandes nouyelles. Les archanges sont ainsi appelés^ parce qu'entre les anges ils tiennnent le premier rang ; car &PX(*>v> en grec» se traduit en latin i^^r princeps, prince ou premier. Les archanges sont donc les chefs (duces) et les princes par Tordre de qui chaque ange reçoit ses commissions. Certains auteurs donnent aux archanges des noms particuliers^ afin de désigner par ces termes mêmes les attributions de chacun d'eux.
XVII. Gabriel , en hébreu, veut dh'e force de Dieu, parce que partout où Gabriel est envoyé la puissance et la force de Dieu se manifestent. Ce fut lui qiii annonça la naissance du Christ^ qui combattit lediable/et qui vint humblement batailler contre les puissances de l'air.
XVlir. Michel signifie qui est comme Dieu. Et quand il se fait quelque chose de merveilleusement fort dans le monde, cet archange est envoyé , et il tire son nom de son office même» car personne n'a la force de faire ce que Dieu peut faire, et c'est pourquoi cet archange fut envoyé en Egypte pour lancer les fameuses plaies. Cependant certains auteurs disent que Michel est le nom d'un ange.
XIX. Raphaël signifie guérison, ou remède de Dieu, parce que partout où il est nécessaire de guérir ou de médicamenter l'archange Raphaël est envoyé. C'est ainsi qu'il fut adressé à Tobie pour le délivrer de sa cécité. On parlera de Gabriel, de Michel et de Raphaël dans la septième partie, à l'article de la fête de Michel.
XX. Uriel signifie feu de Dieu, et nous lisons que l'on vit le feu dans le buisson , et que la flamme voltigeait au-dessus et remplissait la mission qui lui avait été donnée. Ces noms sont pour personnifier les anges, et ils ne leur ont été imposés ni par eux-mêmes ni par Dieu, mais par les hommes, et on ne sait par qui : on ne trouve pas dans l'Ecriture d'autres personnifications. Voici les autres noms des ordres; ce sont : les Trônes, les Dominations» les Vertus, les Principautés et les
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Puissances» par lesquels TÂpôtre entend toute la société du ciel ; on entend par ces noms les ordres des anges et leurs dignités» comme on le dira bientôt.
XXI. RelatiTement à cette distribution des offices entre les anges], les uns sont appelés Trônes» les autres Dominations » ceui-là Vertus, ceux-ci Principautés» d'autres Puissances» à cause des dignités particulières qui les distinguent entre eux.
XXII. Les Trônes, ce sont les troupes d'anges qu'en latin on appelle Sede$ et Throni, parce que le Créateur est assis {prœsidet) sur leurs ailes y et qu'il rend ses jugements par leur intermédiaire.
XXIII. Les Dominations sont les anges placés au-dessus des Vertus et des Principautés» et qui» parce qu'ils dominent les autres troupes des anges» sont appelés Dominations. On en fût mention dans la préface» pour montrer que nous devons leur ressembler davantage» parce qu'ils nous enseignent la manière de nous dominer : se dominer^ c'est faire la volonté de Dieu.
XXrV. Les anges qu'on appelle Vertus remplissent un ministère par lequel ont lieu les avertissements et les miracles en ce monde » et c'est pourquoi on les appelle Vertus.
XXV. Les Principautés» ce sont les anges qui commandent les troupes des anges» et qui» parce qu'ils ont sous leurs ordres des anges pour remplir les ordres de Dieu» ont reçu le nom de Principautés ; car les uns servent» et les autres assistent» comme le dit [Daniel : <k Un million d'anges le servaient» « et mille millions assistaient devant lui. d
XXVI. Les Puissances, ce sont les anges auxquels les vertus ennemies sont soumises ; d'où vient qu'ils ont le nom de Puissances» parce qu'ils écartent loin d'eux les puissances du malin esprit» pour qu'elles ne leur nuisent pas autant qu'elles désirent. On nomme donc les Puissances dans la préface » pour marquer que nous devons enchaîner la puissance du diable.